CHAPITRE XI, LIVRE XI. 1 6g
jours les renouveler chaque année, sous peine de voir la société se dissoudre; et dans l'attention à ne souffrir ni camps , ni casernes , ni places fortes , comme si on ne pouvait pas à chaque instant 1 y obliger en en faisant naître la nécessité.
Montesquieu termine ce long exposé par cette phrase aussi embarrassée qu’embarrassante : J oici dont la constitution fondamentale du gouvernement dont nous parlons. Le corps législatif étant composé de deux parties , l'une enchaînera l'autre, par sa f aculté mutuelle d’empêcher. Toutes les deux seront liées par la puissance exécutrice , qui le sera ellemême par la législative. A quoi il ajoute cette singulière réflexion : Ces trois puissances devraient former un repos ou une inaction. Mais , comme par le mouvement nécessaire des choses, elles sont contraintes d'aller, elles seront forcées d'aller de concert. J’avoue que je ne sens pas du tout la nécessité de cette conclusion. Il me paraît au contraire trèsmanifeste que rien ne pourrait aller, si tout était réellement enchevêtré comme on le dit, si le roi n’était pas effectivement le maître du parlement, et s’il u’t tait pas inévi-
table qu’il le mène comme il a toujours fait, ou par la crainte ou par la corruption. A la vérité, je ne trouve rien dans tout ce fragile échafaudage qui l’en empêche. Aussi je ne vois en faveur de cette organisation , à mon avis très-imparfaite , qu’une seule chose dont on ne parle pas. C’est la ferme volonté de là nation qui entend qu’elle subsiste ; et, comme en même temps, elle a la sagesse d’être extrêmement attachée au maintien de la liberté individuelle et de la liberté de la presse, elle conserve toujours la facilité de faire connaîtrehautement l’opinion publique; en sorte que, quand le roi abuse trop du pouvoir dont il est réellement en possession, il est bientôt renversé par un mouvement général qui se fait en faveur de ceux qui lui résistent , comme cela est arrivé deux fois dans le dixseptième siècle, et comme cela est toujours assez aisé dans une île, où il n’existe jamais de raison pour avoir sur pied une armée de terre, bien forte. C’est là le seul véritable veto auprès duquel tous les autres ne sont rien. Le grand point de la constitution de l’Angleterre est que la nation a déposé six ou sept fois son roi. Mais, il faut en convenir,