‹ Commentaire sur l'Évangile de saint Jean (volume 2)Chapitre 20 sur 66 · TROISIÈME SECTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME SECTION

Le second discours.

Xoiis avons vu au ch. VU Jésus revenir, dans un discours prononcé à la fête des Tabernacles, sur le fait de la piérison de l'impotent, qui avait signalé son séjour précéfcnià Jérusalem, à la fête de Purim, ch. V. C'est de la même manière qu'il reprend, dans la seconde partie du ch. X, le fil du discours qu'il avait prononcé après la puérison de l'aveugle-né et qui est rapporté dans la première partie de ce chapitre. Nous avons déj«î expliqué cette manière de faire (t. II, p. 377). L'exaspération de ses adversaires dans la capitale ne lui permettant pas de traiter jusqu'au f^out les questions, il les reprend en sous-œuvre dans le séjour suivant.

La fête de la Dédicace (v. 22) se célébrait vers la lin de décembre. Où séjourna Jésus pendant les deux mois qui séparèrent cette fête de celle des Tabernacles, et qui sont

nécessairement SOUS enlemlnscnlre les v. 21 et 22? Mevei Hengslenberg el d'autres concluenl du silence de Jean qu Jésus demeura à Jérusalem et dans les environs. Cette su| position est-elle compatible avec les précautions que Jésv avait dû prendre pour se rend;-e à Jérusalem, à la fêle de Tabernacles, et qui avaient évidemment pour but de don ncr à ce voyage le caractère d'une surprise? Est-il admis sible qu'il eût pu, dans cet état des choses, demeurer deu mois entiers paisiblement en face de ce parti hostile, sur tout après que le conflit s'était encore aggravé par les scé nés racontées ch. Vll-X, 21? Non, certes, un tel séjour soit à Jérusalem même, soit dans le voisinage, n'eût pi qu'accélérer la crise et décider la catastrophe. 11 va plus le récit de Jean exclut positivement cette supposition, Dans le discours X, 25-30, Jésus reproduit en substance celui qu'il avait prononcé à la suite de la guérison de l'aveugle-né; il le cite même expressément (v. 2G : commi je vous l'ai dit), (lela scrail-il possible s'il tivait habité i Jérusalem pendant les deux mois qui séi)arèrent ces deoi discours? Ce fait suppose évidemment que c'est ici lî première fois qu'il se retrouve en face des mêmes auditeurs depuis la fête des Tabernacles, où il avait employ pour la première fois l'allégorie du berger et des brebis Après cela, il nous sera bien permis, sans nous livrer i des suppositions harmonisliques (Meyer), de relever le faits suivants tirés du récit synoptique. Luc décrit ei détail le départ de Galilée, lorsque Jésus quitta définitive ment cette province pour se rendre en Judée et à Jérusa lem (Luc IX, 51 et suiv.). Jésus donna à cet acte la plu grande notoriété par ses adieux aux villes où il avai accompli son ministère, par l'envoi des soixante et dix dis ciples qui devaient lui préparer la voie et par la lenteu avec laquelle il accomplit ce pèlerinage, tellement que 1(

ciiAP. X, 22. i Ta-

rait de cette prédication ambulante arriva même aux reilles d'Hérode et lui causa de l'inquiétude (XIll, à\), e voyage ne saurait donc être celui qui a été mentionné ean VII, 10, qui eut lieu comme en cacltelte et conduiit brusquement Jésus à Jérusalem. Jésus doit donc être «tourné en Galilée après la fête des Tabernacles; ou bien tout ce récit de Luc (comme aussi celui de Jean) ne serait qu'un roman. Avons-nous le droit de traiter ainsi ces deux récils qui concordent si aisément sans pourtant faire la moindre allusion l'un à l'autre?

Déjà au ch. V le retour en Galilée n'avait pas été mentionné, et la narration continuait (VI, 1), comme si la résidence de Jésus dans cette province s'entendait d'elle-même, lien est de même ici. Le silence du narrateur implique tout simplement le retour de Jésus dans les lieux qu'il avait habités précédemment et qu'il n'avait quittés que momentanément à l'occasion de la fête. Ce qui le prouve bien, c'est que, lorsqu'après la fête de la Dédicace (X, 4-0) iésus quitta la Judée pour s'en retourner ailleurs qu'en Galilée, son nouveau domicile (la Perce) est expressément mentionné par l'évangéliste : a et il demeura là ou Jean kplisait. )

Après son retour^ Jésus reprit donc pour quelque temps encore son ministère galiléen; ce fut après cela seulement qu'il appela ses adhérents à rompre, pour le suivre à Jérusalem, les derniers liens; qu'il envoya devant lui les soixante et dix disciples pour préparer son suprême appel aux villes et bourgades de la Galilée méridionale et qu'il prononça la condamnation des villes des bords du lac de Génézarelh. Ce pèlerinage assez prolongé, dont le récit remplit neuf chapitres de saint Luc (IX, 51- XVIII, 18), doit, chose étrange, avoir été interrompu par encourt voyage à Jérusalem; car le récit Luc X, 38-4i

(Jésus chez Marthe cl Marie) nous Iransporle loul à coup à Béthanie, et la parabole du l>on Samaritain, qui précède immédiatement, parait se rattacher aussi à un séjour en Judée. Qu'est-ce que celle excursion à Jérusalem, supposée dans les documents employés par Luc sans que peatétre Luc s'en soit lui-même rendu compte? Comment ne pas être frappé de la coïncidence remarquable entie ce voyage et le voya<;e à la fête de la Dédicace, rapporté par Jean? Après celte excursion rapide à Jérusalem , Jésus aurait recommencé son lent pèlerinage dans le midi delà Galilée ; puis traversé le Jourdain pour se rendre en Pérée, connue le racontent positivement MaUhieu et Marc. Ce séjour en Pérée, peu avant la Passion, est le point dans lequel se rencontrent les quatre récits évangéliques : Matth. XIX, 1 ; Marc X, I ; Luc XVUl, 15 et âuiv., où reprend le parallélisme entre le récit du troisième évangile et celui des deux autres synoptiques (présentation des petits eniants, arrivée du jeune homme riche), et Jean X, ^iO-li Ainsi les quatre récils, tout en suivant leur marche propre, s'accordent sans dii'liculté.

Le morceau suivant comprend une introduction historique ^v. Hi-ili), une première allocution de Jésus, dans laquelle il montre aux Juifs rabime qui les sépare de lui (v. :25-31), et un dernier enseignement par lequel il cherche encore une fois à enlever ce (|ui était pour eux li grande pierre de scandale, raccusalion de blasphème (v. ;:{2-il9). Le morceau se termine par le tableau du séjour en Pérée (v. 40-42;.

I. — Introduction historûiue : v. 22-24. V. 22-24. «r Or^ on céléhnn't ii Jérusalem la fÊtedela

* B L rcmplac^'nt $£ |>ar totî.

)édicMe^; c était V hiver, 23 Et Jésus allait et tenait !aws le temple^ som le portique de Salomon. 24 Jjes Juifs ^entourèrent donc; et ils lui disaient : Jusques à quand iendras'tu notre âme en suspens f Si tu e.s le Christ, Hs^' le -nous franchement, » — La fêle de la Dédicace ippfLOLv^ix) avail élé instituée par les Maccahées en souvenir de la purification du temple après sa profanation par Anliochus Epiphane (1 Macc. IV; Josèphe, Antiq, XII, 7, 6). Elle durait huit jours, depuis le 25 kasiew, qui, si Ton élait alors en Tan 29 de notre ère, tombait cette année-là, d'après le travail de M. Cliavannes déjà cité, sur le 19 ou le 20 décembre. On l'appelait ri cpwTa, les lumières, à cause de la brillante illumination par laquelle on la célébrait, non seulement à Jérusalem, mais dans tout le pays. Jésus en profita pour adresser encore, avant la Pàquc, un dernier appel à son peuple. Nous pouvons conclure de ce qui précède qu'il exécuta probablement ce rapide voyage à Jérusalem pendant que les soixante et dix disciples accomplissaient, en Galilée, la mission qu'il leur avait confiée et y préparaient de lieu en lieu son dernier appel.

C'était la mauvaise saison; on ne pouvait rester en plein tir. Jésus se tenait donc sous le portique do Salomon, antique péristyle situé dans la partie orientale du parvis, audessus de la vallée de Josapliat. C'était le dernier reste de IWien temple. Ce lieu, qu'avait rendu clicr au cœur de l*évangéliste le souvenir de la circonstance qu'il va racon- ^^r, paraît avoir été également sacré pour les chrétiens de 'a primitive église de Jérusalem (Acl. III, 11). La nature ^e la localité facilitait (donc, v. 24) l'espèce de manœuvre qu'exécutèrent en ce moment les Juifs et qui est décrite

' K B D G L X n It»>'q Cop. omollcnl xai devant y sijjwov t,v, que lit *' R. avec tous les autres.

* M: EîïTOv, au lieu d'eiTis.

par le terme £)c'j)c>.w«jav , ils l'entourèrent. Pendant que Jésus niarchail sous ce périslyle, ils proiitèrenl d'un moment Tavorable pour s'interposer entre lui et ses disciples et le cerner. C'est là, quoi qu'en dise Meyer, le sens naturel de cette expression étrange. Leur dessein arrêté était de ne lui rendre sa liberté que lorsqu'enfm il aurait prononcé le mot décisif. C'est la scène de^VllI, 25, qui se renouvelle h une plus haute puissance. Us sont las de ses réponses qui leur paraissent ambiguës. iMusieurs d'entre eux sentent bien que jamais homme ne s'est autant rapproché de l'idéal messianique. Qu'il consente enfin à jouer tout de bon le rôle de Messie, et h nettoyer le par» de la puissance romaine, comme autrefois Judas Maccabée puritia ce temple des profanations syriennes, ils Tacclanie* ront volontiers, et cela dans cette fétc même ; sinon, qu'il avoue franchement qu'il n'est point le Messie, et ne continue pas à exciter l'attente du peuple! — L'expression tÎ!» l'jyr,'^ aïpeiv, proprement : soulever Idme, s'applique parfaitement à une activité comme celle de Jésus, qui enflam* mait les espérances nationales, sans les satisfaire jamais. Philon emploie le terme ji^Tewpt'Ceiv exactement dans k même sens.

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