‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 89 sur 216 · CHAPITRE Xr, LIVRE XI. l6t · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xr, LIVRE XI. l6t

beaucoup d institutions mauvaises en ellesmêmes, qui ont pu être convenables dans leur temps, ne doit pas nous les faire conserver. Cela peut aussi nous expliquer le mauvais succès de quelques institutions trèsbonnes, et ne nous empêchera pas de les reprendre dans un autre temps.

Une seconde conséquence de l’observation que nous avons faite ci-dessus, c’est que le gouvernement sous lequel on est le plus ' libre, quelle que soit sa forme, est celui qui gouverne le mieux ; car c’est celui où le plus grand nombre est le plus heureux; et, quand on est aussi heureux qu’on peut letre, les volontés sont accomplies autant qu’il est possible. Si le prince qui exerce le pouvoir le plus despotique, administrait parfaitement, on serait, sous son empire, au comble du bonheur, qui est une seule et même chose avec la liberté. Ce n est donc pas la forme du gouvernement qui , en elle-même , est une chose importante. Ce serait même une raison assez faible à alléguer en sa faveur, que de dire qu’elle est plus conforme qu’une autre aux vrais principes de la raison, car, en définitif, ce n est pas de spéculation et de théorie qu’il

lf> 2 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU, s agit dans les affaires de ce monde, mais de pratique et de résultats. C’est là ce qui affecte les indiv idus qui sont des êtres sensibles et positifs, et non pas des êtres idéals et abstraits. Les hommes qui , dans les commotions politiques de nos temps modernes , disent , Je ne ni embarrasse pas d'être libre : la seule chose doat je me soucie, c’est d'être heureux , disq^t une chose à la fois trèssensée et très-insignifiante : très-sensée, en ce que le bonheur est effectivement la seule chose que l’on doive rechercher; très-insignifiante, en ce qu’il est une seule et même

chose avec la vraie liberté. Par la même rai-

son , les enthousiastes qui disent qu’on doit compter pour rien le bonheur quand il s’agit de la liberté, disent une chose doublement absurde ; car , si le bonheur pouvait être séparé de la liberté , ce serait sans doute lui qu’il faudrait préférer; mais on n’est pas libre quand on n’est pas heureux ; car certainement ce n’est pas faire sa volonté que de souffrir. Ainsi la seule chose qui rende une organisation sociale préférable à une autre , c’est qu’elle soit plus propre à rendre heureux les membres de la société : et, si l’on

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