‹ Commentaire sur l'Évangile de saint Jean (volume 2)Chapitre 15 sur 66 · Le résultat moral : v · texte numérisé non relu

Le résultat moral : v

Les V. 35-38 présentent le résultat moral de ce miracle, €t les V. 39-44 formulent celui de l'activité de Jésus en général.

* Theol. Jahrb,, t. III, p. 419.

V. 35-38. € Jésus apprit qu'ils Cavaieni chassé dehors; et l'ayant rencontré^ il lui dit : Crois-tu, loi, au Fils de Dieu » ? 36 // répondit et dit : Et * qui est-il. Seigneur, afin que je croie en lui? 37 Jésiis lui dit : Et tu F as vu, H celui qui parle avec toi, c'est lui, 38 // dit : Je croii, Seigneur. Et il se prosterna devant lui^. ^ — Pour alleiodre le vrai but que Jésus s'était proposé, la guérison corporelle de l'aveugle devait aboutir à son illumination spirituelle; et certes sa Tidélité courageuse en face des ennemi» de Jésus le rendait digne d'obtenir cette nouvelle grâce. Cette transition est exprimée dans le texte par les premiers mots du V. 35 : Jésus apprit... et... — Dans la queslioa que Jésus adresse à cet homme^ il faut préférer sans hési* ter la leçon Fils de Dieu à celle de trois anciens alei. : Fils de V homme. Car elle explique seule l'acte d'adoration par lequel se termine celte scène (v. 38). Nous avons déjà montré que le terme Fils lU* Diru n'est jamais synonyme de celui de Messie (t. II, p. 16G et 187 et suiv.). Il ne désigne pas seulement une cliarge théocratique , mais il exprime toujours une relation personnelle entre Dieu et le personnage ainsi désigné. Seulement, ici, comme I, 34, il faut distinguer entre le sens plein qu'a ce terme dans la pensée de celui qui l'emploie, et le pressentiment confus qu'il éveille dans l'esprit de l'auditeur. — La question: Crois- tu? ne signifie pas: «Ks-tu disposé à croire?» (Lûcke.) C'est une de ces questions comme en fait quelquefois Jésus, qui dépasse la lumière actuelle de celui à qui elle est adressée, mais qui par là même est propre à

* Au lieu de tou Oeoj, N B I) Sah. lisent toi» avOctonou.

* Kai est omis par AL beaucoup do Mnn. It. \^. Mais il est appuyé par M Mjj. et un «^rand nombre de Mnn.

' N omet le v. 38 et les premiers mots du v. 39 ,just]u'à v.; xstj*» non compris .

GHAP. IX, 35-38. 139

amener l'explication voulue, c Toi qui viens de te conduire avec tant de courage, crois-tu donc? » Jésus prête à la conduite de Taveugle une valeur qu'elle n'a encore qu'implicitement. Cet homme l'avait reconnu pour un prophète et l'avait courageusement proclamé tel; il s*était donc engagé à recevoir le témoignage de Jésus sur lui-même^

[ quel qu'il pût être. L'aveugle accepte, sans hésiter, cette conséquence de ses paroles précédentes. Et c'est celte relation qu'exprime, avec beaucoup de vivacité, la particule xai, et y au commencement de sa question. Ce mot sert en effet à identifier la lumière qu'il attend avec celle que Jésus vient de lui offrir. Comp. Luc XVllI, 26. — Jésus eût pu répondre: C'est moi-même. H préfère se désigner par une paraphrase rappelant son œuvre ; car son œuvre est la garantie de son témoignage. Les mots : Tu tas vu, rappellent à cet homme le prodige par lequel il lui

: • aélé donné de pouvoir contempler celui qui lui parle en

[ ce moment. Ainsi : < Ton médecin dans lequel tu as reconnu un prophète, et ce prophète lui-même qui te parle maintenant avec son autorité divine, c'est lui qui est le

r Fils de Dieu. » Le premier e/, dans la réponse de Jésus : iet tu l'as vu, » renferme une belle corrélation avec celui de l'aveugle -né. Ces et successifs dépeignent Tenchainemenl prompt^ facile, naturel de tous les faits moraux qui forment l'essence de ce récit. Dans ce développement rapide, un progrès n'attend pas l'autre. — Le v. 38 exprime par la parole et par le fait le couronnement de cette illumination graduelle. Dans cette circonstance où il n'y a ni pardon à demander, ni supplication à présenter, la génuflexion ne peut être qu'un hommage d'adoration ; d'ailleurs cet acte est certainement en rapport avec l'expression Fils ^^ Dieu, et, comme le dit Meyer, le terme TrpoGxuvetv, se P^'osterner, est toujours appliqué chez Jean à l'adoratioa divine (IV, 20 et suiv.; XII, 20).

En face de cet homme prosterDé à ses pieds et înlérieiirement illuminé, Jésus se sent appelé à proclamer l'effet général que son ministère va produire dans le monde entier :

V. 39-41. € Et Jésus dit : Je suis venu dans ce monde pour eœercer ce jugement : que ceux qui ne voient poSy voient, et que ceux qui voient, deviennent aveugles, 40 Et ceux des pharisiens qui étaient avec lui, entendirent ces paroles ' et lui dirent : Et nous, sommes -nous autti aveugles f 41 Jésus leur dit : Si vous étiez aveugles, vous n auriez pas de péché: 7nais maintenant vou^ dites: Nous voyons; en conséquence* rotre péché ^ subsiste*. » — Eî- TTcv, il dit, sans régime personnel, indique une réflexion générale que Jésus fait à Toccasion de ce qui vient de se passer. — Proprement, la venue de Jésus a pour but d'éclairer le monde ; mais, ce but ne pouvant être atteint chez lous, parce que tous ne veulent pas se laisser éclairer, il y en a un secondaire : c'est que ceux qui repoussent ia lumière, soient aveuglés par elle. — Le terme xpip désigne un résultat de la venue de Jésus plutôt qu'un aek judiciaire exercé par Jésus lui-même (jcûi^îi;). Ce résultat est voulu, sans doute (et;) ; mais il est proprement l'œuvre de l'homme. — Le terme dans ce monde rappelle l'expression lumière de ce inonde (v. 5). — La plupart des interprètes (Calvin, Lûcke, Meyer, etc.) donnent à l'expression : Ceux qui ne voient pas^ un sens subjectif: «Ceux qui sentent et reconnaissent qu'ils ne voient pas. ^ Cette interprétation amoindrit, arbitrairement, le sens de l'expression employée par Jésus el ne convient point au contexte, puisque l'homme dont la ^ruérison occasionne cette parole,

* N D Ili»««^rique Vg ^op. Omettent lauTa.

* N B D K L X {|uelques Mnn. Iipi«riquc Vg. Cop. omettent ouv. ' f) L X : ai a'xaGTtai... (Xcvoj^tv [au lion du sing.).

ne sentait pas sa cécité plutôt que les autres aveugles que Jésus n*a pas guéris. Ceux qui ne voient pas sont donc des gens qui réellement sont dans un état d'ignorance. Ce sont ceux que les chefs eux-mêmes appellent VII^ 49 : Celtemultitude qui ne connaît point la loiy les ignorants en Israël, ceux que Jésus désigne Luc X, 22 comme les petits mfants (wiinot). Ceux qui voient sont par conséquent ceux qai, dans tout ce chapitre, ont dit en parlant d'euxmêmes : Nous savons y les experts dans la loi, ceux que Jésus appelle, dans le même passage de Luc, les sages et le$ intelligents (aotpot xat ouvctoi). Tandis que les premiers n'ont aucun savoir propre, qui les empêche de se livrer à la révélation de la vérité apportée au monde par Jésus,, les autres, prenant leur savoir imparfait pour une connaissance complète, l'opposent à la révélation nouvelle, et, eomme nous venons de le voir dans ce chapitre, prétendent même anéantir les faits par leurs axiomes théologiques. De là, il résulte que, tandis que les premiers reçoivent avec empressement les rayons du soleil qui se lève sur le monde, la faible lumière que possédaient les seconds s'obscorcit tout à fait, de sorte qu'ils tombent dans des ténèbres complètes. — Il faut remarquer l'opposition délicate «Ire pi^l fi>iirovTe<; (ceux qui ne voient pa>s) dans le premier membre, qui désigne une vue non encore développée, elTufW, aveugles^ dans le second, qui. désigne la cécité absolue résultant de la destruction de l'organe. Ce passage exprime donc la même pensée que cette parole de Jésus dans les synoptiques : ^Je te loue. Père, Seigneur du ^i^l et de la terre^ de ce que tu as caché ces choses aux *^e« et aux intelligents^ et de ce que tu les as révélées ^ux petits enfants it (Matth. XI, 25; Luc X, 21). Meyer objecte que dans ce cas le voir ou le ne pas voir se rapportent à la loi et le devenir aveugle à l'Evangile, qu'il y

aurait ainsi une duplicité de rapports inacceptable. Mais aux yeux de Jésus (comp. V, /f5 et suiv.) la loi et l'Evangile ne sont qu'une même lumière morale croissante; Il connaissance de la loi devrait donc conduire, si elle était sérieusement appliquée, à la reconnaissance de l'Evangile.

Des pharisiens qui se trouvaient en ce moment dans le cortège de Jésus, lui demandent ironiquement s'il les range aussi au nombre des aveugles, eux, les docteurs d'lsi*aél. Je ne pense pas qu'ils distinguent strictement entre les non vof/anLs et les aveugles du v. 39. Ils s'en tiennenli l'idée générale de cécité et demandent si elle s'applique aussi à eux.

La réplique de Jésus à ce sarcasme (v. 41) est d'un sérieux écrasant. Au lieu de les traiter d'aveugles, comme ils s'y attendaient sans doute, Jésus leur dit, au contraire : Plût h Dieu que vous le fussiez ! Il prend ici ce mot dans le sens de ceux qui ne voient pas dans la première proposition du V. 39; c'est-à-dire : ceux qui n'ont pas les connaissances religieuses fournies par l'étude approfondie de la loi. C'était bien là le sens de cette expression qui dominait dans la pensée des interrupteurs. S'ils eussent réellement appartenu à la portion ignorante de la nation , lear incrédulité eut pu n'être qu'une aiïaire de surprise oo d'entraînement; ce serait le péché contre le Fils de r homme qui peut être pardonné dans ce siècle, ou même dafis l'autre. Mais, éclairés, comme ils l'étaient, par la connaissance de la loi et des prophètes, c'était sciemment qu'ils rejetaient le Messie : t Voilà le FilSy c'est [héritier; venez ^ tuons -le y et C héritage sera à nous. » C'est là le péché contre la lumière du Saint-Esprit, contre la vérité clairement discernée ; il est impardonnable : pivet, // demeure. — Ce sens, qui est aussi celui de Luthardt, me parait bien plus naturel que celui de Calvin, Meyer et la

plapart : c Si vous sentiez que vous ne voyez pas, si vous consentiez à reconnaître votre ignorance, je pourrais vous en guérir; mais vous vous vantez présomptueuseinent de Tolre savoir ; c'est pour cela que votre maladie est incurable.» L'expression : VotÂSy vous dit^s (vous-mêmes dites), ne prouve rien en faveur de ce dernier sens et contre le noire, comme le prétend Meyer. Car ces mots renferment une allusion à la question ironique des pharisiens (v. 40), par laquelle ils niaient leur aveuglement; ainsi ils témoignaient de leur propre bouche que ce n'étaient pas les lumières qui leur avaient manqué, a Vous reconnaissez îous-mémes, en disant à tout propos : nous savons (voir tout le récit précédent], que vous n'êtes pas de ceux qui ignorent les révélations préparatoires que Dieu a accordées à son peuple. Vous êtes donc sans excuse, i

Le rapport signalé ici entre les ignorants et les savants en Israël s'est reproduit en grand dans la relation entre les païens et les Juifs, et avec le même résultat. Le péché If des païens, qui ont si longtemps persécuté l'Eglise, leur a ^ ^té pardonné, tandis que le crime, consciemment commis par Israël, du rejet du Messie, pèse encore sur ce peuple. Jésus savait bien que ce jugement, auquel devait aboutir !: sa venue, embrassait le monde entier; c'est pourquoi il r <iiiau V. 39 : € Je suis venu dans ce mondCy afin que... » Et ce même sentiment se retrouve au fond du morceau -suivant. Comp. X, 3. 4. 16.

DEUXIÈME SECTION Lie premier discoars.

Le discours suivant comprend trois paraboles : celle du ^^rger (v: 1-6), celle de la porte (v. 7-10] et celle du bon

berger (v. 11-18); ce morceau se termine par une cooclusion historique (v. 19-21).

Ce discours n'est point, comme ceux des ch. V et VI, le développement d'un thème fourni par le miracle qui avait précédé ; Jésus n'y explique point, à l'occasion de la guérison de Tavcuglc-né, comment il est lui-même la lumière du monde ; mais il n'en est pas moins en relation étroite avec les faits racontés dans le chapitre précédent : il n'est, h proprement parler, que la reproduction de ces faits soos forme de parabole. L'irruption violente des voleurs im la bergerie représente les procédés tyra uniques des phari* siens dans la théocratie, procédés dont le chap. IX venai d'offrir un échantillon; le charme qu'exerce sur les brdMt la voix du berger et la fidélité avec laquelle elles s'atUchent h ses pas, rappellent la foi naïve et persévérante (h l'aveugle ; enfin la conduite pleine de tendresse de Jésu! envers cet homme maltraité et outragé se retrouve dat le tableau du bon berger intervenant en faveur de se brebis.

Les trois paraboles forment trois tableaux giadués. i l'occasion de l'expulsion violente de Taveugle-né, Jésa contemple avec amour le vrai troupeau messianique qo commence h se dégciger de l'ancienne communauté israé lite; c'est le premier tableau. Puis il dépeint les douces ( glorieuses prérogatives dont jouira ce troupeau, une foi qu'il sera groupé autour de sa personne, en oppositio aux traitements cruels qu'auront à subir les membres d l'ancien peuple qui restent sous la direction malfaisante d leurs chefs actuels; c'est le second tableau. Enfin, il fai ressortir le sentiment qui est l'àme de son ministère mes sianique : l'amour pour le troupeau, amour poussé jas qu'au sacrifice complet de lui-môme; c'est le troisièin tableau. On voit qu'il n'y a rien de vague et de banal dao

ciiAP. X, 1-5. i4r>

;s peintures. Elles sont le (idéle i-ctlet de l'état des choses « moment même on parlait Jésus.

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