II. — Ventrée à Jérusalem: v
Jusqu'à ce jour Jésus avait, en toute occasion, travailléâ réprimer les manifestations populaires en sa faveur (VI, 15; LucXIV, 25-3c{; XIX, Il elsuiv.,elc.). Maintenant il donne libre cours aux sentiments de la multitude et se prcle â l'hommage qu'on lui prépare. Qu\ivail-il encore à ménager? Une fois au moins en sa vie ne devait-il pas être reconnu et salué eu sa qualité de roi d'Israël? L'heure de sa mort était proche; celle de son avènement royal avait dow sonné.
La tradition de l'Eglise chrétienne fixe l'entrée de Jésui à Jérusalem au dimanche qui précéda la Passion. L'explica* tion la plus probable du v. 1 n'a pas confirmé cette manién de voir; c'était vraisemblablement le lundi. Les évangélistes n'indiquent pas le moment de la journée oii eut lien cet événement. Mais de Marc XI, 11 : « Et Jésus entrai Jérusalem et dans le temple: et, ayant tout contemplé,
comme il étaii déjà iard^ il s'en alla à Réthanie avec les Douze, » il parait ressortir que ce fut dans la seconde moitié de la journée. Cette parole signifie en eflet qu'après être entré à Jérusalem, Jésus ne fit plus rien d'important ce jour-là, parce que l'heure était trop avancée.
V. 12 et 13. f Le lendemain^ une grande foule de gens (lui étaient venus^ à la fête, ayant appris que Jésus venait à Jérusalem, prirent des branches de palmier iS et sortirent pour aller au-devant de lui '; et ils s'écriaient ' ; Homnna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d Israël !i^ — La foule dont il avait été parlé v. 9-11 ne désignait que /e.ç Jai/i de Jérusalem et des environs dont la défection alarmait si fort les chefs. Mais celle qui est mentionnée au v. 12 comprend une grande partie des pèlerins de toutes contrées rer«/5* à la fêle; ayant appris que Jésus séjournait à Bélhanie et qu'il allait arriver à Jérusalem, ils sortent en grand nombre au-devant de lui pour lui faire cortège à son entrée dans la ville. Une partie (l'entre eux, comme nous venons de le voir, allèrent jusqu'à Béthanie; les autres, partis trop tard, le rencontrèrent en chemin. A mesure qu'il avançait, il trouvait ainsi de dislance en distance des groupes joyeux sur la route. Voilà comment le récit de Jean explique, complète et précise celui des synoptiques. Ceux-ci, n'ayant point mentionné l'arrêt de Jésus à Béthanie, le représentent tout naturellement entrant dans la ville avec la caravane des pèlerins qui arrivaient avec lui de Jéricho. Ces derniers faisaient cerlainement partie du cortège; mais Jean fait comprendre
* M A omettent o devant eXO/ov.
* A K U n 50 Mnn. lisent a;:av":r,7iv au lieu de u-avT7)atv [\\ Mjj.). 1^ G L X : TJvavTr,aiv.
' N D L Q : Exsa-j^aî^ov au lieu de expaî^ov. n A D K Q X Tï ajoutent
qu*il s'y trouvait aussi beaucoup d'autres personnes; c'étaient de nombreux habitants de la Judée, tous ces pèlerin dont il avait été parlé XI, 55. 56, et qui étaient arrivé longtemps avant Jésus lui-même.
Un soufile de joie céleste semblait avoir passé sur cett multitude. Leur allégresse et leurs espérances s'exprimaien par des symboles et des chants. — Le palmier étant envisag en Orient comme Temblème de la force et de la beauté, le rameaux de cet arbre y sont devenus celui de la joie. 1 Macc Xlll, 51, Simon rentre à Jérusalem €avec des hymnes e des branches de palmier, au son de la guitare et des cymbales , parce que f ennemi a été chassé d'Israël, i Lév XXlll, 40, dans l'institution de la fête des Tabernacles, il est dit : « Vous prendrez,., des branches de palmes..., « vous vous réjouirez pendant sept' jours devant l' Etemels Il y avait chaque jour pendant cette fête une procession autour de l'autel des holocaustes, dans laquelle on portail des branches de palmier. Mais en ce jour tout cela se fail spontanément. Comp. Apoc. VII, 9. — On a vu dans te articles ri et twv devant ^oLioL et <j»oivi)tc<ov (les branches dfi paliniers\ une allusicm aux rameaux déjà connus par k tradition et qui ont donné le nom à ce jour; il est plu: simple d'entendre par là : a Les branches des palmiers qu se trouvaient là sur le chemin, » comme si Jean eût dit € Ayant dépouillé les palmiers de leurs rameaux.» — L terme [iatov signifie déjà par lui-même: branche de pal 7nier. Mais le complém. twv cpomîaov est ajouté par Jeai pour les lecteurs qui ne connaissaient pas ce terme tech nique.
Les cris de la multitude ne laissent aucun doute sur h sens de celte manifestation; c'élait bien le Messie quel< peuple accueillait et saluait en la personne de Jésus. Lci
acclamations rapportées par Jean (v. td) et dont l'équivalent se trouve dans les synoptiques, sont tirées du psaume CXVUI, particulièrement des v. ^2b, 20. De nomlireuses citations rabbiiiiques prouvent que ce psaume était envisagé comme messianique. Cliaque israélite savait par cœur ces paroles : elles étaient chantées à la fête des Tabernacles, dans la procession qui se faisait autour de l'autel, et à la Pàque, après le chant du grand Ilallel (Ps. CXIII-CXVIII), à la (in du repas pascal. Hosanna (de Kâ n3n«;in, sauve, je te prie) est une prière adressée à Dieu par le peuple théocratique en faveur de son Roi-Messie ; c'est, si l'on ose ainsi (lire, le fiod mve the King israélite. 11 nous semble plus naturel de rapporter les mots au nom du Seigneur au verbe venir qu'au partie, béni. L'expression : celui qui vient au nom du Seigneur, désigne d'une manière générale et encore assez vague l'envoyé divin par excellence, sur la personne et l'œuvre duquel Israël implore les bénédictions du ciel; puis vient après cela le grand mot dont chacun comprend la portée, le terme nullement équivoque de roi d'Israël — Naturellement, tous, dans cette foule, ne criaient pas exactement de la même manière. Ainsi s'expliquent facilement les diiïérences dans les acclamations populaires rapportées par les évangélistes. — Comme, VI, 5, Jésus avait va dans l'arrivée des foules au désert l'appel de son Père à donner une fête à son peuple, ainsi dans Télan de la multitude, qui accourt au-devant de lui avec ces acclamations triomphales, il reconnaît un divin signal; il comprend que, selon la parole du psaume même auquel le Peuple emprunte ses chants, c'est ici c la journée que l'Eternel a faite, et qu'il faut se réjouir en elle > (Ps. ^XYIII, 24); et à la salutation de son peuple il répond par ^n véritable signe messianique :