‹ Commentaire sur l'Évangile de saint Jean (volume 2)Chapitre 32 sur 66 · V. 14 et 15. c Jésus, ayant trouvé un ûnon, s'assit des · texte numérisé non relu

V. 14 et 15. c Jésus, ayant trouvé un ûnon, s'assit des

266 DEUIUÊME PARTIE.

SUS, selon qu'il est écrit: 15 Ae crainspoint, fille * de Sion; voici, (on roi vient assù sur le poulain d'une dnesse. > — La conduite de Jésus est commandée par la nature de^ choses. Dès qu'il consent «^ accepter cet hommage, il ne saurait rosier confondu avec la foule. D*autre part, il ne veut se mettre en scène que de la manière la plus humble et sous la forme la mieux appropriée à la nature essentiellement spirituelle de sa royauté. Le mulet est envisaf^é en Orient, aussi bien que le cheval, comme un noble animal; TAne, au contraire, y est méprisé comme chez nous; comp. Sirach XXXIII (XXXVI), 25 {U). Il ne faut donc pas comparer la monture de Jésus en ce jour avec celle deSalomon, 1 Rois I, 38, lorsqu'il fit son entrée royale à Jérusalem sur la mule du roi son père. Le prophète Zacharie donne lui-même le commentaire de ce symbole en disant (IX, 9) : € Voici (on roi qui vient à toi juste, sauvé et PAUVRE. > .Mais en même temps que Tànon représente la pauvreté du Messie, il rappelle aussi la nature pacifique de son lèpne : « Je retrancherai les eharioUi de guerre: et et' roi parlera de paix aux nations » (Zach. IX, 10). Ces deux notions de paix et de pauvreté se lient facilement, conirae se lient d'autre part relies de richesse et de puissance militaire. — l/exprcssion Ejpwv, ayant trouvé, parait au preniier coup d'oeil incompatible avec le récit des synoptiques» d'après lequel Jésus envoie devant lui deux disciples avec Tordre exprés de lui amener Tanon. .Mais £'jf<6v ne signifia nulloinenl : ayant trouvé sans chercher; qu'on se rappelle^ le 'cOcrxa d'Archimède! Ce mot peut se traduire ainsi: s étant procuré : on ne saurait rien en inférer sur le cotn-ment de la trouvaille, et il est naturel de penser que Jean veut résumer, dans cette expression sommaire, le récit Jeî>

* T. U. iuec S Mjj. N E G etc/ : (h^x'iy, \) Mjj. A B D de. '-

CICAP. XII, 14-16. 26T

synoptiques surTisamment connu dans T Eglise. H abrège également la citation de Zacharie; il lui importe uniquement ici de constater le rapport général entre la prophétie et son accomplissement. L'expression fille di' Sion désigne soit la ville de Sion elle-même personnifiée^ soit la population de la ville en tant que protégée par la colline royale. Jean substitue : Ae crains pus, au : < Réjouis- toi, » de ia prophétie; c'est le même sentiment, au degré inférieur: un tel roi ne saurait être un tyran. — Si Jésus n'était jamais entré de cette manière dans Jérusalem, cette prophétie n'en aurait pas moins été réalisée. Tout son ministère en Israël en était l'accomplissement. Mais en réalisant Ulféralement rimage employée par le prophète, .lésus a voulu rendre plus sensible l'accomplissement spirituel et réel de la prophétie. Cependant, au moment même, les disciples ne se rappelèrent point cette prophétie de manière à en saisir le rapport avec ce qui se passait sous leurs yeux :

V. 16. ft Or les disciples ne comprirent pas ces c/wses au moment même; înais hrsque Jésus eut été glorifié, alors ils se rappelèrent que ces choses étaient écrites de lui et qu'ils les lui avaient faites. > — Jusqu'alors les disciples ne s'étaient point figuré, en efTet, l'accomplissement de cette prophétie sous une forme si simple et si naturelle. Ce ne fut qu'après l'élévation céleste de leur Maître qu'ils comprirent toute la grandeur du fait accompli en ce jour. Il n'y a donc aucune raison de s^écarter du sens naturel de «io^acSrj, fut glorifié^ et de rapporter ce terme, comme le lait M. Reuss, aux elîels salutaires des souffrances de Jésus. --Quel charlatan que le pseudo-Jean de Baur, qui s'amuserait à jeter ce trait d'inintelligence dans son récit, pour se donner l'air d'avoir été lui-même un de ces disciples flue l'ascension avait éclairés ! — On s'étonne de l'exprès-

ston tils lui avaient fait; » car, dans la scène racontée par

Jean, les apôtres n'ont rien fait à Jésus. Plusieurs prennei droiiQcxv dans le sens où il se trouve au v. 2 : c O/i lui ava fait ,> et donnent pour sujet à ce vcrbc^ la multitude (v. 1 et iS), Mais le sujet de ils se souvinrent ne peut être con •fdétf^ment diiïérenl de celui de ils avaient fait. Si on l( distingue, le premier doit du moins être compris dans second. Ce que Jean tient précisément à faire ressorti c'est que les disciples comprirent plus tard qu'ils avaici travaillé eux-mêmes à accomplir une prophétie à laquell ils ne pensaient point. La coopération des disciples, indi quée par Jean, est décrite en détail Luc XIX, 39-36 et pa railèles. Nous trouvons ici une nouvelle preuve du carac tére abrégé de son récit. La relation de ce récit avec celu -des synoptiques ressort clairement. — On voit par ces mots ils lui avaient fait ces choses, combien est fausse l'idée (h Keim, qui prétend que le récit de Jean tend à rendre le) disciples et Jésus passifs dans celte scène^ et cela par ré' pugnance pour l'idée du Messie juif.

V. 17 et 18. (i La foule donc qui se trouvait avec /u. quand * il avait rappelr Lazare du sépulcre et qu'il l'ami ressuscité des jnorts, lui rendait témoignage; iS et ce fit pour cela aussi* que la multitude vint au-devant de lui parce quils avaient appris quil avait fait ce miracle.^ - Jean n'a point présenté le tableau complet de l'entrée A Jésus; car son but, en rapportant ce fait, est uniquemeo de faire comprendre la relation de cet événement, d'ui côté, avec la résurrection de Lazare (sa cause), de l'autre avec la condamnation de Jésus (son effet). C'est cet enchai ncment qu'il met en lumière dans les v. 17-19. Si on lit v. 17, oTi, que (rendait témoignage que)y avec quelque)

» Ot£ (quaud) est la Icron de N A B G H M QS U X TA A iOO .Mnn.ç, iandis que 1) E K L Iti»'*«-''i"« Syr. et T. R. lisent on (que). « B E M A A oineltenl xai.

CIIAP. XII, 10-18. 209^

\lss. importants cl les plus anciennes traductions, le sens^ est qu'en avançant avec Jésus, la foule célébrait enlre autres miracles la résurrection de Lazare; et il n'est point nécessaire, dans cette explication, de supposer que la foule du V. 18 soit diflérente de celle du v. 17, comme le pense Lùcke. Ce peut être la même dans deux moments différents. Le prodige qu'elle célèbre en accom|)a^nant Jésus (V. 17) est celui-là même qui l'a fait venir à sa rencontre (v. 18). Mais si on lit ote, (/uand (qui était avec lui quand il avait ressuscité Lazare), avec les plus anciens Mjj., le sens est tout diflérent. La foule du v. 17 ne comprend que les Juifs qui se trouvaient a Béthanie au moment de la résurrection de Lazare ; ce sont ces témoins devenus croyants^ dont il a été parlé XI, 4o; et ces gens seraient désignés ici comme les vrais auteurs de l'ovation du jour des Rameaux. Ils étaient là, au milieu de la multitude, racontant à qui voulait l'entendre ce qu'ils avaient eux-mêmes entendu et vu. Ce qui peut faire pencher la balance pour cette leçon,, c'est cette amplification dramatique : Quand il arait rappelé Lazare du sépulcre et qu'il l'avait réveillé d* entre les ^orts. Dans le premier sens, en effet, la mention abstraite du fait eut suffi. Si l'on admet cette seconde explication, le donc du V. 17 se rattache à v. 10 et 11, et le verbe fi(ii.ap- ^^pei doit se prendre dans un sens absolu : témoiiinage lui était rendu. Le v. 18 ajoute au v. 17 cette idée que non seulement c'était ce miracle qui faisait en ce moment le sujet principal des entretiens de la foule, mais encore que c'était ce prodige, venu à la connaissance de toute cette i^ultitude de pèlerins à leur arrivée à Jérusalem, qui les- ^vait poussés à aller au-devant de Jésus. — Nous trouvons '<^i un rapport remarquable avec le récit de saint Luc : * Comme il approchait de la montagne des Oliviers, toute '« multitude des disciples, transportée de joie, se mit à

ili) DEUXIÈME PARTIE.

louer Dieu ù haute voix, pour tous les miracles qui avaient vus, > Comme d'ordinaire, la tradition synoptiqi présentait un tableau plus va{^ue et aux contours ph indécis, tandis que le récit de Jean oiTre des traits mici accusés.

V. 19. € Sur quoi les pliarisietis se dirent entre eux Vous roi/ez que vous ne faites aucune avance; imlà qi tout le monde s*eîi est allé à sa suite. > — Les v. 17 et 1 faisaient ressortir Tinfluence de la résurrection de Lazar ^ur la scène du jour des Hameaux; le v. 19 signale cell de celle scène sur la calaslrophe finale. — Ilpo; istiTo*i;,ai Jieu de rpo; iXkrTkryj^^ parce qu'appartenant au même corps c'est comme s'ils se parlaient à eux-mêmes. — "l^e, voi^ fait allusion au spectacle inaltendu dont ils viennent d'ètn témoins. — H y a de la détresse dans ce terme ô xo^rpc le monde, € tout ce peuple indigène et étranger, y et daB! cet aorisle â7r?,>.6ev, s*en est allé : a C'est une affaire faite • nous voilà seuls! » — On peut expliquer recoptiTe soi comme indicatif présent, soit comme impératif. Dans le! deux cas, ces gens se reprochent mutuellement et îivec uim sorte d'amertume l'inefficacité de leurs demi-mesures e s'encouragent à employer sans tarder le moyen supreim conseillé par Caïplic. Ce sont ces derniers mois surtout qu metlenl le morceau en rapport avec le but général de cetli partie de l'évangile.

Plus on étudie de prés la narration de Jean, moins il es possible d'y voir le produit accidentel de la tradition oud< la légende. Au lieu de la juxtaposition anecdotique quifoi le caractère des synoptiques, nous rencontrons à chaqw pas les traces d'un enchaînement profond qui domine jus^ qu'aux moindres détails du récit. Le dilemme est donc quant à ce livre : histoire réelle, profondément saisie el reproduite, ou roman puissamment conçu et très-habilejfnenl exécuté (Baur).

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