C'est moi ». TIII
Jésus venait de s'appliquer deux symboles particuliers <iue rappelait naturellement la fête. Le témoignage suivant est une affirmation plus générale sur sa mission; il résume et couronne les deux précédents.
V. a ei a. € Jésus leur dit donc de nouveau* : Je m'en vaiSy et vous me chercherez; et vous mourrez dans votre péché; W oii je vais, vous ny pouvez venir. 22 Les Juifs disment donc : Se tuera-t-il lui-même, car il dit : Ut ou je vais, vous n'y pouvez venir f » — Le donc parait faire allusion à la liberté dont Jésus continuait à jouir (V. 20), malgré ses déclarations précédentes. Rien n'empêche d'admettre que ce témoignage nouveau n'ait eu lieu encore dans la même journée, le dernier et grand jour de la fête. Cette supposition est conforme au ton grave et solennel du discours suivant. C'était la dernière fois que Jésus se trouvait au milieu de tout son peuple rassemblé, avant la fête où il devait verser son sang pour lui. Dès le lendemain, cette multitude allait se disperser tlans tous les pays du monde.
Le V. 21 avertit les auditeurs de l'importance de cette heure. Jésus, et en sa personne le Messie, n'est plus avec eux que pour peu de temps. Une fois le rejet consommé, le ciel, où il va rentrer, leur sera fermé; il ne restera que la perdition. Cette déclaration est une répétition plus accentuée de Vil, 33-34. Comme le dit Meyer, le chercher des Juifs n'est pas celui de la foi ; ce sera le soupir après la délivrance extérieure. — 'Ev -zr, a[jLapTia ujxcov, dans votre péché^ indique l'état de dépravation intérieure et, par conséquent, de condamnation dans lequel les surprendra la mort; Jésus seul eût pu les tirer de cet état moral. Hengstenberg et d'autres traduisent : par votre péché. Ce sens de £v est possible ; mais il ne convient pas aussi bien au pluriel à|/.apTiai que nous trouvons v. 24, dans une parole toute semblable. Le péché est ici Fégarement du cœur, Téloignement de Dieu, en général; au v. 24, ce seront les
* N : eXc^Ev ojv au lieu do eitiîv ouv jraXiv.
manifestations particulières de cette disposition. XIII, â^ JésQS parie aux apôtres, dans les mêmes termes que dans^ la fin de notre verset, de l'impossibilité de le suivre ; mais^ pour ceux-ci l'impossibilité ne doit être que momentanée lipTi, à cette heure)y car Jésus reviendra les chercher (XIV, 6). Pour les Juifs, au contraire, plus de pont entrela terre et le ciel ; la séparation est consommée par le rejet de celui sans lequel nul ne parvient au Père (XIV, 6). — A leur tour, et comme par une sorte de revanche,. les Juifs renchérissent sur la réponse qu'ils avaient faite à sa déclaration précédente, VII, 35. Là, ils le ridiculisaient comme le Messie des païens ; ici, ils le stigmatisent comme celui des trépassés. Certes, disent- ils, si c'est dans THadès que tu veux descendre, nous n'avons pas rintention de t'y suivre. Cette moquerie n'a pas besoin d'être expliquée par l'idée qu'un châtiment particulier attendait dans l'Hadès ceux qui s'ôtaient la vie (Josèphe, BelLjud, III, 8, 5). — L'imparf. l>.cyov, disaient^ désigne dans ces entretiens des Juifs avec Jésus, l'objection comme demeurant, pour ceux qui la font. — Les paroles suivantes^ sont destinées à leur expliquer le : vous ne pourrez pas^ qui les irrite :
V. 23-25. € Et il leur dit^ : Vous êtes d' en-bas, moi je nus d! en-haut; vous êtes de ce monde, moi je ne suis pas de ce monde. 24 C'est pourquoi je vous ai dit que vous mourrez dans vos péchés; car, si vous ne croyez^ pas 9ue c'est moi,,., vous mourrez dans vos péchés, 25 Ils lui disaient donc: Qui es-tu, toi? Jésus leur dit^ : Précisément ce qu'aussi je vous déclare. » — Un abime sépare
* « B D L T X : eXe-^ev au lieu d'£i;:£v.
* H D lisent jiiot après ;n<rrsua7jTe.
' H D lisent ouv après etrev.
le ciel, la vie en Dieu, patrie de Jésus, de la terre et de la ATÎe de ce monde, patrie naturelle et morale des Juifs (v. 33); or la foi en Jésus eût seule pu jeter pour eux un pont sur cet abime (v. 34). Le parallélisme entre les expressions < d* en-bas » et € de ce monde i> (v. 23), ne permet pas de renfermer dans la première (comme nous avions cru pré- -cédemment pouvoir le faire) Tidée de THadès (v. 22). Les termes d'en-bas et d^en-haut désignent l'opposition d'origine et de natui*e uniquement; la seconde antithèse : de ce monde et non de ce monde, ajoute à ce contraste naturel celui de la disposition morale; tous les deux n'eussent pu être surmontés et résolus que par la foi. Le monde désigne la vie humaine constituée indépendamment de la volonté divine et, par conséquent^ en opposition avec elle. La forme négative : Moi^ je ne suis pas de ce monde j exprime avec force la répulsion qu'inspire à Jésus tout ce système d'une vie humaine destituée du souflle divin.
Leur perdition est en conséquence certaine, s'ils refusent de s'attacher à lui, puisque seul il eût pu les élever au ciel (v. 24). La courte proposition par laquelle Jésus formule le contenu de la foi ( « si vous ne croyez pas que je suis,,,. y>), est remarquable par Tabsence d'attribut. Toute l'attention se porte ainsi sur le sujet : eyw, moi, moi et nul autre. L'attribut sous-entendu est, d'après ce qui précède: celui que vous cherchez et attendez; celui qui seul peut vous affranchir de la condamnation et vous élever au ciel; ou, en dernière analyse, l'idée du Messie. Plusieurs, tirant l'attribut du verbe, interprètent : € que je suis Celui qui suis, v d'après Ex. 111, 44. Ce rapprochement n'est justifié ni par l'expression elle-même, ni par le <îontexte. Hengstenberg compare avec plus de raison cette parole de Jéhovah, Dcul. XXXll, 39 : « Voyez maintenant /jue cest moiy et quil n'y a pas d'autre Dieu que moi
(LXX : litre on lyci 8Î(jli). » Es. XLIH, 10 : € Afin que vous
reconnaissiez que c'est moi, i> Dans ces paroles de Jéhovah,
Tattribut sous-entendu est évidemment : Dieu, le vrai, le
seul Dieu ; tout ce que vous vous représentez quand vous
prononcez ce nom, et par conséquent celui en qui se
trouve la satisfaction parfaite de toutes vos aspirations.
La parole de Jésus a au fond le même sens , et il serait
incompréhensible qui3, sans la conscience de sa divinité,
il eût pu s'approprier cette formule qui, dans l'A. T., était
comme la signature de Jéhovah.
En s'exprimant ainsi, Jésus s'est évidemment déclaré le personnage attendu , le Messie , mais tout en évitant le terme de Christ; car ce terme était sujet à trop de malentendus en Israël. Mais c'est précisément ce mot que ses auditeurs voudraient lui arracher; et voilà le but de cette question : Qui es-iu donc, toif En d'autres termes : c Aie enfin le courage de trancher le mot! » On pouvait espérer en effet d'exploiter contre sa vie une déclaration expresse sur ce point. La réponse de Jésus est l'un des passages les plus controversés de l'évangile. Il y a deux classes principales d'interprétations : \^ Celles qui donnent à àpyvî, commencement, un sens temporel. Les uns donnent à la phrase une tournure affirmative : € Ce que je vous dis dès le coinmencement de mon enseignement» (Tholuck et autres), ou: cJe suis dès le commencement, dès l'éternité, ce que je vous déclare > (Cyr., Fritzsche, Hengstenb., etc.). Mais, dans le premier cas, l'inversion de r^iV «pyvîv n'estelle pas bien dure, et le parf. yjL\i\-nv.oL n'eùt-il pas convenu mieux que le prés, >.a>.03? Dans le second, le sens de âpyr; eût été absolument impénétrable pour les auditeurs, et au lieu du terme \9îkC>, qui ne porte que sur la forme, il eût fallu >iyb>, qui se rapporte au contenu. Enfin dans les deux cas l'expression &, «PX^Ç ou oêir'apy^; eût été plus^
claire. Les autres donnent à la phrase une tournure interrogative; par ex. Meyer : € Ce que je vous enseigne sur moi-môme dès le commencement.... (c'est lace que vous demandez?)» Mais on lui demandait ce quil élail^ non ce qu'il enseignait. Et le xai, aussi ^ avec X«>.co, n'a aucune valeur. — 2*^ Les interprétations qui donnent à ap/rî un sens logique et à ttiv âpyr'v un sens adverbial : avant tout ou absolument ,^ïi^ doute, il n'y a pas d'exemple de cet emploi dans le N. T., mais il est fréquent dans le grec classique. Luthardt : « avant tout, ce que je vous déclare, » d'où il résulte que si vous voulez savoir qui je suis, vous n'avez qu'à commencer par bien peser mes témoignages sur ma personne. Le sens est bon ; mais ce avant tout ferait allusion à quelque aulre moyen subséquent de le connaître qui reste dans le vague. Liicke : e En général, comment se fait-il [qu'est-ce que cela que] je parle encore avec vous? i Mais la pensée est oiseuse en elle-même, et sans relation soit avec la question précédente, soit avec la réflexion suivante. Le sens qui me paraît le plus vraisemblable est celui que Winer a défendu dans sa grammaire du N. T. (§ 54, 1) : «Absolument ce qu'aussi je vous déclare. » En d'autres termes : cCe que je suis? Ni plus, ni moins que ce que renferme ma parole. » Il en appelle à ses témoignages comme à l'expression adéquate de son être. Ils n'ont qu'à sonder la série de ses déclarations sur lui-même; ils y trouveront l'analyse complète de son essence et de sa mission. Ce sens rend parfaitement compte : 1 . de la position saillante du mot TYjv apj^vfv; 2. du choix du pronom o ti, tout ce que, « tout ce que j'ai pu vous dire ; » 3. de la partie. }cai, aussi, qui fait expressément ressortir l'identité entre son être et son dire; i. de l'emploi du verbe XaXeîv, énoncer, au lieu de Wyeiv, dire, enseigner, — car Jésus accentue ici l'identité de la forme (le parler) avec le fond (Vêtre) ; — et
enriii 5. du temps présent du verbe, car les témoignages ne sont pas à leur terme. On objecte, il est vrai, que ty,v iffriTé n'a ce sens que dans des propositions négatives. Mais le sens de la proposition est essentiellement négatif : « Ce que je suis? Absolument pas autre chose que ce que j'énonce. Et peut-on exiger du N. T. toute la rigueur des formes classiques? — Nous omettons une foule d'explications qui ne sont que des variétés de ces sens principaux ou qui s'en écartent trop complètement pour pouvoir être prises en considération. ,
L'application de cette réponse de Jésus était qu'il suffisait d'approfondir le témoignage qu'il se rendait depuis longtemps à lui-même, pour y découvrir la vraie nature de son être et de son rôle envers Israël et envers le monde. On ne doit chercher dans sa personne rien de moins et rien <ie plus que ce qu'il affirme. Sur cette voie on apprendra successivement à le connaître comme le vrai temple (cl). Il), comme l'eau vive (ch. IV), comme le vrai Fils (ch. V), comme le pain du ciel (ch. VI), etc. Et c'est de eette manière que son nom de Christ s'épellera en quelque sorte lettre après lettre dans le cœur du croyant, s'y formulera comme une découverte spontanée, ce qui vaudra infiniment mieux que s'il l'avait appris de mémoire par un enseignement extérieur. Pour être salutaire en effet , celte profession : c Tu es le Christ, ^ doit être, comme chez Pierre (VI, 66-69), le fruit des expériences de la foi. Comp. Hatth. XVI, 17 : c Ce n'est pas la chair et le sang qui t'a révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux. » Telle a été l'origine de l'hommage du jour des Rameaux. Jésus n'a jamais cherché ni accepté une adhésion procédant d'un autre principe. Cette réponse est l'un des traits les plus caractéristiques de la sagesse de Jésus. Elle explique parfaitement pourquoi, dans les synoptiques, il interdit ^u\ Douze de dire qu'il est le Christ.
V. 26 el 27. « J'ai beaucoup de choses à dire et de jugements à porter sur votre compte ; mais celui qui via envoyé est véridique; et ce que j'ai entendu de lui^y c'est là ce que je déclare * au monde. 27 lis ne comprirent pas qu'il leur parlait du Père^. * — Plusieurs inlerprèles anciens et moiiernes lient étroitement ce v. au précédent, en faisant des mois : on xai >.a\w Opiiv, une proposition incise, et de T:uùk e/o» la suite de la proposition commencée par T7;v ap/Y;v (ainsi Hengel, Hofinann, Uaumiein) : «Pour le moment sans doute, j'ai encore — ce que je fais aussi — beaucoup à vous dire.» Mais ce sens de ty.v ap/Tiv est oiseux; et il en est de même de celui de la proposition incise. — Le V. 20 ne continue pas la pensée du v. 25. 11 renoue avec le v. 24. Car le v. 25 était dû à une interruption de la part des auditeurs. Dans les v. 21-24', Jésus avait prononcé des choses sévères sur Tétai moral du peuple; il reprend au V. 20 : c De ces déclarations (>.a>eîv) et de ces sentenceslà (xpiveiv), j'en ai encore beaucoup {r:tiXki en tète de la pbr.) à prononcer sur votre compte. Mais, ajoute Jésus, quelque pénible que soit pour moi celte mission, je ne puis me dispenser de la remplir. Car celui qui me dicte mon messajic est la vérité même, et je ne suis ici-basque pour faire entendre dans le monde ce qu*il me révèle. > Le contexte ainsi compris est si clair que je crois pouvoir me dispenser d'énumérer les explications différentes données par Lùcke, de Welle, Meyer, etc. f^ dernier trouve ici ce contraste : « Quoique je relève beaucoup de choses, jéTî'en relève pourtant qu'une partie. » .Mais la vraie antithèse est celle-ci : « J'ai beau déclarer beaucoup de choses; elles n'en sont pas moins toutes vraies, i»
* K lit rap* auTco au lieii de Twtp* auTOu.
* Les Mss. se partagent entre Xs-j-w E F G etc., et XaXto (ABD etc.; ' K D 3 Mnn. IlP'^^ui ic Vg. ajoutent tov Osov à la lin du verset.
La critique déclare impossible l'inintelligence des Juifs mentionnée au v. 37. Nous ne saurions admettre l'expédient de Meyer, qui pense que ce sont ici de nouveaux auditeurs, étrangers aux discours précédents. Mais nous ferons remarquer que, dans ce qui précède , Jésus avait parlé uniquement de celui qui lavait envoyé, sans prononcer le nom ni de Dieu, ni du Père. Or, à supposer que ses adversaires ordinaires ne pussent se méprendre sur le sens de sa parole, la foule de ses auditeurs, en l'entendant parler mystérieusement de celui qui [avait envoyé^ ne pouvait-elle pas penser à un autre être que Dieu même^ à quelqu'un de ces prophètes messianiques, par exemple, attendus en grand nombre, et avec qui Jésus aurait été en relation secrète, comme le Messie devait l'être avec Elie avant sa manifestation? Que l'on pense aux étranges malentendus des apôtres eux-mêmes dans les synoptiques. Après dix-huit siècles de christianisme, bien des choses, dans les discours de Jésus, nous paraissent évidentes, qui, par leur nouveauté et l'opposition qu'elles rencontraient dans des préjugés invétérés, devaient paraître bizarres à l'excès au plus grand nombre de ses auditeurs. Sans doute, si le cœor eût été mieux disposé, l'esprit eût été plus ouvert. A cette inintelligence de ses auditeurs actuels, Jésus oppose le plein jour qui se fera plus tard chez eux sur sa mission, à la suite du grand crime national qu'ils sont sur le point de commettre.
V. 28 et 29. c Jésus leur dit * donc : Lorsque vous aurez élevé le Fils de C homme, alors vous connaîtrez que cest woi, et que je ne fais rien de moi-même^ mais que je ne parle que diaprés les enseignements* de mon Père^, 29 et
* B L T omettent auTot; après eirev, et N D ajoutent 7:aXiv.
' M : ouTcoç, au lieu de laura.
' Moj est omis par K D L T X ItP»e»'*<i««.
3e Vol. 6
que celui qui ma envoyé est avec moi. Le Père * ne m'a point laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. > — L'élévation du Fils de Thomme se rapporte avant tout à la mort de la croix ; c'est ce qui ressort de la seconde personne : vous aurez élevé. Mais Jésus ne pouvait espérer que la croix ferait par elle-même tomber les écailles des veux des Juifs et leur arracherait cet aveu : C'est lui ! Elle ne pouvait produire cet effet qu'en devenant pour lui le marchepied du trône et le passage à la gloire. Le mol élerer renferme donc ici la même amphibologie que III, ii, et la seconde du pluriel prend ainsi une teinte marquée d'ironie : a Lorsque, en me tuant^ vous m'aurez élevé sur le trône. ^ Le terme Fils de l' homme rappelle cette apparence chétive qui actuellement est le motif de son rejet. La reconnaissance de Jésus ici prédite a eu lieu dans la conscience de tous les Juifs sans exception, lorsque, après l'envoi du Saint-Esprit, l'essence parfaitement sainte et divine de sa personne, de son œuvre et de son enseignement, a été manifestée en Israël par la prédication apostohque et par l'existence de l'EgUse. L'inintelligence a pris fin pour tous bon gré mal gré et s'est transformée en foi chez les uns, chez les autres en endurcissement volontaire. Cette reconnaissance ne cesse point de s'opérer en Israël par le spectacle du développement de l'Eglise; elle aboutira à la conversion finale de ce peuple, lorsqu'il s'écriera tout d'une voix, comme dans un nouveau jour des Rameaux : € Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! 9 (Luc XIII, 35). Quelle dignité calme, quelle sereine majesté, dans ces mots : c Alors vous connaîtrez...! 1^ Ils rappellent, comme l'observe Hengstenberg, ces déclarations graves et menaçantes de Jéhovah : « Mon
* N B D L T X 5 Mnn. Iipierique Vg, Gop. retranchent 0 r.xrttp après
(AOVOV.
m\ n'aura plus compassion de loi..., et vous connaîtrez ijue je suis CEternel. » Ez. VII, 4. Ck)nnp. la même formule El. XI, 10; XII, 20; Ex. X, 2, etc. La présence de Dieu, dans celui qui parlait ainsi, était plus qu'affirmée; elle se faisait immédiatement sentir à tout vrai Juif. Les interprèles prétendent que Jean eût dû écrire oSto»;, au lieu de TTjTa, et qu'il y a ici une légère incorrection. Mais la pensée est celle-ci : € et que je déclare ces choses (TaOra) conformément à (xo^wç) renseignement que j'ai reçu du Père. > L'expression est parfaitement correcte. — Il nous parait que toute la fin du verset, depuis oti, et même que la première proposition du v. 29, dépendent de -j'vcodecOe, vous connaîtrez. Jésus reprend ici toutes ses affirmations précédentes, en les répétant comme contenu anticipé de cette reconnaissance future qu'il prédit : c (/ue c*est moi, . . ;» comp. V. 24 ; « que je ne fais et n enseigne rien de moimême: comp. VII, 16. 17; c que le Père est avec moi (et <}ue nous sommes réellement deux); » comp. VIII, 16. 18. Ce verset signifie donc : c Vous-mêmes direz alors amen é toutes ces déclarations que vous rejetez à cette heure. » En face du présent qui lui échappe, Jésus met avec assurance la main sur l'avenir; car son Père est avec lui. Ce Yersel solennel met ainsi le sceau à tous les discours qui précèdent et qui ont magnifiquement rempli ce grand jour qui terminait la fête.
On trouve ordinairement (Tholuck, Lùcke, etc.] dans la fin du V. 29 ( € le Père ne m'a point laissé seul » ) une consolation que Jésus s'adresse à lui-même : c Vous pouvez m'abandonner; Dieu, lui, n'abandonnera ni moi ni ma cause. > Mais ces derniers mots se rattachent trop naturellement à ceux qui précèdent immédiatement : c Et que cplui qui m*a envoyé est avec moi, » pour qu'il soit possible de les en isoler, en leur attribuant un but tout diiïé-
rent. Jésus justifie simplement l'idée de sa comrounioD constante avec le Père (^) par le fait de sa propre fidélité qui en est la condition. On serait tenté d'entendre les mots oi»x â(prxe dans ce sens : c En m'envoyant, il ne m'a pas laissé venir seul ici -bas; il a voulu m'accompagner lui-même. > Ce serait le sens le plus simple de Taor. à^iixc. Mais alors, comment comprendre ce qui suit : c Parce que je fais toujours ce (fui lui est agréable »? Hengstenberg a recours à la prescience divine : c II ne m'a pas laissé venir seul, sachant bien que je lui serais fidèle en toutes choses. » Mais il est plus simple d'entendre l'anr. â^xe dans le sens où nous le trouvons dans le passage Act. XIV, 17 : « Dieu ne s est pas laissé lui-même sans témoignage. > c Dieu, dans aucun moment de ma carrière, ne m'a laissé marcher seul, parce que dans tous les moments je fais ce qui lui plait. i> Un instant, un seul, où Jésus eût agi ou parlé de son chef, eût été le signal d'une rupture ; car Dieu se fut retiré de Jésus à l'instant et dans la mesure où une volonté propre se fût fixée en lui. La dépendance volontaire et complète du Christ était donc la condition constante du concours du Père. X, 17; XV, 10 expriment la même pensée. — Ta ift^zi, ce qui lui est agréable ^ désigne la volonté du Père, non au point de vue de la lettre d'un code quelconque, mais dans ce qu'elle a de plus spirituel et de plus intime. On voit par cette parole que Jésus avait la conscience, non seulement de n'avoir pas commis le moindre pèche positif, mais encore de n'avoir pas négligé le moindre bien; et cela dans les sentiments comme dans la conduite extérieure.
La tendance des premiers discours de Jésus, lors de son arrivée à la fête, avait été apologétique ; c'est aussi le caractère de cette dernière parole, par laquelle il atteste, avec une noble candeur, la pureté irréprochable de toute sa vie aux yeux de Dieu même.
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