III. — Le bon ber(/cr : v. 'li
V. 11-13. « Jr- sitis Ir hnn henjor: le bon berger don sa r/V' pour les brebis, 12 }Iais^ le mercenaire, (jui n pas herser et ù (/ni }t* appartiennent pas les brebis^ i renir le loup et abandonne les brebis et s\'nfuit : et le h les rarif et disperse le troupeau^, 13 Le mercenaire s' fuit *, parce quLl est mercenaire et (pnl ne se soucie j des brebis. » — Le preuiier tableau rospleiulissail des fi ches teintes du matin. Le second dépeignait la vie clT livité du troupeau au nulieu du jour. Le troisième sem nous placer au moiiMîut nu se répandent les ombres soir et on bîs brebis, ramenées au bercail par le berg sont tout à coup exposét's à l'altaipie du loup qui se tî aux aguets sur lewv passa^^e. Jésus est de nouveau rep sente ici connue le Ixu'^iei'. Mais cette troisième allège ne se conloncl pourtant [)as avec la première. Dans celb rejouait le contraste du benjer et du voleur ; dans celle ( nous allons étudiei", l'antitlièse est différente ; c'est c iPun l)on bei<icr et il'un gardien merrenaire. C'est le h (|ui, dans cette troisième allégorie, joue le rôle déci ment bostile qui avait été attribué au voleur dans la p mière.
Le mot y-aVi';, beau, désigne cbez les tîrecs la boi comme suprême beauté morale. La suite montrera enq cette bonté consisU;; c'est le dévouement poussé jusqu
* N I) lt'''*l Vg. Auj;Uî*lin lisent oioro-j'.v au lieu de TiOr.'siv.
* B (i L oineltent o: après ;jL:aO<.)To;.
^ N B I) L n quel»iues Mnn. oiiiellent Ta rpoJsxTa.
* N B I) L omettent les mois du T. R. : o Ô£ jx'.^Oojto; çs-j^ti.
CIIAP. X, 10-13. 161
sacrifice complet de soi-même. — Plusieurs (Meyer, Lu- Ihardt) trouvent dans l'expression ^yry Tiôevai (lilléialement : mettre sa vie) y l'idée d'un gage déposé ; Jésus mettant sa vie en gage comme la rançon de la nôtre. Mais celle idée de rançon est étrangère à l'image de berger et de brebis, et encore plus à celle sous laquelle est représenté l'ennemi, le loup. Hengstenberg pense plutôt que cette expression est empruntée à Es. LUI, 10 {VQ2 Q^v). X'estil pas plus simple de la rapprocher de celle que nous trouvons chez Jean, Xlil, -4 : ifAotTia Tiôivai, déposer sps vêtements, et cela volontairement et de sa propre main? L'idée est donc : renoncer volontairement à sa vie. Comp. Huther, «rf 1 Jean III, 16 (où se retrouve cette expression). Exactement comme XIll, 12 Jean dit : acal Aafic rà ijAocTia (il reprit ses vêtements), il dit ici, v. 17 : ïva 7rà>.iv >.àpw aùrr^v (afln que je la reprenne), — Il faut traduire^ au v. 1:2 : «qui n'est pas berger: » et non comme Ostervald, Arnaud, Crampon : c qui n'est pas le berger. » C'est la (jualité de berger qui est refusée au mercenaire. Qui Jésus a-t-il voulu représenter par ce personnage du mercenaire f Pres- (|Qe tous les interprètes pensent que ce sont les pharisiens. Vais ils seraient présentés ici sous un jour trop diflërent <le celui sous lequel ils ont été dépeints dans la première similitude. Un gardien lâche est tout autre chose qu'un brigand et un ennemi. Puis, si le mercenaire représente les pharisiens, qui donc sera représenté par le loup f Selon Lulhardt, ce serait le principe ennemi du règne de Dieu, le diable, agissant par tous les adversaires de l'Eglise. Mais Jésus identifie trop complètement le pharisaïsme avec l'esprit diabolique (ch. VIII) pour les opposer l'un à l'autre, comme le loup est ici opposé au mercenaire. Lange, dans ^'à Vit* de Jésus, entend par le loup la puissance romaine, •^ais ce n'est pas réellement sous les coups du pouvoir
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romain qu*est tombé Jésus. D'après Meyer, dans ses preinières éd., le loup désignerait toute puissance anti-messianique, y couipris le pliarisaïsme; il résulterait de là que le mercenaire fuyant devant le loup représenterait les pharisiens fuyant devant les pharisiens ! Meyer a don*^; dû abandonner cette explication dans la 5^ éd. Le loup figurerait maintenant, d'après lui, les futurs pasteurs mercenaires au sein de TRglise chrétienne. Mais Jésus, et surtout ses auditeurs, auraient-ils pu songer en ce moment à une explication pareille? Il me parait que le passage XII, ii nous met sur la voie et nous suggère la vraie explication des deux images du mercenaire et du loup : < Beaucoup (rentre les chefs, est-il dit, crurent en lui: mats^ ù cause des phansiens , ils ne le confessaient paSj de peur déirt chassés de la synagogue. » Le parti pharisien s'était tellement emparé de l'esprit du peuple et avait si bien exploité l'orgueil national que quiconque, môme parmi les chefs, ne ployait pas devant lui, était discrédité. L'autorité légitime établie de Dieu en Israrl, les prêtres et les Lévites, qui auraient eu la mission de s'opposer à l'invasion de cet esprit malfaisant, ou bien en étaient eux-mêmes infectés, ou bien lléchissaient 1(î genou devant ce tyran, absolument comme l'ont fait et le font aujourd'hui les évéques et les prêtres dans l'tlglise romaine, devant la redoutable puissance (lu jésuitisme. Un seul osa aiïronter la lutte avec le parti dominant : Jésus; et son supplice fut le prix de celle courageuse fidélité. Le : Crucifie, crucifie^ fut la réponse au : « Malheur à rouSy scribes et pfiarisiens hypocritesh qu'avait osé prononcer Jésus. Le loup représente donc le principe positivement hostile au règne de Dieu et au Messie, les pbtirisiens. Dans ce cas, le mercenaire ne peut désigner que les autorités légitimes en Israël, qui par position avaient à remplir la tiiche que Jésus a accomplie
par dévouement, les sacnficateurs et les Lévites, docteurs attitrés de la loi. Un fait prouve bien qu'il y avait en effet plus de lâcheté que d'hostilité réelle dans la conduite d'un ^nd nombre de ces personnages. C'est le détail mentionné Act. VI, 7 : « Une (jrande multitude de sacrificateurs obéissaient à la foi, » Goiiip. d'ailleurs IX, 16, qui nous a montré dans le Sanhédrin même un parti bien disposé envers Jésus, mais qui n'osait s'opposer ouvertement aux menées violentes des pharisiens contre lui. Jésus ne présente ici que les facteurs historiques qui ont concouru à l'accomplissement du décret de sa mort. H n'a pas à parler des raisons profondes et divines qui ont présidé à ce décret lui-même. Hengstenberg et d'autres ne voient dans le mercenaire qu'un personnage fictif destiné à mettre en lumière par le contraste le caractère du bon berger. Mais pourquoi, dans ce cas, consacrer deux versets entiers à décrire ce personnage, sa conduite et ses mobiles? — Le mot àprà^Et, ravit, s'applique aux individus <iue le loup atteint (ajTo), tandis que l'action de T^oprirsiv, disperser^ porte sur le troupeau tout entier. De là, le Tx zpofiaTa, chez les byz., mot qu'il faut se garder de Telrancher avec les alex., comme le fait maintenant Ti- Kliendorf. — Après avoir ainsi décrit les lAches gardiens, les mercenaires, Jésus revient à la description du bon berger et de sa conduite envers le troupeau, et s'applique plus expressément (iyw, moi, v. 14) cette image :
V. 14-16. < Pour moiy je suis le lx)n berger; et je con- ^is ines brebis, et je suis connu de mes brebis *, 15 comme fe Père me connafl et comme je connais le Père : et je donne* ma vie pour les brebis. 10 Et fai d'autres brebis
* T. R. lit avec 11 Mjj. tous les Mnn. Syr. yivtoTxofxat uno lov £;xwv. ^BDL It. Vu;, (lop. : y'.viojxojjiv ;xî Ta saa. ' ^«D : oi^wai au lieu de tiOtjUi.
(jui ne sont pas de celte berf/ene: celles-là aussiy il fan que je les amène; et elles entendront^ ma coix; et U\ aura un seul troupeau^ un seul berger. ï> — La répétitioi de ces mots du v. H : Je suis le bon l)erger^ est amené par le contraste de la figure du mercenaire ; et l'épithét de bon est expliquée par la description du lien de tendr affection qui unit Jésus à ses brebis. En premier lieu, i s'intéresse tellement à elles que chacune d'elles est indivi duellement connue de lui. Il discerne ce qu'il possède ei elle et tout ce qu'elle sera pour lui. Il y a une relatioi étroite entre le verbe t je connais » et le possessif c me. brebis. » Mais celte connaissance est réciproque. Le croyants aussi, en contemplant Jésus, discernent ce qu'i éprouve et ce qu'il veut être pour eux. — De cette relatioi mutuelle entre lui et ses brebis, Jésus remonte à celle qui eh est «^ la fois le modèle et la source : son union avec le F^ère. Le terme xaôwç, comme (littéral, selon que), n'eiprime point une simple comparaison, comme le ferait wçrep. Ce mot caraclérise la connaissance qui unit Jésus à ses brebis comme étant de même nature que celle qui l'unit à Dieu ; c'est la môme intimité, a tel point que celle relation de Jésus avec Dieu est le seul milieu dans lequel puisse se former la communion de Jésus avec ses brebis; comp. XVII, 9 : a Elles sont à toi..., tu me les as données.» Après être ainsi remonté k la source suprême de la relation qu'il décrit, Jésus en vient au second trait qui le caraclérise comme le bon berger, la preuve la plus Saisissante de son amour pour ses brebis. Ces* mots : Je donne ma vie pour les brebis, forment une sorte de refrain (comp. V. H. 17. 18), comme nous en avons rencontré
' Lus Mss. se partajioiil entre axojjouT.v :B I) etc.; et axo-j^ws*.* (K A etc.;.
plusieurs semblables dans notre évangile, dans les moments où le senUment s'exalte (111, 15. 10; IV, 23. 24; VI, 39. iO. 44. 54). Cette parole de Jésus, même si, d'après le <:ontexte, on applique le terme les brebis aux seuls croyants, ne contredit point celle de Jean : t // est la propitiaiioi}, twn pas seulement pour nos péchés, mais pour ceux (|p tout le monde » (1 Jean II, 2). Car la mort de Jésus, dans l'intention divine, est pour tous, quoiqu'en réalité elle ne profite qu*aux seuls croyants. Jésus sait bien que le rap, en faveur de, ne se réalisera que pour ces derniers.
Mais il est impossible que ce sacrifice, œuvre de l'amour le plus saint et le plus dévoué, n'ait pour objet que ces quelques croyants, tels que les disciples et l'aveugle-né, qui consentent à se séparer du peuple incrédule. Le regard de Jésus s'étend en largeur (v. 16), à mesure qu'il plonge eldans la profondeur et dans la hauteur (v. 15). La m(»rt d'un être tel que le Fils doit obtenir un salaire infini. Les autres brebis, dont la possession le dédommagera de la perte de celles qui refusent aujourd'hui de le suivre, sont évidemment les païens croyants. Jésus déclare qu'il les a (fai), et non pas seulement qu'il les aura; car tout ce qui est de la vérité, dans l'humanité tout entière, est à lui de loule éternité (XVIll, 37). Nous retrouvons ici Tune des pensées les plus profondes de notre évangile, pensée qui découle directement du rapport que le prologue établit ^ntre le Logos et l'âme humaine. Vie et lumière de l'homme non dfthu, le Logos continue à remplir ce rôle pour le monde pécheur (1, 10); et, parmi les païens eux- *^énies, tous ceux qui obéiront à cette lumière intérieure ^^connaîtront en Jésus leur idéal et s'attacheront à lui, <^omme ses brebis. — Ladj. démonslr, Tau-rr,;, placé <^omme il Test après le substantif : celle l/ergerie-ci, sup-
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pose hien, comme le croit de Wette, et quelles que soieni les objections de Meyer et de Lulhardt, que Jésus envisage aussi les nationalités païennes comme des espèces de bergeries, des groupements préalables divinement institué^ pour préparer l'Evangile. Meyer, commettant encore ici h faute qu'il avait commise dans l'explication de la première allégorie, celle d'expliquer les images d'une similitude pai celles de l'autre, entend l'expression aya^/etv dans le sens de paître, d'après l'image des v. -i et 9. Il est maintenant suivi par Luthardt. Mais la (in du verset ne monire-t-elle pas clairement que l'idée d'une yrande réunion à opérer remplit, en ce moment, l'esprit de Jésus? Et n'est-il pai évident que le xai devant ^evrî^Tai doit s'expliquer par : ei alors , ce qui suppose le sens A' amener, et non celui de paUre? Vulgate : adducere. Le parall. XI, 52 : cwor^arw tiç hy ne permet pas d'ailleurs d'autre explication. Quand on a bien compris l'application hiaiorique de la première similitude, on ne peut douter du sens historique de ce terme àyaYeîv. C'est essentiellement l'ouivrc de saint Paul, avec les travaux des missionnaires (|ui Pont suivi jusqu'à nos jours, que décrit cetle expression. Cette troisième similitude, annonçant l'appel des païens, correspond ainsi à la première, qui décrivait la séparation entre l'Eglise et la Synagogue. — Les mots : Ellefi entendront ma l'oijr, rappellent cette expression, à la fin des Actes : « Le salut At Dieu a été envoyé anx tientils ; et aussi ils tentendroni » (XXVIII, 28). — Il y a de la solennité dans ces derniers mots simplement juxtaposés : Un seul trifiipeau, un settl berf/er. Ils renferment la grande pensée qui forme le texte de l'épitre aux Ephésiens : le renversement du mur de séparation entre Juifs et païens, par la mort du Christ (Eph. Il, 11-22). Cetle prophétie s'accomplit encore journellement sous nos yeux par l'oeuvre de la mission dans le
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monde païen. Quant à la conversion finale d'Israël, elle n'est ni directement ni indirectement indiquée ici.
V. 17 et 18. <!^ Cest pour cela que mon Père m* aime : imrce que je donne ma vie a/in de la reprendre; 18 personne ne me Vôle^^ mais je la donne de moi-même; j*ai le pouroir de la donner, et j'ai h pourvoir de la reprendre : r>st là tordre que j*ai reçu de mon Père. » — La notion d'un don libre était renfermée dans l'expression t/iv ^u-/y;v Tife'vat (mettre sa vie). Mais l'image que venait d'employer Jésus pouvait obscurcir cette idée importante. Car s'il y a du dévouement, il y a aussi de l'impuissance dans la mort du berger qui se laisse déchirer par la bête féroce pour procurer au troupeau le temps de se sauver. Voilà sans doute la raison pour laquelle Jésus, avant de terminer, l'ail ressortir expressément et avec force ce trait essentiel : la liberté complète avec laquelle il accepte la mort. Aià toOto, c'est pour cela, se rapporte, comme d'ordinaire dans saint Jean, à une idée précédemment exprimée, mais qui va être relevée et développée dans la proposition suivante, commençant par oti (V, 18). L'idée que Jésus veut faire ressortir dans ce v. 17 n'est donc pas celle de la propos, principale : que son Père faime, mais celle de la propos, subordonnée: qu'il l'aime, parce quil donne librewi^( sa vie. Sans doute, le Père aime éternellement le Fils; mais, une fois fait homme, le Fils ne peut cire approuvé et aimé de lui qu'à la condition de réaliser parlailement la nouvelle loi de son existence, en tant que Fils de l'homme. Cette loi résulte de la solidarité dans laquelle • il s'est engagé avec une race déchue en s'unissant à elle : c'est le don de sa propre vie. La disposition constante du Fils à accepter cette obligation de l'amour : voilà l'objet de
* K B lisent r,c£v (a ôtr) au lieu d'aipsi (nte).
la satisfaction iuiinie ,de ràya-av) du Père. C'est dans ce sens que saint Paul appelle la mort de Jésus c une offrande (l'agréable od^^ur » v'-ph- ^ » -)• — Les derniers mois : afin de la reprendre, ne peuvent être, comme font cru Calvin, de Welle, un simple appendice destiné à rappeler le rendtal de la mort de Christ, liien n'autorise à donner à Iva, afin 7</e, ce sens lotalemenl alVaihli. D'un autre coté, il ne faut pas non plus niettre ces derniers mots lellemenl eo relief qu'ils éclipsent Tidée dont ils dépendent: c parce que jf* donne ma vie. 9 Pour saisir le sens, il sulïil de paraphraser : € Mon Père m'aime, parce (|ue je donne ma vie, et cela, non pour Tahandonner, mais pour la reprendre. » Le dévouement <lu Fils qui consent à donner sa vie, plait infiniment au Père. Mais il ne lui plairait plus s'il n'était accompagné de la volonté bien arrêtée, de la part du Fils, de recouvrer celle vie sacriliée. L'amour qui pousse un ami à s'exposer pour son ami, ne le poussera-t-il pas aussi a tout faire pour rejoindre cet ami, après l'avoir sauvé? Celui qui donne sa vie par amour, ne saurait le faii^ autrement qu'avec Fintenlion de la recouvrer. Le dévouement qui n'aurait pas l'union pour but, serait de mauvais aloi et ne pourrait plaire au Dieu qui est amour. Comme l'observe parfaitement Luthardt : <l Jésus veut reprendre sa vie; car il doit continuer, comme glorifié, son ministère de pasteur auprès de l'Kglise, spécialement auprès des païens qu'il a mission de rassembler (Kph. Il, 17).» Si Jésus, en se vouant à la mort, ne l'avait pas fait avec l'intention arrêtée de ressusciter, il ne se serait donné qu'à demi. Sa mort aurait été une soustraction en méni^ temps qu'un don. Et ce don incomplet de lui-même à l'Iiumanité n'eut pas obtenu la pleine approbation du Père.
Celle spimlanèité abs(»lue du Fils, celle libre disposition de lui-même, soit (|uand il meurt, soit quand il reprend la
vie, est affirmée avec une nouvelle énergie au v. 18; ei dabord sous forme négative. Rien ne la limite. Ce n*est pas par impuissance que le bei*ger succombera à la puissance ennemie; c'est parce qu'il viendra un moment où il consentira librement à sa défaite (XIV, 3i); et pour être affranchi après cela des liens de la mort, il n'aura de nouveau qu'à vouloir. Le mot ou^eî;, personne, comprend toute créature; on peut y renfermer Dieu lui-même, puisque si, en mourant, le Fils obéit au décret du Père, il le fait pourtant librement; et les derniers mots du v. 18 paraissent bien affirmer la liberté de Jésus vis-à-vis du Père luiraème. — Les mots e^oiwiav ê/o>, j*ai le pouvoir, sont répétés avec une intention marquée ; car ils expriment la pensée essentielle du passage. Ils rappellent la parole de Jésus à Pilate XIX, 11 : i Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi.,. )> Jésus n'avait aucune obligation de mourir, puisqu'il n'avait pas péché ; or la mort est le salaire du pécheur. SainI, il avait donc la liberté de garder sa sainte vie. Au ^dernier moment encore, il eût pu réclamer le secours de douze léfjions iVanges, qui l'eussent arraché aux mains de ses ennemis. — De même, après avoir donné sa vie, il n'est point forcé de la reprendre. La résurrection est son œuvre en même temps que celle de la puissance du Père. Car il dépend de lui de la demander ou de ne la point réclamer. Comme dit Luthardt : <l Dans les deux actes (la roort et la résurrection) l'action du Fils vient au-devant de 'action du Père. » C'est là le sv^uaiav eyeiv, disposer librement de sa personne. Sans doute, c'est bien le Père qui le ressuscite, comme cela est dit dans tant de passages ; mais nf»nsans l'action énergique de sa volonté. Le trésor de la ^ie lui est ouvert, pour lui-même comme pour les siens, par l'amour infini du Père (XI, ^% ; il n'a qu'à étendre la "lain pour y puiser. — On applique ordinairement les
derniers mois : fat reçu cet ordre, h Tordre de mourir et de ressusciter, qui lui a été donné par le Père. Mais cette idée affaiblirait celle que Jésus vient d'exprimer et serait contraire au mouvement de ce discours, qui esl d'affirmer la pleine indépendancp du Seigneur. Ne convient- il pas plutôt d'appliquer le terme £vto>.t;, cet ordre^ au mandat avec lequel Jésus est venu sur la terre et qui consiste précisément dans la liberté de pouvoir mourir et revivre i volonté? Cette disposition libre de sa pei'sonne, en vue de la vie ou do la mort, est le privilège dont il jouit ici-bas; il trouve bon de l'appeler un (ïrdre, iyrcolr,, afin de couvrir du voile de l'humilité cette incomparable prérogative. Voici donc la teneur du mandat avec lequel le Père l'a envoyé: «Tu pourras mourir ou ne pas mourir, ressusciter ou ne pas ressusciter, selon les libres inspirations de ton amour. »