‹ Commentaire sur l'Évangile de saint Jean (volume 2)Chapitre 16 sur 66 · I. — Li* herr/er : v. 1-G · texte numérisé non relu

I. — Li* herr/er : v. 1-G

V. 1-5. c( En vérité j en vérité y je com dis (lue celui qui neutre pas par la porte dans renclos des brebis, mais qui monte par (juelfjue autre endroit, celui-là est un larron et un brigand: 2 7nais celui <jui entre par la porte, est b* l)erger des brebis. 3 A celui-ci, le portier ouvre: et les brebis entendent sa voi.r : et il appelle * ses propres brebis par leur nom et les conduit dehors. A Et quand il a fait mtir toutes ses propres brebis^, il marche durant elles, f/A'S brebis le .suivent, parce qu'elles connaissent sa voix; celles ne suicront^ point un étranger, mais elles le fuiront^ parce (pi elles ne c.mnaissent p<n'nl la voix des étranyers. y — Ce taldeau incrilc plutôt le noirr d'allégorie cpie celui de j)aral>olo. Dans la parabole, la pensée prend un corps qui a une valeur juscpi'à un certain [)oinl indépendante de l'application morale; dans l'alléji^orie, Tajjplication se fait sentir innnédiatenient dans clia([ue trait du tableau : l'image n'a pas le temps de prendre un corps indépendant de la pensée. La parabole est un tableau, rallrjjorie un transparent.

On a pensé «pie les images employées ici par Jésus devaient être empruntées au spectacle qu'il avait sous les yeux dans ce moment, même; <[ue c'était l'beure, par «exemple, oii les bergers ramenaient leurs troujjcaux des

* Au lieu de xaAs»., N A B J) J^ X (luelques Mnn. lisent ^<ovc'.. ' Au lieu de iota noofiaTa, B I) L X quelques Mnn. Il*''4 ('.op. lisent •^•«•jivToi (toutes). H et quelques Vss. lisent Ta loia tout court. ' L«s uns 'A B D etc. • : axoXouOr.aouaiv ; ï. R. avec les autres [H K L

3e Vol. tO

campagnes environnantes dans la ville de Jérusalem >; on pourrait étendre cette supposition au second tableau et admettre que Jésus se trouvait près de la parte des brebis lorsqu'il prononça v. 7 et suiv. * Ces suppositions n'ont rien d'improbable. Mais, en tous cas, comme Jésus, dans les discours précédents, s'est appliqué tous les symboles tbéocraliques, il est évident qu'il continue ici la même méthode. David invoquait déjà l'Eternel comme son berger (Ps. XXIII). Jéhovah, dans sa suprême apparition, comme Messie, était représenté par les prophètes comme le berger d'Israël : Es. XL, 1 1 ; Ez. XXXIV ; Zach. XI. Ce dernier passage offre même une analogie remarquable avec la situation actuelle : le Messie fait un dernier effort pour arracher le troupeau de Jéhovah à la tuerie ; il essaie de le paître ; il destitue les trois bergers qui le paissaient avant lui ; mais il ne parvient à s'attacher que les plus misérables d'entre les brebis : il brise sa houlette, après un mois de travail, reçoit trente pièces d'argent pour salaire, comme un domestique de la dernière classe, et abandonne le troupeau aux mauvais bergers qui le conduisent à la boucherie. Or, que faisait Jésus en ce moment même? Après avoir inutilement cherché à rassembler Israël, il renonrait à le sauver, et, abandonnant aux pharisiens la domination du gros du troupeau, conduit par eux h la boucherie, il se bornait à emmener hors de cette bergerie les quelques pauvres brebis qui, comme cet aveugle, regardaient à lui. Il est presque impossible de supposer que Jésus n*ait pas eu le tableau de Zacharie devant les yeux, en prononçant les paroles suivantes. Lûcke observe, avec raison, que la formule amen amen

* Néander, dans ses leçons.

• F. Bovet, Voyage en Terre-Sainte.

le commence jamais quelque chose de tout nouveau. Elle lie toujours étroitement ce qui suit à ce qui précède, soit comme confirmation, soit comme antithèse. — Une bergerie n*est pas, en Orient, un bâtiment couvert, comme nos étabtes; c'est un simple enclos, entouré d'une palissade ou d'un mur. L'on y fait rentrer, le soir, les brebis. Plusieurs troupeaux sont ordinairement réunis dans une telle enceinte. Les bergers, après les avoir remis aux soins d'un gardien commun, le portier, qui, pendant la nuit, est chargé de veiller à leur sûreté, s'en retournent chez eux; au matin, ils reviennent, heurtent à la porte de l'enclos solidement verrouillée ; le gardien l'ouvre. Ils séparent aloi's chacun leurs propres brebis, en les appelant à eux, et, après avoir formé leur troupeau, le conduisent au piturage. Quant aux voleurs, c'est en escaladant le mur d'enceinte qu'ils cherchent à pénétrer dans la bei^erie. Bappeler ces usages, qu'a constatés Bochart, dans son Hiérozo'i'cony et que confirment les voyageurs modernes, c'est presque avoir expliqué notre allégorie. — La bergerie désigne la théocratie. L'intrusion dans l'enclos, par les deux moyens réunis de la ruse (xTiirrr.ç, le larron) et de h violence (^yktttîç, fe brigand), représente l'hypocrisie et i'audace avec lesquelles les pharisiens étaient pnnenus à établir leur autorité dans cette enceinte spirituelle, en dehors de toute charge instituée de Dieu. Rien, en eflet, dans la loi, ne justifiait la mission que ce parti s'était arrogée en Israël, et le pouvoir despotique qu'il y exerçait. -- En opposition à ce ministère sans vocation, l'image de id porte désigne naturellement l'entrée légitime, une fonclion divinement instituée, et spécialement, dans le contexte, la charge messianique annoncée et préfigurée dans loui l'A. T. Le berger est donc le Messie, en vue duquel <^elie entrée normale a été préparée. Le subst. roi'xvfv, ber-

(jer^ esl en grec sans arlicle , par conséquenl adjectif; ce mol désigne la qualilé, non l'individu : il entre comme berger (non couune brigand). La preuve de la réalité de sa vocation divine résulte du mode de son entrée : il n'a pas besoin de francUir le ninr de l'enclos; le portier lui ouvre. — Quel est ce portier f Selon Uengel, Heugslenbei^, Gess: Dieu lui-n)(}me, puisque c^est le Père qui atlire les âmes au Fils (cil. VI). Mais Dieu, le propriétaire du troupeau, pourrait-il être décemment re[)réscnté par un serviteur d'ordre tout à fait inférieur et subordonné aux bergers eux-mêmes? Selon Stier, Lange : le Saint-Esprit. Même objection. D'ailleurs, Jésus doit désigner par celte image ' une fonction historique, un ministère aussi positif que celui du Messie lui-même. D'après Cbrysostome : Moïse» puisque la loi conduit à Christ. C'est bien recherché. Les modernes (Liicke, tic Wette, Meyer, Lulhardt) pensent que ce personnage n'est qu'un ornement dans le tableau. Cela est inadmissible ; son rôle est trop expressément signalé. Lampe euU^nd par le portier ceux qui attendaient Christ en Israël, et plus spécialement Jean-lkiptiste. Tout le commencement de notre évangile prouve que c'est bien à ce dernier, mais à ce dernier seul, que pense Jésus. C'était lui que Dieu avait suscité expressément en Israël pour signaler le Messie et l'introduire dans la théocratie : t II parut un homme envoyé de Dieu [)our rendre témoignage à la lumière, afin que tous crunsetU par lui i^ (1, 6-7). (i témoignage, revêtu d'une divine autorité, aurait du ouvrir immédiatement à Jésus la porte des cœurs.

Ce n'est pas seulement la manière d'entrer qui distingue le berger du voleur ; c'est aussi la manière dont le premier, une fois entré, rassemble le troupeau. Le voleur s'em|>are des brebis par des procédés violents ; le berger se contente de faire entendre sa voix; ses brebis la reconnais*

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«ent, se démêlent spontanément d'avec celles qui appartiennent aux autres bergers, et se réunissent autour de lui. Le peuple théoci^a tique n'était pas tout entier le troupeau du Messie; Jésus le voyait bien. Un triage devait donc s'opérer. Jésus n'a pas besoin d'agir luimême dans ce butî il» loi suflît de parler; car il' y a une harmonie préétaWie entre le cœur des brebis et le timbre de sa voix. N'est*îl pas Jéhovab, ce berger de l'ancienne alliance, dont la voix est déjà connue des vraies brebis (1 Cor. X, 4, 9)? Quand il se présente à Israël, ne Tient-il pas chez les si^mf Les expressions oi ï^toi, les siens, etTiïÀwt, chez lut\ I, 11, sont certainement empruntées au discours que nous expliquons (v. S et i). C'est pourquoi, i dès que Jésus paraît, il fait sur le cœur de tout vrai Israélite, de tout Natbanaël, l'effet d'un cire déjà connu et aimé. — Plusieui's interprètes (Meyer, etc.) appliquent l'expression les b)fbiSy dans les v. 2 et S*^, aux membres de Ja théocratie en général, en opposition au terme ses propres brebis^ dans les v. 3*^ et 4, qui désignerait uniquement les croyants. Cette distinction est insoutenable; car elle forcerait à donner à l'expression entendre sa voix un sens tout à fait extérieur, ce qui est contraire au parallèle v. 27 «l au contexte. Le terme les brebis, v. 2 et 3*, ne désigne, tout comme le suivant : ses propres brebis, que les Israélites moralement prédisposés à croire au Messie. Si Jésus ajoute ensuite i'épithète ï^ia (propres), c'est, non pour les distinguer des précédentes, mais pour accentuer le prix tout nouveau qu'elles prennent pour son cœur, une fois <iu'elles sont venues à lui et que par la foi elles sont devenues complètement siennes. Alors il prononce le nom particulier de chacune d'elles — c'est le sens de la leçon ?t«ver — ou il les invite à le suivre en les appelant par leur nom — c'est ce que signifie la leçon xa>.eî. Dans les deux

cas, il s*agil de quelque chose de plus spécial que l'appel précédent et général à la foi, indiqué par le mot sa voix. Après les avoir attirées à lui, il leur donne un signe de connaissance et de faveur toutes personnelles. Le nom est, dans l'Ecriture, comme le dit Hengstenberg, l'expression de la personnalité. Cette dénomination spéciale donnée à chaque brebis est la picuve de la connaissance la plus individuelle et de la tendresse la plus intime. Qu'on se rappelle le nom de Pierre donné à Simon (I, AS) et cette apostrophe : Marie (XX, Iti), dans laquelle Jésus résume tout ce que Marie est pour lui, tout ce qu*il est pour elle. Qu'on se rappelle aussi le : t To/, crois-tu?» adressé à Taveugle guéri IX, 35.

Jusqu'à Lange, si nous ne nous trompons, l'exégèse n'avait point saisi la portée de ces mots : t Et il les conduit dehors. » Pour les comprendre, il fallait avoir pénétré plus profondément dans la pensée et dans le plan de notre évangile qu'on ne l'avait fait jusqu'à ces derniers temps. Ce n'est pas seulement ici une description banale du berger conduisant son troupeau au pâturage ; Jésus caraclérise par ces mots une situation historique déterminée. U moment est venu pour lui d'emmener son propre troupeau hors de la théocratie, dévouée à la ruine. Il a reconnu le signal de celte rupture inévitable dans l'expulsion de l'aveugle-né (IX, 34), dans ce décret d'excommunication qui le frappe lui-même avec tous ses adhérents (IX, âJi, et en général dans l'hostilité violente dont il se voit l'objet .;ch. VII et Mil).

Après (|ue le berger a appelé et groupé les brebis, et qu'il a donné à chacune d'elles un signe d'intimité particulière, il les fait sortir de l'enclos où elles étaient enfermées. Le terme txJîàAXetv, pousser, jeter dehors, v. 4-, exprime

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avec force l'idée capitale du morceau. Ce mot désigne un * acte énergique et presque brusque par lequel le berger aide la brebis, qui hésite encore, à rompre avec le bercail dans lequel elle avait été gardée jusqu'alors et à se livrer sans crainte aux chances de la nouvelle existence que rappel du berger ouvre devant elle. Le reste du verset décrit la vie du troupeau messianique, ainsi formé, dans les pâturages spirituels où l'introduit son divin conducteur, puis la fidélité persévérante des brebis, dont celle de Taveugle vient de donner un exemple, et enfin Tintime relation qui existe désormais entre ces brebis et leur berger. Il y a une délicatesse remarquable dans ces mots : t Lorsqu'il les a mises dehors, il marche devdnt elles, > Tant qu'elles étaient encore dans l'enclos, il restait en arrière pour les pousser dehors, afin qu'il n'en restât pas une seule (irovra, toutes, d'après les alex.). Mais une fois la sortie achevée, il se met â leur tête, pour conduire le troupeau au pâturage. On voit combien chaque trait du tableau est correct, oï^aci, ^lli's connaissent, dit plus qu'oxouet, elles etitendent (v. 3) ; ce dernier terme désignait l'acceptation du premier appel ; l'autre se rapporte à la connaissance personnelle déjà formée, celle qui résulte de la relation journalière.

Sur le chemin que suivent les brebis, se font entendre, à droite et à gauche, des voix étrangères, qui cherchent à les détourner des traces du berger; ce sont celles des voleurs qui , n'osant jouer en plein jour le rôle de brigands, essaient de celui de séducteurs. Peut-être Jésus fait-il allusion à l'invitation hypocrite des pharisiens IX, 24 : Donne gloire à Dieu, et à leurs sarcasmes (IX, 40). Hais la séduction ne réussit pas plus à rompre le lien une fois formé que la violence n'est parvenue à l'empêcher de se former. La brebis est désormais familiarisée avec la voix

152 DKUXIÈMK PARTIE.

Uu berger, de sorle que loule voix qui n'est pas la sienne, produit sur elle un efl'et étran^^e et repoussant \

Plusieurs interprètes inodci*nes, et des meilleurs, Lùcke, Meyer, Lutliardt, Lange lui-nièine, qui a si bien saisi le rapport de cette parabole à toute la situation, appliquent riuiage du berger, dans cette parabole, non à Jésus, mais aux i^asleurs de la nouvelle alliance. La principale raison que Meyer allègue en faveur de cette interprétation, est le mot de Jésus au v. 7 : Je suis la ftorie, d'où Ton conclut que, dans le premier tableau, il ne saurait ètie le bei^ger; ce rôle serait donc celui des disciples et des futurs pasteui's de l'Eglise. Jésus est pour eux la porte, en ce sens qu'il leur ouvre rentrée des casurs par son Esprit et par sa parole. Mais la raison alléguée n'a aucune valeur; car les deux tableaux sont absolument diflérents, comme nous le verrons et comme le prouve la séparation qu'établit entre eux le V. G. Puis cette applicatitm rompt entièrement la liaison de ce discours avec la scène précédente et en général avec tous les discours rapportés jusqu'ici. Tous ces discours n'étaii4it-ils pas autant de témoignages sur laf^ersoune Aq Jésus lui-même? Encore, si les disciples avaient joué un rôle actif dans la scène précédente, on comprendrait que Jésus les opposât aux pharisiens comme les représentants du ministère dans son Eglise. Mais il n'en est rien. Jésus a été seul à la brèche; et il est impossible d'entrevoir ce qui l'amènerait à opposer aux pharisiens quelqu'aulre personnage que lui-même. Si Meyer objecte le v. 9 : <iL Je suis la porte, » à mon interprétation, j'ai toat

* On ooDiiail le trait de ce voviij^eiir écossais qui, ayant rencontré sous U>s niurs de Jérusalem un bercer ramenant son troujHrau, changea de sètenienls avec lui, et, ainsi déj^uisé, se mit à appeler à lui lesbn^ bis. Celles-ci restèrent immobiles. I.e vrai berj^er fit alors entcndn*sa voix. Toutes accoururent, en dépit de son nouveau costume.

luIaDt le droit d'objecler à la sienne le v. 11 : « Je suis le bon berger. 'h L'image change dans tous les cas, soit entre la première et la seconde, soit entre la seconde et la troisième parabole. Enfin nous verrons combien est forcée ^'explication de la seconde pai'abole à laquelle conduit ce sens donné à la première.

Dans ce passage ressort de nouveau, très-clairement, Vidée de Cunité orga^iiifue de Tancienne et de la nouvelle alliance, dont Técole de Tubingue et iM. U^uss prétendent ne pas trouver trace dans le quatrième évangile.

V. 6. c Jésus leur dit celie simili{ude : mais eu*r ne comprirent point ce que signifiait ce qu'il leur disail. » — Le mot 7:apoi{Jiia, similitude^ désigne proprement un sentier^ côté du chemin, de là uu discours figuré ; ce mot et <elui de tzt.^x^M,, parahoUy sont employés indifleremiBent par les LXX pour rendre hvn. Cependant Meyer pense <|ue le premier désigne plutôt un discours sentencieux, «ne allégorie; le second, un tableau revotant la forme historique, une parabole proprement dite. — L'expression énergique Ttva r,v vient de ce que l'essence d'une image, c'est son sens.

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