CHAPITRE XI, LIVRE XI. 1G
autre action libre autour de lui, et si d’ailleurs cet homme choisi par le hasard a toujours suffisamment les qualités nécessaires à la délibération qui doit précéder toute action.
Il approuve aussi que la puissance législative soit confiée à des représentans temporaires, librement élus par la nation dans toutes les parties de l’empire. Mais ce qui est plus extraordinaire, il approuve qu’il existe, dans le sein de cette nation , un corps de privilégiés héréditaires, et que ces privilégiés composent, à eux seuls et de droit , une section du corps législatif distincte et séparée de celle qui représente la nation, et ayant le droit d’empêcher par son veto l’effet des résolutions de celle-ci. La raison qu’il eu donne est curieuse. C’est , dit-il, que leurs prérogatives sont odieuses en elles-mêmes , et qu il faut qu ils puissent les défendre. On croirait plutôt devoir conclure qu’il faut les abolir.
Il croit de plus que cette seconde section du corps législatif est encore très-utile pour lui confier tout ce qu'il y a de vraiment important dans la puissance judiciaire , le jugement des crimes d’état; par là elle de-
l68 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU.
vient , comme il ledit, la puissance réglante , dont la puissance exécutive et la puissance législative ont besoin pour se tempérer réciproquement. Il ne s'aperçoit pas , ce dont pourtant toute 1 histoire d’Angleterre fait foi , que la chambre des pairs n’est rien moins qu’une puissance indépendante et réglante, mais seulement un appendice et une avant-garde du pouvoir exécutif dont elle a toujours suivi le sort; et qu’ainsi , en lui donnant un veto et un pouvoir judiciaire, on ne fait autre chose que le donner au parti de la cour, et rendre à peu près impossible la punition des criminels d'état qu'il favorise.
Malgré ces avantages , et malgré les forces réelles dont dispose la puissance exécutive , il croit nécessaire qu’elle possède encore le droit d'apposer son veto sur les résolutions, même unanimes , des deux sections du corps législatif, et qu’elle puisse le convoquer, le proroggr, et le dissoudre : et il pense que la partie populaire de ce corps trouve suffisamment de quoi se défendre dans la précaution de ne jamais voter les impôts que pour un an , comme s’il ne fallait pas tQU-«