CHAPITRE XI, LITRE XI
ce n’est pas là un expédient constitutionnel. C’est bien plutôt l’insurrection ordonnée par la nécessité , comme elle l'était autrefois , dit-ou , par les lois de la Crète , disposition législative , dont , à mon grand étonnement, Montesquieu fait l’éloge dans un autre endroit de son livre. Malgré cet éloge, il est certain que ce remède est si cruel qu’un peuple un peu sensé endure bien des maux avant d'y avoir recours , et il peut même arriver qu'il diffère assez de s’y déterminer , pour que , si les usurpations du pouvoir sont conduites avec adresse , il prenne insensiblement les habitudes de l’assujettissement , au point de n’avoir plus ni le désir , ni la capacité de s’en affranchir par un pareil moyen.
Une chose qui caractérise bien la vive imagination de Montesquieu , c’est que, sur la foi de trois ligues de Tacite, qui exigeraient de grands commentaires, il croit avoir trouvé chez les sauvages de l’ancienne Germanie , le modèle et tout l'esprit de ce gouvernement , qu’il regarde comme le chefd’œuvre de la raison humaine. Dans l’excès de son admiration , il s’écrie : Ce beau système a été iïouvé dans les bois ! et, un mo-
172 COMMENTAIRE SÜR MONTESQUIEU, ment après , il ajoute : Ce ri est point à moi d examiner si les Anglais jouissent actuellement de la liberté , ou non : il me suffit de dire quelle est établie par leurs lois , et je n’en cherche pas davantage.
Je crois pourtant que le premier point méritait bien, d’être examiné par lui , ne fùt-ce que pour s’assurer qu’il avait bien vu le second ; et , s’il avait cherché davantage dans leurs lois , il aurait trouvé que, chez les Anglais, il n’existe réellement que deux puissances au lieu de trois ; que ces deux puissances ne subsistent en présence l’une de l’autre , que parce que l’une jouit de toute la force réelle et n’a presque aucune faveur publique, tandis que l’autre n’a aucune force et jouit de toute la faveur, jusqu’au moment où elle voudrait renverser sa rivale , et quelquefois y compris ce moment ; que de plus , ces deux puissances , en se réunissant r sont également maîtresses de changer toutes les lois établies , même celles qui déterminent leur existence et leurs relations , car aucun statut ne le leur défend , et elles l’ont fait plusieurs fois; que, par conséquent, la liberté n’est véritablement pas établie par les lois polili-