V. 32-30 : L'accusation de blasphème
V. 32 et 33. a Jésus leur répondit: Je vous ai fait mr plusieurs bonnes œuvres par la vertu de mon Père y: pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous f 33 Les Juifs lui répliquèrent * : Ce n'est pas pour une bonne œuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème, et * parce que, étant homme, tu te fais toi-même Dieu, f — Cette fois, Jésus ne se dérobe pas comme VIII, 59; il fait tomber les pierres des mains de ses adversaires par une question. Au lieu de: bonnes œuvres, il faudrait pouvoir traduire : belles œuvres (Rilliet). L'épilbète xa7>à désigne en effet non le caractère bienfaisant de ces œuvres, mais leur beauté morale, leur perfection en sainteté, en puissance, aussi bien qu'en bonté. — Le terme eâet;a, proprement : fai monlri, caractérise ces œuvres comme de magnifiques échantillons de toutes celles que le Père tient en réserve et comme les preuves sensibles et glorieuses de la faveur dont le Fils jouit auprès de lui. Le Père lui montre ces œuvres dans . la sphère idéale (Y, 19. 20), et lui les montre au monde dans la sphère réelle. — La prépos. sx indique que la puissance par laquelle Jésus a fait ces œuvres procédait du Père. — La question de Jésus renferme une ironie poignante, expression de l'indignation la plus profonde. Sans doute, le motif pour lequel les Juifs prétendaient le lapi-
* N B I) retranclieni ;xou.
» T. R. ajoute XsyovT*; avec 9 Mjj. I) E G etc.) contre 8 Mjj. N A B etc.: iO Mnn. It. \>. Svr.
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er, n'était pas celui que Jésus leur prête ici ; mais en lléguant un autre motif ils donnaient le change à leur onscience, et Jésus leur dévoile le vrai état des choses Kir cette question. N'était-ce pas à Toccasion de la guériiOD de l'impotent que s'était manifestée, pour la première fois, leur haine meurtrière (ch. V)? N'avait-elle pas tiré un accroissement de violence de la guérison de Taveugle-né (ch. \\)1 Et ne sera-ce pas le troisième miracle, la résurrection de Lazare (ch. XI), qui la conduira jusqu'à son tenne fatal? Jésus le sentait bien : c'étaient ces grandes €t belles œuvres qui, en le signalant comme le Fils, le désignaient à leur fureur : tCesi ici l'héritier; tuons-le, » ~- Cette question les paralyse en quelque sorte. Jésus peat de nouveau parler avec eux.
Les Juifs formulent le point en litige, au v. 33, tel qu'il ^ présente à leur conscience faussée. — Le terme : un blasphème, exprime la notion générale , et la proposition suivante : et parce que...j spécifie ce grief, tout en l'appliquant à Jésus personnellement.
Y. 34-36. c Jésm leur répondit : N'est-il pas écrit dans voire » loi* : < J'ai dit : Vous êles des Dieux » .^ 35 Si elle rappelé Dieux ceux à qui la parole de Dieu a été adresfée, et si f Ecriture ne peut être anéantie^ 36 celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde, vous lui dites : îu blasphèmes I parce que fai dit : Je suis le Fils de A^i|3. » — On a souvent présenté cette argumentation comme une rétractation implicite des expressions dans lesquelles Jésus semblait avoir afGrmé sa nature divine. Dans ce sens, on lui fait dire : c De simples créatures sont appelées Dieux, parce qu'elles représentent Dieu dans une
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* K B I) L X ajoutent ici oti.
' j( D E G : Oso'j au lieu de tou Osoj.
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l'onction quelconque, celle de juge, par exemple ; or, c'est uniquement dans ce sens que j'ai affirmé ma divinité. > Mais par là, Jésus se mettrait en contradiction avec tons ses témoignages antérieurs, dont le sens est reconnu aujourd'hui par l'cxégèso rationaliste elle-même. Il ne faut pas oublier que l'unique accusation dont Jésus s'occupe, dans cette première partie de sa réponse, v. 34-36, est celle de blasphème. Dans ce but, voici comment il raisonne : c L'Ecriture a appelé Dieux de simples humains, en tant que revêtus d'une fonction dans laquelle ils étaient les représentants de Dieu même; donc, ne lusse -je rien de plus qu'un simple homme, envoyé pour accomplir une œuvre divine, je ne mériterais pas, d'après TEcrilure ellemême, d'être traité de blasphémateur pour m'êlre dit Fils de Dieu. > Néanmoins le raisonnement ainsi compris laisse toujours lieu à cette objection : Jésus s'est dit Dieo dans un autre sens que celui dans lequel l'Ecriture donne aux juges le titre de Dieux. Mais il y a ici un secx)nd point à remarquer ; c'est une gradation : « Si l'Ecriture n'a pas blasphémé en appelant Dieux les personnes à qui s'adresse une révélation quelconque, comment aurais-je blasphémé en me déclarant Dieu, moi en qui Dieu envoie au monde sa révélation elle-même?)) Le monothéisme biblique diffère absolument du froid et mort déisme que l'orthodoxie juive avait extrait des Livres sainis et qui sépare par un abîme le Créateur et l'homme. Ce monothéisme pétrifié est le trait d'union entre le judaïsme dégénéré, le mahométisme et le rationalisîue moderne; mais il n'est qu'une grossière caricature de la conception scripturaire. Toute fonction Ihêocratique, exercée au nom de Jéhovab, qui l'a conférée, met son dépositaire en relation vivante avec le Très-Haut, le fait participer à son souftic et le constitue son agent. Par là cet homme, roi, juge ou prophète, devient relative-
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ment la manifestation de Dieu même, c En ce temps, la maison de David sera comme Elohim , comme [Ange de lEtemel. > Zach. XII, 8. L'A. T. est par sa tendance la plus profonde en marche constante vers l'incarnation, couronnement de ce rapprochement croissant entre Dieu et l'homme. Voilà le vrai fond de l'argumentation de Jésus : si ce courant tout entier n'a rien de blasphématoire, le terme auquel il aboulit, l'apparition d'un homme qui se dit un avec Dieu, n'a rien en soi d'attentatoire à la majesté de Dieu.
La citation est tirée de Ps. LXXXil, G; et le terme de fei désigne ici, comme VII, 49 ; Xll, 34, etc., l'A. T. tout entier, non comme dénomination a potiori parte, niah plutôt en tant que tout ce livre fait loi pour la pensée et h vie israélites. Sur l'expression votre loi, voir à VIII, 17. Asaph s'adresse, dans ce Psaume, aux juges théocraliques. Le v. 1 décrit leur grandeur, en vertu de la fonction sublime d'organes de la justice divine, qui leur a été confiée. Dieu lui-même siège au milieu d'eux; c'est donc de lai qu'émanent leurs sentences. Dans les v. 2-5, Asaph oppose la triste réalité à la grandeur idéale de cette fonction. Au V. 0, il revient à l'intuition du premier verset, eelle de la dignité officielle, et le mot : « J\n dit : Vous ites Dieux, i» se rapporte à la parole d'Asaph lui-même dans le V. 1 : c Dieu assiste dans [assemblée de Dieu, »parole dans laquelle il est évident que le second terme l>ieu renferme la personne des juges. Les v. 7 et 8 rappellent enfin aux juges qu'un jour ils seront jugés euxiDémes,et qu'il leur sera demandé compte de cette fonction divine dont ils avaient été revêtus. Jésus tire de la parole du psalmiste une conclusion a minori ad majus, exacteiDent comme VII, 23. Le point d'appui de son raisonnenient est ce principe : que l'Ecriture ne peut blasphémer.
Par ceujc* à iiui la parole de Dieu est adressée^ Jésus entend ces juges, auxquels FEspril sainl s'adresse en leur disant: Vous êtes,.. L'expression : Si C Ecriture ne peut être anéantie, inonli*e la contiance sans bornes que la parole scripturaire inspirait à Jésus.
Supposons que ce fût Tévangéliste qui eut inventé toute cette argumentation; eut-il pu résister, lui, le créateur de la théorie du Logos, à la tentation de mettre ici dans la bouche de Jésus cette dénomination favorite par laquelle il le désigne dans le prologue? C'était la gradation toute naturelle : La loi appelle Dieux ceux h qui la parole est adressée, combien moins peut-on m'accuser de blasphème, moi qui suis la Parole elle-même, lorsque je m'attribue le titre de Dieu? Jean ne succombe pas à cette tentation ; c'est qu'elle n'existait point pour lui, car il se bornait à rapporter fidèlement ce qu'avait dit son Maître. — Jésus se désigne comme celui que le Père a sanctifié et envoyé. La première expression pourrait, à la rigueur, se rapporter à 11 vie terrestre de Jésus, et plus spécialement à certains faits de consécration, tels que ceux de la naissance miraculeuse ou du baptême. Mais il faudrait, dans ce cas, appliquer l'expression qui suit : envoyé dans le monde, à son apparition au milieu des hommes, au commencement de son ministère, par exemple, ou admettre une marche rétrograde dans la pensée de Jésus, deux suppositions trèsforcées. Le terme envoyer dans le monde se rapporte naturellement à un fait antérieur à l'existence terrestre de Jésus et désigne la mission qu'il a reçue quand Dieu lui a confié la tilche de Rédempteur. Le terme sanctifier désigne Tacte divin par lequel Dieu l'a spécialement consacré pour cette mission, avant de l'envoyer. L'envoi repose sur cette consécration qui renferme le mandat, l'ivTfATi, dont il a été parlé V. 18. Comp. 1 Pier. I, 20. Il y a tout un conseil
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entre le Père et le Fils antérieur à la venue de Jésus sur la terre et dont il formule lui-même le résultat, quand il dit : f Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, matë la volonté de celui qui m'a envoyé it (VI, 38). Quelle n*est pas la supériorité d'un tel être sur tous ceux à qui une parole divine a été adressée ici-bas ! — En indiquant le contenu de Taccusalion élevée contre lui, Jésus passe au discours direct : tu blasphèmes. C'est la vive reproductioQ du grief des Juifs, tel qu'il retentissait encore A son oreille. Les mots suivants : parce que j'ai dit, dépendent, non de : tu blasphèmes, mais de : vous dites. Le titre de Fils de Dieu est évidemment ici le sommaire de la déclaration du V. 30« qui était le thème de l'accusation : Moi et k Père sommes un. Cet exemple montre de nouveau combien il est faux de voir dans le titre de Fils de Dieu l'indication d'une charge, même de la plus haute charge Ihéocralique. Quel blasphème eût dans ce sens comporté ce terme? Les Juifs pouvaient-ils envisager qu'il y eût blasphème à se dire le Christ, eux qui venaient de lui adresser en ce moment même cette question : c Si tu es le Christ, dis-le nous franchement. ^ Quant a Jésus, il renferme, eomme d'ordinaire, sa dignité de Messie dans celle de Fils de Dieu. Car la première bien comprise n'est que le corollaire de la seconde. Il s'efforce donc par dessus tout de former dans le cœur de ses auditeurs le sentiment de sa divinité, certain que la conviction de sa messianité en découlera naturellement, et que dans cette relation seulement elle ne sera pas faussée. De là la suite :