II. — La parle: v
Y. 7-10. a Jésus leur^ parla donc de nouveau *, disant : En vérité, en vérité^ je vous dis que cest moi qui suis la forte des brebis. 8 Tous* ceux qui sont venus avant moi^, ^t des larrons et des brigands ; mais les brebis ne les Ofit point écoutés. 9 Je suis la porte: si quelquun entre
* M omet ::aXtv, Ot M B ocuTOi;.
' nsvTs; est omis par D b.
' npo g^xou est placé devant r/Oov par T. R. avec des Mnn. seule- ^^^\. A B D K L X A 60 Mnn. Cop. placent ces mots après r^XCov. Ils ^ont entièrement omis dans les 9 autres Mjj. 100 Mnn. It. Vg. Syr"*'».
par moij il sera sauvé; et il entrera et sortira et trouvera de la pâture. iO Le larron ne vient que pour dérober^ pour égorger et pour faire périr : moi, je suis venu afin quelles aient la vie * et quelles aient le superflu. * — H y a rapport, non d'identité, mais de gradation entre la première similitude et celle-ci. Jésus a décrit la manière simple et normale dont le Messie forme son tmupeau, en opposition aux procédés arbitraires et tyranniqaes par lesquels les pharisiens avaient réussi à s'approprier la théocratie; il dépeint maintenant dans une nouvelle allégorie, qui n*a qu'un rapport de forme assez éloigné avec la précédente (comp. chez Marc les deux paraboles qui se suivent, du semeur et de /^p/, IV, 8 et suiv., v. 26 et suiv.), ce qu'il veut être pour son troupeau, l'abondance et la sécurité dont il le fera jouir, en opposition à la ruine dont sont menacées les Ames dans l'ancien bercail, livrées sans défense aux intrus qui s'y sont établis en maîtres. — Le mot roXtv, de noinyeau (v. 7), a été retranché à tort par les alex., parce qu'on a cru que ce tableau n'était que bi continuation du précédent (vu l'analogie des images). Ce mot indique, comme souvent, un entretien et un tablean nouveaux; comp. Mallh. Xlll, iA. 45. 47. Jésus aime i peindre l'idée sous ses divers aspects, en modifiant l'image première ou en en ajoutant une nouvelle.
Le tableau v. 1-5, qui décrivait la formation du troupeau messianique et sa sortie de l'enclos théocratiqne, était une scène de matin. La seconde similitude, v. 7-10, qui décrit la vie du troupeau une fois formé et conduit par le Messie, est empruntée à une scène du milieu du jour. Les brebis entrent et sortent à volonté de l'enclos, situé au mi-
lieu du pâturage. Cherchenl-cllcs un abri, elles y rentrent;
* H ajoute a'.wviov.
CHAP. X, 7-iO. 155
la faim les pousse-t-elle, elles en sortent; car la porte est constammenl ouverte pour elles. Elles possèdent ainsi sûreté et abondance, les deux biens essentiels à la prospérité du troupeau. Dans cette image nouvelle, le berger disparait; c'est la porte qui joue le rôle principal. L'enclos ne représente plus l'ancienne alliance ; c'est maintenant le salut messianique avec le bonheur complet dont jouissent les croyants qui l'ont reçu. Là Dieu faisait ouvrir au berger par le portier la porte qui conduit aux brebis; ici le Messie est lui-même pour les brebis la porte d'un salut constant et journalier.
Ceux qui appliquent la similitude précédente aux pasleurs, dans la nouvelle alliance (Meyer, Luthardt, etc.), expliquent les mots : Je suis la porte des brebis, dans ce sens : c Je suis pour les pasteurs la porte par laquelle ils entrent auprès des brebis. > On voit déjà combien ce sens est peu natui'el. Puis, d'après eux, l'expression suivante : Usera sauvée se rapporterait au salut des pasteurs euxméraes, et les paroles suivantes: // entrera et sortira et trouvera de la pâture^ aux moyens d'édifier le troupeau dont Jésus ne laissera pas manquer le pasteur fidèle. Luthardt va jusqu'à citer ici le mot de Paul à Timothée : « Tu le sauveras toi-même et eux avec toi, > J'avoue qu'il m'est difficile de comprendre comment des exégètes, tels que Meyer et Luthardt, peuvent se résoudre à soutenir une telle inlerprétalion. Quel motif pourrait engager Jésus, dans la siluation donnée, à rassurer ses disciples et, en leur personne, les futurs pasteurs de l'Eglise, sur leur propre salut el sur la réussite de leur ministère auprès de leurs troupeaux? — Dans notre interprétation, le sens est tout simple : La porte des brebis désigne celle par laquelle les brebis elles-mêmes entrent et sortent, à volonté, comme cela esl décrit au v. 9; c'est Jésus lui-même accomplissant-
156 DEIXIÈMK PARTIR.
journellemenl |K>ur elles son œuvre de inédinlion. 11 promet aux nouveaux croyants Israélites, tels que Faveugie-né (voilà ceux qui avaient réellement besoin d'être eneouragés), qu'il ne leur manquera rien auprès de lui, ni abri, en cas de danger, ni aliment, pour satisfaire leurs besoins spirituels. Ils posséderont en lui quiétude ioléricure el force divine.
H est évident que, dans le v. 8, Jésus a en vue les mêmes intrus qu'au v. 1, les pharisiens. Gela ressort do contexte en général et spérialement des épitbètes larrtm et hn'ffands qui se Irouvonl identiquement les mêmes dans les deux versets. La seule diiTérence est que, au v. 1, Jésus se cc)mparait à eux en tant que l^prger, et ici en tant (\\\eportr: au v. 1, en effet, c'était Voriyino illégale de leur autorité que Jésus voulait signaler; ici il veut caraetériser Vusfiffe détestable et pernicieux qu'ils en font, an sein du troupeau qui leur appartient. Non seulement cette caste audacieuse avait usurpé au sein de la théocratie les allures de l'autorité la plus despotique, mais encore elle allait jusqu'à s'interposer entre les Times el Dieu et à se déclarer le s<miI intermédiaire par lequel on put arrivera lui; ces gens- là s'étaient emparés de la < clef de la science r* Xuc XI, 5:2), du monopole de l'intelligence scripturaire. C'étaient eux qui distribuaient sans appel les brevets d'oithodoxie et de salut ; on recourait même à leur intercession (Matth. XXIIl, KH). Ils disposaient souverainement du royaume des cieux en Israël iXXIlI, lA). C'étaient de prétendus médiateurs excluant d'avance le Messie du rôle qui lui était divinement préparé. S'ils sont de nouveau appelés ici larrons ci brigands^ ce n'est donc plus par rapport à la manière dont ils se sont emparés des brebis, comme v. 1 ; c'est par rapport au hid égoïste de celte usurpation, et en vue du terme fatal auquel ils ne inafl-
pueront pas de conduii*e ceux qui demeurent sous leur dîreciion. — De ce sens général du v. 8 résulte Texplicalion de l'expression, si diversement interprétée : Tous ceux: quiêont venus avant moL Jésus, quoi qu'en dise Uilgenfeld dans son désir de faire de notre évangile un écrit séroi-gnostique S ne pourrait certainement parler ainsi ni (le Moïse, ni des prophètes, ni d'aucune espèce d'autorité tbéoci^atique légitime. Nous l'avons vu et le verrons; le langage de l'évangéliste lui-même proteste contre une telle supposition (V,39. 45-47 ; VI, 45; X, 34. 35, etc.). Le mot t,a6ov, aonl venus, se détermine de lui-même, par l'opposition au V. 7 et au v. 9, dans ce sens : Venus en tofit que pwle, c'est-à-dire comme se posant en médiateurs entre Dieu et les àmcs. Le Messie est le seul intermédiaire obligé entre Dieu et l'hoQime (XIV, 6). Tous ceux qui avant Jésus osent essayer de jouer ce rôle en Israël, méritent les noms que Jésus emploie ici. Sans doute, l'expression Advenir ne convient pas à celle de porte. Mais, au v. 10, Jésus joint aussi ces deux termes, en pariant de lui-mrme. Hase très-librement des images; cette liberté se justifie par la différence entre l'allégorie et la parabole. L'observation de Meyer que jusqu'à Jésus l'bistoire ne connaît pas de faux Messies, est juste. Mais elle ne tombe pas sur notre explication; car d'après celle-ci, il s'agit de gens qui usurpent, non le titre et le rôle extérieur, mais uniquement la position morale de Messie.
Cette interprétation des premiers mots du v. 8 nous paraît imposée par le contexte. Nous pouvons donc écarter, sans longue discussion , les nombreuses interprétalions, plus ou moins divergentes, qu'on a proposées : Celle
• «Ce avant moi, dit-il, embrasse fovt lepasat^juif; elle: tous <^<^'jrîui.,., s'applique à tous les prëcëdcnts condiuteurs du troupeau ^ Dieu. »
i58 DEUXIÈME PARTIE.
-de Camerarius, qui prend rpo 6(aoO dans un sens local: n En passant devant la porte et au-delà... i» Celle de Wolf et d'Olsliausen, qui donnent à irpo le sens de jj^fk '- < En se séparant de moi, la vraie porte. » Celles de Lange, qui entend rpd dans le sens de àvri : c A ma place , y et de («alov, qui fait signifier à l'expression avant moi : c Avant que je les eusse envoyés. » Celle de Gerlach : c Avant que la porte fût ouverte en ma personne. » Aussi bien que celle de Jérôme, Augustin, Mélanchthon, Luthardt, qui donnent à sont venus un sens tout spécial : c Venus de leur chef, sans être envoyés. i> (]elle enfin de Chrysostome et de beaucoup d'autres jusqu'à Weizsâcker : c Venus comme faux Messies. » Il n'est pas besoin non plus de renoncer avec Tlioluck et de Wettc à une solution satisfaisante, et de déclarer, avec le secx)nd, que cette parole ne répond pas i la douceur et à la modération ordinaires de Jésus. Les variantes, en particulier le retranchement des mots xpo £[xoj, ne sont que des essais de supprimer la difficulté.
Le prés, tiai^ sont, montre bien que, dans la pensée de Jésus, la classe de personnes ici dési$(née est une caste qui existe à cette heure même et dont les représentants ne <loivont pas être cherchés bien loin; et les derniers mots: Les brebis ne les ont point écoutés^ rappellent le méconlenlomcnt profond que laissait, dans le cœur d'une foule d'Israélites, le ministère pharisaïque. Jean VI, 68: ci qui irions-îiousf » Matlh. XI, 28-îJO : t Venez à moi^ wwtf tous qui êtes (ravailU^s et charijés : laissez-vous enseigner par moi; car je suis dou,v et humble de cœur: mon joug est aisé, et mon fardeau léger. »
En opposition à ces prétendus sauveurs, qui se trouveront n'être en réalité que des bourreaux, Jésus renouvelle son affirmation (v. 9} : Je suis la porte, et la développe. Lorsqu'il dit : Si quelqu'un entre par moi, il pense à l'en-
trée dans l'état de réconciliation, à la participation au salut messianique par la foi ; mais, lorsqu'il parle ensuite d'e/itrer et sortir^ il est clair qu'il ne veut point dire que la brebis sortira du salut pour y rentrer do nouveau. Ces deux verbes sont le déploiement du contenu de <jw6viG2Tai, iera sauvé. Entrer et sortir est une expression fréquemment employée dans l'Ecriture pour désigner le libre usage d'une demeure, dans laquelle on entre et d*où Ton sort ^Ds gène, ce qui suppose qu'on est de la maison, qu'on y est chez soi (Deut. XXVllI, 6; XXXI, 2; Jér. XXXYII, //; ici. I, 21). Par entrer, Jésus désigne ici la satisfaction du ksoin de repos, la possession d'un asile sûr ; par sortir, la satisfaction du besoin de nourriture, la jouissance d'un riche pâturage (Ps. XXIII). Aussi l'expression sortira estelle immédiatement suivie de ces mots qui l'expliquent : el trouvera de la pâture. Autant cette image d'entrer et de mtir à volonté est belle, simple el claire, rapportée aux croyants, autant elle serait insignifiante, appliquée aux pasleurs, comme tels. — L'idée de pâture est précisée, au v. 1 0, par celle de vie. Jésus y ajoute même l'idée de suraboniaue, de superflu. Par là, il ne désigne certainement pas, «onime l'a cru Chrysostome, quelque chose de plus excellent que la vie, la gloire par exemple; mais il veut diK:e que le pâturage spirituel renfermera toujours plus de nourriture que ce dont la brebis pourra user : VI, 12. 13. Voilà l'avenir bienheureux du troupeau messianique, tan- <lis que la masse du peuple, qui reste sous la conduite des pharisiens, après avoir servi à la satisfaction de leur orgueil, de leur ambition et de leur cupidité, périra moralement et finira même par périr extérieurement sous leur conduite. Il semble que les trois verbes expriment une gradation : TÙiiffi (dérober) se rapporte au monopole exercé sur ces âmes ; Oucr, (égorger) à la corruption mo-
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raie qui en résulte; et irr:rik{fjT, f faire périr) à la pcrdil complèle qui est le terme de cette voie pharisaîque.