‹ Commentaire sur l'Évangile de saint Jean (volume 2)Chapitre 44 sur 66 · V. 5 cl 0. « Thomas lui dit : Seit/neur, nous ne snvons · texte numérisé non relu

V. 5 cl 0. « Thomas lui dit : Seit/neur, nous ne snvons

moùiu vas; et ^ comment pourrions-nous en connaître nhemtn*? 6 Jésus lui dit : Cest moi qui suis le chemin t la vérité et la vie; personne ne vient au Père que par 101,9 — Le premier eniretien, provoqué par les questions e Pierre : c Ou vas- tu ? Pourquoi ne puis-je pas te suivre? » rail roulé sur la réunion finale, sur le but. Le second, ont la question de Thomas est Toccasion, roule plutôt sur isufTisauce de Jésus pour les conduire au but, sur le liemin. Comme d'ordinaire, c'est Thomas qui est ici Torane des pensées de doute et de Timpresèion de découragcienl qui se sont emparées des apôtres. Comp. XI, 1G; X, 24. Il déclare avec franchise que le but, tel que vient ele dévoiler Jésus-Christ, reste enveloppe pour lui d'obsurilé. Dès lors, le chemin pour y parvenir se perd aussi our lui dans les brouillards. — Pour expliquer le but, fsus, dans sa réponse, substitue à la maison du Père le ère lui-même. Car ce n'est pas dans le ciel qu'on trouve ieu; c'est en Dieu qu'on trouve le ciel. Et une fois Dieu idiqué comme le but, on comprend dans quel sens Jésus î donne pour le chemin. Il l'explique d'ailleurs lui-même 1 ajoutant à celte expression figurée les deux termes qui 1 expriment la signification, sans image : la vérité et la îc. La vérité, c'est Dieu irvélé dans son essence, c'est-àire dans sa sainteté et dans son amour (v. 9. 10); la vie, est Dieu communiqué à l'Âme et lui apportant une sainte rce et une parfaite béatitude (v. 23). Et comme c'est en sus que s'opèrent cette révélation et celte communication • Dieu à l'àme, c'est par Jésus aussi que l'Ame vient au -re et retrouve l'entrée de la maison paternelle. Etre en sus, c'est être dans le Père, parce qu'il est lui-même îu possédé et manifesté. Les trois termes, chemin, vérité

B C L It^»'*'! oineltent xai devant -o*;.

Au lieu de ÔuvajisOa vr^y o8ov eiBsvai, B C D It^' 4 : o'.oafxsv tr^v oôov.

el vie y ne sont donc pas coordonnés (Lullier, Oïlvio: commencement, milieu, lin); ils n'expriment pas non plus une seule notion: vera via viiœ (Augustin); M. Renss luimême ne me parait pas déterminer leur relation d'une manière entièrement exacte quand il les lie en définissant le chemin : le moyen d'arriver (> la vérité et à la vie. Jésus veut dire : Je suis le moyen d'arriver au Père (le chemin); parce que^c suis la vérité et la vie. M. Reuss observe, en échange, avec justesse sur le mol : je suis, que cette expression exclut tout autre moyen parallèle à celui-là. — (less : « Vu homme peut tout au plus montrer aux autres le l)on chemin; il ne saurait être le chemin, ni la vérité, ni la vie. »

V. 7. f Si vous me connaissiez ^ vous connaîtriez^ ami mon Père ; et dès maintenant vous le connaissez et vous Vavez vu. » — Ce v. reproduit l'idée de la dernière proposition du verset précédent, celle de venir au Père par Jésus. Si Jésus est la manifestation de Dieu réalisée, l'avoir connu , c'est être arrivé à la connaissance de Dieu (plusque-parf. s-j'vwxeiTe) . Jésus semble d'abord leur refuser celle double connaissance; on effet, ce n'est qu'a la Pentecùle qu'ils la posséderont pleinement (v. 20). Puis il la leur concède en partie, et cela dès ce moment. Mcyer prend celle expression au pied de la lettre : « Depuis ma déclaralion préccdcnle (celle du v. 6) » ; ce qui est trop restreint cl presque mesquin. Chrysostome, Lùcke, y voient, au contraire, l'expression anticipée de l'illumination future de la Pentecôte ; le dès ce moment ne permet pas ce sens. Jésus fait allusion à tout ce qui vient de se passer dans le cours de cette dernière soirée; le lavement des pieds, l'éloignement de Judas, tout ce qu'il leur avait déjà dit, était bien

* K I) : lyvciixaTS au iicu (reyvtoxEiTe.

* Au lit'U d'syvoxEiTs av, B C L Q X : av rfizi't. — K D: -j^/toisaOt.

propre à mettre en lumière la véritable nature de Dieu et de ^n règne. Sans doute les fruits de ces suprêmes enseignements ne devaient mûrir parfaitement que plus tard ; mais le germe de la vraie connaissance était maintenant déposé ^neui. En leur dévoilant son être intime, Jésus leur avait révélé pour toujours l'essence de Dieu. La leçon de K D, admise par Tischendorf (S*' éd.) : « Si vous m'avez connu, vous connaîtrez aussi le Père, i& est bien expliquée par Luthardt : elle provient du scrupule qu'éprouvaient les copistes de faire dire à Jésus que les disciples ne l'avaient pas connu jusqu'à ce moment.

Ce dernier mot, de même que le v. 4, semble destiné à provoquer l'expression de quelque pensée inquiète que Jésus discerne au fond de leur cœur. Ce mot surtout: vous l'avez vu, est comme un défi jeté à ce trouble secret. Etre devenus les contemplateurs du Père (parf. itap«xaTe), n'est-ce pas tout ce que les apôtres pouvaient désirer de plus grand? Ce privilège avait été jusqu'à un certain point accordé à Moïse, à Elie, dans l'ancienne alliance. Si Jésus pouvait les en faire jouir, leur foi serait désormais inébranlable. Esaïe n'avait-il pas fait cette proi^esse pour les temps messianiques : « La gloire de l'Ekernel se manifestera, et toute chair la verra i^ (Es. XL, '^)? Ainsi s'explique naturellement la demande de Phi- '*Ppe : € Tu dis : vous avez vu ; nous te demandons : mon- ^■*e-nous! »

V. 8 et 9. € Philippe lui dit : Seigneur ^ montre-nous le '^ère, et cela nous suffit, 9 Jésus lui dit : Il y a si long- ^^Tnps^ que je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu, ^/lilippe! Celui qui ni a vu, a vu le Hèi*e; et* comment dis-

* K D L Q : T090JT0) /.povoj, au lieu de to^outov ypovov. ' K B Q Iipï^rique Yg. Cop. : ncoç, au lieu de xai noiç.

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tu : Montre-nous le Père f » — A l'occasion de ces inlerruplions que se permettent les disciples, Gess fait obsener combien ils se sentaient à Taise avec le Seigneur et combien ce mode de relation justifie le mot : c Je vous ai appelé mes amis, » XV, 15. — Le désir de la contemplation de Dieu est une aspiration que Dieu lui-même a mise au cœur de rhoinme. Comp. la demande de Moïse, Ex.XXXIlI, 18. Philippe se fait ici l'organe de ce désir avec une naïveté qui rappelle celle^qu'il avait montrée au cb. VI. Une se doute pas que par cette demande il nie ce q.ue Jésus vient d'affirmer sur sa personne, v. G. Une vision éclatante, un magnifique coup de théâtre dans les airs, lui parait être le meilleur moyen d'alVermir inébranlahlemenl sa foi. C'était le point de vue de ceux qui demandaient à Jésus un signe dans le ciel. Ce désir serait fondé si Tessence divine consistait dans la puissance; mais Dieu est sainteté, amour. Et, par conséquent, la vraie théophanie ne saurait être une apparition resplendissante. Ce ne peut être qu'une personne manifestant en actes et en paroles ces traits du caraclére divin, une vie humaine, filiale, dans laquelle éclate la relation pleine de majeslé et de tendresse que Dieu soutient avec Têlre qui l'appelle son Père. Or ce spectacle unique, cette théophanie seule réelle, ce resplendissement visible de Dieu, les disciples l'ont sous les yeux depuis trois ans, et Jésus s'étonne et déplore qu'ils n'a[)précienl pas mieux le privilège qui leur a été accordé. Le fond île sa conscience humaine est tellement le sentiment de sa divinité, qu'il ne comprend qu'avec peine que la connaissance de sa vraie nature ne se soit pas aussi formée dans le cunir de ses disciples. — L'interpellation l*hilippeseTi'à rappeler ce disciple à lui-même; en parlant ainsi qu'il l'avait fait, il était devenu, comme dit llengstenberg, ato^ sr ipsn. Klle doit, conmie l'observe Luthardl, se lier à la

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irase précédente qui s'adresse individuellement au dispie, et non à la suivante qui est une maxime générale, îsparf. e-v'vwxa^, éwpoo«6;, écopaxe, as connu, a vUy opposent itat permanent à Tacte brusque et isolé exprimé par Taor. î;ov, montre-nous. — 11 est impossible de rapporter celte ponse à la simple union morale de Jésus avec Dieu. Un irélien, même consommé, ne dirait pas : e Celui qui m'a I, a vu Christ. » Combien n)oins un Juif, même parfait, il-il pu dire : « Celui qui m'a vu, a vu le Père. » Cette pression ne se comprend qu'autant que le Fils continue i-bas, sous la forme humaine, cette fonction révélatrice, ril accomplit sous la forme divine, comme Parole. Y. 10 et 11. « Ne crois-tu pa.s que je suis dans le Père, que le Père est en moi? Les paroles que je vous dis *, je

les dis pas de moi-même; et le Père, qui demeure en oi, cest lui qui fait ces œuvres^, \\ Croyez-moi quand vous dis que je suis dans le Père et que le Père est en oi: et, sinon, croyez ^ à cause de ces œuvres. > — Jésus dique a Philippe deux signes auxquels il eût dû et il peut ice moment encore reconnaître la présence de Dieu en i. Jésus ne veut pas dire qu'il soit une seule et même rsonne avec le Père : car bien souvent il le prie, en dint: Tu, L'union dont il parle est celle en vertu de lalelle ils vivent run dans l'autre (comp. Gess). Une telle lation a nécessairement pour arrière-plan la vie de Logos.

premier signe de cette comnmnauté de vie et d'action, sont ses enseignements. L'expression : les paroles que dis, pourrait désigner uniquement les déclarations prélentes, particulièrement celle du v. 0. Mais il est plus

B L N X Cop. lisent Àsyco au lieu de XaÀ».).

M B D lisent auTou après i^^x et retranchent a-jTo;. L X : tzoiv. -ra

Nous retranchons ici uot d'après N I) L It=«'»*i Vg. Syr.

naturel de l'appliquer à renseignement de Jésus en général, celle manifesUition vivante de sa personne, dont le caractère divin atteste son union intime avec le Père. Jésus veul dire : c Croyez à mon enseignement, particulièrement à mes déclarations sur moi-même, puisque je ne les ai jamais prononcées de mon chef. Que si elles vous paraissent suspectes, parce qu*elles ont passé par ma bouche , croyez à mes œuvres, parce que c'est toujours Dieu même vivant en moi qui les a opérées. -» C'est donc ici le second signe auquel il en appelle. La forme négative de la première propos. sup[»ose une proposition affirmative sous-entendue; Tinverse a lieu pour la seconde. C'est à tort que Meyer voit dans celleci une preuve de la première (comme si les œuvres (levaient démontrer la divinité des paroles). Paroles et œuvres démontrent simultanément In relation intime de Jésus avec le Pçre. — Moi dans le Père: c'est de la part de Jésus la suppression de toute pensée, volonté et force propre dans son activité. Le Père en woi : c'rst de la jïart de Dieu la communicalion de toutes les richesses de son ctre à la personne de Jésus. La leçon >.a>.w vaut mieux quc>iyw. Jésus n'est que l'organe; Dieu est celui qui dil ; Jésus cmm(. — Au V. Il, Jésus réclame, par l'expression: c Croyez-moi\ > la foi en celle relation avec le Père (qui fait de lui la vraie ihéophanie) sur raulorilé de sa simple parole, du témoignage qu'il se rend à lui-même. Dans la seconde proposition, l'imper, croyez est absolu (d'après la leçon d^ K R L) : « Croyez (en moi, non moi) sur le fondement de? mes œuvres; » Jésus entend évidemment par là ses œuvre? surnaturelles, ses miracles. Même pensée X, 37. 38. Les miracles sont une preuve pour celui qui ne croit pas aux parol('s, parce que ce témoignage divin ne passe pas parla bouche de Jésus. Il est purement objectif. — Celte parole assigne aux miracles leur vraie place dans l'apologétique.

"Ole de CCS faits surnaturels est réel, mais secondaire. jB sens de la réponse de Jésus est donc : c La vraie phanie est depuis longtemps sous tes yeux. > Mais, te-t-il, il en est une autre, supérieure encore, qui, si • persévérez dans la foi, vous sera bientôt accordée. : celle à laquelle se rapporte tout le passage suivant, 2-21.

. 12-14. € En vérité, en véité, je vous le dis: Celui croit en moi, fer a y lui aussi, les œuvres que je fais, et i fera de plus grandes encore, parce que je m'en vais Hre >, 13 e/ que tout ce que vous demanderez au Père ton nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans ils. 14 Si rous demandez* quelque chose en mon nom, » je le ferai. » — Ici commencent à s'étaler les mères d'une autre théophanie, celle que Jésus va réaliser en .Amen amen, annonce la révélation d'une vérité sublime attendue. L'expression : fera les œuvres que je fais, se »orte aux miracles semblables à ceux de Jésus qu'ont es les apôtres, et la suivante : il en fera même de plus \des, à des œuvres de nature supérieure même aux isons du corps. Ce qu'ont fait saint Pierre à la Pente- , saint Paul dans le monde entier, ce qu'opère un sim- )rédicateur, un simple croyant, en faisant descendre »ritdans un cœur, Jésus ne pouvait le faire pendant »éjour terrestre. Car, pour que de tels faits pussent se ser, il fallait «que le mur de séparation entre Dieu et lommes fut abattu et que le Saint-Esprit eût été acè à l'humanité ji (Gess) ; ou il fallait, comme le dit la iu verset, que la glorification de Jésus fût accomplie : rce que je m*en vais au Père. » Le sarment, uni au

lABDLQXnit. retranchent fxou après nocTspa.

; B E II U r A 30 Mnn. Il»»»*i Vg. Syr. lisent [u après aiiriar^Ts.

. B L It*"*i Vg. Cop. lisent tooto au lieu de s-fio.

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cep, peut ainsi porter des fruits que le cep ne pouvait encore porter lui-même. Le terme plus grand ne désigne donc pas des miracles plus prodigieux, mais des miracles d'une nature plus excellente ; et il ne se rapporte pas seul^ ment à rextension du ministère apostolique hors des limiles de la théocratie, comme Tentendenl Lûcke, Tholuck. OIshausen, de Welle — celte différence n'est ici qu'en seconde ligne — mais â la nature même des œuvres accomplies.

Mais si le disciple opère de telles œuvres , ce n'esl pas par sa force propre ; c'est que son chef, après être panenu h la plénitude de sa puissance, les produit par lui. En effet, cette supéri(»rité de fécondité attribuée aux disciples reposera sur l'élévation de position de Christ lui-même: € Parce que je vi'en vais au Père, » Jésus dit ici : au Pèn, non : à mou Père, Car Dieu se montre présenlement comme le Père des fidèles aussi bien que de Jésus lui-même. — H ne faut point terminer la phrase avec ces derniers mois; la proposition suivante, v. 13, en est le complément nécessaire. La part du disciple dans ces œuvres plus grandes y esl expliquée : ce sera la prière. Le croyant demande, et le Clirisl glorifié opère du sein de sa toute-puissance. Cependant il ] ne s'agit pas ici de la prière en général. C'est à une forme spéciale de la prière que Jésus attribue ce pouvoir, à /'i prière en son nom. Demander au nom de quelqu*un, c'est, dans la vie ordinaire, demander à la place d'une personne et comme de sa part. Celte personne a, par sa position, par Ifis services qu'elle a rendus, parla faveur dont elle jouit, droit à la grâce réclamée; celui qui prie en son nom, prie comme s'il rcmplarail cette personne elle-mtMne. Prier au nom de Jésus, ce sera donc se présenter devant Dieu dans l'assurance de notre réconciliation avec lui et de notre adoption en Christ et le prier comme si nous

étions les représcntanls de Jésus lui-même. Celte formule a été expliquée de bien des manières : en invoquant mon nom (Chrysoslomc), par mes mérites (Calov), dans Télément de ma vie (Meyer), dans mon esprit et pour ma cause (de Welle). Toutes ces déterminations sont vraies ; mais elles sont comprises dans notre explication. Jésus vit, pense, veut, désire en nous, croyants réconciliés, de telle sorte que notre prière est aux yeux de Dieu comme la sienne propre. La prière au nom de Jésus suppose donc nécessairement la Pentecôte dont Jésus va parler depuis lev. 15. Comp. XVI, 23. 24. 26. — Meyer objecte contre le sens de la formule en mon nom que nous venons d'exposer : \^ que nous ne pourrions pas demander de la sorte le pardon de nos péchés , et 2<> qu'en raison du : je le ferai, Jésus s'exaucerait ainsi lui-même. Mais Jésus n'intercède-t-il pas pour le pardon de nos péchés? El ce qu'il demande à Dieu par la bouche des siens, étroitement unis à lui, ne peut-il pas l'opérer comme organe de la toute-puissance de Dieu? Comp. v. 16 : je demanderai^ et XV, 26: Renverrai. — Et tout cela aura lieu, ajoute Jésus, à la gloire du Père dans la personne du Fils : car le Fils ne songe point h fonder ici-bas un règne qui lui appartienne en propre ; il se met tout entier, avec les siens, au service du règne du Père. Sa devise est : Ton règne vienne ! non : Mon règne vienne !

Le v. 14 est une confirmation de cette étonnante promesse. Par les mois o n av, quoi que, Jésus a ouvert un champ incommensurable à Tambition chrétienne de ses disciples. De là ce : tOui, je vous le répèle : Vous n'avez qu'à demander et... » La leron reçue syw iroircw, t je le ferais moi, > est certainement la vraie leçon. Quelques alex. on machinalement reproduit telle quelle l'expression du v. 13. Mais Jésus la modifie à dessein, en substituant syco à toOto :

c Moi, qui ne vous ai jamais Irompcs, et qui serai revètn de la toute-puissance auprès du Père, je m'engage aie faire. » Ainsi, tandis que les disciples prient sur la terre en son nom et comme de sa part, il agit, lui, du ciel, au nom et de la part de Dieu ; tant sera intime le rapprochement opéré en lui entre le ciel et la terre. On sent bien, dit Sticr, en lisant ces paroles qui reviennent constamment aa commencement dès épitres de saint Paul : c Je ne cesse de faire mention de vous dans mes prières, etc., > que c'est par la prière au nom de Jésus que les apôtres ont enfanté l'Eglise. — Jésus explique maintenant de quelle source divine jaillira cette prière en son nom par laquelle ils opéreront de si grandes choses :

V. 15-17. f Si VOU.S m'aimeZy gardez^ mes commande menis. 16 Et moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre soutien^ afin qu'il demeure* avec votis éternellement, 17 l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, para quil ne le voit ni ne le connaît^: mais* vous, t>ous le co«naissez, parce quil dimeure avec vous : et il sera * en vous. ï> — Et d'abord, v. 15, la condition morale de wt état nouveau : cAu nom de Tamour que vous avez pour moi, demeurez sur la voie que mes directions vous ont tracée, et vous serez en demeure de recevoir la suprême bénédiction que je vous annonce. * Ces commandements sont les recommandations qu'il leur a faites et particulièrement les instructions qu'il leur a données dans celte dernière soirée (Xlll, 14. 15. 34; XIV, 1). L'aoriste impératif jor-

* An lieu de Tr,pr,aaTs (gardez)^ B L Cop.: Tr.pr,!-!: {vous garderez) - N : Tr,sr,aT,T-,

» N B L 0 X ItP'«"«i"' Cop. Syr. : r, au lieu de ;x£vr,. ^ N Bu omettent le second x«»io.

* N B y omettent $e après ujjlsiî.

' B D o Mnn. II. Syr. : s^nv (est) au lieu de s^ia: facn) dan> lf>^^ les autres Mjj.

CHAP. XIV, 14-47. 36i

lear rappelle que cette condition dépend de leur liberté, leçon de B L vous garderez est une correction provet du futur suivant : et je prierai. — Jésus indique cne la condition objective, ou la cause eflicicntc du don n, sa propre intercession. (k)inmc celte intercession a r objet futur la Pentecôte, il n*est pas difficile de con- )T cette parole avec XVI, 26 : c Je ne vous dis pas que merai le Père pour vous, > Car ce second passage se porte au temps qui suivra la Pentecôte, à l'époque où disciples seront en état de prier eux-mêmes au nom^ et ime s'ils étaient la bouche de Jésus. — Le terme de ic^T.TTx;, littér. appelé auprès de, a été pris par Origène^ ysostome, dans le sens actif de rapax).7<Tiop : consolateur ) XVi, 2 dans les LXX); et, sous l'influence de la Vul- % ce sens a passé dans nos versions françaises. Mais il reconnu aujourd'hui que ce mot, de forme passive, l avoir un sens passif : celui qui est appelé comme ap- , comme soutien ; c'est exactement le sens du terme laadvocaluSy et de notre mot avocat: le défenseur de l'acé devant le tribunal. Ce terme a toujours ce sens, là où î rencontre en dehors du N. T., comme dans Démosoes, Diogène Laërce, Philon et chez les rabbins (le Pelith). Jean lui-même lui donne cette signification V^ ép. 1 : e Nous avons un paraclel auprès du Père, savoir uS'-Christ^ le juste. > C'est aussi celle qui convient le ux dans ces derniers discours de Jésus. Le sens de doc- * (Théod. de Mopsueste, Ernesti, Uofmann, Lulbardt) epose, philologiquement, sur rien ; l'expression l* Esprit ^ériié (v. 17) ne suffit pas pour le justifier. Ce que Jésus andera au Père en leur faveur, c'est donc un autre îen, toujours à leur portée, toujours prêt à venir à aide, au premier appel, dans leur lutte avec le monde. •Qtte signification fondamentale découlent les applica-

lions suivantes : soutien dans les moments de faiblesse; conseiller dans les diOicultPS de la vie ; eonsolalenr dans la souiïrance. En un mol, c'est lui qui, dans toules lespo^ silions les plus diverses, leur remplacera le Maître bienaimé qui va les quiller. En disant : un autre, Jésus a donne implicilemenl h lui-même re tilrc de Paraclet; îles donc faux de voir une diiïérence dogmatique, à roccasioi de 1 Jean 11,1, entre révangéliste et l'auteur de la 1*^épîlre CiC don que leur fera le Père, aura lieu non seulement à! demande de Jésus, mais aussi par son intennédiaîre. Comp XV, 20 : « I.P Paraclet (fur je vous enverrai de la jurti mon Pi're. td Comme c'est Jésus qui le demande de noir part, c'est lui aussi qui nous l'envoie de la part de Dicn El il ne viendra pas pour s'éloigner un jour, comme Jésus mais son habitation en eux sera éternelle. Mever entend n Tov aiôwa : « jusque dans le siècle «avenir. » Mais le me aùov, dans le N. T. comme dans les classiques (il «Jww S\ awovo;, ti; aiôiva), désij^nc uiie durée indéfinie et, ave l'arlicle, rolernité. — Le Saint-Esprit, un être divin, en vny('' do la pari du Père, pour remplacer un simple homme., cela serait-il ronce vahie?

1/apposilion : r Esprit do vérité (v. I7\ sert à expliqne le terme , encore ohscur pour les disciples, de Paraclel L'enseignement par le moyen de la parole ne peut jamai (lonnor qu'une idée confusi' des choses divines; quelqu haliilem(ml cjne soil employé ce moyen, il ne saurail prc duire dans r.hiu; de Tauditeur qu'une image de la vérité aussi Jésus comparel-il renseignement qu'il a donné ju5 i]\\"\ç\ sous celle l'orme; à une parabole {XVI, ^2h). L'ensei jrnenipnt de rEs|)riU au contraire, fail pénétrer dans Fâm» la vérité divine; il lui donne pb»ine réalité au-dedans d nous et en fait pour nous la vérité. C'est là sans dout le sens de cette expression : VEspril de vérité. Mais pou

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recevoir ce docteur divin, il faut une préparation morale. L'âme dans laquelle il vient habiter, doit èlre déjà sous- Iraile à la sphère profane. C'est pourquoi Jésus avait dit en commençant ce passage, v. 15 : Gardez mes imtruc' lions; et c'est pourquoi aussi il ajoute ici : (jnc le monde ne peut recevoir. Ce n'est pas par suite d'un caprice qu'au malin de la Pentecôte, TEsprit est descendu sur cent-vingt personnes seulement, et non sur tous les habitants de Jérusalem; ceux-là seuls avaient subi la préparation indispensable. Jésus explique en quoi consiste celle préparation qui manque au monde : il faut avoir vu l'Esprit et l'avoir reconnu, avant de le recevoir. L'Esprit s'identifie trop intimement avec notre vie personnelle, pour qu'il puisse nous cire imposé ; pour qu'il vienne en nous, il doit être désiré et appelé par nous; et c'est ce que nous ne faisons qu'autant que nous l'avons contemplé (ôetopeiv) dans quelqu'une de ses manifestations extérieures, puis discerné et reconnu (Ytvwcxeiv) comme ce qu'il y a de plus excellent et do plus saint. Cette préparation s'était opérée chez les disciples pendant les trois ans qu'ils avaient passés dans la société 'le Jt'sus : sa parole, sa vie, avaient été une constante émaï^alion de l'Esprit, et leur cœur avait rendu hommage à la ^îï'nieié sublime de cette manifestation. C'est ce que n'avait ^as fait le monde, les Juifs, qui, en entendant parler Jésus, ''^aiont : c II a un démon, » et qui, en voyant ses miracles, '^^ niiribuaient à Béelzébub. Ils étaient ainsi restés étran- '^^ à la sphère et à l'influence de l'Esprit; ils étaient ^''s d'élal de le recevoir. — L'action préparatoire de l'Es-

*^ sur les disciples est exprimée par les mots : Il demeure ^^ vous; et la relation plus intime qu'il va contracter ^^ eux dés la Pentecôte, par ceux-ci : « Il sera en vous. » ■îl^ut donc bien se garder de lire, dans la première pro- '^îlion, aev£t (au futur), demeurera, avec la VuUjale, et,.

4]ans la seconde, e^rri, est, avec quelques alexandrins. Tout 'e sens de la phrase est dans ranlilhèse du présent demeura {comp. [Jtivctïvv. 25) et du futur sera, A ce conlrasledes temps correspond exactement celui des deux ré{i:imes: avec vous (comp. xap' Oj^îv du v. 25) et en vous. Il ne faut pas non plus faire dépendre la dernière proposition : £/ H sera on vous, de on, parce que, ce qui n'a aucun sens. Cette dernière phrase exprime au contraire une conséquence et un progrès : « El ainsi (en vertu de la connaissance que vous avez déjà acquise de lui par sa présence en ma personne au milieu de vous) il sera en vous. > — Celte distinction entre l'action préparatoire de TEsprit m Thomme, par le moyen de ses manifestations extérieures, et son hahitation réelle dans Fhomme, est comme effacée aujourd'hui dans la conscience de la chrétienté. La confusion de deux états si diflerents a entraîné d'incalculables conséquences. — c Jusque-là Jésus, vivant avec eux, avait été leur soutien ; maintenant ils auront le soutien dam leur proirre cœur j^ (Gess); et ce soutien, ce sera de nouveau Jésus lui-même :

V. 18 et 19. a Je ne vous laisserai point orp/telins : jf reviens à vous. 19 Encore un peu de temps, et le mondf ne me verra plus : mais vous me verrez: parce que je vis. t^ous vivrez aussi. » — Le terme orphelins est en rapport avec l'allocution mes petits enfants (Xlll, SS] ; c'est le langage du père mourant. La relation étroite de senlimenl entre ces paroles et les précédentes est indiquée par l'absence de toute particule logique entre v. 17 et 18. Cela seul suffirait pour écarter toute autre explic^ition des mots: Je reviens it vous, que celle qui les rapporte au retour de Jésus par le Saint-Esprit (v. 10 et 17). C'est l'explication de presque tous les modernes (même de Meyer et Luthardl, 2** éd.). Ceux qui appliquent cette promesse aux apparitions

de Jésus ressuscité (Chrysostomc, Erasme, Grotius, Hilgenfeld) ne peuvent rendre compte des v. 20. 21 . 23. Ceux qui rappliquent à la Paronsie (Augustin, Holniann, Luthardt, ^*éd ) sont hors d'état d'expliquer les v. 19 et 23. En effet, V. 19, le revoir de Jésus promis au fidèle doit coïncider avec le fait de sa disparition pour le monde ; et d'après le V.23, le retour chez les fidèles doit être purement intérieur, tandis que de Tavénement final il est dit : a El (oui œil te verra. > Ce que Ton peut et doit accorder, seulement, c'est que ce retour spirituel a été préparé par les apparitions du ressuscité et sera consommé par l'avènement du glorifié. — L'esprit est sans doute un autre soutien que Jésus ; mais^ sa venue n'en est pas moins le retour de Jésus lui-mcmc*,. autrement la promesse du Paraclel n'eût répondu qu'imparfaitement au besoin de ses disciples, dont le cœur réclamait l'union avec leur Maître lui-même. Tholuck a conclu de cette expression: je reviens, que le Saint-Esprit n'est que la personne de Jésus spiritualisée, et M. Reuss prélonci que « qu«ique l'exégèse littérale plaide pour la distinction, des personnes (entre Christ et l'Esprit), la logique pratiqucse refuse à l'admettre » Il a même «hasardé l'opinion qucdans les discours de Jésus la notion abstraite du Verbe est remplacée par la notion plus concrète de l'Esprit. » Jean est innocent d'une confusion aussi grave. Comme aucun écrivain de l'ancienne alliance n'aurait employé l'un pour 'autre les termes d'Esprit de Dieu et d'Ange de l'Eternel, "nsi la confusion de la Parole avec l'Esprit est inadmissible chez un écrivain de la nouvelle. Saint Paul dit: «Lf Seigneur est l'Esprit » (2 Cor. III, 17). Mais il ne confond pas Our cela la personne du Seigneur glorifié avec le Sainl- ^)rit. C'esl ici un domaine où il importe de tenir compte es nuances. D'après XVI, 14, l'Esprit est non le Seigneur^ nais la puissance qui le glorifie^ qui le fait apparaître^

vivre et grandir au-dedans de nous, et cela en prenant de ce qui est à lui et en nous le communiquant. Les rôles sodI donc pari'aitement distincts. Ils le sont tout aussi bien dans l'œuvre de la Peutccote que dans celle de Tincarnalion. En engendrant Jésus dans le sein de Marie, le Saint-Espril n'est pas devenu le Christ. De même le Saint-Esprit, en gloriiiant et en faisant vivre en nous Jésus, ne devient ps pour cela Jésus. La Parole est le principe de la révélation objective; TKsprit est celui de la révélation subjective. Jésus est Tobjet à assimiler; l'Kspril est la puissance d'assimilation. Siuis la révélation objective donnée en Jésus, l'Esprit n'aurait rien à (éconder en nous; sans l'Esprit, la révélation accordée en Jésus reste en dehors de nous et ressemble i une parabole non comprise. Il résulte de là que l'Esprit qui vient, c'est bien, en un sens, Jésus qui revient; d'extérieur Jésus devient intérieur. L'œuvre de TKspril consommée, c'est Christ formé dans \g croyant, ou, ce qui exprime la même idée, c'est le croyant arrivé à lapaifaito siiUinr de Chrkt {iVàX. lY, 19; Eph. IV, 13).

Les mots : Encore un peu de lemps (v. 19), sont en rappoi't avec le présent je viens. Ils réduisent, pour ainsi (lire, à rien la durée de la séparation. Si, en disant: Vous me verrez, Jésus pense à ses apparitions après sa résurrcctiiui, ce n'est en tout cas que secondairement; sa pensée réelle est lixée sur un autre fait. Les retours de Jésus après sa résurrection furent instantanés, tandis que la vue donl il parle ici, doit être pernianente. f/esl ce commerce intime que décrit saint Paul dans cette parole si semblable à la nôtre, 2 Cor. 111, 18 : « IS'ous (jui contemplons la gloire du Seigneur ii visage découvert: » c'est la vue intérieure de Jésus glorifié produite en nous par le Saint-Espril. Tandis que le monde qui n'a connu Jésus que selon la chair, ne le vuit plus (lés qu'il a disparu corporellement, il devient dès

lors visible aux siens dans un milieu spiriluel et divin où ils sont transportés par TEsprit et où ils se rencontrent avec lui. Ce commerce. intime est la source de toute la force du chrétien dans sa lutte avec lui-même et avec le monde. On peut entendre la phrase suivante de trois manières : < Et vous^ vous me voyez parce que je vis et que vous aussi vivrez yf (Meyer, Luthardt). L'idée est belle : transportés, Christ par la glorification, le lidcle par le Saint- Esprit, dans un même milieu de vie, ils se revoient; les vivant^ contemplent le vivant. Mais le contraste entre les présents : vous me voyeZy je vis, et le futur : vous me verrez, ne s'explique pas très-bien dans cette interprétation (quoique Luthardt s'eflbrce d'en rendre compte). On peut lonc expliquer : c Vous me voyez (alors) parce que je vis; îl (en conséquence de cette vue de moi vivant), vous aussi Hvrez. » La vue spirituelle de Jésus qui nous est accordée ésulle de sa vie céleste de glorifié, et notre vie procède le cette vue intérieure. Sens fort beau également. Enfin me troisième construction me paraît préférable encore:

Maà vous, vous me voyez (en opposition à : le monde ne ne voit plus) ; et parce que je vis, vous aussi vivrez. » Is le contemplent ; et comme celui qu'ils contemplent est ivanl, de cette contemplation jaillit leur propre vie. — En ^ul cas, par ce présentée vis, comme par les présents •e viens, je reviens (v. 3 et 18), Jésus se transporte déjà à ce moment imminent où, la mort définitivement vaincue, " vivra de la vie parfaite, indestructible; dès ce jour, con- ^flûplée par les siens dans la lumière de l'Esprit, sa vie '^viendra la leur. Le rapport entre je vis et vous vivrez 'SI le même que celui de je viens et de je vous prendrai, • 3. Le présent désigne le principe posé une fois pour ^Uies, le futur les conséquences journalières, graduelles, ^^rnelles.

â68 TROISIÈME PARTIE

L'absence de particule lo<^ique entre toutes ces promc ses successives de v. 16-21 trahit l'émotion avec laque Jésus contemple et annonce ce jour décisif de la Pen cote.

V. 20 et 21 . f En ce jour-là, vous connaîtrez que jei en mon Père et que roM5 êtes en moi et moi en vo 21 Celui qui retient mes commandements et qui les gar celui-là m'aime: et celui qui m'aime^ sera aimé de fï Pèrey et moi je V aimerai et je me manifesterai à lui, i L'expression ce jour-là indique un moment préois. comme toutes les grandes circonstances du ministère Jésus s'étaient ratlacliées aux fêtes juives, que la fêle PAques devait être l'époque de sa mort, et que le morr de la grande illumination devait suivre de près cet évé ment, rien n'empêche de penser, quoi qu'en disent Lût de VVette, etc., que ce jour dont il parle ici, était déj ses yeux celui de la Pentecôte. Par l'expression ce jou Jésus oppose ce moment au moment prosent où ils tant de peine à se faire une idée de la relation de I Maître avec le Père (v. \) et 10). *V(jl£i;, i^ons : €V( mêmes, par votre ex[)êrience propre, et non pas seulem comme aujonni'hui, pnr la loi h mes paroles, j l/objc celle illumination spirihieilc des (idcles sera d'abord Fui de Jésus avec le Pcn^ ; ils auront conscience de Jésus con d'un être qui vil cl apit en l)i(îu, el en (|ui Dieu vit et conmie dans un autre lui-même, dette conscience im diale des rapports entre Jésus el Dieu procédera de la < science vivante qu'ils recevront, de leur propre rela avec Jésus ; ils le sentiront vivre, en eux el se sentiront v en lui; et quand ils ne connaîtront plus d'autre vie celle qu'ils puiseront en lui (« vous en moi •) et qt éprouv(»ronl en même temps que loule sa vie passe rée ment en eux ( « moi en vous )))^ ils comprendront par là

ciiAP. XIV, 19-^. 369

qu'il leur a révélé de ce que Dieu est pour lui et de ce qu'il est pour Dieu. Le fait transcendant de la communion de Jésus avec Dieu deviendra pour eux l'objet d'une aperception immédiate dans l'expérience de leur propre communion avec Jésus. Ce sont là les (xeya'Xeîa toO 6toO, les choses magnifiques de DieUy que célèbrent en langues nouvelles Pierre et les disciples au jour de la Pentecôte.

Le V. 21 précise le mode de cette illumination. Jésus avait dit sommairement v. 15: « Gardez mes commandements, et je prierai le Père, > Il énumère ici en détail tous les anneaux de cette chaîne de grâces. 1<> Il faut rel^nir énergiquement sa parole (fyeiv) et [observer pratiquement (TT.peiv). C'est ce que ne fait pas le monde, qui l'a entendue, mais rejetée; c'est pourquoi il n'est point apte à recevoir cette grâce supérieure. 2*>Un tel individu (èxeîvoç, cet homme exceptionnel) prend, par cette fidélité morale, le caractère spécial d'fl/wi de Jésus (6 ayarôv [/.e). 3^ Par là, il devient le bien-aimé du Père; car le Père aime tous ceux qui aiment le Fils, objet suprême de son amour. Cet amour du Père n*est pas celui dont il est parlé III, 16: c Dieu a toi< aimé le monde. > Il y a entre ces deux amours la même différence qu'entre la compassion d'un homme pour son prochain coupable et malheureux, et la tendresse d'un père pour son enfant, d'un époux pour son épouse. A^ Le Ris, voyant le regard de son Père se porter avec amour sur son disciple, se sent uni à celui-ci par un lien nouveau (ce/ je /'aimerai'»); d'où résulte 5» la parfaite rêvé- ^*^n de lui-même : Je me révélerai à lui. C'est ici la suprême condition du: vous connaitrez, v. 20. Mais ce terme ''^nnarquable i(/.(potvueiv transporte la manifestation du Mes- ''^ dans le domaine intérieur (èv), spirituel, et par consé- 4^ent individuel. Et c'est là précisément ce qui provoque '^ question suivante de Jude. Ce dernier mot, tout en ter- 3«> Vol. «4

minanl l'enlretien avec Pliilippe, devient ainsi l'oGcasion l'entretien suivant avec Jude. Philippe avait demandé a théophanie. Jésus lui avait répondu : c Tu Tas depuis toc temps (v. 9-11).» Puis, faisant droit à Taspiration de F pôtre qui soupirait après quelque chose de plus glorieu il lui avait dit: c Et tu auras mieux encore ; une théopbi nie plus excellente vous attend , celle de mon retour ai dedans de vous par l'Esprit (v. 12-21). > C'est le couroooi ment de cette seconde série de pensées relative à la thé( phanie intérieure que va nous i'airc contempler la réponi de Jésus à Jude. Eu face de ces interruptions des disciple Gess compare Jésus à un pilote habile qui ne se laisse p détourner de sa marche par les vagues qui surviennen mais qui par un prompt coup de gouvernai] rend cbaqc fois au navire la direction voulue.

V. 22. € Judas ^ non pas Vlscariole^ lui dit : Seignm et * que s'est'il donc passé, pour que tu doives te révéler nous, et non pas au monde? » — Le mode de révélalic dont venait de parler Jésus déroutait entièrement Tespr des disciples toujours dirigé vers l'apparition extérieun visible pour tous, du règne messianique. C'était surtoi dans le groupe inférieur du collège apostolique, pluso moins influencé par l'esprit charnel de l'iscariote, que pe gistaient de pareilles pensées. Le Judas ou Jude ici mer tionné ne porte ce nom que chez Luc '^Ev. VI, 16; Act. ! 13). Dans les catalogues de Matthieu (X, 3) et de Marc (Il 18), il est désigné parles noms (surnoms) de Lebbéeeià Thaddée: le hardi ou le chéri, H occupe une des dernièrt places parmi les apôtres. L'explication : non pas l'IscarioU est destinée à écarter la supposition d'un retour deJud^ après Xlll, 30. — En disant : Que s^est-il passéf Jude ré-

* A B D E L \ Iipieri.|uo jnon n) retranchent xai de\ant n.

clame rindication du fait uouveau qui motive le changement complet du programme messianique, changement doDt il croit apercevoir la preuve dans la parole de Jésus V. 21. Le xat, etj devant ti ydvovev, est l'expression de la surprise; il a été omis, dans plusieurs Mss., comme superflu. — A nous signifie ici : c A nous feulement, p L'objection de Jude se rattache à la demande de Philippe et la complète. Philippe pensait à la grande théophanie qui devait inaugurer l'établissement du règne messianique, Jude à la réalisation de ce règne lui-même.

V. 23 et 24. f Jésus répondit et lui dit : Si quelqu'un m aime, il gardera ma parole ; et mon Père [aimera, et nous viendrons à lui^ et nous habiterons ' chez lui. 24 Celui gui ne m* aime pas, ne garde pas 7nes paroles; et la parole \ que vous enteiidez, n'est pas de moi, mais elle est du Père qui m'a envoyé. » — Jésus continue son discours, comme s'il n'avait pas entendu la question de Jude; car la première partie du v. 23 est la reproduction du v. 21. Et il répond pourtant à cette question en réaffirmant plus énergiquement la promesse, ainsi que la condition morale, qui avaient provoqué l'objeclion; comp. une manière analogue de répondre, Luc XII, 41 et suiv. Aimer Jésus, garder sa parole, être aimé du Père, voilà les conditions de la révélation promise ; or le monde ne les remplit point; il est animé des dispositions contraires (v. 24). — Quant aux <^nditions de la révélation, Jésus abrège le v. 21 ; quant au tableau de la révélation elle-même, il le développe plus 'Magnifiquement. La manifestation de Jésus à l'âme devient uoe réelle habitation, et celle-ci est une descente du ciel ^Ur la terre, l'habitation réelle de Dieu même dans le ^^oyant. Ici, comme X, 30, Jésus dit 7ious en parlant de *^ieu et de lui; cette tournure, sous peine d'être absurde,

' Au lieu de notr^9o;jLEV, N B L X : 7:o'.r|9o;jL£0a.

implique la conscience de sa divinité. — La conception du règne de Dieu que nous trouvons ici n'est point étrangère aux synoptiques; comp. Luc XVIi, 20: € Le règne de Dku ne vient pas de manière à être observé; il est au-dedans de vous (ivToç ù(juav); » et Matlh. XXVili, 18-20. Une image semblable se rencontre Apoc. IH, 20: c Si quelqu'un m'ouvre la poriey j entrerai chez lui, et je souperai avec lui, tl lui avec moi. > Le terme de piovy;, demeure, met ce verset en relation avec le v. 2. Ici-bas, c'est Dieu qui fait sa demeure chez le croyant ; là-haut, ce sera le croyant qui fera sa demeure chez Dieu. Le premier de ces faits (v. 23jestla condition du second (v. S),

Le V. 23 expliquait le à nous, dans la question de Jude; le V. 2i répond au : et non pas au monde. Entre les deux propositions du v. 24, il faut sous-entendre cette idée: cEl ce n'est pas peu de chose que de rejeter ma parole: car [xolC] elle est celle de Dieu même. > Conclusion sous-enlendue : «O^niment donc, avec une disposition semblablejioslile à la parole et du Fils et du Père, pourrait-on devenir leur demeure ! » Conip. ce qui était dit du monde^ v. 15 el 17. — Ainsi se sont élevés graduellement les motifs d'encouragements olVorls par le Seigneur: « Vous serez reçus avec moi dans la maison du Père .. En moi déjà maintenant vous avez vu le Père... Vous pourrez ici-bas continuer mon œuvre ... In autre soutien divin vous donnera la force- Dans ce soutien intérieur je reviendrai moi-même en vous... Avec moi le Père lui-même demeurera chez vous...i iVy a-t-il pas de quoi justifier le : Que vtUre cœur ne se troublf point (XIV, ■\)1 Le passage suivant, qui clôt le premier épanchement, revient au point de départ en faisant mênfie du : Ne vous troublez point, un : Réjouissez-vous I

V. 25 el 2G. « Je vous ai dit ces choses pendant qu^]^ demeure avec vous ; 26 mais le soutien, C Esprit saint, f ^

CIIAP. XIV, 23-36. 873

non Père envetra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et il vous remettra en mémoire toutes les choses que e tous ai dites. > — Ces paroles pourraient être rattachées lirectement aux précédentes, puisque c'est par le don du 4iint-Esprit que s'accomplira la grande promesse des v. â-îi. Mais le parf. Xe^z^Tisca, je vous ai dit, qui désigne m enseignement maintenant terminé, les mots : pendant ueje demeure avec vous, qui font allusion h la séparation prochaine, montrent que Jésus revient à l'idée d'où il est arti et que le premier discours touche à son terme ; et *esl ce que confirme tout ce qui suit. Les paroles v. 25-29 ont donc plutôt le commencement de la conclusion de entretien. Ce que Jésus vient de leur dire sur la réunion itore, là-haut (v. 1-3) et ici-bas (v. 12-24), est tout ce qu'il eut leur en révéler pour le moment. Que si cet avenir est Dcore pour eux enveloppé d'obscurité, l'enseignement 'un autre maître dissipera ces brouillards et leur explinera toutes ses promesses en. les réalisant. TaOra, ces ^s, en télé, en opposition à iravTa^ toutes choses (v. 26): Cest ce que je puis vous dire maintenant ; un autre plus ird vous dira le tout, » — L'épithéte de saint donnée à Esprit, v. 26, rappelle cette ligne de démarcation si pro- Dde que Jésus venait de tracer, v. 1 7 et 24, entre le monde rofane et les disciples déjà sanctifiés par leur attachement Jésus. Comme saint, l'Esprit ne peut venir habiter que 162 ces derniers. — L'expression : en mon nom, s'explilerait ici, d'après Meyer, Luthardt, par le principe géné- I que, tout ce qui se fait pour l'accomplissement du plan t salut, se fait en Christ, c'est-à-dire pour la manifesta- >n et la glorification de ce nom, dans lequel se résume le luL N'est-ce pas trop vague? Jésus vient de dire que lui qui l'aimera sera aimé de son Père, et que de cet lour procédera la révélation, œuvre de l'Esprit. Le litre

du fidèle à ce don sera donc son amour pour Jésus, elle motif du don, de la part de Dieu, sera l'amour du Père pour Jésus et pour quiconque aimé Jésus. C'esl Teiégése de la formule : en mon nom. Le pron. èxetvo^, iui,lai seul, relève fortement renseignement du nouveau doctear, en opposition t^ celui de Jésus qui va les quitter (v. 25). Il fera deux choses : enseigner tout et remettre en mémoire ce qui a déjà été enseigné. Ces deux fonctions sont étroitement liées : il enseignera le nouveau en rappelant Tancien et rappellera Tancien en enseignant le nouveau. Les paroles de Jésus dont I Esprit réveillera en eux le souvenir seront la matière de son «enseignement de la vérité totale, le germe qu'il fécondera dans leur cœur, comme^ en retour, cette activité intérieure de l'Esprit rappellera sans cesse à leur mémoire quelque ancienne parole de Jésus, de telle sorte qu'à mesure qu'il les illuminera, ils s'écrieront: Maintenant, je comprends ce mot du Maitre! Puis cette vive clarté fera sortir de l'oubli d'autres paroles longtemps oubliées. Tel est, aujourd'hui encore, le rapport entre l'enseignement de la Parole écrite et celui de l'Esprit. — Des deux ravTa, toutes choses, le premier, objet d'enseignerdr embrasse plus que le suivant. L'Esprit fera tout comprendre aux disciples, en leur rappelant Tune après l'autre toutes les paroles de Jésus. Naturellement, ce tout n'embrasse que les choses de la nouvelle création en Jésus- Christ, du sîJut. La première création, la nature, n'est pa^ proprement l'objet de la révélation ; c est celui de Télude scientifique.

V. 27-29. <Lje vous laisse la paix: je vous donne lu paix: je ne vous la donne pas comme le monde la donne; que votre cœur ne se trouble point et ne faiblisse poini 28 Vous avez entendu que je vous ai dit: Je m'en vais, tl je viens à vous. Si vous m'aimiez, vous vous seriez réjouie

de ce que j'ai dit * ; Je m'en vais au Père; car mon * Père est plus grand que moi. 29 El maintenant je vous ai dit ces choses avant quelles arrivent, afin que^ quand elles seront arrivées, vous croyiez. » — La promesse des v. 25 et 96 avait pour but de tranquilliser les disciples quant aux obscurités qui planaient encore pour eux sur l'avenir de leur Maitre et sur le leur propre. Les v. 27-29 tendent à les rassurer par rapport aux difficultés que cet avenir leur fait pressentir. Meyer prend le mot etpyfvYi dans un sens objectif: le salut (Q^hv, la pleine prospérité). iMais la (in du verset : Qiui votre cœur ne se trouble points parle en faveur du sens subjectif, qui est aussi la signification naturelle d'etpr'wi : la tranquillité, la quiétude intérieure. Jésus roudrail, en les quittant, les voir jouir d'une sécurité par- 'aile. La paix, c'est la sérénité intérieure fondée sur la réconciliation avec Dieu. Et c'est là le legs qu'il leur fait i«9Î>i|;.i, je laisse). Ce legs, il le puise dans son propre tréwr: ma paix. Leur foi n'est pas encore assez affermie pour produire en eux une paix qui soit la leur; il les invite lonc, pour le moment, à jouir de celle qu'ils contemplent 'hez lui. De son propre calme en face du danger, ils doi- ^Qt, par la foi en lui, faire le leur. Le verbe ^i^copii, je ^^^e, est en rapport avec -rijv èjjLYÎv (la mienne) : on donne u sien. Luc X, 5. 6, Jésus confère à ses disciples le poui>îr qu'il exerce ici lui-même: celui de faire part de leur ïix. — On rapporte ordinairement le contraste entre la )ix de Jésus et celle du monde à la nature de Tune et de lutre: la paix du monde consistant dans la jouissance de ens qui n'ont que l'apparence ; celle de Jésus dans la

>mABDKLXII \0 Mnn. II. Vg. Syr. Cop. Or. omettent cinov Ire oTi et ;:oprjo{xat (de ce que je m'en vais, au lieu de : de ce que i dit : je m'en vai.s).

• A B D L X 8 Mnn. IlP>«-"q»*« Vg. retranchent fioj après r^avr^p.

possession de biens réels el impérissables. Mais romission de l'objet: lapaiw, dans la seconde proposition (tJem donne pas comme le monde donne »), el la conjooclion 3caOio; (à la manière de), doivent, me parait-il, engagera faire porter le contraste sur le verbe donner^ et non sur l'objet : c Mon don, à moi, est réel, crficace, tandis que, quand le monde vous dit adieu sous cette forme ordinaire: paix vous soit ! il ne vous donne que de vains roots, un vœu impuissant. » Je ne puis comprendre en quoi ce sens esl inférieur au sérieux de la situation (Meyer). C'est celte paix, qu'il leur communique en ce moment même, qui doit bannir de leurs cœurs le trouble que Jésus y remarque encore ([jlyj Tapa<;aé(;d(u) et les préserver, par la même, du danger de faiblir {ètCkix^), qui résulterait de cet état de trouble.

Mais il ne sufiit pas à Jésus de les voir rassurés, affermis; il voudrait même les \oiv jo'/euœ (v. 28). Et ils le seraient réellement, s'ils comprenaient bien le sens du départ qui s'approcbe. Les mots: € Si vous m'aimieZj è sont d'une exquise délicatesse. Par là Jésus trouve le moyen de leur faire de la joie un devoir de tendresse. Il les rend attentifs à l'élévation procbaine de sa position (comp. XIII, à, 31. 32). Quel ami ne se réjouirait de voir son ami élevé à un état vraiment di^nc de lui? El s'ils comprenaient bien la portée de ce cban$2:ement dans la situation de leur Maitre, ils s'en réjouiraient en même temps pour eux-mêmes. Celle seconde idée ressort de ce que Jésus, tout en disant : «Je m,* en vais, je ni en vais au Père,* ajoute : « Ef je viens à vous, » Le premier de ces faits esl la condition du second. C'est parce que Jésus, par sod départ, va parliciper à la toute-présence et à la vie absolue du Père qu'il pourra se révéler et se communiquer aux siens cl vivre partout avec eux (v. 21 et 23). Mattb. XXVIII,

18-90 exprime la même relation d'idée. Pour Jésus, s'en î/fcr, c'est revenir sous une forme plus réelle. Ce sens du ir. 38 nous parait ressortir directement des expressions emoloyées et du contexte. L'explication : «Dieu sera un meileur protecteur pour vous que je ne pouvais l'être par ma présence visible» (Lûcke, de Wetle, d'après les anciens), néconnait ce qu'il y a de personnel dans ces mots: «Si roas m'aimiez. >

Cette parole : « Le Père ast plus grand que moi, » est, quoi [|u'en dise M. Reuss, en parfait accord avec les prémisses posées lans le prologue: ou plutôt, la pensée du prolop;ue n'est que l'écho de cette déclaration et de tant d'autres semblables dans noire évangile. D'un côté, en efTet, cette parole suppose chez celui ]ui la prononce le sentiment le plus vif de sa participation à la livinité. Car comment le né uit établirait-il une comparaison entre lui et Dieu? La créature qui dirait : < Dieu est plus grand que ^oi, • ne blasphémerait pas moins que celle qui dirait : c Je suis figale à Dieu. » Dieu seul peut se comparer à Dieu. Les Ariens )nt donc commis tout au moins une grande maladresse en s'ap- IMiyant sur cette parole. D'autre part, il est impossible d'admettre loece soit uniquement eu tant qu'homme, et non comme Logos, linsi que le prétend l'orthoiloxie, que Jésus ait prononcé cette Mrole. L'unité de la personne de Christ doit être maintenue; on ^ saurait admettre chez lui deux moi distincts. Cette difTlculté ^ résout si l'on admet que le moi du Logos divin est entré en ^in dans l'état humain, mais que dans le cours de son dévelop- ^meut, Jésus s'est ressaisi lui-même, à un moment donné (celui ta baptême), dans son unité avec le Logos divin. C'est donc le '^^ fait homme qui, du sein de son existence limitée et rela-

'^e, contemple cet état de l'existence divine, absolue, dans lequel Se trouvait avant rincarnation, et à la participation duquel il va '^ relevé comme homme. Hien de plus conforme aux intuitions (t prologue.

Au V. 29, Jésus applique à son prochain départ ce qu'il ^ait dit au ch. Xlll de la trahison de Judas. Cette séparaon douloureuse et ce retour de nature purement spiri-

tuelle qu'ils ont Uint de peine à accepter, serviront, lorsque ces faits seront accomplis et que les disciples se rappelleront les paroles actuelles de Jésus, à rafTermissemenl de leur foi. Et maintenant enfin la parole de départ ainsi. préparée :

V. 30 et 31. « Je ne vous parlerai plus guère;, car le prince de ce mond* * vient ; et il n'a rien en moi, 31 Maà afin que le monde connaisse que f aime mon Père et* que fagis selon que le Père fn'a commandé*, levez-vous, partons d'ici. y> — Jésus sent rapproche de son invisible ennemi. C'est ici le pressentiment non seulement de rarrivé^ de Judas, mais aussi de la lutte qu'il va subir de la part Satan lui-même à Gethsémané.

On peut donner à ces versets deux sens assez diflërents^ quoique le résultat dans les deux cas soit au fond le même. Ou bien Ton explique le et, xat, devant iv èpt, dans un sens concessif : et à la vérité, c II vient, et à la vérité, il na rien en moi qui puisse motiver son pouvoir sur moi ; mais par l'amour que j'ai pour mon Père, je me livre volontairement à lui. Levez-vous ! If Ou bien Ton peut pren^ drc ce >taî. et, dans le sens adversalif, comme si souvent cbez Jean: « Il vient; mais il n'a point de prise sur moi; néanmoins (ctAXà), afin que le monde connaisse... levezvous! et parlons d'ici, afin que je fne livre à cet ennemi. » O'jiîev £'/£iv signifie n'avoir ni droit, ni pouvoir sur l'objet de sa haine. Celle parole implique, chez celui qui la prononce, la conscience de sa parfaite innocence. On peut faire dépendre le afin que de irouo, je fais : c Afin que le monde connaisse...., je vais faire tout ce que mon Père m'a ordonné. » Celte construction est forcée à cause duxat

* TojToj, dans T. R., no ref)oso (jue sur (|iie!(iiies Mnn. et II.

* A K Il»>'q omettent xat.

' Au lieu fi'EvsTEiAaTo, B L X It. Vg. lisent evToXr^v soroxcv.

CHAP. XIV, 29 -3i. 37^

jui précède xaOoK. Ou bien on peut faire dépendre afin m d'an verbe sous-entendu : c Cela arrive de la sorte fin que le monde connaisse que j'aime mon Père et que e fais ce qu'il m'a commandé. » Ainsi Tischendorf. Mais ombien est plus vive une troisième construction qui ûi dépendre afin que des deux impératifs qui terminent s phrase: «Mais afin que le monde connaisse.... levezous.... > CeUe manière de parler ressemble beaucoup à la riomphanle apostrophe de Jésus, conservée par les trois ynopliques : Matlh. IX, 6 et parall. 5e lever pour se rendre I Gelhsémané, c'était en effet se livrer volontairement à a puissance de Satan qui préparait là à Jésus une dernière allé décisive, complément de celle du désert, et à la pe4'idie (le Judas qui devait venir le chercher en cet endroit )ien connu de lui. Jésus savait qu'on ne viendrait pas le aisir dans la salle où il se trouvait en ce moment.

Les impératifs : levez-vous, partons, pourraient certaine- 'ïent n'avoir pas été immédiatement suivis d'effet; c'est là e que pensent Meyer, Lulhardl et tous ceux qui prclenenl que Jésus est resté dans la salle jusqu'après la prière îcerdotale. Mais dans ce cas, on ne comprend pas pourvoi Jean a si expressément mentionné cet ordre. Du moins

eût dû indiquer ce retard par un mot d*explication, >inme XI, 6. Gess dit donc avec raison : «Puisque Jésus, ir l'ordre du v. 3i, a donné le signal du départ, nous de- ^ns nous représenter les discours suivants, ch. XV et XVI, ^mme prononcés sur le chemin de Gethséroané. > La conadiction de Meyer et de Luthardt ne nous ébranle point. )mp. àXV, 1 etXVn, I.

Selon M. Reuss, les questions de Thomas, de Philippe et de de proviennent de malentendus si étranges et de méprises si Msières qu il est Impossible de leur accorder aucune valeur his- 'ique. L^exégèse a constaté, au contraire, qu'elles sont parfaite-

SSO TROISIÈME PARTIE.

ment appropriées au point de vue des apôtres en ce moment-là. Tant que Jésus était avec eux, ils ne diiléraient guère du reste du peuple que par leur attachement à sa personne. Sous le rapport intellectuel, ils partai^eaient encore les idées généralement reçues. Ce furent la mort de leur Maître, son ascension et enfin la Pente- ' côte qui transformèrent radicalement leur notion du r^^ne de Dieu. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que Thomas, comme les Juifs au ch. Xii, se plaif;ne de ne rien comprendre à un Christ qui (|uitti* la terre et donne rendez- vous à .ses disciples dans un autre monde; à ce que Philippe, de même que les Juifs qui demandaient un si^ne dans le ciel, réclame une théoplianie sensihle, comme gage de l'avenir glorieux de son Maître et du leur; enfin à ce que Jude se demande avec anxiété quelle peut être la réalité d'un avènement messianique auquel le monde doit rester étranger. — Il faut certainement avoir stationné, comme l'auteur, sur li>s confins des deux conceptions, celle des disciples et celle de Jésus, qui se heurtaient dans cet entretien, pour avoir pu en reproduire les traits d'une manière si naturelle et si précise. Nulle part d'ailleurs l'évangéliste ne paraît plus complètement initié aux relations intimes et au caractère des personnages du cercle apostolique. (Juant aux réponses de Jésus, elles s'adaptent si parfaitement à la situation donnée, elles sont empreintes d'une si exquise délira tesst» dans les sentiments et d'une spiritualité si sublime dans les idées, qu'il est impossible de les attribuer à quelque autre qu'à Jésus lui-même, sans faire de cet autre l'égal de Celui que l'Eglise adore comme son fondateur et son Maître.

II. — la position des disciples dajis le monde après re/fusion de l'Esprit: XV, 1-XVI, 15.

Les entretiens précédents se rapportent h la séparation prochaine de Jésus et des disciples et à la double réunion, céleste et terrestre, qui en doit être le terme. Celle réunion aura lieu par leur habitalion future avec lui auprès du Père, et auparavant par son habilation très-prochaine en eux par le Saint-Esprit. Au ch. XV Jésus se transporte en pensée à Pépoque qui reliera ces deux réu-

ions, celle où son retour spirituel sera consommé, mais ù les siens ne seront pas encore élevés auprès de lui. Le hrist glorifié, en possession de l'état divin et de la pléniiide de l'Esprit, est revenu et vit dans les siens. Ils sont mis à lui et, par lui, entre eux. Sous son impulsion, ils ravaillent tous ensemble, comme les membres d'un même corps, à l'œuvre du Père. Voilà la position nouvelle en vue de laquelle il leur donne maintenant les directions, les avertissements et les encouragements nécessaires. Semblables aux sarments qui couronnent un cep fécond, ils doivent offrir au monde des fruits savoureux. Au lieu deles bénir, le monde prendra la hacbe pour détruire ce noble cep, cette plante du ciel. Mais celte opposition n'aura d'aatre effet que de faire éclater la force divine qui les animera et par laquelle ils confondront le monde. Ainsi, trois idées principales : 1^ L'état nouveau des disciples à la suite de la Pentecôte : XV, 1-17 ; :2" L'bostililé du mondo ^ni en résultera : XV, 18- XVI, 4-; S^ La victoire spirituelle que le Saint-Esprit remportera sur le monde par leur moyen : XVI,' 5-15. Les trois personnages de ce drame à venir sont: les disciples, le monde, le Saint-Esprit. Chacun d'eux domine successivement dans le discours suivant :

1o XV, 1-17.

A la suite de ces mots : € Varions d'iciy id Jésus et les lisciples ont quitté la salle qui vient d'être pour eux comme e vestibule de la maison du Père. Ils traversent silencieuement les rues de Jérusalem, et se trouvent bientôt seuls ans quelque endroit retiré, sur la pente qui descend dans t vallée du Cédron. Entouré de ce petit cercle de disciples^ a face de Jérusalem et du peuple juif rassemblé dans> »Ue ville, à la pensée de l'humanité qu'Israël représente^ ^as contemple la tâche immense qui attend ses disciples >fnnie continuateurs de son œuvre dans le monde. Et il

s'attache spécialement, dans ce premier morceau, à leur faire bien comprendre la nature de celte situation nouvelle et les obligations qui s'y rattachent. El d'abord la position, y, 1-3 (en moi); puis le devoir de la position, v. A (demeurer en moi) ; enfin les conséquences de ce devoir rempli et non rempli, v. 5-8 (porter du fruit ou brûler).

V. 1-3. « Je suis le vrai cep^ et mon Père est le vigneron. 2 Tout sarment qui ne porte pas de fruit en moi, il le retranche; et tout sannent qui porte du fruits il Nmonde, afin qu'il porte encore plus de fruit. 3 Et pour vous, vous êtes déjà purs y à cause de la parole que je vous ai onnoneée. 1 — Le pron. tyci, moi^ placé en tête, et l'épithèle 7\ âXioOiv/, le cep véritable, font naturellement supposer que Jésus veut établir ici un contraste entre sa personne et un cep quelconque qui n'est point à ses yeux le vrai cep. Quelle circonstance extérieure conduit Jésus à s'exprimer i de la sorte? Ceux qui admettent que Jésus n'est point ea- ' core sorti de la salle, renoncent à résoudre cette question (de AVetle); ou bien ils ont recours, pour expliquer cette image, à Temploi du vin dans l'institution de la sainte Cène (Grolius, Meyer), ou aux jets d'une treille dont les branches pénétraient dans la salle (Knapp, Tholuck), ou au cep d*or «jui ornait l'une des portes du temple et dont le souvenir se présenterait à la pensée de Jésus (Jérôme, Lnmpe), ou cnlin à la représentation, si fréquente dans l'A. T., d'Israrl sous l'image d'une vigne. Si l'on admet avec nous qu'en prononçant XIV, 31 , Jésus est réellement sorti de la salle et de la ville, l'explication devient plus aisée et plus simple. En face d'un cep chargé de sarments, Jésus s'arrête: ses disciples se groupent autour de lui; il trouve dans cette plante l'emblème de sa relation avec eux. Ce cep naturel lui apparaît comme une image, une copie terrestre du cep véritable, essentiel, spirituel; et il se metàdéve-

CHAP. XV, i-3. 383

lopper la pensée de son union future avec les siens, en empruntant au spectacle qu'il a sous les yeux les expressions qui peuvent la rendre intelligible à ses disciples. Gcss: « Il est à supposer que sur le versant du vallon du Cédron se trouvaient des vignes, devant lesquelles Jésus s'arrête avec les disciples. > Le mot cep comprend ici le tronc et les branches, comme le terme 6 XpwTo; 1 Cor. XII, < 2 désigne Christ et l'Eglise. Le point de comparaison entre le cep et Christ est Tunion organique par laquelle la vie du tronc devient celle des branches. Comme la sève qui habite dans les sarments est celle qu ils tirent du cep, la vie, chez les disciples, sera celle qu'ils puiseront en Jésus glorifié. Cette comparaison aurait pu, sans doute, être empruntée à toute aulre plante. Mais la vigne a une dignité spéciale résultant de la noblesse de sa sève et de l'excellence de son fruit. — Le titre de vigneron est donné à Dieu à la fois comme profriéfaire et comme cultivateur. C'est lui qui possédait la théocratie, et cette théocratie apparaît maintenant transformée en cette petite communauté messianique qui entoure Jésus. C'est lui qui veille à la conservation de cet organisme divin et qui en dirige le dévelop[)ement sur la terre. Tandis que Jésus en est la vie intrinsèque, le Père le cultive par son travail providentiel. Jésus veut faire sentir le prix de cette plante dont Dieu lui-même prend soin. Ce qui est dit ici n'empêche point que cette œuvre de Dieu ne s'accomplisse par l'intermédiaire de Jésus gloriflé. Seulement l'image employée ne permettait pas de relever cet aspect de la vérité. D'un côté, Jésus vit dans les siens par son Esprit; c'est sous ce rapport qu'il se compare au cep. De l'autre, il règne sur eux et pour eux, comme organe du Père ; son activité sous ce rapport ne peut être représentée ici, vu la nature de l'image; elle est confondue avec l'activité du Père. Paul trouve le moyen de réunir ces

deux rapports Eph. I, 22. — La culture du cep compreod deux opérations principales : celle par laquelle tout rameau stérile est retranché (le aîpeiv), et celle par laquelle les rameaux fertiles sont éinondés, c'est-à-dire nettoyés des jets stériles, afin que la sève se concentre sur la grappe qui se forme (le xaOaipeiv). Comme il ne s'agit dans ce passage que du rapport de Jésus avec les membres de sa communauté, apparents ou réels, la première de ces images ne saurait s'appliquer, comme le pense Uengstenberg, à Israël incrédule. Si un exemple historique plane devant les regards de Jésus, ce ne peut être que celui de Judas. Mais il est probable qu'il pense à Tavenir de son Eglise. Il voit d'avance ces professants de l'Evangile, qui, tout en étant extérieurement unis  lui, n'en vivront pas moins séparés de lui intérieurement, soit par suite d'un interdit qui les empêche de se convertir véritablement, soit par l'efTet de leur négligence à sacrifier jusqu'au bout la vie propre et à entretenir le lien spirituel qui les unit à lui. — '£v cpi, tn mo/, peut se rapporter au mot sarment: tout sarment en moi ;uni à moi) ; ou bien au partie, f épov : qui ne parle pas de fruit en moi. En loul cas, le terme de sarment suj»pose déjà à lui seul qu'il s'agit de personnes qui en ub c<;rtaia sens sont unies à (JirisL. Par le fruits Jésus désigne la rie spirituelle, avec toutes ses manifestations normales, cette vie que le croyant est appelé à produire et à développer incessamment soit en lui-même, soit chez le prochain, par la force du Christ vivant en lui (Boni. 1, 1^1). II peut airiver que le fidèle laisse, après un temps de ferveur, dominer sa vie propre sur celle qu'il tire du Seigneur, el que celle-ci aille en dépérissant. Mors intervient le bras du Père. Après avoir toléré pendant un temps la présence de ce membre mort dans l'Eglise de Christ, Dieu rompt ce lien mensonger, tantôt par une tent^ttion violente à laquelle

il le laisse succomber, tantôt par le coup de la mort et par le jugement qui le suit.

En décrivant la seconde opération, Jésus a devant les yeux, avec les onze disciples, tous les futurs croyants qui vivront en lui par le Saint-Esprit. Le v. 3 montre que c'est avant tout par la parole de Christ que Dieu les émondera des jets de la vie propre qui se manifesteront chez eux; puis, quand cet instrument ne suffira pas. Dieu fera usage d'autres moyens plus douloureu.\ qui, semblables h une serpe bien aiguisée, trancheront dans le vif des affections naturelles et de la volonté charnelle. Et de cette manière, tout l'élrc du disciple Pinira par être mis au service de la production du divin fruit qu'il doit porter. . Jésus tranquillise les disciples h l'égard de cette seconde epéralion (v. 3), en leur rappelant qu'en principe elle est déjà accomplie chez eux. Par leur attachement à Christ et à la parole qu'il leur a annoncée, € le vieil homme a déjà reçu le coup de mort » (Gess), lors même qu'il doit mourir encore. L'éducation morale qu'ils ont reçue de Jésus a déposé en eux le principe de la pureté parfaite. Car la parole 1 de Christ est l'instrument d'un jugement quotidien, d'une I discipline ausière que Dieu exerce par elle sur l'Ame qui s'y lient attachée. Sur ce rôle attribué à la parole de Jésus, comp. V, 24; VllI, 3i. 32; XII, 48. — Aià (avec l'accus.), ïïon par y mais en raison de. — 'Yocî; : vous, en opposition Mous ceux qui ne sont point encore dans cette position privilégiée. — De la nature de la position (en moi), Jésus conclut au devoir de cette position : demeurer.

V. 4. c Demeurez en moi, et moi en vous; comme le sar- ^^ent ne peut parler du fruit de lui-même, s il ne demeure * ^'îi au cep, vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeu-

' N B L : jxsvr, au lieu de usivr, (T. R. avec M Mjj.).

3i' Vol. 25

9'ez ' en ;/io/.> — Pour un sarment, rester uni au cep, est la condition, la loi de sa vie. Toutes les conditions de fécondité sont com[)rises dans celle-là. L'impératif prouve qu'on demeure dans cette relation comme on y entre, librement, par Tusage fidèle des moyens divinement ofleris. Le v. i montrera que le moyen fondamental est la parole de Jésus. — '£v efiiol (liveiv, demeurer en moi, cx{)rime l'acte conslani par lequel le chrétien écarte tout ce qu'il pourrait tirer J< sa sagesse, de sa force, de son mérite propre, pour puiseï tout en Christ, sous ces diflerents rapports, par rinlinu aspiration de la foi. Kt c'est tellement h\ l'unique condilior posée à l'action de la vie de Christ en lui, que Jésus supprime le verhe dans la proposition suivante. Le : el moi en vous, apparaît ainsi comme la conséquence immédiate, nécessain^ du premier de ces deux actes, de telle sorte que là ou le premier s'accomplit, le second ne peut manquer de se réaliser. De cette manière, l'action de Christ est mise hardiment sous l'empire de notre liberté, non moins que b noire propre. La fin du v. 4 justifie le devoir indiqué : rinfécondité immédiate résulterait pour le croyant de sa séparation d'avec le cep. Ici, comme V, 19, eiv [jM est une simple explication du a^j»' éa'jToO, et non une restriction apportée à ridée principale. — Le thème ici formulé n'est pas celui de rimpuissance morale de l'homme naturel; c'est celui de l'infécondité du croyant laissé à sa force propre; mais il est évident que la seconde de ces vérités repose sur la première.

Les versfîls suivants, v. 5-8, sont comme la sanction è la loi de vie et de mort que Jésus vient de proclamer. B d'abord le contraste entre la fécondité (v. 5) et la slérililé, avec les conséquences redoulahles de cette dernière (v. 0).

* N A B L : asvr.Tî au lion dt* ;ji£ivt,tî T. R. a\or 13 Mjj.,

CIIAP. XV, 4-6. 387

Les effets magnifiques de la fécondité sont développés ensuite V. 7 et 8.

V. 5 et 6. f Je suis le cep, vous les sarments; celui qui ienumre en moi et moi en lui^ celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. 6 Si ([uelqu'un ne demeure^ pas en moi, il est jeté dehors, comme k sarment^ et il sèche; puis on rassemble ces sarments*, m les jette au feu, et ils brûlent. > — Les premiers mots duv. 5: Je suis le cep, vous les sarments, ne sont point comme on Ta dit, une répétition oiseuse ou un développement tardif de la vérité exprimée au v. 1. En contemplant le cep matériel qu'il a sous les yeux, Jésus arrive à un sentiment toujours plus vif de cette dépendance complète où sont de lui ses disciples: cOui, voilà bien ce que je wis pour vous et ce que vous êtes pour moi ; moi le cep, wus les sarments! * La raison alléguée: parce que sans P moi vous ne pouvez rien faire, parait au premier coup T d'œil peu logique, en tant que purement négative. Mais si Christ est tellement tout que le fidèle ne peut rien sans lui, g nen résulte-t-il pas que celui-ci pourra beaucoup, s'il reste uni à lui?

A la fécondité glorieuse du sarment uni à lui,.lésus oppose, V. 6, le sort triste et redoutable du sarment stérile. — On venait précisément de faire en Palestine l'opération de la Wlle; peut-être, comme l'observe Lange, Jésus avait-il devant les yeux dans ce moment même les feux qui consultaient les branches récemment coupées. Il est impossible ^Jc rapporter le V. 6 au peuple juif et h sa destruction par '^ Romains, comme le fait Hengstenberg; il s'agit unique- '^ent ici du croyant infidèle; c'est un avertissement pour ^^ disciples lorsqu'ils auront reçu les grAces de la Pente-

* M A fi n : (x£w; au lieu de {Jifiivr,.

* ^< D' L X A n 20 Mnn. Ita>'q Svr. : auio au lieu de tj-.ol.

côte. — Les aor. èÇTipavft»), iÇMh, a été jeié^ séehé^ s'eipliquent ici, selon Bâumlein^ comme dans les cas nombreux où ce temps est employé pour désigner une vérité d'expérience journalière. Peut-ctre vaul-il mieux dire avec Meyer que Jésus se transporte en pensée au moment du jugement déjà prononcé. "E^XinOv) : jeté hors de la vigne. — Sujet de (Tuvayouot, ils rassemblent : les serviteurs du vignçron; dans l'application, les anges (Luc XII, 20; Matth. XUI, 4i). Le feuy l'emblème du jugement; comp. une autre image Luc XIV, SA. 35. Kaierat, ils brûlent: c'est le présent de durée, qui prend ici toute sa valeur. La pensée reste suspendue en face de ce feu qui ne s'éteint pas... Puis elle se tourne vers le sarment fécond, qui donne ses fruits à la gloire du vigneron. Les v. 7 et 8 renouent ainsi avec le v. 5, ei développant les résultats glorieux de la communion do fidèle avec Christ :

V. 7 et 8. f 5/ vous demeurez en moi et que mes parolet demeurent en vous, vous demanderez ' tout ce que vota voudrez, et cela vous sera fait, 8 C'est en ceci que mon Père sera glorifié, que vous portiez beaucoup de fruit, d ainsi vous deviendrez ^ mes disriples.^^ — Kn raison du parallélisme des deux conditions, v. 7, on attendrait l'expression : €Et si je demeure en vous. t> Jésus y substitue celle tournure remarquable : c Et si mes paroles demeurent en vous. » C'est, en effet, par le souvenir constant et la méditation habituelle des paroles de Jésus (|ue le disciple demeure uni à lui et que lui-même peut continuer à agir sur et par son disciple. Puis Jésus ajoute ici une iilcc importante : celle de la prière, qui se lie directement à la préa?-

* A B I) L M X I' .'iO Mnn. ll^''«i : «iTr.aaoOE, dcntainlcz, au lieu d*^ aiTTiitaOe, vous ilt'infDidcrrz T. K. avec N et 9 Mjj l'ic. .

* B I) L M X A : Ysyr^aOs, que vous devctiiez, au lioii de ysvr.îîî'i'- TOUS dcvioulr,:; T. R. avec \\ Mjj. etc.;.

eote. Les paroles de Jésus, méditées avec recueillement, ont dans Tàme du fidèle l'aliment des saints désirs, le sti- (lulant puissant de la prière. En les méditant, il comprend Dieux la sainteté, la beauté de l'œuvre de Dieu; il en meure la profondeur et la hauteur, la longueur et la largeur; it dans cette contemplation il réclame avec plus d'ardeur 'avancement de cette œuvre, sous la forme déterminée qui répond aux besoins actuels. Une prière ainsi inspirée est fille du ciel ; c'est la promesse de Dieu transformée en supplication ; dans cette condition son exaucement est certain, cl la promesse absolue : cela vous sera fait, n'a plus rien qui étonne. — Les alex. substituent l'impératif de^ mandez au futur vous demanderez. C'est une correction destinée à faire de la promesse une exhortation morale. — Le résultat de cette fécondité des disciples sera la glorifieation du Père (v. 8). Qu'est-ce qui honore davantage le vigneron que la fertilité extraordinaire du cep dont il a pris soin avec prédilection? Or, le vigneron, c'est le Père (v. 1). Le evTouTw, en ceci, porte évidemment sur le ïva, (ifin que ou que , qui suit; cette conjonction remplace ici ^ parce que l'idée de porter du fruit se présente à l'esprit comme un but à atteindre. — L'aor. c^o^aaÔTj, proprement fi été glorifié, caractérise ce résultat comme immédiatement dcquis chaque fois que la condition, la production du fruit, ^ réalise. Winer et d'autres font de cet aoriste un aor. d'anticipation, comme v. 6. — En contemplant, avec une ^tisfaction filiale, la gloire de son Père, qui résultera de Moment en moment de l'activité des disciples, Jésus semble tresser sur son cœur avec un redoublement d'amour ces ires précieux. En continuant ici-bas l'œuvre de leur Maître ;ui n'a pensé qu'à glorifier le Père, ils mériteront de plus n plus le titre de ses disciples. Kai : et ainsi. Au lieu du utur, vous deviefidrez, les alex. lisent le subj. : et que vous

deveniez (y^ydoOc, dépendant de tva). Tischendorf lai-mème rejette cette leçon, qui n'est qu'une correction d'après 91pTiTe. — Le datif ê(iioi est plus pressant et plus tendre que ne le serait le génitif epO : € Vous m'appartiendrez plus étroitement comme disciples. > Il faut toujours cfeoenir disciple ; on ne l'e^^ pas une fois pour toutes. — Comme le cep ne porte lui-même, directement, aucun fruit, et n'offre les grappes au monde que par l'intermédiaire du sarment, ainsi Jésus ne répandra la vie spirituelle ici-bas que par l'organe de ceux qui l'ont reçue de lui. En formant aoe Eglise, il se crée un corps pour l'effusion de sa vie et pour la glorification de Dieu sur la terre. Le cep s'efface luimême dans cette grande œuvre, pour ne laisser paraître que les sarments ; à ceux-ci de s'effacer à leur tour, pour rendre hommage au cep de tout ce qu'ils opèrent. Les épitrès aux Ephésiens et aux Colossiens exposent , sous aoe forme complètement originale, cette même relation entre le Christ et les croyants. Les images de tête et de carias cor* respondent ahsolument dans ces lettres à celles de cep et de sarment dans ce morceau. Quand Paul dit du Christ glorifié € que toute la plénitude de la divinité habite corporellement en lui > et <? que nous avons tout pleinetnent en lui, > il ne fait que formuler le sens de la parabole do cep et du sarment, tel qu'il vient de s'offrir à nous. Cela même nous explique pourquoi la propagation de la vie spirituelle avance si lentement dans l'humanité. Le cep n'opère rien que par les sarments; et ceux-ci paralysent si souvent l'action du cep au lieu de la propager !

La condition pour pouvoir demeurer sous l'action de l'amour de Christ, ce sera de persévérer dans l'obéissance à ses commandements, c'est-à-dire dans l'amour fraternel: v. 9-17.

CIIAP. XV, 8-il. 391

V. 9-H . € Comme le Père m'a aimé y je vous ai aussi aimés; demeurez dans mou amour. 10 Si vous gardez mes eommandements y vous demeurerez dcuis mon amour \ comme f ai* gardé les commandements de mon Père^ et je demeure dans son amour, ii Je vous ai dit cela afin que ma joie soit » en vous et que votre joie soit accomplie. > — A ridée de demeurer en luiy Jésus substitue ici celle de demeurer sous l'action de son amour. En effet, c'est l'amour de Jésus qui a formé le lien entre lui et nous. En lui la fleuve d'un amour divin a jailli sur la terre : l'amour du Père pour Jésus dont il lui donnait l'assurance au baptême et qui renferme celui dont il l'a aimé avant son incarnation (XVII, U)\ puis l'amour de Jésus pour les siens, qui est de même nature (xadcoç, non (Wrep). Dans ces deux cas, Finitiative de l'amour est partie de l'être le plus élevé. Quelle est donc la condition pour que la relation se maintienne et se consolide? Uniquement que l'être inférieur corresponde à cet amour. Il n'a pas à l'éveiUer. Il n'a qu'à demcuror sous son rayonnement. Pour cela il n'a qu'à ne pas le forcer à se détourner de lui ; et c'est ce qu'il ferait par l'infidélité et par la désobéissance. Jésus fait remarquer qu'il n'impose point ici au fidèle vis-à-vis de lui une autre condition que celle à laquelle il a dû se soumettre lui-même ris-à-vis du Père. Sa sainteté a été un acte de soumission ^ntinuelle aux injonctions divines, et sans cette soumission I eût cessé à l'instant d'être l'objet de l'amour satisfait du ^ère (VIII, 29; X, 17). Telle est aussi la position du fidèle l'égard de l'amour de Christ envers lui. L'expression mon mour ne peut en effet désigner ici que l'amour de Jésus our les siens; comp. les mots: Comme je vous aiaiméSy et

* K omet les mots cav gv t. avarr, jjLou (confusion avec v. 9).

* N D II. : cjftu au lieu de xayfo.

' A B D It. Vg. lisent r^ au lieu de jxr.vr,.

Sdi TROISIÈME PARTIE.

le développement v. lâ-tti. 1^ seconde propos, du v. 9: H je roHS ai aiméSy ne dépend pas de xadcoç, comme : c Comme mon Père m'a aimé et f/ue je vous ai aimé^, b Car le verbe principal serait dans ce cas demeurez^ ce qui est impossible puisque cette idée n*cst en aucune relation la|pque avec la première des deux propos, du v. 9 : Comme mon Père m'a aimé, — Jésus est assuré que leur parler ainsi, ce n'est point leur imposer un fardeau, mais plutôt leur révéler le secret de la joie parfaite (v. 11). Cette jouissance constante de lamour du Père sur la voie de Tobéissance fait sa joie qui se repi*oduira chez ses disciples sur la inème voie. C'est donc bien sa joie à laquelle il les initie et à la possession de laquelle il les associe dans ces paroles: iJt rous ai dit cria afin que... > Ma joie ne peut donc signifier ici : la joie que je produirai en vous (Calvinj, ou: la joie que j*éprouve c^ votre sujet (Augustin], ou : la joie que vous éprouvez à mon sujet (Euthymius). Il s'agit de la joie dool il jouit lui-même en se sentant l'objet de l'amour du Père. Comp. l'expression analogue ma pai,v XIY, 27. — Ainsi par l'obéissance leur joie croîtra jusqu'à la plénitude. Car chaque acte do fidélité resserrera le lien cnlre Jésus et eux, comme chaque; instant de la vie de Jésus a resseiTé le lien enire son Père et lui. Or se sentir renfermé avec le Fils dans Tamour du Père, n'est-ce |)as la joie parfaite f La leroni parait prôlV'rable à (xeivr.. La notion (Vêtre suflîl; celle de rfcmciz/er sciait superflue; comp. XVII, 20.

Celle obéissance à ses iujonclions, ri laiiuelle Jésus les convie, se concentre dans rexcrcice de l'amour fraternel:

V. 12. « C'est ici mon commandement, que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. ^-^ Comp. XIII, 34. llengstenbcrg trouve dans v. 1-H le résumé de la première partie du sommaire de la loi, dans V. 12-17, celui de la seconde. Le rapport normal de chaque

sarmont avec tous les autres suppose avant lout sa relation normale avec le cep.

Dans Icsv. 13-16 Jésus élève Tamour chrétien â toute sa hauteur, en lui donnant le sien pour modèle. Ces quatre versets sont le commentaire des niols : c Comme je vous m aimés, li VA d'abord, v. 13, le point jusqu'auquel son ^mour pousse le dévouement, la mort; puis, v. 14. 15, le «aractère d*intimité de la relation qu'il a soutenue avec €ux: c'était la confiance de l'ami plutôt que l'iiulorité du mailre; enfin, v. 10, la libre initiative avec laquelle il a ibodé lui-même cette relation. <l Quand donc vous vous demanderez quelles limites doit se tracer votre amour mutuel, commencez par vous demander quelles limites s'est tracées, k ces divers égards, celui que j'ai eu pour vous ! » Ou : t Et quand vous voudrez savoir ce que c'est qu'aimer, rej^ardez à moi > (Gess).

V. 13. « Personne n*a un amour plus grand que * celui de donner sa vie pour ses amis. > — La pensée du Seigneur est claire ; dans la relation avec des amis, il n'y a pas de plus grande preuve d'amour que le sacrifice de sa vie. Il y a sans doute une plus grande preuve d'amour, absolument parlant, c'est de la donner pour des ennemis, Hom. V, 0-8. ^lyfOL conserve la notion de but: < le plus haut point auquel puisse aspirer l'amour dans cette relation, est... t

V. 14 et 15. f Vous êtes mes amis, si vous faites tout Ce que * je vous commande. 15 Je ne vous appelle plus -Serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que son ^aftre fait; mais je vous ai donné le nom d'amis, parce ^ueje vous ai fait connaître toutes les cho.Hes que j'ai entendues de mon Père, t — Au v. 14, l'accent est, non sur

* K D It. omettent tij après iva.

« Les Mss. lisent soit o (B It»"4;, soit a (x D L X Il"'>'i Vg. Cop.;, soit avec T. R. om (43 Mjj. Mnn. Syr.).

A9i TROISIÈME PARTIE.

la condition: Si rous faites... ^ mais sur raflirmalion : Vous êtes me.s amis, comme si Jésus voulait dire : cCe n*e$t pas sans motif que je viens de dire : pour ses amis (v. 13), car c'est réellement là la relation que j'ai soutenue avec vous, v Quoi de plus touchant dans la vie domestique qu'un maitre qui, trouvant un serviteur réellement fidèle, lui donne dans la maison le rang et le litre d'ami ! — Le v. 15 sert à proover la réalité de cette affirmation. Il leur a témoigné une confiance illimitée dans la communication de ce que son Père lui a révélé touchant la grande œuvre pour laquelle il Ta envové. Sans doute il reste encore hien des choses à leur apprendre (XVI, 12). Mais, s'il ne les leura pas révélées, ce n'est pas par un manque de confiance et d'amour; c'est poirr ménager leur faiblesse et parce qu'un autre pourra seul s'acquitter de cette lâche. On a objecté contre ce oOxeti (ijc ne vous appelle plusit) cette allocution : mes amis. Lac Xll, i, très-antérieure au moment présent; comme si la tendance a faire d'eux ses amis n'avait pas existé chez loi dès le conimencomont et n'avait pas dû se manifester déji en certaines occasions! On a objecté encore que les apôtres continuent à s'appeler ciix-niom«»s servifeurs de* Jésus- Christ: comme si lorsqu'il plait au maître de faire du serviteur son ami, celui-ci n'était pas d'autant plus tenu de se rappeler et de rappeler aux auln»s sa condition naturelle !

V. I(>. (f Ce n'est pas vous qui m'avez choisi: maiscesl moi qui vous ai choisis, et qui vous ai étal)li$, afin ijn^ mus alliez et que rous portiez du fruit et que votre fniil demeure: afin que quoi que ^ rous demandiez au Pèren mon nom, il vous le donne '. » — Jésus a la conscience de la grandeur de cette preuve d'amour qu'il leur a donnée,

' Au lieu (le iva o t: av et de $m [ou $wr,;. M lit ot» av et 5*o«t.

CUAP. XV, 14-17. 395

lies appelant de son propre mouvement à Tapostolal; lute riniliative de cette vocation, par laquelle il les a assolés à la plus haute activité qui soit destinée à l'homme, li appartient. Par le terme : je vous ai choisis, Jésus fait Uosion, comme Yl, 70 et Xlll, 18, à l'acte solennel de leur lection à l'apostolat, raconté Luc VI, 1!2 et suiv. Le mot tnxa, ai établis, désigne la dotation de lumières et de for- «s spirituelles qui a accompagné et suivi est acte, et par aquelle il les a rendus capables d'exercer un tel apostolat, /expression worpiTe, que vous alliez, fait ressortir Tespèce l'indépendance à laquelle il les a élevés par degrés : «Je ousai mis en état de marcher vous-mêmes. » Le fruit déigne, comme dans tout ce chapitre, la communication de a vie spirituelle à l'humanité; ce fruit-là ne périt pas, omme celui du travail terrestre : il demeure. Le second afin que est parallèle au premier plutôt que lépendant de lui, comme le veut Lulhardt. Comp. les deux MtXlIl, 34, et pour le sens, les deux oti XIV, 12. 13. Au »ut de leur élection, Jésus ajoute le moyen essentiel par eqael les apôtres accompliront leur tAche, moyen qui renre aussi dans le but de leur vocation : la prière en son cm. Dépendante, comme elle Test, des mots: Je vous ai kiblis^ cette dernière proposition signifie : c Et je vous ai lis dans la glorieuse position d'obtenir vous-mêmes et diictement du Père tout ce que vous aurez à lui deman- 3r. 1 C'est là le privilège qu'ils doivent à la libre initiative i son amour.

V. 17. f Je vous donne ces instructions, afin que vous \us aimiez les uns les autres. > — Le pronom raOra (ces loses) ne peut se rapporter au iva qui suit : < Je vous comandc ceciy que vous vous aimiez. ^ Car le pluriel prouve le cette expression comprend toutes les instructions et re- ^mmandations précédentes, depuis XV, 1 , et les résume ; iva

<loil se traduire : afin que, — dette œuvre est toute amour ^mour dans son origine cachée, l'amour du Pèi'e; dans s première manifestation, Tamour de Christ; enfin dansso plein épanouissement, Tamour des fidèles les uns pour h autres. L*amour en est la racine, le tronc et le Truit. Ce la le caractère essenliel du royaume nouveau, dont la pui sance et les conquêtes ne sont dues qu*à la contagion < Tamour. C'est pourquoi Jésus ne laisse pas d'auti^e loi qi celle de Tamour à ceux qui, par la foi, sont devenus mec lires de son corps.

Lulhardt fait observer que, dans les dix-sept premici versets de ce chapitre, il ne se rencontre pas une seule pa ticule de liaison. Ce long ast/ndrlon a une solennité part culière. C*est ici la dernière volonté de Jésus parlante» siens (voir h XVU, 24). — Un tel style ne saurait appark nir à un autour grec ; cette parole est sortie d'une penst hébraïque.

-> XY, 18-XVI,/k

Hn l'ace de ce corps spirituel dont il vient de décrire vie intime et raclivilé extérieure, Jésus voit s'élever ur société hostile, qui a aussi son principe d'unité, la hait (le Christetde Dieu : le monde, l'humanilé naturelle, quid* clarera la guerre à ri'4(lise et qui est représenté en ce n» ment par le peupli^juii. Jésus trace un premier tahleaud sa haine contre les rroyanls, v. 18-25. Puis, après avo indiqué en passant, comme pour rassurer les disciplesj secours qui leur sera accordé, il reproduit, avec des cou leurs plus vives, la description de l'hostilité du monde, v.iit XVI, 4.

V. 18-21. a Si le monde vous haii^ sachez que j'ai éi aranl vous > f objet de su haine, 19 Si vous étiez du monéf

N I) Itp'f'-'q"*' omettent j(iiov.

CDAP. XV, 17-30. 897

k monde aimerait ce qui lui appartient; mais parce que vous n'êtes pas du monde, et que je vous ai tirés du monde, eest pour cela que le monde vous hait, 20 Souvenez-vous: de la parole que je vous ai dite ' : le serviteur nest pas plus grand que son maître; s'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi; s'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. > — Jésus ne veut pas seulement annoncer à ses disciples la haine dont ils vont être l'objet de •la part du monde; il veut les fortifier contre elle; et il lefait en leur disant, d'abord : il vous haïra comme moi (v. 18-20) ; puis : il vous haïra à cause de moi{\. 21-25). Rien ne dispose mieux à souffrir que la certitude que c'est comme Christ et pour lui que nous souffrons. riv(6<nceTe n'est pas indic. (vous savez), mais impér., comme [Lm^owiere (souvenez-vous), v. 20. cConsidérez ce qui s'est passé à mon égard, et vous comprendrez que tout ce qui vous arrive est normal. » — Par leur union avec Christ, les disciples représentent désormais un principe nouveau sur la terre. Cette apparition parait au monde étrange, blessante; il cherche à s'en défaire. — *EÇ£XeÇ«p,v,/aû*7M,se rapporte ici à la vocation à la foi, non à l'apostolat ; et par le mot élection Jésus veut désigner l'acte par lequel il les a sous- Iniits au monde, et nullement la prédestination divine. L'idée de la relation étroite parla formée entre Jésus et les disciples reparait au v. 20 dans les expressions de maUre cl (le serviteur. L'axiome cité ici par Jésus l'est dans le même sens que Matth. X, 24, mais dans un autre sens que «lean Xili, 10. Au ch. XIII, c'était un encouragement à l*humilité; ici, cen est un à la patience. — 11 est naturel d'envisager les deux cas posés par Jésus, v. 20, comme réels l*nn et l'autre. La masse du peuple ne se convertira pas

* Au lieu de tou X^you oi» E^fo einov, ^J D lisent tov Xoyov ov (D : touç.

plus à la prédication des apôtres qu à celle de Jésus. Mais comme Jésus a eu la satisfaction d*arracher des indiviiui isolés à la ruine, cette joie sera aussi accordée aux disciples. Ce sens me parait préférable à celui de Grotius, qoi donne à la seconde proposition un sens ironique, ou à celui de Bengel, qui prend TTipeîv^ yarder^ dans le sens d'épier malignement, ou enfm à l'interprétation de Lûcke, Meyer, de Wette^ llengstenberg , qui ne voient dans ces deax alternatives que des propositions abstraites entre lesquelles les apôtres doivent discerner celle qui se réalisera à leur égard.

V. 31-25. c Mais ils vous feront ^ tout cela à cause de mon nom^ parce quils ne connaissent pas celui qui m'a envoyé. 22 Si je n étais pas venu et que je ne leur eusse pas parlé, ils n auraient pas de péché: mais maintenant ils nont au' cune excuse de leur péché, 23 Celui qui me haity hait ausù mon Père. 24 Si je n'eusse pas fait au milieu d'eux des œuvres telles qu'aucun autre n'en a fait ', ils n'auraient pas de péché: mais maintenant^ iU ont vu, et néanmoins ils ont haï et moi et mon Père, 25. Mais c'est afin que s'accomplisse la parole qui est écrite dans leur loi : f Ils m'ont ha* sans sujet. y^ — 'AVAa (v. 2P : €Mois consolez- vous; c'est à cause de moi...]» Si clans ce cas Israël n'a pas reconnu Dieu comme celui (|ui m'envoyait, c'est qu en général il n'a pas la connaissance de Dieu. Son idée de Dieu est moralement faussée: voilà pourquoi elle s'est heurtée à mon apparition. Jésus ne parle que d'ignoi^nce; mais au fond de cetle ignorance, il discerne la haine du bien, de lui, comme apparition du bien, de Dieu, le bien vivant. De là les paroles suivantes: v. 22. Leur longue résistance à Dieu dans

* B D L It*»'»'! S\ r. : si; ufjia; au lieu do jjjl'.v. n omet.

* Les Mss. se |)artajîent entre rc-o'.r/.îv .T. R. avin: E G II etc.; et Ezo'.r^ivé M A B D etc.\

CIIAP. XV, 20-25. 399

oute leur bisloire leur eut certainemenl été pardonnée lussi bien que leur péché individuel, si, en face de celle iupréme manifeslalion divine, ils se fussenl enfin rendus. Mais le rejet d*une apparilion comme celle de Jésus, caracléri.se leur élat comme un éloignenienl invincible, la haine (le Dieu, qui est par sa nalure le péché irrémissible. L'idée Mère un peu de IX, 41 . — Y. 2â. Dans la haine de Jésus, la méchancelé juive s'est clairement dévoilée comme haine de Dieu et s'est distinguée par là d'une simple ignorance, comme celle des païens. Les paroles de Jésus (v. 22], ou sinon ses œuvres (v. 24], auraient dû leur ouvrir les yeux. Celui qui n'avait pas une conscience assez développée pour saisir le caractère divin de ses enseignements, avait du moins des yeux pour contempler ses miracles. Sur les deux xai, voir à VI, 36. Je ne puis attacher aucune valeur aux raisons de Meyer contre ce sens. Le sien revient, si je ne me trompe, à cette idée : « Si je n'étais pas venu, les Juifs ne m'auraient pas rejeté, et Dieu en moi; et ils n'auraient pas comblé par là la mesure de leur résistance à Dieu. > Cette idée pouvait convenir IX, 41 ; elle est trop feible dans notre contexte. — V. 25. *A>.>.à: « Mais il n'v a rien là d'étonnant. » Le juste de l'ancienne alliance s'était déjà plaint, par la bouche de David, Ps. XXXV, 19; LXIX, -4| d'être Tobjet de la haine yratuilc des ennemis de Dieu. Si leur haine était toute à leur charge, malgré les fautes ^Ma folie du juste imparfait (Ps. LXIX, 6), à combien plus 'orte raison Jésus, le juste parfait, peut-il s'approprier ^tte plainte, qui est en même temps sa consolation et celle ^e ceux qui souiïrenl comme lui et à cause de lui ! — Afin 9«*« dépend d'un: «Cela est arrivé,» sous-entendu. — Sur le terme « leur loi^ » voir à VIII, 17. De Wette voit dans ces tnols une ironie: « Ils pratiquent fidèlement leur loi. » (> sens parait un peu recherché.

V. 26 Cl 27. c Mais* quand sera venu le soutien que je vous enverrai de la part du Père^ t Esprit de vérité qui procède du Père^ c'est lui qui rendra ténoignage de moi; 27 et vous aussi, vous rendrez témoignage, parce que tous êtes dè^ le commencement avec moi. > — Voici la puiss<ince qui les soutiendra dans leur lutte avec le monde. Jésus ne l'indique ici qu'en passant. Il développera cette idée dans le morceau suivant XVI, 5-15. Mais il est pressé d'annoncer à ses disciples rautoritc qu'ils auront à opposer à celle du monde. — En disant : f enverrai, Jésus pense nécessairement à sa réintégration prochaine dans son état divin; et en disant : de la part du Père, il enseigne sa subordination au Père, même lorsqu'il aura recouvré cet état. — Jésus désigne ici l'Esprit comme Esprit de vérité pour l'opposer au mensonge, à l'ignorance volontaire du monde. L'Esprit dissipera celte obscurité dans laquelle le monde chercher s'envelopper. — Il est dilticile de rapporter avec .Meyer, Luthanlt et la plupart dos modernes, les mots : qui procède du Père, au même fait que les précédents ; que je vous eih verrai de la pari du Père. Car il y aurait tautologie. D'ailleurs le fut. 7Tc'|/.'^w, f enverrai, se rapporte à un fait historique et îi un momrnl déterminé, tandis que le prés. ix,i:'r ps'jcTai, procède, paraît se rapporter à une relation |)ernianente et, puisqu'elle est divine, élernelle. Les faits divins de la révélation reposent sur les relations trinitaires. Ils en sont comme hs rellets. De même que rincarnalion du Fils est en relation avec sa génération éternelle, ainsi fcncoi du Saint-Esprit est en relation avec sa procession en dedans de Télre divin. — L'église laline n'a pas eu tort d'aftirmer le Filioque, en partant dos mots : j'enverrai, et Tégiisc grecque, do soutenir \(^. por Filimn et la subordination, «'n

* N B A omolloiit o£ après orav.

CHAP. XV, îit). 27. 401

parlant des mots : de la part du l*ère. Pour inellre d'accord ces deux intuitions, il faut se placer au point de vue christologique de Tévangilc de Jean, d'après lequel Thoinoousie et la subordination sont vraies simultanément. — Le pron. èxelvo^, c /<</, cet iHre-là, et lui ï?eul, » résume tous les caractères qui viennent d'être attrihués à ITsprit saint et fait ressortir Taulorilé de ce témoin divin. 11 ne faut point rapporter l'expression : vendra lémoiynaye de moi\ aux miracles opérés par le Saint-Esprit, comme garantie de la mission de Jésus; il y aurait, dans ce cas, {tîtêo ifJioO, en ma faveur, et non pas ireol £y//j, de moi, à rnon sujet. Ce témoignage rendu à la personne de Jésus consiste-t-il dans la présence de l'Esprit sur la terre, comme preuve du fait de sa glorification? Ce sens ne conviendrait ni û répilhéte de soutien, ni à celle d'Esprit de vérité. Ou bien est-ce le témoignage que l'Esprit rendra à Jésus, dans le cœur même des apôtres? Mais il s'agit ici d'un témoignage rendu devant le monde et en réponse à son attitude hostile. Jésus veut donc parler du témoignage rendu par la bouche des apôtres, comme celui de Pierre et des cenlvingt au jour de la Pentecôte. — Mais comment dans ce cas peut-il le distinguer ensuite du témoignage des apôtres: Et vous aussi vous me rendrez témoignage f (v. 27.) La différence s'explique par les mots suivants : Parce (jue vous êtes dès le commeiu^ement avec moi. Les apôtres ne seront nullement les instruments passifs de l'Esprit. Ils resteront agents libres et personnels. A côté de l'action de l'Esprit ils auront leur rôle spécial dans le témoignage à rendre. Car ils possèdent un trésor qui leur est propre et que n'eut pu leur communiquer l'Esprit, la connaissance historique du ministère de Jésus dès son origine jusqu'à son terme. Les apôtres devaient être les témoins du Christ historique. Or l'Esprit n'enseigne pas les faits de l'histoire ; il en dé-

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