CHAPITRE XI, LIVRE XI. 1 5g
dépouilles; car leur volonté la plus forte a été subjuguée. Montesquieu se répond à luimême, quand il ajoute cette phrase remarquable : Enfin chacun a appelé liberté le gouvcniemement qui était conforme à ses inclinations. Cela devait être ainsi et ne pouvait être autrement; en cela chacun a eu raison ; car chacun est vraiment libre quand ses inclinations sont satisfaites, et on ne peut pas l’être d’une autre manière.
De cette dernière observation dérivent de nombreuses conséquences. La première qui se présente , est qu'une nation doit être regardée comme vraiment libre tant que son gouvernement lui plaît, quand même, par sa nature , il serait moins conforme aux principes de la liberté qu’un autre qui lui déplairait. On a souvent prétendu que Solon disait : Je n'ai pas donné aux Athéniens les meilleures lois possibles , mais les meilleures qu'ils pussent recevoir , c'est-à-dire , les meilleures dont ils fussent dignes. Je ne crois pas que Solon ait dit cela. Cette vanterie méprisante aurait été bien déplacée dans sa bouche, lui qui avait si mal assorti ses lois au caractère national, qu elles n’ont pas même
lGo COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU. •% duré autant que lui. Mais je crois qu’il a dit ; Je leur ai donné les meilleures lois qu'ils voulussent recevoir. Cela peut être, et le justifie de son mauvais succès. 11 y a plus , cela a dû être ainsi : puisqu’il n'imposait pas ses lois par la force , il a bien fallu qu’il les donnât telles qu’on voulait les recevoir. Eh bien ! les Athéniens , en se soumettant à ces lois si imparfaites , ont sans doute été trèsmal avisés; mais ils ont été très-libres, tandis que ceux des Français qui ont reçu , malgré eux , leur constitution de l’an 5 (1795) , quelque libre qu’elle pût être, ont été réellementassujettis, puisqu’ils n’en voulaient pas. Nous devons conclure de ceci , que les institutions ne peuvent s’améliorer que proportionnellement à l’accroissement des lumières dans la niasse du peuple , et que les meilleures absolument , ne sont pas toujours les meilleures relativement ; car, plus elles sont bonnes, plus elles sont contraires aux idées fausses ; et, si elles en choquent un trop grand nombre, elles ne peuvent se maintenir que par un emploi exagéré de la force. Dès lors plus de liberté , plus de bonheur, plus de stabilité surtout. Cela en servant d’apologie à