V. 27 et 28*. t Maintenant 7non âme est pleine de trouble
Uque dirai'jef Père, délivre-moi de cette heure? Mais cest
à cause de cela que je suis venu au-devant de cette heure,
28' Père, glorifie ton nom, 9 — Vdme, ^^y/î, est le siège
des émotions naturelles, comme l'esprit, 7rv60[;.a, est celui
des émotions religieuses. Voir à XI, 33. Jésus emploie ici
le premier de ces termes, parce que c'est la perspective de
ses douleurs personnelles qui l'émeut en ce moment. —
Le parf. reTapaxTat, est troublée, indique un état dans le-
* N B D L X It. Syr. retranchent xai devant sav t:;.
quel le Seigneur se voit entièrement plongé. Ce trouble intérieur se révèle surtout à lui par l'hésitation inaccoutumée qu'il éprouve, au moment où il veut épancher son émotion dans la prière. D'ordinaire, il a uiie vue distincte de ce qu'il doit demander au Père; actuellement, cette clarté lui manque. Comme le fidèle dans l'état que décrit saint Paul Rom. VIII, âti, il ne sait comment il doit prier. Il se pose la question : Que dirai-je? Celte question, il ne l'adresse proprement ni â Dieu, ni aux hommes, mais à lui-même. Car son sacrifice est libre; il pourrait encore, s'il le trouvait bon, demander à Dieu de l'en dispenser. Et le Père Tcxaucerait, comme toujours, dût-il lui envoyer douze légions d'anges. Mais colle prière, en le délivrant, ne perdrail-ellc pas le monde? Jésus ne se sent pas libre de prier de la sorte. Il est déjà trop avancé sur le chemin de la croix pour s'arrêter si près du but. Renonçant donc au cri de la nature, il donne essor à la voix de l'esprit: Père, glo^ rifie ton nom. C'est là sa prière réelle, définitive, celle dans laquelle son dme filiale s'épanche tout entière el qui lui fait recouvrer sa sérénité : « Fais de moi tout ce qu'il te plaira, pourvu que tu lires de moi ta gloire! » — Le mot maintenant caractérise celle angoisse actuelle conmic une anticipation de celle qui l'attend en face de la croix : déjà maintenant, quoique l'heure soit encore éloignée. — Après la question : Que dirai-jef la tournure interrogalive que nous donnons à celte prière : /V/'f , délivre-moi de celte heure f n'a rien (rétrange. C'est là la prière que lui conseillerait la nature; il rexprimc hypothéliqueinenl, afin d'apprendre à ses^isciples à faire laire, dans toute position analogue (v. ^20), la voix de la chair et à faire toujours prévaloir devant Dieu celle de l'esprit. Lûcke, Meyer, llengslenberg, envisagent celte parole comme une prière positive : a Délivre-moi de la nécessité de mourir. » Mais cum-
meDl comprendre la parole suivante? Elle serait la rétractalion immédiate de cette demande. Un si brusque revirement d'impression n'est pas possible. On allègue la prière deGethsémané. Mais là Jésus commence par dire : S'il est pomble; puis il signale expressément le contraste entre les deux voix par le mol7:>.rN, toutefois. Ici la contradiction serait absolue et resterait inexpliquée. Luthardt le sent bien ; aussi propose-t-il d'entendre gûgov, délivre-moi, non dans le sens de : c Préserve-moi de la mort, » mais dans celui de: € Tire-m'en victorieusement. » Cet expédient est exclu par la particule adversative iWi, mafs^ qui suit. Car il n'y a aucune opposition entre : être venu pour cette heure, et: en sortir victorieux. — Comme donc que l'on retourne cette phrase, on ne saurait éviter d*y voir une prière hypothétique; c'est la voix de la nature, si Jésus la laissait parler; dans les paroles suivantes, Jésus exprime, d'abord, ce qui l'empêche d'adresser réellement à Dieu une telle demande — elle serait la négation de tout ce qu'il a fait et supporté jusqu'à présent; — puis la prière dans laquelle son cœur trouve définitivement le repos, la voix de l'esprit, qui demeure seule, une fois le moment de trouble passé : Glorifie ^on nom. Rien de |)lus instructif que la vue de ce contraste \ entre les deux facteurs qui réclament l'empire sur sa volonté. Cette lutte ressemble à ces déchirements de l'écorce terrestre qui permettent à la science de soncler les enli'ailles du globe. Elle nous permet de lire dans les profundeui's les plus intimes de l'être de Jésus. Et qu'y découvrons-nous? Précisément le contraire de ce Jésus impassible que nos critiques attribuent à Jean.
Les expressions : à cause de cela, et: pour cette heure, Semblent faire pléonasme. On peut faire de cette proposition une question : c Est-ce donc pour cela que je suis venu Jusqu'à cette heure?» c'est-à-dire pour chercher à la re-
cuier indéfiniment; du bien on pourrait faire des roots pour celte heure une apposition explicative de pour cela: c Cest pour cela que je suis venu (ici-bas), i c'est-à-dire, pour celle heure. Ces deux sens sont forcés, le premier à cause des interrogations qui précèdent, le second, parce que le ek n'est pas la reprise naturelle du è%dy mais piutôl le régime direcl de r.XOov, en opposition au daaw «c. Heng* slenberg explique : c C'est pour que mon âme soit troublée que je suis venu...,i ce qui esl encore plus forcé. Lùcke et Meyer rapporlenl les mots pour cAa à l'idée de la prière suivante : pour la glorification du nom du Père. C'est violenter la phrase outre mesure. N'est-il pas tout simple de voir dans le neutre cela l'expression un peu mystérieuse de ce quelque chose qui vient de jeter son dme dans un si grand trouble et qu'il serait tenté d'éloigner par sa prière^ le sombre et indicible contenu de l'heure qui s'approche? c C*est en raison de (^là) cette mort que je dois subir (toOto), que j'ai tenu bon jusqu'à celte heure. » Tout ce qu'il a fait et supporté en vue de la croix ne lui permet plus de faiblir au moment où l'heure de ce supplice redoutable va enfin sonner, (lonip. III, 14.
M. Coluiii. dans sa critique de la Vie de Jésus de M. Renan, fait dire à Jésus par une élraiiiie inadvertance : « Père, glorifie I }nnn nom, » expression qui, dit-il, • n'a de sens qu'au point dt* vue de la doctrine du Loizos^ » Rien, comme cette altération involontaire du texte de la prière de Jésus par cet écrivain, n'est propre à faire voir la dilTérence qu'il y a entre le Jésus profondément humain de Jean et le Christ fantastique et métaphysique que le critique prête à révanj^éliste. Que si, après cela, M. Colani ne voit plus dans cette scène sublime qu*«une agonie einblématitjue, presque simulée, » à qui la faute?
Ce (|u'il faut admirer avant tout, dans ce passage, cest k» caractère parfaitement humain de la lutte que se livrent dans le
* Revue de thruloffie, 3' série, t. I, p. 382.
CIIAP. Xll, 27-29. 283
cœur (Je Jésus la nature et l'esprit; c est ensuite la sincérité, la candeur avec lesquelles Jésus exprime ses impressions intimes, sa faiblesse (Hébr. V, 2\ devant tout ce peuple, ne craignant pas (le rinitier à la perplexité où le plonge la perspective de ses prochaines soufTrances. — Cette scène est, comme on Ta toujours reconnu, le prélude de celle de Gethsémané. Seulement, dans cette dernière, Jésus, au comble de l'angoisse, pousse réellement ce cri: Délivre-moi de cette heure! devant lequel il s'arrête ici. Cette nuance délicate, conforme à la diiréreiire des deux situalions, prouve le caractère strictement historique de chacune d'elles. Quant à l'opinion qui prétend que Jean a supprim('» dans son évangile la scène de Gethsémané comme in(*ompatible ave<! le caractère divin du LiOgos, elle tombe d'elle-même devant le passajze que nous venons d'étudier.
Admirons enfin la gradation entre Luc Xll, 49. 50, J(»aii Xll, 27 et la scène de Gethsémané, gradation qui peint si naturellement rémotion croissante avec laquelle Jôsus s'approchait lentement de la croix.
M. Renan observe sur ce passage : « Voici des versets qui ont un cachet historique indubitable. C'est l'épisode obscur et isolé tics Hellènes qui s'adressent à Philippe. Remîirquez le rôle de cet apcUre; notre évangile est le seul qui en sache (|uel(iue vhosL\ •
V. 28** et 29. t Sur quoi il vint une voix du ciel: Et je l'ai glorifié, et je le glorifierai encore. 29 La foule qui se tenait là et* qui avait entendu, disait donc que cétaU un coup de tonnerre; d'autres disaient : Un ange lui a parlé. » -- Chaque fois que Ic'Fils a accompli un grand acte de consécration personnelle, le Père a répondu par une manifestation sensible d'approbation. Ce qui était arrivé au baptême et à la transfiguration, se renouvelle maintenant. En celle heure, qui est la cWlure du ministère de Jésus et oii il se voue à la mort, c'est le moment ou jamais, pour le Père, d'apposer publiquement sur sa personne et sur son œuvre le sceau de sa satisfaction.
^ K D Cop. omettent xai devant axou^a;.
Lûcke, de Wette, Hengstcnbcrg lui-même, envisagent cctlc voix du ciel comme un simple coup de tonnerre. En raison de la coïncidence de ce phénomène naturel avec sa prière, Jésus rialerprétcrail librement dans le sens indiqué par révangéiiste. Les rabbins ont donné un nom aux voix prophétiques, aux inspirations mystérieuses, qui s'élèvent parfois dans le cœur h Tocrasion d*une parole accidentellement entendue; ils les appellent hip us, fille de la voix. Mais cette dénomination date d'une époque postérieure et ne s'applique qu'à la voix humaine. D'ailleurs, d'après Jean, ce n'est point un coup de tonnerre qui est interprété par Jésus comme une voix du ciel; c'est au contraire une Toix du ciel qui est prise par une partie de la foule pour un coup de tonnerre. Enfin, comment Jean et Jésus luimême (comp. V. 31 et 32) se permettraient-ils de formuler «n une parole divine positive un son purement matériel? Une partie de la foule elle-même discerne dans ce son un langage articulé. Le texte ne permet de penser qu'à un phénomène surnaturel. — Le fRssé f ai glorifié se rapporte au ministère du Seigneur en Israël, qui touche à sa fin; le futur je glorifierai, à Tiiclion prochaine de Jésus sur le monde entier, lorsque du soin de sa gloire il éclairera les païens. Entre ces deux grandes œuvres que le Père accomplit par le Fils, se place précisément Thcure de souiïrance <;t de mort qui est la transition nécessaire de l'une à l'autre. Il n'y a donc pas à reculer devant cette heure. N'est-elle pas bien entourée? Avant . . ., le nom de Dieu glorifié en Israël; après . . ., le nom de Dieu glorifié dans le inonde •entier; voilà bien la réponse la plus consolante pour le cœur filial de Jésus (XVII, 1. 2. A. 5). — Les deux xai, et, et, font ressortir la relation étroite entre l'œuvre faite el i'œuvre à faire : « Moi qui ai accompli l'une, je saurai aussi <iccomplir l'autre. >
CHAP. Xll, â8.a2. 285
Toute la foule entend un bruit; mais le sens de la voix^^ n'est perçu par chacun qu'en proportion de son intelligence spirituelle. Ainsi, dans la parole humaine, la héte^ sauvage ne perçoit qu'un son\ l'animal dressé y découvre un sens, un ordre, par exemple, auquel il obéit aussitôt; l'homme seul y discerne une pensée. — "O/Two; : le plusgrand nombre ; 3i>.>.ot : d'autres en plus petit nombre ; comp. Act. IX, 7 avec XXII, 9; XXVI, 13. U. — Le parf. Mà).r.xev, au lieu de l'aoriste, signifie qu'à leurs yeux Jésus est désormais un personnage en possession d'un messaj^o céleslo.
V. 30-32. Jésus répondit el dit : Ce n*est pas à cause de moi que cette voix^ s'est fait entendre: mais cest à cause de vous. 31 Maintenant a lieu le jugement de ce monde, *maintenant le prince de ce monde* sera jeté dehors. 32 Et wot, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous » le$ hommes à moi. > — Ces paroles sont te développement ^ela promesse que Dieu vient de faire, do glorifier a l'avenir son nom par Jésus, comme il l'a glorifié dans le passé» I -* Si Jésus dit que celte voix ne s'est pas fait entendre à cause de lui, ce n'est pas qu'il n'aii pas besoin d'être fortifié; mais il n'aurait pas eu besoin de l'être de cette ma- 'ïière, par une manifestation sensible. Ce que la démarche ^es Grecs avait été pour lui, en lui faisant comprendre la gravité de l'heure présente pour sa propre personne, ce phénomène céleste doit l'être pour eux, en leur révélant la» gravité de la crise actuelle pour eux-mêmes; et d'abord ea
• T. R. avec 44 Mjj. (EFG etc.): «un) r, :p<.)vr,, au lieu de r, ^«ovr^ *uTr„ dans 7 Mjj. (n A B etc.).
• K omet les mois v;*v o ap/,wv t. x. toutou en les remplaçant par xat (confusion des deux tou xoijjiou toutou.)
• An lieu de JtavTa;, l<^ D It. Vg. lisent jcavTa (chaque homme out toutes choses).
vue (lu monde en général (v. 31 . 33), puis plus spéciakmenl en vue d'Israël (v. 35. 3G). — Quant au monde, celle heure est celle de la plus profonde révolution. Ccsl le signal de son jugement, d'abord (v. 31 '), puis de l'expulsion de son ancien maître (v. 31 '^), enfin de Tavénemenl -de son nouveau monarque (v. 32). Le mot vOv, maintenant, au commencement des deux premières propositions, fait expressément ressortir ce caractère décisif du moment présent pour riiumanilé.
Juger, c'est conslalor l'élat moral. La croix fonde le jugement du monde, en ce qu'elle dévoile, aussi complètement que possible, l'état moral de l'humanité naturelle. En élevant ce trône à Jésus, l'homme se juge; il manifeste le fond de rébellion et d'inimitié contre Dieu qui est dans «on cœur. En passant devant la croix après l'avoir dressée, il se juge plus déHnitivement encore; car par la foi il y trouve son salut, et par l'incrédulité sa condamnation. Et voilà le triage, dont le jugement final ne sera que la ratification. Le jugement du monde date donc du Vendredi- Saint. Sa première manifestation extérieure a été la ruine de Jérusalem; la seconde sera le jugement de l'Eglise; \i troisième, le jugement universel. Comp. les discours Mallli. XXIV et XXV, tenus le soir môme du jour où Jésus prononça les paroles qui nous occupent.
Mais, en même temps que le crime de la croix dévoile l'état moral du monde, il comble la mesure de support accordée à la perversité de son prince. Le crucifiement du Fils do l)ieu est le plus odieux, le plus impardonnable forfait de Satan; ce crime met fin à la longanimité de Dieu -envers lui et, en conséquence, à sa domination sur Thumanité. Les rabbins désignent habituellement Satan comme le prince du monde; mais ils mettent les Juifs en dehors de son empire, tandis que Jésus les y renferme aussi bien
que les païens (ch. VIII). Dehors ne signifie pas seulement : hors de sa charge et de son pouvoir, mais avant tout : hors du monde, son ancien domaine ; c'est ce qui ressort de la liaison de ces mots à ceux qui précèdent et de l'opposition entre le v. 31 et le v. 32 {U rf.; yY.;).
Au renversement du trône de l'ancien dominateur correspond l'avènement du nouveau souverain. Jésus se désigne lui-même comme destiné à remplir ce rô!e : îtqlyco, el moi. Mais, chose remarquable, tout en substituant son pouvoir à celui de Satan, ce n'est pourtant pas sur cette terre, d'où Satan est chassé, qu'il établira son règne. Il ne devient pas, comme s'y attendaient les Juifs, le successeur de son adversaire et par conséquent un autre prince de ce monde; il quitte la terre aussi bien que son rival; il est élevé hors d'elle et au-dessus d'elle; ce sera dans une sphère supérieure qu'il attirera à lui ses sujets et qu'il réalisera son règne. Pour peu que l'on soit familiarisé avec le langage de Jésus, on comprend qu'il faut prendre ici i l'expression être élevé dans le même sens amphibologique 1 que III, iA et VIII, 28. Sa suspension à la croix, ce trône <le l'amour auquel regardent les croyants du monde entier, 'ui apparait comme Temblème, magnifiquement ironique, <le son élévation sur le trône de gloire. Et ce rapprochcnient repose sur une vérité profonde. Nest-cc pas la croix ^ui creuse Tabime entre Christ et le monde (Gai. VI, 14) 6t qui rend momentanément nécessaire la forme purement céleste du règne de Dieu? Une terre arrosée du sang du Fils de Dieu ne saurait être glorifiée sans avoir passé par la destruction et le renouvellement. Meyer objecte contre le double sens du mol être élevé le régime ex tt,; yr,;, hors 4e terre, qui prouve que Jésus pense non à sa mort, mais â l'ascension. Il est bien évident que Texpression hors de terre ne se rapporte pas seulement à la petite distance entre le
iSS Deuxième partie.
sol et les pieds du crucifié. Hors de terre désigne l'expulsion ignominieuse de Texistence terrestre par une peine capitale quelconque. C*est dans le mot être élevé qu'est renfermée l'ailusion au supplice particulier de la croix. Mais qui ne senlirait combien l'expression hors de terre, rapportée i\ l'ascension seule, serait déplacée? Le régime naturel de être élevé, dans ce sens, eût été : dans le ciel.
La croix et l'ascension réunies ont affranchi Jésus de tous les liens terrestres et de toutes les obligations nationales et l'ont mis en demeure d'étendre au monde entier son activité, de devenir le Seigneur de tous (Rom. X, H). c Je les atiirerai tous ù moi; » tous, non seulement les Juifs, mais tous les hommes, spécialement les Grecs. C'est dans ce mot Iouh et dans ce futur attirerai qu*est évidemment renfermée la réponse à la demande qui a provoqué ce discours. L'heure de Tappcl des Grecs approche sans doute ; seulement, avant qu'elle sonne, une autre heure doit sonner! — Plusieurs restreignent le tous aux élus; d'autres rentendont dans ce sens : des hommes de tout peuple; Mcyer, au cuniraire, parait y trouver la notion du salul final universel. Mais iXx'Jwv, attirer, ne désigne pas néccssainMnent un attrait efficace. Ce mot peut se rapporter seulement à la prédication de la croix dans le monde entier et à faction du Saint-Ksprit qui l'accompagne. Cet attrait céleste n'est point irrésistible. — Le dernier mol: à moi, littéralement : à moi-même, fait ressortir la position personnelle de Jésus comme centre supra-terrestre du règne divin. Viw- fois élevé au ciel, Jésus attirera autour de lui un nouveau peuple, étrangère la terre et d'essence céleste comme lui, son cor|)s spirituel. 11 sera lui-même et fauteur et le but de cet attrait divin (moi-même).
(x's dtMix versets résument toute fbistoire de fEglise aussi bien au point de vue négatif et polémique, la des-
trucUon progressive du règne de Satan, qu'au point de vue positif, rétablissement graduel du règne de Dieu.
V. âS. c Or t7 disait cela faisant entendre de quelle mort il allait mourir, i — Cette explication de Jean est déclarée Fausse par plusieurs interprètes modernes (Meyer, Reuss, etc.) ; car il s'agit, selon eux, dans la parole précédente, de l'ascension, non de la cix)ix. Mais Tapôtre ne dit pas âti^cov, déclarant en toute lettre. Il emploie le terme GY)(Aaiveiv qui signifie indiquer^ faire entendrCy et nous venons de voir qu'en donnant cette forme à sa pensée, Jésus faisait réellement pressentir le genre de mort qu'il allait subir. Cette remarque de Jean ne prête donc rien à Jésus qui ne fût réellement dans sa pensée.
Ce passage, où Jésus, après avoir frémi h la vue de sa croix, se raffermit en traçant à grands traits le tableau de rimmense révolution qu'elle opérera, doit être comparé au morceau de saint Paul Col. Il, 14. 15, où cet apôtre représente Jésus exposant les puissances infernales en spectacle, les dépouillant de leur pouvoir et triomphant d'elles sur la croix, Comp. également le passage 2 Cor. V, 14-17, d'après lequel la mort de Christ est le principe virtuel de mort pour lout le genre humain et le moyen du renouvellement universel : f Cest une nouvelle création; les choses vieilles ^nt passées; voici ^ toutes choses sont devenues nouvelles. i^ V. 84. € La foule lui répondit * : Nous avons appris par kloi que le Christ demeure à toujours; comment donc dislUy toi: Il faut que le Fils de l'homme soit élevé? Qui est c« Fils de l'homme? » — D'après le programme juif, le Royaume messianique était simplement une terre glorinée, et le Messie devait être le souverain permanent de ce nouvel Eden. Et voici que Jésus, qui, comme le prouvait l'en-
1 K B L X ajoutent ouv à a::£xpiOT).
3e Vol. 49
trée du jour des Rameaux, prétendait à la dignité de Messie, iransporlo avec sa personne elle-même le royaume dans une sphère supérieure! 11 y a là pour le peuple une contradiction insoluble, c Comment dis-tu, toi»? ^u, toi, est opposé à la loi et à ceux qui Tcxpliquent. — Les passapres auxquels les Juifs font allusion sont ceux dans les- (|uels le Messie est représenté comme fondant sur les ruines des royaumes païens un empire éternel : Esaïe IX, 6; Ps. ex, 2-4; Dan. Vil, 14, etc. — Sur le terme la loi, voy. p. 187. — Pour résoudre la difficulté, les objectants euimêmes font une supposition. Jésus a Thabitude de se désigner comme le Fils de Thomme; ce nom désignerait-i dans sa bouche un personnage difierent du Christ? CcUi supposition n'est pas sans analogie avec celle à laquclh parait s'être livré Jean-Baptiste dans sa prison. Yoy. L II p. 170-171. En demandant: cQui est ceFilsderiiomme?] les Juifs ne veulent donc pas dire : Est-ce toi ou quelqu'au tre? (comp. v. 23) mais : Quel est le rôle de ce personnage difierent du Messie, dans le drame fmal? Comp. le: qui es tuf 1, 19. Meycr entend: «Quel étrange Messie, que a Messie qui s'en va! » Mais, dans ce sens, il eut fallu dire non : t Qui est ce Fils de rhomuic? » mais : c Qu'esl-c^ donc que ce Cbrisl? m — Celle réponse du peuple proim que le nom de Fils de Thoumie n'était pas usité en Israé pour désigner le Messie, et qu'il doit être envisagé comme une création de Jésus lui-même (t. 11, p. 195-196). Nous nous rencontrons en ce poinl avec M. Colani >.