I. — Le lavement des pieds : v
Cette section comprend un préambule (v. 1-3], le fait 4-11), enfin l'explication de ce fait (v. 12-20). 1® V. 1-3: préambule.
Nous avons déjà trouvé au commencement de quelques :it8 de courtes introductions décrivant la situation mo-
raie au sein de laquelle le fait s'est accompli; ainsi, 11,^ 25; IV, 1-2; 43-45. Chacun de ces préambules est, par rapport au récit suivant, ce que le prologue général (1,1- 18) est par rapporta l'évangile tout entier. Celui qui va nous occuper est composé exactement d'après le même procédé que le prologue principal : le contenu en est emprunté tout entier aux paroles de Jésus renfermées dans le récit qui va suivre.
V. 1. € Avant la fête de PdifueSy Jcsus^ sachant que son heure était venue ', ou il devait quitter ce monde pour aller au Père, après avoir aimé les siens * qui éiaieni dans l^ monde ^ acheva de leur témoigner tout son amour. m — Les mots avant la fête de Pâques se rattachent à la détermin«'«tion précédente six jours avant la Pdque (XII, 1). Ces deux expressions doivent donc avoir un sens à peu prôs identique. La Pdque , XII, 1, désignait, comme nous l'avons vu, le moment du repas pascal, le soir du 14-15 nisan ; la fête de Pâques peut comprendre en outi'e toute la journée du 14. Le moment indiqué par Jean en ces termcf^ • € Avant la fétc de Pilques, » désigne donc la soirée qui fvccéda celle où se célébrait le repas pascal, c'est-à-dire la soirée du 13-14 nisan. Cela est parfaitement conforme bo langage de TA. T. qui désigne le 15 nisan comme étant If lendemain de la Pâque ; voir dans les LXX Xomb. XXXIId â (Meycr). Les interprètes qui chercln3nt à accorder le sens du récit de Jean avec celui que Ton attribue ordinairemenl à la narration synoptique, afin de pouvoir identifier ce dernier souper de Jésus avec le repas pascal israélite, entendent ces mots : avant la fête de PtUiues , dans ce sens tout à fait restreint : « au momenl qui précéda le souper pascal,'
» Le T. R. avec les bvz. ,'E F G H etc. lit fAr.À-^Oiv: les alex. [xBK L etc.) TjXOcv.
• H : lojBaiouç (les Juifs) au lieu do tîtou; !
CHAP. XIII, i. 309
même : t au commencement de ce repas. » C'est vioiter le sens de l'expression johannique. Jean eût dû dire moins dans ce cas : avant la Pdque (le repas pascal] imp. XII, 1), ou plus clairement: rpo toO Jeiicvou toO TfOLj f avant le repas de la Pàque. » La suite confirmera première explication. — Sur quel verbe porte cette démination chronologique? Naturellement sur le verbe incipal : ^yaTr/icev, il aima. Mais comme ce verbe extme un sentiment existant habituellement dans le cœur Jésus, et non pas un acte historique , plusieurs intcrslesont rejeté ce rapport; Jean eût-il pu dire en effet : Uant la Pàque... Jésus aima les siens...»? On a donc >ayé de rapporter cette détermination au participe ei^co;, 'Mani (Luthard t, 1 ""^ éd . , Riggenbach), ou bien à lîyaTnÎGa;, mi aimé (Wieseler, Tholuck). Maïs, placée comme elle sten tête de tout le morceau, cette indication ne peut se )[vorter qu'à l'action principale: ^yà^Tide, il aima; et te relation, la plus simple est aussi celle qui offre le illeur sens. Le verbe otyaTrav, aimer, comme le prouve )riste désigne ici, non le sentiment seulement, mais ssi les manifestations extérieures (en particulier celle it le récit va suivre : il se lèvCy etc.). Jean veut dire que fut immédiatement avant le jour où il allait quitter les Qs que Jésus acheva de faire éclater envers eux son our; qu'il se surpassa en quelque sorte lui-même dans témoignages de ce sentiment.
{ cette donnée chronologique , Jean rattache une délerlation de nature morale : Jésus, sachant que.,.. Ces ts décrivent la pensée sous l'empire de laquelle Jésus l dans ces suprêmes manifestations de son amour : il sa- : que l'heure de son retour au Père et de sa séparation fec les siens était proche. Ilengstenberg et d'autres pahrasent ce participe sachant dans le sens de : c Quoi-
qu'il sût... ; > comme si Jean voulail dire que la perspeclive de son élévalion future ne l'empêcha pas de témoigner aux siens jusqu'au bout son amour. Mais cela s'entend de soimême. Jean veut dire au contraire que précisément /mrce ^u il voyait approcher le moment de la séparation , il redoubla de tendresse envers ceux qu'il avait si fidèlemeol aimés. C'est aussi à ce sens de sachant que conduit la relalion entre le terme : c s'en aller de ce mofide, > et l'expression : € les siens qui étaient dans le mondCy » aussi bien que l'antithèse réfléchie entre les termes : ce monde et le Père. — Meyer fait de ûcyainncaç, ayant aimé, une détermination de (UTafi^ : cs'en aller au Père. . . après avoir aimé, i» Cette construction est lourde et le sens oiseux. Les deux partie, sachant et ayant aimé, sont parallèles et portent sur le verbe principal r^yonnscev, qu'ils déterminent chacun à sa manière. — Luthardt fait observer avec raison le contraste entre l'expression : Son heure jetait venue^ et celle que nous avons rencontrée si souvent: Son heure nélait pas encore venue. Ce contraste montre toute la gravité du moment présent.
C'est sous l'empire de ce contraste vivement senti entre l'état dans lequel il les laisse et celui dont il va jouir auprès du Père, que déborde enfin tout son amour.
Jean ajoute une troisième détermination : Ayant aimé les siens,.,. Ce qui signifie non: c Comme il les avait aimés, il continua à le faire, d mais : « Si jusqu'à maintenant il les avait aimés, ce fut alors qu'on vil en plein jusqu'à quel point il les aimait. » — L'expression les siens exprime tou( le prix que son cœur attachait à ces êtres dont le Père lui avait fait don et qu'il laissait seuls dans une position si critique. — Et; tê>.o; ne paraît pas avoir en grec le sens. jusqu'à la fin. Du moins, Passow ne mentionne pas ce sens, et le N. T. ne paraît pas en offrir d'exemple. Dans les
deux passages Luc XVIII, 5 et 1 Thess. II, 16, il faut traduire : à la fin on pour en finir, sens que cette locution a aussi parfois dans le grec profane (Passow) . Mais ces sens oe conviennent pas ici. Le sens ordinaire de ik t^Xoç dans le bon grec est : jusqu'à V extrême; au plus haut degré; et c'est aussi celui qui convient le mieux ici. En ce dernier moment, les manifestations de sa tendresse atteignirent un degré de vivacité qu'elles n'avaient pas eu jusqu'alors; elles allèrent jusqu'à reffusion complète du sentiment et répuisèrent, en quelque sorte. C'est le sens que nous avons cherché à rendre dans notre traduction K
Comme nous trouverons au v. 2 une nouvelle introduction, qui se rapporte plus particulièrement aux faits du lavement des pieds et du départ de Judas, racontés dans ce chapitre, ce v. 1 doit être envisagé comme formant le préambule non de ce chapitre seulement, mais de toute cette partie de l'évangile, ch. XllI-XVII. C'est , en effet, dans les discours, ch. XIV-XVI, et dans la prière, ch. XVII, l>ien plutôt que dans le ch. XIII, que se font jour les préoccupations de Jésus que Jean résume dans le sachant ^ue, du V. i ; comp. XIV, 12 : c Je m'en vais à mon Père. > XV, 18: € Si le monde vous hatt^ sachez.... » XVI, 28 « Je (juitte le monde et je m* en vais à mon Père. » XVI, 33 < Vous aurez de l'angoisse dans le monde. » XVII, 11 «/e ne suis plus dans le monde; mais eux sont dans le woncte, et je vais à toi. > Comp. encore XIII, 34; XV, 9. 11. 14; XVII, 23. 24. 26, etc.
' On peut citer, comme analogie de ce sens de ^Q^aénr^aa, le mot de ^^élope à Ulysse (Od. <f, 244) : « Ne sois pas irrite de ce qu'aussitôt <)uoje t*ai vu, je ne t'aie pas autant aimé {&^' r^yd^zrlaoL) que mainteliant où je te serre dans mes bras. »
V. 2 et 3. c Et un repas ayant eu lieu \ alors qut le diable avait déjà mis au cœur de Judas Iseariote, fils if Simofiy de le trahir*^ 3 Jésus*, sachant que le Père ami remis ^ toutes choses entre ses mains, et qu'il était venu de Dieu, et quil s en allait à Dieu,,. » — Ce second préambule, plus spécial, relatif aux deux scènes suivantes, comprend également trois déterminations propres à roellre dans son plein jour la manière d*agir de Jésus.
Et d'abord, une détermination temporelle: Un repas ayant eu lieu. C'est ainsi que nous paraissent devoir être traduits les mots Âeirvou yevojwvou. Pour que Ton pût traduire, comme le font plusieurs interprètes : c Le repas étant achevé, > il faudrait ou qu'il y eût l'article devant ^ei^rvou, ou que le contexte indiquât clairement qu'il s'agit ici du repas par excellence, le repas pascal, dans lequel cas l'article ne serait pas nécessaire. Mais les premiers mots du V. 1 : c avant la fête de Pâques, » étaient bien plutôt propres à exclure cette idée, qu'à la faire naître. Les alex. lisent Yivou.evo'j, qui sijrnifierait : € Au moment ou commençait un repas t ou c le repas, t Quoique approuvée par Tischcndorf et Meyer, cette Icç^n n'est qu'une correction destinée à placer le lavement des pieds an commencement du repas, comme cela semblait naturel; car c'était avant le repas qu'on se lavait les pieds.
La seconde détermination, qui est relative à la trahison
* On lit Ytvo;x£voj dans N (ys'voîjl.) BLX Or. 4 fois-, au lieu de ycvoucvoj que lit T. R. avec tous les autres Mjj. tous les Mnn. et Vss. Or. [i fois;.
« K B L M X It'»iq V^'. Or. J fois) lisent tou otaji. rfir, y^Xr^x. et;:. xapo, tva 7:apa$(i> «utov louoa; 1. Ijxao'foTr,;. T. R. aviH*- H Mjj. lesNnn. [tliieriqiio gyr ()p J3 foi^j] |it Toj oiafl. T.OT^ JjsJJXr.x. Et; T. xapô. I(WÔ«-- IaxaG'.o)Toy iva ai>T*v ;:aoao(o. — N B D : izol^xoo:, au lieu (le izapx^t^i-
' N* B D L X ne répètent pas ici o Ir^ioj;.
* N B D K L Or. : eotoxev au lieu de îsofoxsv.
CHAP. xiir, 2. 3. 313
^e Judas, est exprimée dans les Mss. el Vss. sous deux formes assez différentes. Le texte alex. lit : c Le diable fiyanl déjà jeté dans le cœur que Judas Iscariote , fils de Simon, le trahirait, t^ Le cœur, de qui? Celui du diable lui-même, répond Mcyer, en raison de la locution grecque : jeter dans le cœur, pour signifier : se décider à. Mais ce sens est intolérable. Où est-il parlé, dans rEcriturc, du cœur du diable? Et depuis quand le diable dispose-t-il des hommes de telle sorte qu'il lui suffise de 5e décider à faire un traître de l'un d'entre eux, pour que celui-ci le devienne €n effet? Il faudrait donc entendre : jeté dans le cœur de Judas (Bàumlein, Luthardt); mais le terme : dans le cœur, ne saurait élre employé ainsi d'une manière absolue et sans complément. Celte leçon est donc inadmissible. Elle provient de l'idée (premier sens) que l'impulsion diabolique ne s'est exercée qu'au moment décrit v. 27. La leçon byz. dit simplement : le diable ayant déjà jeté dans le cœur de hdas... qu'il le trahit. Ainsi tout concorde, car le v. 27 suppose que la trahison était déjà consommée dans le cœur de Jadas ; et d'après les synoptiques également l'accord de Judas avec le Sanhédrin était antérieur d'un jour au moins i ce repas. — Quel est ici le but de cette indication? Selon Chrysostome, Calvin, Luthardt, c'est de faire ressortir la longanimité et la charité de Jésus; selon Meyer : de montrer la parfaite clarté d'esprit avec laquelle il marchait au devant de son sort ; selon Lûcke : d'indiquer que le temps pressait... Avant tout il nous paraît que Jean veut motiver 'es différentes allusions que Jésus va faire à la présence du traître dans tout le cours de la scène suivante (comp. v. 10. ''S. 21. 26. 27. 30); et par là même il exalte son amour 9«i, malgré la vue certaine de ce fait révoltant, lui permet ^® laver les pieds de Judas lui-même. La leçon alex. -rrapa- *^^, au lieu de rapa^w (T. R.), est expliquée do deux ma-
nières par les grammairiens : ou comme conlraction de l'optatif Trapo^oiTi (voir dans Kûhner, AusfiihrL Gramm., une multitude d'exemples tirés de Platon et d'autres auteurs), ou comme contraclion du subj. i6inj de j(M»(pour ^lÂoifAi); ainsi Baumlein, d'après Buttmann. — Comme la première détermination : un repas ayarU eu lieu^ répond à la première du v. 1 [avant la fële...)^ ainsi la réfleiion {le diable ayant jeté,..) répond à celle du v. 1 : ayant ami les siefis... La haine la plus noire forme ici le pendant da plus tendre amour.
Le tableau de la situation extérieure et morale est complété par une troisième indication qui nous fait pénétrer dans le sentiment intime de Jésus et nous dévoile le mi sens de l'acte d'abaissement qui va suivre : c Jésiis^ sachant que,.. > Ce sachant répond à celui du v. 1. Ici plus fréquemment encore qu'au v. 1 les commentateurs paraphrasent ainsi : c Quoique sachant. » Mais c'est selon nous niéconnaître, plus gravement encore qu'au v. 1, la pensée de révangélisle , aussi bien que celle de Jésus lui-même. Ce n'est point malyré sa grandeur divine , c'est à cause it cette grandeur nième, que Jésus s'humilie, comme il va le faire. Se sentant le plus grand, il comprend que c'esli lui i\ donner l'exemple de la réelle grandeur, en s*abaissanl au rôle du plus petit ; car la grandeur dans le royaume messianique, tel qu'il vient l'inaugurer sur la terre, consiste dans rabaissement volontaire. C'est là un mode de grandeur encore inconnu ici-bas et que les siens doivent aujourd'hui contempler en lui afin que son Eglise n'en reconnaisse jamais d'autre. C'est donc en tant que Seigneur^ et non quoique Seigneur, qu'il va remplir un office d'esclave. Jean emprunte cette idée au discours suivant de Jésus ;v. \S, \i\: € Vous m^ appelez Maître et Seigneur..- Si donc, > On comprend dans ce sens l'accumulation des
propositions qui rappellent les traits de la grandeur suprême de Jésus; sa position souveraine : tout lui est remis; son origine divine : il vient de Dieu; sa destination divine : il retourne à Dieu (remarq. la répétition du mot Dieu). Et c'est la conscience même qu'il a de cette grandeur incomparable (sachant) qui le pousse à s'abaisser comme nul autre ne Ta jamais fait. L'exemple devient ainsi pour les siens décisif et irrésistible.
20 V. 4-11 : le fait.
V. 4 et 5. € [Jésus] se lève du repas et dépose ses vêtements; et^ ayant pris un linge, il s*en ceignit; b puis il verse de l'eau dans le bassin ; et il se mit à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint.» — Par le v. S nous sommes maintenant initiés au but de cet acte. Au besoin, cela peut suffire pour l'expliquer. Aussi Ewald et Meyer n'y cherchent-ils aucun molif extérieur. Cependant, Jésus n'agit pas, en général, par une simple impulsion du dedans ; il obéit à un signal du Père. Ce signal divin, plusieurs modernes (Lange, Hengstenberg, etc.] croient le trouver dans le fait que l'ablution des pieds, qui aurait du, selon l'usage, avoir lieu au commencement du repas, avait été omise par suite de l'orgueil ou de la oégligence des disciples. Nul d'entre eux n'avait voulu prendre la place de l'esclave qui manquait au milieu d'eux. Pierre ou quelque autre avait bien lavé les pieds de Jésus, seloii4]engstenberg; mais ensuite il avait pris sa place à lible, attendant avec ses collègues de l'ordre le plus élevé, que Tun des disciples de rang inférieur leur rendit ce^ même service. C'est ce qui aurait provoqué la dispute dont Psrle Luc (en la plaçant à la fin du repas), sur la question ^e savoir lequel d'entre eux était le plus grand. Jésus au- '^t mis fin à cette situation pénible, en se levant lui-méme- ^^ en remplissant roffice dédaigné de tous. Naturellement,
fout cela se serait passé avant Touverture du repas. Mais les expressions Jetrvou yevojjLsvou, c un repas ayant eu lieu i (v. 2) et f Use lève du repas > (v. A) ne sont pas favorables h celte opinion ; elles portent plutôt à penser que le repas 4îvîiit déjà commencé et qu'il était même près de sa fin. D'ailleurs, le sujet de la discussion aurait dû être dans ce eas, non : Qwi est le plus p'and? mais: Qui est le plus petit, le dernier, celui qui doit se charger du plus humb'e ornce? Hiuimlein fait une supposition plus probable. La <lispute aurait élé provoquée par la prétention de diacun d'occuper à table la première place. Il ne nous paraît pas douteux que la dispute mentionnée dans Luc a été l'occasion •du lavement des pieds ; cela ressort presque nécessairement des paroles de Jésus dans cet évangile: iLes rois des nations dominent stir elles,..: <iit'il n'en soit pas ainsi parm vous . . . Car quel est le plus grand, celui qui est fliw ] à table ou celut qui sertf, .. Me voici au milieu de vou$ comme celui qui sert. » Mais d'après ces paroles mêmes, cet acte ne peut être placé, comme la dispute elle-même, •que pendant ou ;i la lin àw repas; et c'est aussi le sens naturel du texte de Jean. Probablement le lavement des pieils, n'étant pas une astriction légale (Matth. XV, 2), n'avait point eu lieu au commencement du repas, nul <renlre eux ne s'étant offert à remplir volontairement «l oflice auprès de Jésus et de ses collègues. Jésus avait laissé passer sans mol dire ce manque d'égards (comme Luc VII); mais lorsque, dans le cours du repas, une discussion affligeante pour son coMir fit venir au grand jour les pensées de grandeur cbarnelle dont était encore imbu le cœur des disciples, il profita de Tomission qui avait eu lieu pour leur donner, en comblant après coup celte lacune, la leçon dt)nt ils avaient besoin. — Jésus prend le costume d'esclave : Fsihil ministerii omiUit, dil Grotius. Chaque trait
CHAP. XllI, 4-11. 31 T
fait Uibleau. 'l^i-zioL^ ici, la robe de dessus; Jésus Tote pour ne garder que la tunique qui formait le vêtement de Tesclave. Il se ceint du linge , parce qu'il doit porter le bassin avec les deux mains. Ni7rr?,pa, avec Tarlicle : le bass^io, celui qui se trouvait la. Ce vase appartenait à Tameublement de la salle.
V. 6-H. « // vient donc à Simon Pierre^ et celui-ci » lui dit: Seigneur^, toi, tu me laverais les pieds? 7 Jésus répondit et lui dit: Ce que ^ je fais y tu ne le comprends pas pour le moment, mais tu le comprendras bientôt. 8 Pierre lui dit : Non, jamais tu ne me laveras les pieds. Jésus lui répondit : Si je ne te lave, tu n'as point de part avec moi. 9 Simon Pierre lui dit : Seigneur ', non pas les pieds seulement, mais aussi les pieds et la tête. 10 Jésus lui dit: Celui qui est baigné n'a pas besoin d'autre chose que de se laver les pieds ^; mais il est net tout entier; et vous, vous tk^nelSy mais non pctë tous. H Car il connaissait celui (jui le trahissait ; c'est pourquoi il dit^ : Vous n*êtes pas lous nets. ]> — Cet entretien avçc saint Pierre est, dans cet acte, un épisode inattendu. Ojv, donc (v. 6) : en allant de l'un à l'autre d'après l'ordre dans lequel ils étaient assis. La conséquence naturelle à tirer de ce donc est que Pierre ■'était pas à côté de Jésus (comp. v. 24). — Le sentiment de vénération qui provoque cette résistance de Pierre, s'cx-^ prime dans l'antithèse despron. au, tu, et(iiou, me, et dans le litre : Seigneur. Ici, comme Matth. XVI, 22, c'est le respect qui produit dans la conduite de cet apôtre le man-
* n Bb omettont exsivo;; K omet xupiE.
* K lit « fifo) au lieu de o lyoy.
* H rclranche xupts.
* T. R. avec AËGMSUFAA: r, toj; nooa; vt^faaOa». (que dd str ^^er les pieds) ; B C K L H : et [xr^ tou; :co$x{ vitJ'aaOai (si ce n'est de SiX '^^r les pieds) ; Nc : v.tj'a^ai (n'a pas besoin de se laver, mais...).
* BCL ajoutant oTi.
que de respect. — L'antithèse de iyci.... crî (mot.... (u) (V. 7) répond à celle de <tu.... pu [tu.,., me) (v. 6). — Meik TaOra, que nous avons rendu par bientôt, est rapporté par Chrysostoine au ministère futur de saint Pierre (Ostervald: dans la suite). Mais le rapport entre yvcâcTi, tu comprendrai, et Yivw<7X£Te, comprenez-vous (v. 14), montre que Jésus pense à l'explication qu'il va donner à l'instant même, après avoir achevé l'acte commencé.
La douceur de Jésus enhardit Pierre : il n'avait qu'interrogé (v. 6) ; maintenant il refuse positivement , et pour toujours. Jésus lui répond sur le même ton catégorique, et il y a certainement un écho du pour jamais de Pierre, dans le : point de part, de Jésus. Comment s'expliquer cette menace? Faut-il voir, avec Hengstenberg , dans le lavement des pieds un symbole du pardon des péchés par le sang de Christ? Rien, dans la circonstance qui avait donné lieu à cet acte, non plus que dans Fexplication qu'en donne Jésus, v. 12 et suiv., ne conduit à v donner ce sens. Faudrait-il admettre qu'en face de la résistance de Pierre, Jésus attribue à cet acte une portée supérieure h celle qu'il lui avait donnée d'abord? C'est peu probable. N'est-il pas plus simple de penser que Jésus envisage le refus de Pierre d'accepter le service qu'il veut lui rendre comme un refus d'entrer en plein dans l'esprit de son œuvre, tel qu'il veut le lui inculquer en ce moment, comme un gage de persévérance opiniâtre dans l'amour de la grandeur charnelle <l()nt Jésus voulait précisément le purifier par cet acte? En repoussant rimmilialion que son Maître s'imposait envers lui, Pierre repoussait, au fond, celle qu'il devrait s'imposer un jour à lui-même. Celte réponse reproduit donc avec une force nouvelle la vérité que Jésus avait exprimée à ses disciples sous une autre forme, à l'occasion d'une discussion toute semblable : c Si vous fie cham/ez et ne devenez
CHAP. XIII, 6-ii. 319
cmme des enfants , non seulement aucun d'enlrc vous ne sera le plus grand dans le royaume des cieux, mais vous ri y entrerez pas du toutu (Matth. XVIII, 1-4). — Mtpo; ej^cEvcTÎv, avoir part avec ^ est une expression fréquente dans TA. T. pour indiquer la participation de l'inférieur à la richesse et à la gloire de son chef (Jos. XXII, 24-25; 2Sam. XX, 1).
Le V. 9 nous présente, chez Pierre, un de ces revirements d'impression subits que nous observons souvent chez lui, <lans les synoptiques. C'est bien ici le Pierre qui s'élance sur les eaux, et qui crie l'instant d'après: Je péris! qui frappe de l'épée, et qui prend la fuite; qui pénètre chez le frand sacrificateur, et qui renie. La concordance parfaite •4e ces traits disséminés et l'image pleine de vie qui en ré- ^ rftile, prouvent admirablement, dans ce cas comme dans tous les autres, ainsi que l'a si bien développé Luthardt, la j)leine réalité de ITiisloire évangélique. — Au fond, ce que ilemandait Pierre, sans y penser, c'était la répétition de son baptême. C'est là ce qui donne la clef de la réponse de Jésus. Cette réponse est naturellement à double entente. Jésus passe rapidement, comme dans l'entretien avec la Samaritaine, du matériel au spirituel. De même qu'une fois baigné le matin, un homme s'envisage comme net et ne répète pas ce bain total au moment du repas, mais se contente de se laver les pieds, en rentrant du dehors, pour enlever les souillures accidentelles qu'ils ont pu contracter ians la marche, de même celui qui, par l'attachement sincère à Christ, a trouvé le pardon des péchés, n'a pluB beoin d'autre chose que de se purifier journellement et coninuellement des souillures morales qu'il vient i\ discerner Jbez lui durant le cours de sa vie. Pierre est net, car il a iocèrement cru en Christ. Ce que Jésus fait maintenant tveç lui, a donc pour but, non de le réconcilier avec Dieu,
mais, par l'exemple (riiuinilité qu'il lui doone, d'enlever une souillure particulière que Jésus a observée en ce moment même chez les siens, la recherche de la grandeur d (le la domination terrestre ; avec celte tendance vicieuse, Pierre ne saurait travailler «\ l'œuvre de Dieu, ni mèine avoir place, un jour, à la tahle d(,' Christ. Chaque chrétien doit donc appliquer cette parole à sa purification jouroaliére à Téganl des penchants mauvais dont il constate la présence au-dedans de lui. La parole, l'exemple et l'Esprit de Jésus sont les moyens de celle purification croissante, complément nécessaire de la justification initiale. — La leçon ei pi, si ce nesty chez quelques alex., est une correction du -Ay qui est légèrement irrép^ulier; in, que, pour o*j^evo; iïkf» ri, rien autre chose (/ne. Le retranchement des mots-q Ttilç TToÂaç, dans le Sinaït., change complètement le sens : c Celui qui est haigné n'a plus hesoin de se laver; mais il est pur tout entier. » Cette leyon est une correction provoquée par la difficulté de distinguer entre le bain total et le lava;;e partiel. — Les derniers mots : mais il esf net tout entier, doivent s'expliquer ainsi: €MaiSy bien loin d'avoir à se baigner uuf seconde fois lout entier, comme lu le demandes, son corps en général est pur. H n'y a donc qu'à faire disparaître la tache particulière que les pieds ont contractée. *
Mais cet IhMireux état de réconciliation est-il bien c^lui de tous? Non, il en est un qui a rompu le lien avec Jésu^ ou chi'z (|ni il n'a jamais existé. Ce serait lui qui aui^it / réellement besoin de Tacte intérieur dont Pierre vient <!<> réclamer le symbole. C'est ici la première indication de la trahison <le Judas, dans le cours de ce repas. En exprimaut la douleur que lui fait éprouver la pensée de ce crime, Jésus fait un dernier eiïort pour amener Judas à la rcpenlancc. S'il n'y réussit pas, il montrera du moins à ses disciples (|n'il n'a pas été la dupe de son hypocrisie (vJ9)-
ciiAP. xni, io-17. 321
PV. 12-20 rrexplication.
'. 12-17. c Lors donc qu'il leur^ eut lavé les pieds et ï • eut repris ses vêtements , s étant remis à table •, il '■ dit : Comprenez'vous ce que je vous ai fait? 13 Vous ippelez Maître et Seigneur \ et vous dites vrai; car je :««. 14 Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seiur et le Maître , vous devez aussi * vous laver les pieds uns aux autres. 15 Car je vous ai donné « un exemple, \ que, comme je vous ai fait, vous fassiez aussi, 16 En ité, en vérité, je vous dis que le serviteur n*est pas plus nd que son seigneur, ni l'apôtre plus grand que celui (a envoyé. 17 Si vous savez ces choses, vous êtes bienireux, pourvu que vous les fassiez, » — L'explication ) nous venons de donner de Tentretien de Jésus avec rre ne prêtant point au lavement des pieds un sens inger à son but primitif, le discours suivant ne présente s aucune difficullé. Jésus ne craignait rien tant pour Eglise que les prétentions hiérarchiques. Les disciples aient que leur Maître établissait un règne. Ce mot seul il propre h réveiller chez eux des idées de domination is le sens terrestre ; c'est pourquoi il leur montre que, is son règne, le moyen de monter, c'est de descendre, le chemin de la première place, c'est de choisir sans îiter la dernière. — Au v. 13, vous ni appelez signifie crament : vous me désignez ainsi quand vous m'adresla parole. Le titre de Maître se rapporte à l'enseigne-
iK lit auTOU au lieu (rautcov.
UAL Iii»»eH<|ue syr. omettent x«i devant EXagcv.
Au lieu (l'avanwcDv, N B C Syr. lisent xai avsncTcv, et A L Iip»«"q«>»
T. R. a\ec 6 Mjj. (byz.) lisent o xup. xai o dioa^x. ; tous les autres
Mjj.) : 0 8i3. X. 0 xup.
D ItP»«"<!'«« Syr. lisent -o^w {xaXXov devant xai u;ji£iç.
K A K M n : $s8cuxa au lieu de s$«oxa (13 Mjj.).