‹ Commentaire sur l'Évangile de saint Jean (volume 2)Chapitre 4 sur 66 · La Yraie orifiae de Jésus : y · texte numérisé non relu

La Yraie orifiae de Jésus : y

V. 35-37. c Quelques-uns des habitants de Jérusalem disaient donc : If est -- ce pas ici celui quils cherchent à faire mourir? 26 Et voyez ^ il parle avec liberté, et ils ne lui disent rien. Les chefs ^ auraient-ils* vraiment re connu qu'il est* le Christ? 27 Cependant, celui-ci, nous savons d'où il est, tandis que le Christ, quand il viendra % personne ne saura d'où il est. > — Tant de liberté et d'éclat dans la prédication de Jésus frappa quelques-uns des habitants de Jérusalem (ouv^ donc). Connaissant les intentions de la police sacerdotale mieux que la multitude venue du dehors (o o/>.oç), ils étaient sur le point de tirer de ce fait des conséquences favorables à Jésus; mais ils se sentent arrêtés par une opinion généralement répandue à cette époque, et qui leur parait inconciliable avec cette supposition : c'est que l'origine du Messie devait être entièrement inconnue. Nous trouvons cette opinion énoncée chez Justin, qui, vers le milieu du 11^ s., met dans la bouche du Juif Tryphon ces paroles : « Le Christ, même après sa naissance, doit rester inconnu et ne point se connaître lui-même et être sans aucune force, jusqu'à ce qu'Elie survenant l'ait oint et le révèle à tous, i» Cette idée provenait peut-être des prophéties qui annonçaient le profond abaissement auquel serait réduite la famille de David, au moment de l'avènement du Christ. L'on n'ignorait pas, il est vrai, que le Messie naîtrait à Bethléem ; mais les mots : d'au il est, se rapportent non à la localité , mais aux pa-

* M : apytepgi; au lieu d'apyovrtç.

' K D : [LT^Ti au lieu de fir^TroTs.

'«BDKLTXn 25 Mnn. Itpï«"quc Vg. Cop. Syr**"' Or. omettent

* N ajoute ici {it; ::Xsiova 9r^fi.sia 7Wi7^<su t\ otav tpyit-ZM.

rents et à la famille du Messie. Ceux qui parlent ainsi s'imaginent naturellement connaître l'origine de Jésus, sous ce rapport. Comp. VI, 42. C'est ainsi qu'ils sacrifient l'impression morale produite sur eux par la personne et la parole du Seigneur à une pure objection critique : mauvaise méthode pour parvenir à la vérité !

V. 28 et 29. c Jésus s* écria donc, enseignant dans k temple et disant : Et vous me connaissez, et vous savez d*oh je suis : et pourtant je ne suis pas venu de mon chef; mais il y en a réellement * un qui est celui qui m* a envoyé, et que vous ne connaissez pas. 29 Moi ^ je le connais; car je procède de /m/% et cest lui qui m* a envoyé, > — Jésus, prenant pour thème (donc) cette objection, prononce un nouveau discours qui se rapporte, non plus à rorigine de sa doctrine, mais à celle de sa mission et de sa personne elle-même. — Le terme expo^ev, il cria, exprime une forte élévation de la voix, qui est en rapport avec la solennité de la déclaration suivante. — Les mots: dans le temple, indiquent ou bien que Jésus avait changé de localité depais l'enseignement précédent, ou bien que c'était sous les yeux et aux oreilles mêmes des chefs, que Jésus parlait de la sorte. (Comp. v. 26.) — Jésus entre ici , comme au V. 10, dans la pensée de ses adversaires ; il accepte l'objection et la transforme habilement en une preuve en sa faveur. Il répète d'abord leur assertion. Les deux xai qui introduisent les deux premières propositions du v.: c£/ vous me connaissez, et vous savez..., » trahissent clairement l'intention de relever une fausse prétention pour la confondre ensuite. Le troisième xai, et, fait antithèse aux deux premiers et commence la réplique de Jésus. Il faut

* N : aXr,Or,; au lion d'aXr,Oivo;.

' T. R. ajoute ôe avec N D X plusieurs Mnn. 11»"*!. Cop. Syr.

5 N : :î*o* «v»*w au lieu de :zap* «utoj.

se garder de voir, avec Meyer, dans les deux premières^ propositions une concession : c II est vrai : vous me connaissez jusqu'à un certain point, mais non complètement. > Le Ion des deux premiers et a évidemment quelque chose d'ironique, et les deux premières propositions ont par conséquent une tournure interrogative (Grolius, Luthardt). Si cette connaissance de l'origine de Jésus que les Juifs croyaient avoir, eût ètè vraie, on eût dû conclure de là, d'après les opinions admises, que cette origine était purement naturelle et que sa dignité messianique était imaginaire. Jésus repousse les prémisses de cette fausse conséquence dans les deux premières propos.; puis la conséquence elle-même dans la troisième ; d'abord sous la forme négative, ensuite d'une manière positive: «Je ne me suis pas donné moi-même ma mission, mais je suis réellement un envoyé. » 'a^tîOivoç n'a pas plus ici qu'ailleurs le sens d'a).rjfty;ç, comme l'ont cru un grand nombre d'interprètes depuis Chrysostome jusqu'à Bàumlein. Le sens du mot et le contexte ne permettent point cette explication qui a donné lieu à la correction erronée du Sinaii. Jésus ne veut point dire que son envoyant est véridique, mais qu'il est réel. C'est le sens qu'exige le contraste avec l'idée précédente : « venir de mon chef, > 11 faut donc prendre à>.yj6ivoç dans son sens rigoureux, soit qu'on le détermine d'après son subst. Venvoyanty comme Meyer : « l'envoyant souverainement réel, i> en qui se réalise l'idée de cette fonction d'envoyer; soit, ce qui me paraît plus simple et plus conforme au contexte, que l'on entende : a Celui qui m'a envoyé est réel, existe véritablement. » C'est bien dans ce sens l'antithèse d'un envoyé fictif, qui n'aurait existé que dans la prétention ou l'imagination de Jésus. — Les derniers mots : que vous ne connaissez pas, sont pleins de finesse en même temps que sévères. Il est sévère de dire

à des Juifs qu'ils ne connaissent pas celui dont ils se font gloire d'être les seuls adorateurs ; mais il est habile, tout en enfonçant cet aiguillon dans leur conscience, de leur montrer que le critère même par lequel ils prétendent réconduire, comme Messie, le signale précisément comme tel. Ces derniers mots appliquent en eflfet à Jésus d'une manière satisfaisante le postulat posé par les Juifs euxmêmes, V. 27. C'est, si l'on veut, une argumentation ad hominem. Mais Jésus se la permet, parce qu'il trouve ainsi le moyen de présenter la notion de Messie sous son jour le plus élevé, comme il le fait au v. 29.

A l'ignorance de Dieu qu'il reproche aux Juifs, Jésus oppose la conscience intime qu'il a lui-même de Dieu et de sa relation avec lui. Cette relation est d'abord celle de l'essence (lijxi, je suis, je procède de lui), puis celle de la mission (tna envoyé). La distinction que Jésus établit entre ces deux propositions, ne permet pas de rapporter la première à la mission. Jésus affirme qu'il connaît Dieu, d'abord à cause de la communauté iVcssoncv qui l'unit à lui, ensuite à cause de Vorigine divine de sa înission. L'envoyé confère intimement avec celui qui l'envoie, et le connaît par conséquent. De là, il résulte bien que Jésus est le Messie, mais dans un sens plus élevé que celui que les Juifs attribuaient à cette charge.

V. 30. « Ils cixerchaient donc ù se saisir de lui: et cependant personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n'était pas encore venue, j^ — Le résultat de cette ferme protestation (donc) fut de confirmer ses adversaires déclarés dans le dessein de l'arrêter. Mais l'heure marquée n'avait pas encore sonné. L'expression son heure ne désigne pas celle de son arrestation (XVUl, 12), comme le pense Ilengstenberg, mais celle de sa mort (comp. 11, 4; Vil, 8). — Le décret divin, auquel fait allusion l'évangéliste, n'exclut

pas les causes secondes^ il les implique au contraire. Parmi celles-ci , les interprètes font surtout ressortir la vénération dont les foules entouraient Jésus à ce moment. Mais, s'il en était ainsi, comment expliquer l'arrestation et le meurtre du Seigneur immédiatement après le jour des Rameaux, où ce sentiment était parvenu à son comble? Il est plus juste de penser, avec Hengstenberg, à la résistance qu'opposait encore la conscience de ses adversaires aux mesures extrêmes auxquelles les poussait leur haine. Quand leur endurcissement fut consommé et que l'Esprit de Dieu cessa de retenir leurs mains, alors sonna l'heure de Jésus. M. Reuss affirme que a l'interprétation historique de ce verset crée une contradiction. » Nous ne saurions comprendre cette objection.

Page 1