‹ Commentaire sur l'Évangile de saint Jean (volume 2)Chapitre 21 sur 66 · II. — Première allonition : v. 25-r · texte numérisé non relu

II. — Première allonition : v. 25-r

V. 25 et 20. a Jésus leur répondit : Je vous C ai dit, et vous ne croyez pus; les œuvres que je fais au nom de nwn Père y ces œuvres rendant témoiynage de moi. 26 Sais vous, vous ne croyez pas: car^ voifs néles pas de mes hrebisy comme je vous tai dif^. » — Jamais la position de

» « B I) L X ti Mnn. Iii>''"iTt' Vi:. Svr"^'' Or. lisent oti ojx au lie» de oj ^ac.

- nBKLMH (iiiel(|ucs Mnn. It-*'»*! V«;. ('.op. omettent les mois /.aOfo; E'.rrov jjjl'v (jiii s'appuient sur M Mjj. presque tous les MnD. lipieriquc Svr. ; quclcpics Mnn. et Vss. les redoublent: mCwnmej^ mus l'ai dit \. 46 . Se vous ai-Jc pas dit : '\. 27;. »

Jésus vis-à-vis des Juifs n'avait été aussi tendue. Répondre

oui, il ne le peut; car le sens qu'ils donnent au mot Christ

n'a, pour ainsi dire, rien de commun avec celui qu'il y

attache lui-même. Dire non, il le peut encore moins; car

il est bien le Christ promis de Dieu, et dans ce sens, celui

qu'ils attendent. Sa réponse est admirable de sagesse. 11 se

réfère, comn^e VIIl, 25, à ses témoignages antérieurs par

lesquels il s'est appliqué tous les symboles messianiques de

Tancienne alliance et a, en quelque sorte, épelé son titre

de Christ, de telle façon que, s'ils veulent croire, ils n'ont

plus qu'à le prononcer eux-mêmes ^ Ainsi s'explique sa

réponse : Je vom l'ai dit, quoiqu'il n'eût jamais prononcé

le mot. A son propre témoignage s'est d'ailleurs ajouté

celai du Père. Ses miracles ont tous été des œuvres du

Père: car ils ont été faits sous l'invocation de son nom ; si

Jésus était un imposteur. Dieu lui eùt-il ainsi répondu?

Nais ce témoignage divin échoue, aussi bien que celui de

Jésus lui-même, contre leur incrédulité (v. 26). Il n'est

[ pas un Messie tel que leur cœur le réclame : voilà pour-

i quoi ils affectent de ne pas comprendre ce qui est si clair.

\ Le sujet ùjjleiç, votus, mis en tête, renferme implicitement

l'explication qui suit : Vous n'êtes pas de mes brebis. Les

Juifs ne reconnaissent pas dans sa voix celle du Messie, du

berger divin, parce qu'ils ne possèdent pas les dispositions

morales qui caractérisent les brebis destinées à former son

troupeau. — La formule de citation : comme je vous l'ai dit,

omise par les Mss. alex. Mais peut-être ce retranche-

* Ges8 (p. 99] fait ressortir avec raison raccord complet qui se Manifeste ici entre Jean et les synoptiques. Chez ces derniers aussi J^feos, tout en acceptant (dans l'entretien de Césarëe) le titre de Christ ^e la part de ses disciples, leur interdit de prononcer ce mot devant '^ peuple. Comme chez Jean, il veut la chose et non pas le nom (Hatlh. XVI, 20, et parall.).

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178 DEUXJKMK PARTIE.

ment provienl-il de ce que Ton ne retrouvait pas textuellement ces paroles dans les discours précédents, ou plus simplement encore de la confusion accidentelle des syllabes (jwov (i;/.wv) et [jLiv ('ju.îv). L'autorité de 12 Mss., appuyée de celte des plus anciennes Vss., parait en garantir Tauthenticité. Presque tous les interprètes, édileui^s et traducteurs les rattiichent au v. 2G. Dans notre 1"^ éd., il nous avait paru préférable d'en faire le préambule du v. 27, et cela par les raisons suivantes : 1^ Dans plusieurs cas analogues, quoique non identiques (Yl, 30. (55; Vil, 38; XIU, 33ija formule de citation porte sur c^ qui suit. 2^ Envisapée comme conclusion, cette formule a quelque chose d'un peu traînant. 3" Le v. suivant renferme une citation presque littérale des paroles du discours précédent (v. 3-5), tandis que le v. 26 ne présente avec les paroles antérieures qu'une ressemblance éloignée. Cependant une considération me parait maintenant décisive en faveur de la liaison au V. 20 : c'est le pron. ûf/îv : « comme je i^otis l'ai dit. m Jésus n'a jamais appliqué aux Juifs incrédules les promesses du V. 27 ; mais il leur a fréquemment adressé des reproches équivalents à celui du v. 20. Ce reproche formait en particulier le fond des doux premières allégories, v. 1-5 et 7-10, comprises dans le sens hisloriqiie que nous leur avons donné. — M. Reuss trouve dans cette citation une preuve sans réplique en faveur du jugement qu'il porte sur les discours du IV*^ évangile : a Nulle part Jésus n'avait dit cela. y> Puis encore : n L'allégorie des brebis avait été présentée h un public tout différent. » Mais la première difficulté tombe, pour peu que Ton comprenne les similitudes précédentes. En opposant, v. 1-5 et 7-10, ses brebis à celles du troupeau tliéocratique, ne disait-il pas aux Juifs qui voulaient rester tels : Vous n'êtes pas da nombre des brebis du Messie. La seconde difficulté n'existe

pas réellement, puisque le discours auquel Jésus fait allusion (v. i-18] n*a nullement été adressé, comme le veut Bi. Reuss, aux pèlerins étrangers venus à la fêle, mais qu'il a été prononcé en réponse à quelques-uns des pharisiens (IX, 4U), qui avaient demandé : El uous^ sommes-nous aussi des aveugles? Or ces gens étaient certainement des habitants de Jérusalem; il n*est donc pas surprenant que Jésus se retrouve en face d'eux ou des membres de leur caste à la fête de la Dédicace. On voit qu'il importe de contrôler les assertions de nos critiques.

Dans les paroles suivantes, Jésus décrit les privilèges aUachés à la relation que fonde la foi entre lui et ses brebis. Quoique Tabime soit creusé entre lui et ses adversaires, il V a certainement une invitation renfermée dans ce tableau ; car le pont est encore jeté sur l'abîme, et Jésus ne renonce pas à voir quelqu'un d'entre eux venir à lui :

V. 27 et 28. e Mes brebis entendent^ ma voixy el moi je le^uonnais; et elles me suivent, 28 el moi je leur donne la vie étemelle: el elles ne périr onl jamais ^ el personne ne les ravira de ma main. i> — On a réparti les six propositions <le ce V. en trois paires (Bengel). Luthardt préfère les répartir en deux groupes de trois: d'un côté, la foi du fidèle, d'où son union personnelle avec le Seigneur, enfin $a fidélité par laquelle il demeure dans cette union (v. 27) ; <le l'autre, le don de la vie que lui fait Jésus, le salut qu'il lui assure et la divine protection dont il le fait jouir {v. 28). Mais cette division en deux gi*oupes échoue évidemment contre les deux xar^o), el moi^ au commencement de la seconde et de la quatrième proposition. Ces deux pronoms indiquent une réciprocité répélée entre la con-

^ K B L X Homél. (^lém. : axouou^'.v, au lieu d'axousi (|ue lit T. R. ^vcc U Mjj., etc.

duile du fidèle et celle de Jésus, et parlent ainsi en faveur de la division de Bengel : i^^ paire : foi du fidèle à la parole préchée (entendent ma voLr)^ et acte de communion personnelle de Christ avec le croyant [ cj'e les connais » ); 2^ paire : fidélité pratique du croyant ainsi connu et aimé (elles mesuiveiUj, et, de la part de Christ, communication de la vie éternelle {^je leur donne,... » ). La 3® paire mentionne un état plutôt qu'un acte du croyant: son salut assuré (elles ne périront jamais) : puis l'acte de Jésus qui lui garantit ce privilège (c nul ne les ravira. . . i). La l""® paire reproduit plutôt l'idée de la similitude v. 1-6; la 2®, celle de l'allégorie v. 7-10; la 3<^, celle du tableau v. 11-18. — La main n'est pas seulement ici l'emblème de la puissance, mais aussi et avant tout celui de la propriété.

V. 29 et 30. f Mon^ Père, qui me les a données*, eil plus grand^ que tous: et personne ne peut les ravir delà main de mon^ Père. 30 Moi et le Père sommes un. » — On pourrait être tenté de trouver, avec Luthardt, un syllogisme rigoureux dans les pensées exprimées v. 29-30. Majeure : Mon Père est plus grand que tous (v. 29). Mineure: Moi et le Père sommes un (v. 30). Conclusion : Donc nul ne pourra me les enlever (v. 29). Mais n'est-ce pas seulement trop logique? En général, l'argumentation de Jésus tend plutôt à s'élargir en spirale qu'à se refermer sur ellemême comme un cercle. C'est le cas ici : le sentiment s'élève , s'agrandit. A la première garantie , celle qui

1 {^ iti»i.riiiue oinettenl [lou.

• K B L It. Vg. Cop. lisent o oeoojxev (ce qu*il m'a donne), au liea do o; ocO(.)X£v (qui in a donnrj (|uc lit T. R. avec M Mjj. Syr. — D:

0 ^E^roxro;.

' A B X II. Vg. (^op. : fxstîTov, au lieu de ficîî^wv que lit T. R. avec 45 Mjj.

* K B L Or. retranchent [loj.

résulte de ce que les brebis sont dans la main de Jésus, comme sa propriété (v. 28), Jésus commence par en ajouter une seconde, celle qui repose sur ce que ce droit de propriété lui est commun avec Dieu même, qui assurément saura le maintenir, puisque aucune puissance n'égale la sienne. De là, la pensée de Jésus s'élève plus haut encore, jusqu'à l'intuition de la i*elation en vertu de laquelle tout est commun entre le Père et le Fils, leur unité substantielle. Cette gradation est toute de sentiment. C'est la conscience filiale qui se déploie jusque dans sa dernière profondeur.

11 y a quatre leçons principales (v. 29) : 1<* celle du T.R. et de 11 Mjj (FAn, etc.), o; et (Jiei^wv : c Le Père qm me les a données, est plus grand que tous, y 2<> Celle de BU, 0 et (JL«îÇov : c Ce que le Père m'a donné, est plus grand que tout. » 3^ Celle de A et de X, oç et p.€t^ov : < Le Père qui me les a données est plus grand (neutre) <iue tout. » 4^ Celle de K L, o et (xeiÇwv, qui n'a réellement pas de sens, à moins qu'on ne puisse se résoudre à donner un attribut masculin ([Aei^cdv) à un sujet neutre (o, a ce que le Père... > ). Il faut être bien prévenu en faveur du texte alex. dont les documents se contredisent tous les uns les autres dans ce cas et présentent un sens à peu près également intolérable, pour le préférer sous l'une de ses formes au texte reçu. Luthardt lui-même est contraint d'en revenir à ce dernier, c Le contexte exige, dit-il, en dépit des meilleures (?) autorités, d'en rester au texte reçu. i>

Et en effet, comment faire dire à Jean, d'après B, que <^ que le Père a donné à Jésus est plus grand que tous ou tout? Il ne resterait qu'à donner à plus grand le sens de plus précieux, ce qui est forcé, surtout dans ce contexte où il s'agit de ppuvoir à déployer. La leçon de A, préférée par Meyer, n'est guère moins choquante. Comment donner

à Dieu l'attribut plu$ grand au neutre : quelque chose de plus grand ! La leçon reçue est donc la seule possible. Le salut des croyants, garanti déjà par la puissance du Fils () qui ils sont donnés (v. S8) , Test de plus par la puissance du Père qni les lui a donnés. Car cette puissance est celle qui agit par l'organe du Fils, et elle est au-dessus de toute force créée. Cette double garantie se rapporteraitelle aussi, comme le veut Ilengstenberg, aux chutes des croyants? Rien ne Tindlque, et quand Jésus dit: <plas grand que tous, d c'est évidemment des ennemis extérieurs et non ^% infidélilés de la brebis qu'il veut parler.

il me parait probable qu'on a commencé par remplacer la propos, relative : oç ÀeÀwxcv, par la forme plus coulante ô Âe^tôxcdç (leçon de D). De ce o est provenue, par un mélange avec la leçon primitive, celle de K et B : 6 ^é^coxsv; enfin de ce neutre est résulté, dans B, le neutre [«îî^ov, comme attribut de o. Telle est la genèse probable de toutes ces variantes.

Plusieurs interprètes ne trouvent, dans le : nowi sommes un, qu'une unité de volonté. Evidemment, le contexte exige davantage. La bonne volonté du berger ne suffirait pas pour la sûreté des brebis. Calvin et la plupart des modernes (Meyer, Luthardt) s'élèvent donc jusqu'à l'unité de pw'S' sanee. C'est ce qu'exige logiquement le contexte, en y ajoutant toutefois l'idée de la communauté de propriété. Mais cela même ne répond pas à l'expression absolue, si riche, si pleine du v. 30. La pensée de Jésus s'élève plus haut encore ; elle se perd dans le sentiment d'une unité de nature, d'où procèdent celles de volonté, de pouvoir, de propriété. N'est-ce pas ici le point culminant du discours, semblable à la parole VIII, 58, couronnement d'un des discours précédents? Si le Seigneur n*av^t pas donné à cette parole le sens transcendant que nous lui attribuons^

criAP. X, 2i)-3i. 183

comment n*eùt-il pas rectifié le malentendu des Juifs qui, après l'avoir entendu parler de la sorte, se mettent en devoir de le lapider comme blasphémateur? — Saint Augustin dit que, comme le mot nous sommes réfute Sabellius, le root un réfute Arius. Il n'a pas tort. On peut même dire qu'Arius est réfuté déjà par la première de ces deux expressions. Car ce pluriel même: nous sommes^ serait un blasphème, dans la bouche d'une simple créature ^ — On a objecté que l'expression être un est appliquée ailleurs au rapport de Jésus et des (idèles, ce qui prouverait qu'elle n'a qu'un sens moral. Mais l'union de Jésus et des fidèles n'est point un simple accord de volonté, c'est une union consubstantielle. L'incarnation a fondé entre Jésus el nous un rapport de nature , et ce rapport embrasse désormais notre personnalité tout entière, physique et morale.

î V. 31. « Les Juifs donc* apportèrent île nouveau des pierres pour le lapider. » — Ouv, donc : en raison du blasphème (v. 30); comp. v. 33. — nà>.iv,' de nouveau, fait allusion à VIII, 59. Seulement, il y avait là r^pav, ils ornent, tandis que Jean dit ici èfià^Ta^ov, ils portèrent,

' Ils n'avaient pas ces pierres sous la main dans le portique; il fallait aller les chercher k quelque distance dans le parvis. 11 y a là non plus une simple démonstration, comme au ch. VIII, mais de sérieux préparatifs, en vue d'accomplir enfin l'acte de la lapidation dont on l'avait menacé tant de fois. Comme toutes ces nuances si délicalement rendues révèlent le témoin oculaire dont le regard suit avec anxiété cette gradation de haine!

* Le nkinistre d'EUl (|in se |MTmit un jour do dire : « Lo roi et moi, noas . . ., » provoqua le rire de tout le Piirlement; cjuo mërilerail la créature qui oserait dire : « 3Ioi et Dieu, nous ...» !

' Ojv manque dans K B L It»>'<i.

m. — Seconde allocution : v. 32-39.

La réponse de Jésus traite deux sujets : 1^ Celui du blasphème qu'on lui impute (v. 32-36); 2*> Celui de sa relation avec Dieu que Ton conteste (v. 37-39).

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