V. 1-5 : Jésus redemande sa gloire divine
V. 1 et 2. f Jésus dit * ces choses: puis il éleva* ses yeux u ciel eê dit: Père, r heure esi venue; glorifie ton Fils, afin il' aussi* ton Fils * te glorifie; 2 selon que tu lui as donné ^ uissance sur toute chair, afin qu'à tous ceu,r que tu lui as onnés il donne • la vie éiernelle, t — Jésus avait prononcé ;s paroles précédentes sur le chemin de Jérusalem à Gcthémané. Il était donc sur le point de passer le torrent de édron. En ce moment décisif, il se recueille et prie. — Il lève les yeux au ciel. C'est un effort naturel de Trtme pour chapper h la prison du corps, une aspiration à la contemilalion du Dieu vivant, dont la gloire resplendit dans la najesté des cieux. Combien cet acte se comprend mieux en >iein air que dans une salle (comp. XI, 41 ; Marc Vil, 34)! ..es mots: Et il dit. signalent le moment où, au travers le ce ciel visible, son cœur a rencontré la face de Dieu et lans le Dieu de l'univers contemple son Père. Dans ce nom le Père, qu'il donne à Dieu, se concentre l'esprit de toule a prière qui va suivre. L'accent qui la distingue, est celui le la confiance et de la tendresse filiale. Le mot araméen OK {Abba)^ père, que Jésus employait d'ordinaire en priant 5t qui avait exprimé les plus saintes émotions de son cœur,
* K : X£ÀaXr(X£v au licil d'EAaXr^asv.
* KBCDLX7 Mnn. Il'*'<i V}:;. Cop. : exxpai,,,, ctncv au Hou (Yavtt^t .. xai etrsv.
* kABC D3 Mnn. IiP'"'a"' \^, Sjr. Cop. Or. omettent xai après
* K B C It"^«a oniettcnt aou a|>rès uioç (le fils, au lieu de ton fils).
* Alex.: dtSuixo; au lieu d*£S:uxa; ^celte variante se répète presque instamment dans tout ce morceau;.
* Au lieu de ^oir, a-jTot; T. R. a\cc 7 Mjj.\ 9 Mjj. fB E H etc. :
devint sacré pour les cbréûens et passa tel quel dans la langue du N. T. (Rom. VIII, 15; Gai. IV, 6). — Cette heure dont Jean et Jésus lui-même avaient dit plusieurs fois, dans le cours de févangile, quV//e n'était pas encore vernie^ avait sonné maintenant. C'était celle de la mort, comme transition ù la gloire. Mais pour qu'elle alioutit à ce résultat, il fallait l'intervention du Père, la grande manifestation de son bras dans la glorification du Fils. Plusieurs entendent ici par la glorification de Jésus la perfection morale qu'avec le secours divin il fera briller dans ses souffrances; sa prière aurait ce sens: c Soutiens-moi, afin que je t'honore dans la lutte qui m'attend.» D'autres, comme M. Reuss, pensent plutôt à la puissance dattraction que Jésus exercera désormais sur les hommes et à sa gloire spirituelle dans leurs cœurs. Ces explications sont incompatibles avec le v. 5, qui montre que Jésus pense à sa réintégration personnette dans l'état divin qu'il possédait avant son incantation. Celle gloire de Jésus ne doit point être restreinte, comme le disent en général les interprètes orthodoxes, à la jouissance de la bmtitude et de la splendeur divines. De son élévation ainsi comprise, il ne résulterait point qu'il put glorifier le Père à l'avenir mieux qu'il ne peut le faire à cette heure; et c'est pourtant là le but de sa prière: afui (fue Ion Fils te glorifie. C'est un accroissement de puissance personnelle, ce sont de nouveaux moyens d'action qu'il réclame. La réintégration dans la possession de la toute-présence, de la toute-science et de la toute-puissance divines, la participation de son humanité à l'état divin (la aopçr, OeoO, Phil. II, 6), voilà ce qu'il lui faut désormais pour continuer k glorifier Dieu et consommer l'œuvre du salut maintenant fondée. Il demande donc un changement trèsréel dans son état personnel. — Il parle de lui-même à la troisième personne: ton Fils, C'est ce que nous faisons
ciiAP. wii, 1.2. 429-
>ates les fois que nous voulons aUirer raltcntion de celur qui nous nous adressons, sur ce que nous sommes pour i/. Il n'y a donc rien de suspect dans celle iroisième peronne que Jean met dans la bouche de Jésus. Elle esl d'ail- ;ars conforme h la manière ordinaire dont il parle de lui ans les synoptiques où il se désigne linhiluellement comme* 5 Fils de l'homme. Ce qui serait suspect à plus juste titre, e senut celte expression que présente la leçon alex. adoplée- >ar Tischendorf : € afin que le lUls le glorifie.» Carc(3!le cçon a une teinte évidemment dogmatique. Mais elle n'est m plus vraisemblable que celle des mêmes Mss. I, 18: le Oieu Fils unique. — La particule xai après ïva, « afia ^natissiy > doit élre conservée avec soin dans le texte, en dépit des mêmes docunicnts et de Tischendorf. Ce petit mot fait bien ressortir le sentiment filial qui inspire la demande : € Glorifie-moi, afin qu'à mon tour je le glorifie. »
Le V. 2 esl une annexe explicative du v. 1. Dans la première proposition, Jésus rappelle ce qui lui donne le droit de dire au Père: Glorifie-moi, En priant ainsi, il ne demande que ce qui est conforme au décret de Dieu luimême: Selon que tu lui as donné.... Ce décret esl cehii par lequel Dieu a attribué la souveraineté sur l'humanitétout entière (toute chair) au Fils, en lui conférant sa mission (X, 36) ; comp. Eph. 1, 10. — La seconde proposition in V. 2: afin qu'il donne la vie, est parallèle h la seconde Ju V. 1 : afin qu'il te glorifie. Le vrai moyen de glorifier Dieu, c'est de communiquer la vie éternelle. Car la vie- Slcrncllc consista à connaître Dieu (v. 3). En présentant le bat de sa demande sous cette nouvelle face, Jésus la motivedonc d'une manière plus pressante : « Glorifie-moi afin que, conformément au mandat que tu m'as donné, je puisse- Jonner la vie éternelle à tous tes crovants. » C^la revient à dire: t Accorde-moi l'ascension, afin que je puisse opérer
4â0 TROISIÈME PARTIE.
la Pcnleéùtc. >» — llôcv, tout^ désigne le corps fulur des croyants, celte unité, ce 2v, dont parlent le v. 3â, XI, 5i,el saint Paul Eph. Il, 14, que Dieu a éternellement contemplé et donné au Fils (Rom. VJJI, 38). lliv est ordinairement envisagé comme nomin. absolu. N'est-ce |>oint plutôt un accus, avec inversion? En commençant la phrase, l'écrivain avait déjà la conscience de l'action dont ce tout serait l'objet; de la l'accus. Plus tard, lorsque le verbe arrive, verbe qui requiert le datif, il le complète par le régime «uroî;; comp. VI, 30. Ce aÙToiç, à eux, leur y individualise le contenu de la totalité, du rav qui est l'objet du don. L'acte du don se rapporte à l'ensemble ; la communication de la vie est un fait individuel (plur. leur). — La forme ÂcofTr., dans le T.R., étonne. ElleseretrouveÂpoc VUI, Set XIll, 16 dans quelques Mss. Est-ce un futur conj., forme postérieure doit on trouve, parait-il, quelques exemples dans le N. T. (BâQOh lein cite o^.câe Luc XIll, 28; xotuOrfacopiai 1 Cor. XIU, 3:
xepiîr.&rîdwvrai 1 Picr. 111, 1 ; «viprlcr.; Apoc. XVlll, 14)? Ou bien serait-ce le conjoncl. d'une forme d'aor. ûbvsi, (forme que ne connaît pas le N. T.)? La seconde supposition est plus probable. Il eût été difficile en effet dédire Âcoxv;. Mais la vraie leçon est probablement ^(oaei {Ta/ir.y que Ton a cru devoir corriger à cause du iva [comp. v. S la leron y^vto'Txtoçi). La leron rîtofjw, dans le SinaU,^ est incompatible avec la C{^ pers. employée dans tout le passage. La leron a\»Tw // lui (le -àv), dans le même Ms., est une correction évidente. — Le sens de Texpression: tout ce (jue (h lui as donnéy est bien moins étendu que celui du tenue toute chair. Si Jésus a reçu puissance sur tout homme sivaut, c'est en vue des croyante qu'il doit sauver. Corap. Epb. I, 2i2: (i 11 l'a donné à [Eiflise^ qui est son corps, comme chef sur toutes choses, » — Le v. 3 établit le lien profund qui existe entre les deux idées de glorifier Dieu et de donner la vie étemelle (v. 2) :
CUAP. XVII, 2. 3. 431
V. 3. « Or c'est ici la vie éternelle, qu'ils te connaissent^ Hj le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésushrisi. » — Jésus s'arrête à contempler celle vie éternelle )nl il doit faire part à Thumanité; il en sonde l'essence, , il la décrit dans une parole d'adoration. — La vie clcrîlle est une connaissance. Cette connaissance n'est pas niqiiement verbale, rationnelle. L'Ecriture prend toujours
mot connaître dans un sens plus profond. Quand il s'agit Li rapport de deux personnes, ce mot désigne la parfaile ituilion que chacune a de l'être moral de l'autre, leur ren- .mtrc intime dans le même milieu lumineux. Jésus a décrit IV, 21. 23 l'acte révélateur d'où résultera chez les siens Bile connaissance, seule réelle, de Dieu. C'est l'œuvre de Esprit, glorifiant en nous Jésus, et avec lui Dieu. L'épilèle seul porte, comme le dit Luthardt, sur la locution Dtiére : vrai Dieu. Le terme a>.r,Oivo; dit que ce Dieu est s seul qui réponde parfaitement à l'idée exprimée par le not Dieu, il est difficile de ne pas trouver ici, avecMeycr, 'opposition aux divinités multiples et indignes de ce nom lu polythéisme régnant. Le mot toute chair ne vient-il pas révoquer l'image de tous ces peuples étrangers h Israël, |ui composaient l'humanité idolâtre? Et dans la seconde larlie du verset le contraste de l'adoration juive et chrcienne avec les cultes païens, n'a-t-il pas pour complément 3 contraste de la foi messianique des disciples avec l'inrédulitédu peuple israélite? La connaissance du seul vrai lieti et celle de Jésus le Messie, voilà donc ce qui distinucra la foi nouvelle de tous les cultes préparatoires en deors ou en dedans de la théocratie. Comp. une opposition dinblahlc iV, 21. 23. Ce n'est donc point a la personne e Jésus que Dieu est opposé par cette expression : le seul rai Dieu. Pourrait-il être une simple créature, celui dont I connaissance est jointe, dans la phrase suivante, h celle
(le Dieu, comme la source, Tessence même de la vie clernelle? Dans le prologue, le Logos est aussi juxtaposé à Diei} dans V. 1 ^; la solution du contraste est donnée immédiatement dans 1 ^ : Et la Parole était Dieu. Meyer se trompe certainement en faisant des mots : le xeul vrai Dieu, Tattribut de connaître: «te reconnaître comme le seul....» On est conduit par \h h donner au mot connaftre un sens trop intellectuel, en contradiction avec le rAle attribuée la connaissance (source de la vie) dans cette parole. L*expression : le soûl vrai Dieu, est apposition de toi, non attribut : c te connattre toi, toi-même, le seul vrai Dieu!* Ainsi le mot connattre conserve le sens profond et vivant qu'il doit avoir ici. Cela n'exclut nullement le contraste, signalé plus haut, avec le polythéisme.
Si Jésus n'eût prié qu'en vue de lui-même, il se TAt borné à ces mots : c Qu'iU te connaissent, toi^ le seul vrai Dieu! n Mais il prie à haute voix, par conséquent aussi en vue d«; ceux qui l'entourenl. El, tout en rendant hommage drivant eux à Dieu, comme h la source de la vie éternolk il a la conscience dï»lre, lui, le seul intermédiaire par lequel ils auront accès à celle source ; car c'est en lui que DifMi se manifoslo et se donne (XIV, 0). La jouissance île la \ io éternelle, pour tout ce qui s'appelle hoiinne, s'identifie donc à ses yeux av(»e la connaissance de lui, Jésus, non moins qu'avec celle de Dieu. Plein de reconnaissance eriv(»rs l'anleur d'une telle gnlce pour les hommes, il se proclame comme le dcmin préparé de Dieu: celui que tu as t'tirof/(\ et résume celte dijinité suprême dans le litre : Jcsus Christ (Jrsus ilessi(\). (>.*lte l'orme a été sévéreiiienl criliquée depuis Drelscbnoider. Jésus se serait-il désij^né Ini-inéine par son nom, et cela ilans une prière, et en einployanl le lilre de (christ sous la forme technique usitée plus lard (JéstLS'Clirist)'! N'est-ce pas là une preuve
CHAP. XVll, 3. 433
lanireste de la composition factice de celte prière? La réonse ne nous parait pas difficile. Jusqu'ici Jésus avait vile de se donner devant le peuple le titre de Christ, Pluai que d'employer ce terme, sujet à tant de malentendus, srsque la dénomination ordinaire de Fils de l'homme ne uffisait plus, il avait eu recours aux plus étranges circonocutions (VIII, 24; X, 24 et suiv.). H en avait agi de même lans le cercle de ses disciples (XIII, 13. 19). Une fois seuement et par exception, en Samarie, sur une terre non uîve, il avait pris ouvertement le tilre de Messie (IV, 36). )ans les synoptiques, il se conduit de la même manière. Unsi, Matth. XVI, 20, tout en acceptant la profession de Pierre, il en prend occasion d'interdire aux apôtres de le proclamer publiquement le Christ. Mais le moment était maintenant venu où le nouveau mot d'ordre de l'humanité, e nom glorieux formé par la réunion de ces deux mots : lésuSy Christy devait être proclamé sur toute la terre. Ne fallait-il pas pour cela qu'une fois au moins les disciples l'eussent entendu sortir expressément de sa bouche? Ce symbole de la foi nouvelle, eussent-ils pu le répéter avec une foi triomphante, jusqu'au bout du monde, si jusqu'à la (in leur Mailre eût persisté à tenir séparés les deux termes qui le constituent? Et dans quelle circonstance plus favorable, sous quelle forme plus digne et plus solennelle Jésus pouvait-il le proclamer, qu'en ce moment, dans ce dernier entretien avec son Père, en lui rendant hommage, en leur présence, de tout ce que ce nom : Jéschouah hammaschiach (Jésus, Messie), allait devenir pour eux et pour le monde? Jean n'a donc point commis ici une inadvertance. Il a reproduit le moment inexprimablement grave et saisissant où il entendit Jésus consacrer enfin lui-même d'une manière ineffaçable, par cette profession explicite, la conviction qui n'avait cessé de se développer chez lui depuis le 3e Vol. t8
ÂSi TROISIÈME PARTIE.
jour OÙ il s'était approché de lui pour la première fois (I, 42). Plût à Dieu que toutes les confessions de foi, dans l'Eglise, eussent toujours été aussi sobres que celle que renferme ce verset et se fussent toujours produites, comme dans la bouche de Jésus, sous la forme de l'adoration ! — Il ne faut pas traduire : c Qu'ils reconnaissent celui que tu as envoyé, Jésus, comme le Christ, » en faisant de ôv gtrÉGr. *l. Tobjet et de Xpiorov Yaliribui du verbe connaître. Encore ici le mot connatire n'a point ce sens froidement intellectuel. L'expression : celui que tu as envoyé, est objet; c'est le pendant de aé, /of\ dans la première proposition; et le nom Jésus Christ^ ou Jésus Messie, est apposiim (comme plus haut les mots : le seul vrai Dieu) : c connaître celui que tu as envoyé, Jésus Messie. » '^Ivaest mis au lieu de oTi, parce que la connaissance est présentée comme un 6u(, le bien suprême à obtenir. — Après cet épanchement, Jésus revient à la prière du v. 1 ; il rappelle à Uieu (v. 4) ce qu'il a déjù fait, lui, Jésus, pour fonder sur la terre cette double connaissance, source de la vie éternelle pour tout croyant; et il répète la prière du v. 1 en redemandant son étal divin, du sein duquel il pourra achever le travail ainsi commencé (v. 5) :
V. 4 et 5. « Je f ai glorifié sur la terre; fai accompli^ f œuvre que tu m'as donné à faire, 5 Et maintenant, glorifie-moi, toi, Père, auprès de toi-même, de la gloire que je possédais, avant que le monde fut, auprès de toi. > — Jésus veut dire: « Ce que je pouvais faire ici-bas, dans ma condition terrestre (erl tt.ç yf,;), pour te glorifier, je l'ai fait. Pour continuer et achever, il me faut désormais des moyens d'action plus puissants. » C'est la reprise explicative des mots : « (ilorifie ton Fils, afin que ton FiLs te glorifie i (v. 1). — Jésus exprime ici, avec une candeur sublime, le sen-
* N A B c L II i) Mnn. It"'>«ï Syr. Cop. : TeÀeuoaaç au liou d*£T£X£:«ow.
timent d'une conscience parfaitement pure. Il n'aperçoit dans sa vie, en ce moment suprême, aucun mal commis, ni même aucun bien omis. Le devoir de chaque heure a été parfaîteroent rempli. 11 n'y a eu, dans cette vie d'homme qu*il a maintenant derrière lui, non seulement aucune tache, mais même aucun déficit. — La leçon rektuacaç a le même sens que celle du T. R. ; mais elle vise trop à l'élégance.
Ces moyens d'action plus puissants, il ne peut les obtenir qu'en recouvrant son état antérieur à l'incarnation. C'est là le but pour lequel il le redemande ; et il n'y a pas de témérité de sa part à adresser à Dieu une telle prière, puisque cette gloire divine est son essence et qu'il y a volontairement renoncé pour servir Dieu ici-bas. — Par les mots : auprès de toi-même^ Jésus oppose la sphère divine à celle dans laquelle il vit présentement [sur la lerrCy v. 4); XIII, 3^. — L'expression : la gloire que je possédais ^ est opposée à une autre gloire qu'il a maintenant; voir à I, 14. — H. Reuss pense que ce verset n'implique point la préexistence absolue, l'éternité, mais uniquement une certaine antériorité par rapport au monde. Mais, au point de vue biblique, le monde embrasse tout ce qui appartient à la sphère du devenir y et au-dessus de celte sphère il n'y a que Yêtre^ l'éternité. Comp. l'opposition de yîveoôai et de elvai 1, 4. 3; Vlll, 58; et Ps. XC, 2. — napa coi, auprès de toi, ne peut avoir le àens purement idéal que lui donnaient les Sociniens et qu'a essayé récemment Reyschlag sous une forme un peu différente : l'homme idéal existant dans l'entendement divin, et qui du point de vue de sa réalisation en Jésus apparaît à la conscience de celui-ci comme revêtu de la personnalité ^ Cette théorie, outre ce qu'elle a d'artificiel,
* Aujourd'hui Beyschlag lui-mémo parait modiûer son point de vue et admettre deux théories contradictoires dans notre évangile.
fait violence aux termes de Jean. Celui qui dit: J'avais,.,, auprès de loi\ n'accentue pas moins sa personnalité que celle de Dieu (v. 24). Voir d'ailleurs à VIII, 58. — De ce que Jésus dit : avant que le monde fûi^ et non : f avant qoe je vinsse dans le monde, » Schelling concluait > que rabaissement du Logos avait commencé dès la création, et non point seulement avec l'incarnation. Cette conclusion n'est pas fondée exégétiquement. Car Jésus ne veut ici qu'opposer cette gloire à une gloire qui aurait eu un commencement quelconque.
V. 6-19: Jésus prie pour ses apôtres et demande le maintien et le perfectionnement de leur consécration à l'œavre divine.
C'est en vue de l'œuvre de Dieu que Jésus a redemandé sa gloire; mais, cette œuvre, il ne l'accomplira que parle moyen des instruments qu'il s'est choisis et préparés. C'est ainsi qu'/i sa prière pour lui-même se rattache naturellement celle qu'il fait pour eux. Cette prière a d'abord un caractère général : jeptie pour eu.r, v. 9 ; puis elle se précise et se formule en deux demandes distinctes : ttIstcov, fiarde-les {\\ 11), et orfioL^fï^j sanctifie-les {\\ 17), qui sont le pendant du ^^i^a^ov jjLe, (/lorifie-moi, v. 1 et 5. — Les V. 6-8 préparent la première demande générale, qu'achèvent de motiver les v. 9 et 10 :
V. 6-8. « J'ai manifesté (on nom au.v hommes que tu m'as donnés " du monde; ils étaient à toi, et tu me les as donnés; et ils ont f/ardé^ ta parole. 7 Maintenant ils ont reconnu * que tout ce que tu tnas dontié est bien de toi. 8 Car je leur ai donné les paroles que tu m'as données: et
* Dans ses cours oraux.
' Ici cl ailleurs les alex. lisent êooixa; au lieu do o«oo)xa;.
5 M : cTr.or.aav, au lieu de T£Trj5r,xaT. B I) L : TcTr.sr^xav;.
* N : E^vcov au lieu d'sYvwxav.
CHAP. XYII, 5-8. 437
ils les ont reçues ^ et ils ont vraimeni reconnu ^ que je suis Denu de Un^ et ils ont cru que lu rnas envoyé, w — L'idée générale exprimée dans ces paroles esl celle du priœ que les apôtres ont acquis par le ministère de Jésus auprès d^eux et par le succès de ce travail. Ainsi est préparée la prière par laquelle Jésus va les recommander aux soins de son Père. L'aor. E^avepaxia, fai manifesté, se lie aux aor. semblables du v. 4. La portion la plus importante de Tœuvre t]ue Jésus se Télicitait d'avoir accomplie (v. 4), était pré- (ûsément la préparation et l'éducation de ces onze. — Le nom de Dieu^ qu'il leur a révélé, désigne le reflet de l'essence divine dans la conscience de l'être qui la connaît parfailement, dans celle de Jésus lui-même. Cette conscience, révélée dans sa parole, est devenue déjà celle des disciples (Matth. Xi, 25. 26). Jésus leur a révélé le Père en se révélant à eux comme le Fils. Voilà pourquoi son témoignage sur lui-même était un élément essentiel de son enseignement, comme nous le voyons dans le quatrième évangile. — Après avoir rappelé ce qu'il a fait en leur faveur, Jésus rappelle ce que J)ieu lui-même a fait pour eux. Les apôtres étaient à Dieu; il s'agit ici non de ce qu'ils étaient comme bommes et comme Juifs, mais de la relation qu'ils soutenaient déjà auparavant avec Dieu par leur disposition intérieure; comp. les expressions: être de Dieu (Vil, 17; VIII, 47), être de la vérité (XVIII, 37), faire la vérité (III, SI), expressions par lesquelles est désigné l'état moral des Israélites ou des païens, fidèles aux lumières de la loi ou de la conscience. Dieu a donné à Jésus ces êtres qui lui appartenaient; et cela par Tattrait et par l'enseignement intérieur dont il a été fréquemment parlé : VI, 37. 44. 45. S5. Ce lien spirituel, une fois formé, ils l'ont fidèlement
* Koi fYvwaav est omis par N A D It"i>*i.
maiotenu. Jésus passe ici à ce que les apôlres ont fait eaimémes pour lui. Ils ont gardé intact et pur de toute altération le nom de Dieu, qui, par la parole de Jésus, avait passé de sa conscience dans la leur. Jésus dit : f Ils ont gardé ta parole, » non c ma parole, i Cela est expliqué aa V. 7 : sa parole n'a été que la reproduction fidèle de celle du Père. Les disciples ont su discerner cette relation profonde et reconnaître dans renseignement que Jésus leur donnait, celui que Dieu même donnait à Jésus. Il y a, aa premier coup d'œil, une tautologie entre ces expressions: 7ue lu m'as donné, et : est de loi. Mais la première est tirée de la conscience de Jésus; la seconde est empruntée à celle des apôtres : c Ils ont reconnu que tout ce que je leur donnais de ta part, venait réellement de toi. i Et en effet (v. 8), Jésus n'y ajoutait jamais rien de son propre fonds. De la reconnaissance du caractère absolument divin de sa parole, ils se sont élevés à celle de l'origine divine de sa personne (je suis sorti) et de sa mission (c*est toi qui m'as envoyé). Dans ces paroles respire encore le sentiment de joie intime et de vive reconnaissance que Jésus vient d'éprouver, il n'y a que quelques instants; car c'est tout récemment qu'a été obtenu enfin ce glorieux résultat dont il bénit son Père (XVI, 29-31). La moisson parait chélive sans doute : onze artisans galiléens après trois ans de labeur! Mais cela suffit à Jésus: car dans ces onze il contemple le gage de la continuation de l'œuvre divine sur la terre. — ^ Us ont recuis : sur l'autorité de mon ténnoignage; tils ont connu "^ : par leur propre discernement moral ; c ils ont cru > : par l'abandon de tout leur être. Les formes eyvwxav, TexTfpTiXav, sont alexandrines, et la question est de savoir, comme dans tant d'autres cas semblables, si les apôtres les ont employées eux-mêmes ou si elles ont été introduites par les copistes alexandrins. — Après avoir
GHAP. XVII, 6-10. 439
ainsi préparé sa demande, Jésus l'énonce et achève de la motiver :
V. 9 et 10. € Je prie pour eux; je ne prie pas pour le mondey mais pour ceux que tu m'as donnéSy parce qu'ils sont à toi, 10 Et ce qui est à moi y est à toi; et ce qui est • à toij est à moi^; et je suis glorifié en euoo.it — De la valeur infinie que la foi donne à la personne des disciples, Jésus tire celte conclusion : c Je prie pour eux. » 'Eyw, inoiy en tète : c Moi qui ai tant travaillé pour les amener à ce point. % Puis, immédiatement après, et avant le verbe, ?repi oÙTÛv, pour eux: t Pour eux, le fruit de mes labeurs, f Cette prière générale équivaut à un: c Je te les recommande. 9 Ainsi s'explique rantilhèse: Je ne prie pas pour le monde. Jésus n*a pas les mêmes motifs à alléguer en faveur du monde, ni les mêmes demandes à adresser pour lui. Luther dit avec raison : a Ce qu'il faut demander pour le monde, c'est qu'il se convertisse, non qu'il soit gardé ou sanctifié. » Assurément le refus de Jésus de prier pour le monde n'esl pas absolu. Il dit lui-même sur la croix : € Père, pardonne-leur! n N'est-ce pas là prier pour le monde? Seulement il n'allègue pas, comme ici, ce motif: Ils ont connu (v. 8); il dit, au contraire : « Car ils ne savent ce qu'ils font. » Et au lieu de faire appel, comme dans la prière sacerdotale, à la sollicitude de Dieu pour un être précieux qui lui appartient en propre, il s'adresse à sa compassion envers un êlre coupable et qui se perd. La parole du V. 21 : €Afin que le monde connaisse que tu m'as envoyé^it renferme aussi une prière implicite en faveur du monde. Gomp. d'ailleurs lil, 16. Le refus de Jésus de prier pour le monde ne devient absolu que dans la mesure où se fixe son caractère moral d'opposition à Dieu et où il devient la société c de ceux qui non seulement sont ennemis de
^ An lieu do xai ts i^ol aot spia, « lit xat e^iot autou; sBroxa;.
Dieu, mais qui veulent le rester » (Gess). — Avani d'énoncer les demandes plus spéciales renfermées dans cette prière générale, Jésus reproduit les deux titres principaux que les disciples possèdent à l'intérêt divin : i^ € Tumeks as donnés; veille donc sur ce présent que tu m'as fait; d'autant plus qu'en devenant miens, ils n'ont pas cessé d'être à toi ; ils sont même devenus tiens plus que jamais; car ce que je reçois de toi, je ne le reçois que pour te le rendre et t'en mieux assurer 1^ possession. » Luther: c Chaque homme peut bien dire: Ce que j'ai, est à toi; mais le Fils seul peut dire : Ce qui est à toi, est à moi. i Le présent eîai, €Sont à toi, » est substitué à dessein à l'imparf. 7j<7av, c étaient à toi, » v. 6, afin d'exprimer ce sentiment que le don n a fait que confirmer leur : être à lUen. ^ Le second motif qui les recommande désormais à l'intérêt du Père, c'est qu'ils sont devenus les dépositaires de sa gloire de Fils (parfait JeÂo^aapiai). Cette expression : je suis (jlorifié en eux, a été comprise de diverses manières. Il D*y a aucune raison de s'éloigner du sens constant du ternie: éire (florifié. Malgré sa forme de serviteur, Jésus leur est apparu inlcrieurement dans toute sa beauté de Fils de Dieu; avant même que d'avoir été réintégré dans sa gloire, il l'a recouvrée en eux par le fait qu'ils l'ont reconnu pour ce qu'il est véritablement. C'est le résumé du témoignage que Jésus leur a rendu, v. 7. 8. — A cette recommandation générale, se rattachent deux demandes précises. La première: garde-les, est préparée par v. 11 % énoncée v. 41 ^, et motivée V. 12-15:
V. 11. € Et je ne suis plus dans le monde: tnaiseux^ sont dans le monde : et moi, je vais à toi. Père saint, gardeles en ton nom, eux^ que tu m'as donriés, afin qu'ils soient
* N B lisent auToi au lieu de ojto'..
• T. R. avec des Mnn. seulement It"''i V*;. Cop. : ou; ; n ABCEG
CHAP. XVll, 9- 11. 441
un comme ' nous. » — Au moment de demander à Dieu sa protecUon pour ses disciples, la pensée de Jésus se porte naturellement sur les dangers auxquels ils seront exposés dans rétat d'abandon où son départ va les laisser : c GardeleSy ces vases précieux (v. 6-10) et dès ce moment si ex^ posés > (v. 11-15). Jésus n'est plus avec eux, dans le monde, pour les garder, et il n'est pas encore auprès de Dieu pour pouvoir les protéger du sein de sa gloire céleste. H y a là un intervalle douloureux, durant lequel son Père doit se charger de ce soin. Ce motif serait absolument incompréhensible, si le quatrième évangile enseignait réellement, comme le veut H. Reuss, que le Logos n'est susceptible ni d'abaissement, ni d*élévation, ou comme le prétend Baur, que la mort n'est autre chose pour lui que le dépouillement des apparences corporelles.
Le titre: Père saint, doit être en rapport avec la demande présentée. La sainteté, chez l'homme, c'est la consécration de tout son être à la tâche que lui assigne la volonté divine. La sainteté, en Dieu, c'est l'affirmation libre, réfléchie, calme, immuable, de lui-même qui est le bien, ou du bien qui est lui-même. La sainteté de Dieu^ dès que nous y sommes associés, trace donc une ligne de démarcation profonde entre nous et les hommes qui vivent sous l'empire de leurs instincts naturels, et que l'Ecriture appelle le monde. Le terme : Père saint, caractérise ici Dieu comme celui qui a tracé cette ligne de séparation entre les disciples et le monde. Et la demande : Garde-leSy a en vue le maintien de celte séparation. Jésus supplie son Père de garder les disciples dans cette sphère de consécration, qui est étrangère à la vie du monde et dont Dieu est lui-même
HKLMSYTAAn plusieurs Mnn. : co; D U X 11 Mnn. Syr. : o;
Ip»lcrique omet lOUt dC[)Uis W (ou;) jusqu'à TJfJLEi;.
« B M S U Y 1S Mnn. lisent xai après xaOo);.
le centre. Les mots: en tan nom^ font de la révélation du caractère divin accordée aux apôtres comnoe le mar d'enceinte de ce domaine sacré dans lequel ils doivent être gardés. — La leçon qu'oflrent presque tous les !Mjj. signifierait : c en ton nom que tu m'as donné. » Mais où est-ii parlé dans l'Ecriture du nom de Dieu, comme donné an Fils? La parole : tMon nom e^t en /ut» (Ex. XXllI, 31), est fort différente. Nous préférerions la leçon o iiitaa;, f ce que tu m'as donné, t dans le Cantabrig., en faisant de ces mots l'apposition explicative de oùrouçy eux^ qui suit, exactement comme au v. 2 (irôcv o iéifoxa^ — oùtoîç) et ao v. 24 (si la leçon S est la vraie dans ce verset) : c Garde-les en mon nom, eux, ce que tu m'as donné. > Tout en donnant le même sens que celle du T. R. (o5ç), cette leçon ex* plique facilement l'origine de la leçx>n alex. (» pourj que l'on rapportait a oyoaan). La conjonction afin que peut dépendre soit de ^^^(oxa;, soit, ce qui est le seul sens possibk dans les -leçons o et oO;, Ae garde-les: t Garde-les dans la sphère de ta connaissance (eux que lu m'as accordé d'y introduire), afin qu'ils restent un comme nous, et qu'aucun d'eux ne se perde dans l'isolement, par la rupture du faisceau que mes soins avaient formé. » Que fût en effet devenu Thomas si, après la résurrection, il eût persisté à se tenir séparé d'avec ses frères? — Les mots comme nom signifient que, comme c'est par la possession de l'essence divine que le Père et le Fils sont un, c'est par la commune connaissance de cette essence (le nom), que les disciples peuvent aussi rester étroitement unis entre eux et être chacun individuellement gardés.
V. 12 et 13. « Quand j'étais avec eux dans le mond^\ je les gardais moi-même en ton nom ; j'ai veillé sur ceiu
* K B C D L ïtP'<«-'q"c vg (jop. omettent £v tw xoapLcu.
CHAP. XVII, il -13. 44â
que tu m'as donnés ' ; et aucun d'entre eux ne s est perdu, si ce n'est le fils de perdition, afin que t Ecriture fût accom-' plie. 13 Jfai5 maintenant, je vais à toi; et je dis ces choses pendant que je suis dam le monde, afin qu'ils aient ma joie accomplie en eux. » — Les versets suivants appuient la demande : Garde-leSy par le développement du motif déjà brièvement indiqué v. ii> : Ils ont besoin de ta protection. — c Quand jetais avec eux, » reprend l'idée du : Je ne suis plus... (v. 11). 'ETY(pouv,ye les gardais, indique le résultat obtenu ; è(p*JXa^a, j'ai veillé, se rapporte au moyen employé. — La leçon m est plus inadmissible encore dans ce verset que dans le précédent. — Par le mot fils de perdition, et par Tallusion qu'il renferme à la prophétie, Jésus veut dégager sa propre responsabilité, mais non atténuer celle de Judas. La prophétie traçait dès labord aux effets de sa vigilance une limite qu'il lui serait impossible de franchir. Quant à Judas, c'est librement qu'il s'est prêté à jouer le rôle tracé d'avance par la prophétie. On peut comparer ici ce qui est prédit touchant l'Antéchrist. Nous savons par la prophétie que ce personnage existera, et pourtant cela n'empêchera pas l'homme qui acceptera ce rôle, de le faire librement. Comp., p. 298 et 299, les remarques sur le rapport entre la prescience divine et la liberté humaine. Dans la locution hébraïque fiU de...., le terme qui indique la notion complémentaire du mot fils personnifie le principe abstrait {lumière, ténèbres, etc.), qui détermine la vie morale de Tindividu ainsi désigné. Le passage auquel pense Jésus est Ps. XLI, 10, cité XIII, 18. Faut-il conclure de cette parole que Jésus comptât aussi Judas au nombre de ceux que le Père lut avait auparavant donnés? La locu-
* Au lieu de ouç, B C L lisent ta (comme v. 41) et ajoutent xai devant c^uXaÇa. H lit xai E^uXa^iov au lieu de ou; ^sâoixac efjXafa.
lion Cl [tif, si ce n'esty n'oblige point à tirer celle conséquence; comp. Matth. XII, 4; Luc IV, S6. 37, etc.
Cette remarque était une parenthèse destinée à justifier, au sujet de la perte de Judas, la vigilance du Seigneur. Après cela Jésus revient à Tidée de son départ prochain, et il déclare que s'il prononce tout haut (c'est le sens de li- Xetv) ces paroles devant ses disciples, avant de les quitter, c'est pour les associer à la joie dont il jouit lui-même. CeUe Joie est-elle celle que lui inspire la certitude de la protection dont le Père les couvrira, ou bien celle dont le remplit l'attente de son propre retour auprès du Père? Ces deoi motifs d'assurance se confondent dans son corar et doivent se réunir dans le leur, pour y dissiper, aussi bien que dans le sien, jusqu'au dernier nuage de tristesse. — Le besoii qu'ils ont d'être gardés, est exposé dans les paroles suivantes d'une manière plus pressante et plus précise encore:
V. 14 et 15. c/e leur ai donné ta parole ; et le monde /et a pris en haine, parce quils ne sont pas du monde, comm moi je ne suis pas du monde. 15 Je ne te demande pas quf tu les retires du monde, mais que tu les préserves du malj — La parole de Jésus qu'ils ont fidèlement reçue, les a rendus étrangers au monde, autant que Test Jésus luimême. Ils sont morne devenus, comme lui, un objet de haine pour le monde. Dans cette situation, Jésus pourrait facilement se laisser aller à demander à Dieu de les associer à son départ. Mais non, il les a précisément tirés du monde pour les préparer à une mission à remplir auprès du monde (v. 18). Il faut donc qu'ils y restent après sondépart. Seulement il ne faut pas que la ligne de démarcation entre le monde et eux s'efface. Tout en restant dans le monde, il faut qu'ils soient préservés du mal qui y règne. Jésus termine ainsi ce passage en reproduisant la prière qui
en fait le fond. Tou irovYipou doit certainemeol être pris ici dans le sens neutre : du maly et non : du malin ; c'est ce que prouve la prépos. ex^ hors de, qui se rapporte à un domaine^ du sein duquel on est tiré, plutôt qu'à une personne. Il en est autrement dans Foraison dominicale, où sont employés la prépos. onro et le verbe ^ucdOai, deux expressions qui se rapportent plutôt à un ennemi personnel (Malth. VI, 13). C'est donc à tort que M. Reuss traduit: € de la puissance du diable. > Hengstenberg fait observer que la forme Tiqpeiv ix ne se retrouve que dans Apoc. III, 10. — De la prière : Garde-les, qui se rapporte à leur salut, Jésus passe à la seconde demande qui a trait plutôt à leur mission: Scmclifie'les (ou consacre-les). Elle est préparée V. 16, énoncée v. 17, et développée et justifiée v. 18 et 19. V. 16-17. € Ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde. 17 Sanctifie-les par ta vérité^; ta parole est la vérité. * > — Jésus les a élevés dans la sphère de sainteté dans laquelle il vit lui-même; de là, la mission qu'il peut leur confier auprès du monde. Le v. 16 est ainsi la transition de la première demande à la seconde. D'après m, 36, une consécration a précédé l'envoi de Jésus sur la terre : c Moi que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde. » La même chose doit avoir lieu pour les disciples. Le mot àyiaî^eiv, sanctifier, n'est point synonyme de )ca6apC«v, purifier. Le saint n est point opposé à V impur; il l'est simplement à ce qui est naturel, profane (sans idée de souillure). Sanctifier, c'est consacrer à un usage religieux. ce qui appartenait à la vie commune. Comp. Ex. XXIX, 1. 36 (difTérence avec purifier) ; XL, 13; Lév. XXll, 2. 3'^
* Sou, que Ut T. R. avec <2 Mjj. presque tous les Mnn. Syr. Cop.,. est omis par K A B C D L Itp'criquc Vg, ; ^ omet les mots aou^r.. oîkrfitix. (confusion des deux aXr^Oeia).
* B lit r, devant aXr|0£ta.
Matth. XXIII, 17. Au point de vue de l'A. T., la consécration était un fait extérieur, rituel ; dans la nouvelle alliance où tout est spirituel, le siège de la consécration est avant tout le cœur, la volonté du consacré. Jésas, en disant: Sanctifie-leSy demande donc pour eux une volonté entièrement dévouée à la tâche qu'ils vont avoir à remplir dans le monde. Il faut que toutes leurs forces, tous leurs talents, toute leur vie, soient consacrés à cette grande œuvre, le salut des hommes; ce qui implique le renoncement à tonte satisfaction propre, quelque légitime qu'elle puisse être,
l'absence de toute vue intéressée, de toute recherche de
soi-même. C'est l'idée sublime de la sainteté chrétieoDe, — mais envisagée ici, où il s'agit des apôtres, comme devant se réaliser sous la forme spéciale du ministère chrétien. Gardés (maintenant) eux-mêmes dans la sphère sainte, ils doivent devenir les représentants et les porteurs de la sainteté parmi les hommes. Nous avons, dans la traduction, donné à èv le sens instrumental, par, comme I, 31.33. La vérité divine est ainsi désignée comme Vagent de la consécration. Meyer et d'autres traduisent dans : ^ Dans ce milieu de la vérité, où je les ai placés, achève de les sanctifier.» Mais pourquoi, dans ce sens, Jésus ajouterait-il ce qui suit : t Ta parole est ta vérité nf Ces mots n'ont-ils pas pour but de présenter la vérité comme le moyen par lequel peut s'opérer celte consécration? Ta parole désigne celle que Jésus leur a communiquée dans ses enseignements (v. 6 et 8) : Le pron. coO, dans la première proposition, manque chez les alex. Le témoignage des anciennes Vss. (Cop. Pesch.) est plutôt en sa faveur. — A l'appui de cette prière, Jésus allègue deux motifs, l'un tiré de la mission qu'il confère à ses disciples (v. 18), l'autre du travail qu'il opère sur lui-même pour obtenir ce qu'il demande maintenant en leur faveur (v. 19) :
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V. 18 et 19. c Comme tu m'as envoyé dans le monde y je les ai aussi envoyés dans le monde. 19 Etje^ me sanctifie moi-même pour eux y afin quilssoienty eux aussi* y sanctifiés en vérité. » — Si Jésus demande pour eux l'espril de la charge (v. 17), c'est qu'il leur a confié déjà la charge elleniême. Le dnUcrçiCkoiy j'ai envoyé^ fait allusion au nom d'à poires qu'il leur a donné dès longtemps. Mais comment peut-il dire d'eux qu'il les envoie au monde, eux qui sont encore dans le monde? C'est qu'il les a élevés dans une sphère supérieure à la vie du monde (v. 16); et c'est de là qu'il les envoie au moncie^ aussi réellement qu'il a été envoyé loi-même du ciel. Et s'il les y envoie, c'est pour y continuer l'œuvre commencée par lui-même. Voilà le premier motif de sa prière : Sanctifie -les. Le second est exposé v. 19. Le sens de xoi, ety au commencement de ce v. signifie : « Et aGn d'obtenir pour eux cette consécration que je demande, je commence par opérer la mienne. > Jésus ne demande rien au Père qu'en faisant lui-même tout ce qui dépend de lui pour que sa prière puisse se réaliser. C'est «D opérant sa propre sanctification qu'il demande et pré- |nre la leur. Le mot sanctifier n'implique nullement, comme nous l'avons vu, l'éloignementHl'une souillure; car il n'est point synonyme de purifier (xaOapi^eiv). C'est donc à tort que certains interprètes ont vu dans cette parole une preuve de Texistence du péché originel en Jésus. D'un autre côté, «'est trop restreindre le sens de ce mot que de l'appliquer, comme Chrysostome, Meyer, Reuss, à la consécration volontaire à la morty comme condition du don de l'Esprit. Cette explication force à donner au mot sanctifier un tout autre sens dans la première proposition du verset que dans
* K A omettent cyc».
* 40 Mjj. (n A B C etc.) It. Syr. : wai x«i auioi, au lieu de xai autoi
la seconde. 11 faut en rester au sens naturel du motsoiurafier: rendre saint par la consécration intérieure à Dieu. Jésus a possédé une nature humaine semblable à la nôtre, douée d'inclinations et de répugnances semblables aui nôtres, et parfaitement légitimes. Cette nature, il en a fait continuellement une sainte offrande; il Ta contrainte à l'obéissance : négativement, en l'immolant là où elle était eo contradiction avec sa mission (la culture des arts, des sciences, par exemple, ou la vie de famille) ; positivement, en consacrant à sa Ulche divinement marquée toutes ses forces, tous ses talents naturels et spirituels. C'est ainsi c qu'il s est offert lui-même à Dieu sans aucune tache^ par r Esprit éternel > (Hébr. IX, 14). Qu'il s'agît d'une satisfaction à sacriGer, comme au désert, ou d'une douleur i accepter, comme à Gethsémané, il assujettissait incessamment sa nature à Tœuvre à laquelle l'appelait la volonté do Père. Et cela ne s'est point opéré d'une fois. Sa vie humaine a reçu ce sceau de la consécration d'une manière croissante jusqu'à l'entière et finale immolation de la mort. — Les pron. yect moi-même, ainsi que l'actif sanctifie, font ressortir l'action énergique (jue Jésus doit exercer sur luimrmc, pour obtenir ce résultat. — Par là Jésus a réalisé la consécration parfaite de la vie humaine, et il a ainsi posé en sa personne le fondement de la consécration de cette vie chez tous les siens. « Pour eiu\ » dit-il, et ces mots sont expliqués par la proposition suivante : .4/!a (jueux aussi soient sanctifiés. La sanctification de chaque chrétien n'est autre chose que la communication que lui fait Jésus de la nature humaine sanctifiée en sa personne. C'est ce que saint F*aul développe lUmi. VI, 1-12 et particulièrement Vlll, 1-3, où il montre que Christ a commencé par coîidamîier le péché (condamner à ne pas être) dans la chair, afin que la justice (morale), exigée par la
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oi» soit réalisée en nous. Jésus a créé une hum<inilé ;ainle en sa personne, et l'Esprit a la tâche et le pouvoir ie reproduire en nous cette humanité nouvelle : c La loi le r Esprit de vie qui est en Jésus-Christ m'a affranchi de fa loi du péché et de la mort. » En ce point, comme dans x>us les autres, le rôle de l'Esprit consiste à prendre de ce jui est à Jésus (cette vie d'homme parfaitement sainte), pour nous le donner. Si cette vie sainte n'eût pas été réalisée en Christ, l'Esprit n'aurait rien à nous communiquer sous ce rapport, et la sanctification de l'humanité resterait une aspiration stérile. Remarquons enfin, qu'en raison du V. 17, il s'agit ici des apôtres, non pas seulement comme chrétiens, mais spécialement comme ministres (v. 18). Jésus lui-même, tout en se sanctifiant comme homme et pour réaliser l'idéa) de la sainteté humaine, s'est sanctifié en même temps comme Sauveur et pour rendre la vie à l'immanité. De même la tâche des apôtres ne sera pas seulement de réaliser la consécration commune à laquelle sont appelés tous les croyants. Jésus, en les affranchissant de toute Tocation terrestre et en les envoyant au monde comme ses ambcissadeurs, a voulu que leur sanctification personnelle s'opérât sous la forme de l'apostolat. Cette forme n'est pas plus sainte , mais elle a le caractère d'un service spécial. — "Ev a>Y;6eîa, en vérité, vu le manque d'article, doit prendre ici le sens adverbial : d'une manière vraie, en opposition à la consécration tout extérieure du sacerdoce lévitique. — C'est ainsi que de cette demande générale : Je te prie pour eux, se sont dégagées ces deux demandes progressives: c Maintiens-les dans la sainteté! Consacre-les par la sain* teté» afin qu'ils deviennent les instruments de la sanctification du monde! » Il est naturel que de là Jésus passe à uoe prière en faveur du monde lui-même, du moins quant i sa future partie croyante, v. 20-26. Jésus prie pour
3e Vol. i9
les croyants et demande pour eux : v. 20 et 31 l'unité spirituelle ; V. 22-24 la participation à sa gloire.
V. 20 et 21. € Et ce n'est pas pour eux seulement que je prie, mais pour tous ceux qui croiront* efi moi par leur parole, 21 afin que tous soient un ; afin que, comme toi. Père, tu es en moi, et moi en toi, eux missi soient m* en notis, afin que le monde croie * que cest toi qui m*as envoyé. > — Après avoir recommandé à Dieu Vauteur et les instruments de l'œuvre du salut, Jésus prie en faveur de V objet de cette œuvre, le corps des croyants. Nous contemplons, dans le miroir de la prière de Christ, l'Eglise élevée par la foi à l'unité en Dieu et avec Dieu, et par là rendue capable de posséder la gloire du Fils. C'est la réalisation du but pour lequel Dieu a créé l'humanité, le contenu de cette € sagesse cachée que Dieu avait prédéterminée avml les siècles pour notre gloire > (1 Cor. II, 7). H ne s'agil donc pas seulement ici, comme on le croit souvent, de Tunité des chrétiens entre eux, mais avant tout de celle qui en est le fondement, l'unité du corps des croyants av« Christ et, par lui, avec Dieu. Le Seigneur voit se former autour des apôtres, par leur prédication, une société de fidèles dans laquelle il habitera lui-même. La vraie leçon est certainement le piés. itwtcuovtwv. Mais ce présent esl une anticipation; car, jusqu'ici, il n'y avait pas encore de croyants ga{2:nés par la parole des apôtres. Jésus se représente tous les croyants, absolument parlant. Il les contemple en esprit, ces fidèles de tous les temps et tous les lieux, et, par sa prière, il les réunit en un seul corps et les Irans-
* T. R. avec D* plusieurs Mnn. Itpienque y^ Sah. : TnTrwwvThiv (qvi croii^nt). Les 19 Mjj. tous les autres Mnn. Syr. Cop. : rt^nwovw» (qui croient).
* Kv (le\ant mt.v est retranclK' par B C D It-'W Sah. ' N B (] : ;:ioT£ur„ au lieu de ;:î7TEuar^.
CHAP. XYII, 90.2!. 451
>orte dans la gloire. En français, ce présent ne peut se 'endre que par le futur. — Cette parole de Jésus assigne à a parole apostolique dans la vie de l'Eglise un rôle capital. lésus ne reconnaît, dans l'avenir, de foi capable d'unir 'homme à Dieu et de le préparer à la gloire, que celle )u'enfantera et qu'alimentera l'enseignement de ces onze ipotres. Le terme de parole (Xoyoç) ne désigne pas seulement, comme pourrait le faire celui de témoignage (piaprupia), la narration des faits; il renferme aussi la révélation du sens religieux et moral des faits. C'est le contenu des épitres aussi bien que celui des évangiles. On ne parfient réellement à Christ (eiç è^Uy à moi), dans tous les temps, que par cet intermédiaire.
La première proposition, v. 21 : afin que tous soient t/fi, indique sommairement l'idée générale. Les mots suivants : comme toi. Père...,, dépendent du afin çue suivant (non do premier), par une inversion semblable à celle de XIII, S4. Il y a ici une reprise explicative : < Afin qu'ils soient on; afin, dis-j'e, que, comme toi, Père..., eux aussi soient on en nous. » Celte construction n'a pas le caractère traînant dé celle qui fait dépendre le comme du premier afin que. Âpres av<»ir demandé l'unité des croyants, Jésus la décrit comme l'unité de l'ordre le plus subUme ; elle partage la nature (xa6(o;) de celle du Père et du Fils. Comme le Père vit dans le Fils et le Fils dans le Père, ainsi le Fils tit dans les croyants et, en vivant en eux, il les fait vivre les uns dans les autres. Cette unité sainte est l'œuvre de l'Esprit qui seul a la puissance de faire tomber la barrière «ntre les personnalités, sans les détruire. Au lieu de : «afin qu'ils soient un en nous, > quelques Mss. lisent : cafin qu'ils soient en nous. > Cette leçon est condamnée par le contexte, qui réclame ici l'idée de Vanité des fidèles. Le 2v s'est perdu dans le èv i^piiv qui précède.
Un pareil organisme spirituel, fonctionnant sur la terre, est une apparition si nouvelle qu*à sa vue le monde est amené à la foi en celui de qui il procède. Cest ici le contenu du troisième afin que dans le v. 31 : le but final des deux afin que précédents et parallèles. Le mot rroire-n'cst jamais pris dans le N. T. autrement que dans un sens favorable. Il ne peut donc désigner une conviction forcée, telle que celle dont il est parlé Phil. Il, 10 et suiv. Jésus sait que, dans ce qu'il appelle le monde, se trouvent encore des éléments capables d'être gagnés à la foi. Et ce que la vue d'un phénomène local et passager, comme celui de la primitive église à Jérusalem, a produit chez le peuple juif (Act. XXI, 20 : « Tu vois combien il y a de myriades ée Juifs croyants i^)y ce même spectacle, agrandi, ne le pr^ duira-t-il pas un jour, sur une plus grande échelle, diBS le monde entier? Peut-être Jésus pense-t-il plus spécial^ ment h la conversion des Juifs à la fin des temps, lorsqu'ils verront l'Eglise réalisée dans toute sa beauté chez les païens. Cette supposition est confirmée par les mots : (jtK c*esl toi qui ftias envoyéy c'est-à-dire : « que moi, ce Jésus de Nazareth qu'ils ont rejeté, suis réellement rKnvoyc promis qu'ils attendaient. > Hom. XI, :25. 31. Comp. i Jean I, 3; Epli. IV, 13. — Jésus s'élève ici à sa demande suprême, la participation des disciples à .va (/loire. Cette demande est préparée v. 22 et 23, puis solennellement énon céc, v. 24:
V. 22-24. € Et la r/loire que tu wVm doimée^ je leur enai fait don^ afin qu'ils soient uUy comme nous sommes mw', 23 moi en eux, et toi en moi; afin que leur unité soit parfaite, et* que le monde reconnaisse que tu m'as envoyéf^
* B ('. D L retranchent £7{x£v, cl N £v s-sasv.
* N B C D L \ It •''•! (^op. Or. retranchent xai devant iva -pvfowr,.
CHAP. XVII, 21-2i. 453
ue tu les €u aimés » comme lu m'as aimé, 24 Père, ma vo- "jnié est que, ceux que * tu m'as donnés, là ou je suis, y oiefit aussi avec moi, afin quils cofUemplent ma gloire, fuc tu m'as donnée, parce que lu m'as aimé avant la fonlaiton du monde. > — Dans toute cette prière, Jésus apmie ses demandes sur ce qu'il a déjà Tait lui-m£me en vue lu but à atteindre. De là le èyé>, moi, placé en télé. Il a léjà commencé celte communication de sa gloire aux disnples dont il va demander la consommation. Quelle est !elte gloire dont Jésus a déjà fait don aux siens? Chrysos- Lome entend par là l'honneur du ministère apostolique et des dons miraculeux. Mais la pensée de Jésus a un vol plus élevé, comme le prouvent la fin du v. 23 et le v. 24. Ilengslenberg rapporte ce terme de gloire à la participation des fidèles à Vunité du Père et du Fils; cette explication conduit i une tautologie avec la proposition suivante. Meyer entend par la gloire celle du régne à venir; ils ne la possèdent pas encore de fait, il est vrai, mais elle n'en est pas moins déjà leur propriété assurée. La prière v. 24 ne réclamerait ^ue le changement du droit en fait. Celte explication est acceptée par Luthardt (2® éd.). Mais Jésus parait pensera tin don réellement accompli, comme point de départ d'un don futur. La fm du v. 23 nous conduit à un sens un peu différent. Comme l'essence de la gloire de Jésus consiste dans sa dignité de Fils, et de Fils bien-aimé, ainsi la gloire des fidèles qu'il leur a communiquée, est la dignité filiale, l'état d'adoption (I, 12), par lequel ils sont devenues ce que 6 Fils est éternellement, enfants de Dieu, objets de son tinour parfait. Cette gloire, Jésus Ta donnée aux siens, en ^menant les choses à ce point, que Dieu a pu justement
• D 7 Mnn. It"'»*i Cop. : rjorr]*» (que je les ai aimés) au lieu 'ijYOjniaa;.
« Au lieu de ou;, N B D Vg'»'«q Cop. : o.
reporter sur eux toul l'amour qu'il a pour Jésus lui-même (v. 26; XV, 9. 10)., On comprend par là la proposition suivante: Afin qu'ils soient un, comme nous sommes un. Une fois objets de l'amour du même Père et portant en commun l'image du Frère aîné, ils forment entre eux une famille étroitement unie (comp. Rom. Vill, 29; Eph. 1, 10). *Le fondement de cette unité est encore une fois expressément rappelé par les mots: Moi en eux, toi en moi, qui ''sont, non une nouvelle proposition, mais, comme le dit Meyer, une apposition explicative du sujet nous de la phrase précédente; ou, comme nous dirions plutôt, du prédicat de cette phrase : être un comme nous. Dieu vivant en Christ, Christ dans chaque fidèle, — c'est Tunité divine reproduite sur la terre. De là un nouveau afin que. A la vue de cette unité admirable, non seulement le monde croira^ comme il a été dit V. 21 , mais il reconnaîtra. Ces deux verbes ne sauraient être synonymes. Le terme reconnaître renferme sans doute avec la foi des fidèles (v. 21) la conviction forcée des rebelles. Le mot xo^ixo;, le monde, quoi qu'en dise Meyer (qui rend ici fort mal mon explication), ne peut désigner uniquement les croyants. II doit avoir un sens plus étendu. Il s'agit de Thonimage universel, volontaire ou involontaire, décrit Phil. Il, 10 ; Rom. XIV, 10-12.
En contemplant le résultat magnifique de Tœuvre de Jésus : les croyants élevés à l'unité parfaite par le sceau de l'adoplion qu'ils portent en commun, tout l'univers intelligent rendra hommage à l'envoyé divin qui, en les transformant à sa propre image, a réussi à les faire aimer de Dieu, comme il est lui-même^ aimé de Dieu. Ainsi est préparé le terme suprême des voies de Dieu envers l'Eghse de Christ: la contemplation immédiate et la jouissance delà gloire du Fils de Dieu, qui a voulu devenir son Chef. La répétition de l'invocation : Père (v. 21. 24 et 25), trahit
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rémotion croissante de Jésus, à mesure qu'il approche de la fin de sa prière. La leçon o âé^coxa;, c ce que tu pi 'as donné, » pourrait bien ici, comme au v. 11, être la vraie. Jésus désigne par cette expression le corps des élus, ce ?v, dont il vient de parler (v. 23). — 0c'Xw : Jésus ne dit plus : Je prie; mais : Je veujc! On explique ordinairement cette expression, qui ne se retrouve nulle part ailleurs dans la bouche de Jésus, en disant que le Fils s'exprime ainsi, parce qu'il se sent pleinement d'accord sur ce point avec le Père. Mais c'est ce qu'il sentait dans toutes ses prières. H faut mettre cette expression unique en rapport avec le caractère unique de la situation. C'est ici la parole d'un mourant : t Père, ma dernière volonté est... > C'est donc bien son testament que Jésus dépose entre les mains de son Père. — En rapprochant de lui ses disciples, comme il vient de le rappeler v. 22 et 23, Jésus a eu pour but de les rendre aptes à la contemplation immédiate de sa gloire. Cette gloire, c'est, d'après l'explication de Jésus lui-même, l'amour dont le Père l'aime éternellement, avec toutes ses conséquences. Les mots : avant la fondation du monde, indiquent nécessairement l'élernité. Cette expression est celle d'entre toutes les paroles de Jésus, qui nous conduit le plus avant dans les profondeurs divines. Elle montre h la spéculation chrétienne sur quelle voie elle doit chercher la solution des relations irinitaires; l'amour est la clef de ce mystère. Et comme cet amour est éternel, et qu'en conséquence il ne cesse pas plus qu'il n'a commencé, il peut devenir l'objet permanent de la contemplation des fidèles, qui se trouvent ainsi initiés au mystère de l'essence du Fils et de son éternelle génération. Bien plus; comme, par U communauté complète que le Fils est parvenu à établir entre eux et lui, ils sont les objets d'un amour semblable à celui dont jouit le Fils, ils sont ainsi introduits eux-mêmes
dans le mouvement éternel de la vie divine. C'est ce qui ressort, du mot contempler. On ne contemple un fait de cet ordre qu'en y participant. Voilà la hauteur à laquelle Jésus élève TEglise. Après avoir tiré son Epouse de la boue, du milieu d*un monde plongé dans le mal, il rinlnuluil dans la sphère de la vie divine et la place avec lui sur le trône. Meyer, Luthardt (2® éd.) n'admettent pas que la gloire dont parle ici Jésus, puisse être celle de son état divin antérieur à l'incarnation. Car celle-ci, disent-ils, n'est pas un don de l'amour du Père ; elle est inhérente à la personne même du Fils. L'intention des mots : parce que lu mas aimé aranl la fondation du monde^ ne serait donc pas d'expliquer en quoi consiste la gloire du Fils; mais d'indi(fuer le motif pour lequel le Père va bientôt le glorifier par l'ascension. La gloire que le Père lui a donnée serait donc celle du Fils de l'homme glorifié. Mais l'amour éternel do Père pour le Fils ne saurait être le motif de la glorification de Jésus homme. La raison de l'élévation du Christ incarné est, d'après les enseignements de Jésus et dos apolres, sa soumission parfaite et sa fidélité absolue à la volonté de Dieu durant sa vie terrestre: X, 17; XV, 10; XllK â:î; XVII, i. 5; Philip. II, 9 (c'est pou rqnoi aussi,.,). S'il est une gloire que le Fils doive à l'amour éternel du Père, c'est donc sa gloire éternelle, sa dignité de FilSy son état divin antérieur à rincarnation; ccunp. v. 26: « Le Père lui a donné d'avoir la vie en lui-même. » C'est ce mYSlère intime de l'essence divine à la contemplation duquel doivent être admis les fidèles. Le on est donc bien explicatif: c la gloire que tu m'as donnée, en ce que tu m'as aimé. » La gloire d'un être n'est-elle pas l'amour dont il est l'objet? La gloire du Fils est l'amour éternel par lequel il est Fils.— Jésus est arrive au faîte et par Ih même au terme de sa prière. Mais il éprouve le besoin de justifier encore de pa-
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ailles demandes. La justice de Dieu se présente à lui. Se lui ferme-t-elle point le chemin de Texauccment?
V. 25 et 26. i Père juste, le monde, il est vrai, ne (a oas connu; mais moi y je t'ai connu; et ceux-ci ont rejonnu que tu m'as envoyé. 26 Et je leur ai fait connaître Ion nom, et je le leur ferai connaître, afin que l'amour iont tum^'as aimé soit en eux, et que je sois moi-même en wœ. B — En transportant avec lui sur le trône une Eglise le pécheurs, comment ne sentirait-il pas le besoin de légitimer auprès du Dieu juste les privilèges inouïs qu'il réclame en faveur des siens? Le momie, sans doute, a refusé je connaître Dieu, et, si les disciples étaient encore de ce monde, la justice divine aurait le droit de protester contre
» prière. Mais celui qui se présente à leur tète, a connu
Dieu ; et, eux aussi, en le reconnaissant comme Fenvoyé livin, ils ont été introduits dans la lumière de la connaislance de Dieu, Cette lumière ne fait que poindre en eux, il est vrai ; mais Jésus, qui en a fait luire sur eux les premiers rayons, s'engage à leur communiquer à l'avenir toute » propre connaissance du Père, afin qu'ils puissent devenir, au même titre que lui, les objets de Famour divin, et ^u'au terme de son œuvre Jésus vive si réellement en eiu\ qu'en les aimant ce soit lui, lui toujours, que le Père aime. Ainsi la justice divine, bien loin d'avoir des réclamations à élever contre cette marche, doit plutôt joindre sa voix h celle de l'amour pour appuyer la requête de Jésus. — L'allocnlion ^¥ève juste» n'est pas substituée sans intention & celle de < Père saint. » Il ne s'agit pas ici de la sainteté, le Famour du bien en soi, qui est le propre de cet attribut livin; encore moins de l'équité de Dieu, c'est-à-dire de sa miséricorde! Le: tMais moi, je t'ai connu,» prouve que
* M lit auTou; au lieu de fxc.
Jésus se place ici en face de lajWîce rétributiveAeUm, qui, en excluant le monde de la gloire, pourraîl ou aurait dû en exclure aussi les disciples, si Jésus par son œuvre en eux n'avait trouvé le moyen de faire parler en leur faveur la justice elle-même. Le xai, et (que nous avons rendu par il est vrai), devant le mot le monde , offre une difficulté. Meyer l'explique (d'après l'emploi fréquent dexaî chez Jean) comme indiquant une opposition. Ce )cai ferait opposition à l'idée de justice: €père juste! Et pourtant le monde.. .> C'est-à-dire: < Père juste, car tu l'es véritablement, lors même que le monde ne t'a pas reconnu comme tel.» Puis Jésus réclam^ rait de Dieu les grâces qui vont suivre au nom de cette justice (ainsi aussi Luthardt, 2® éd.). Mais la négation de la justice de Dieu dans le monde aurait-elle une gravité telle qu'il ne crût pas pouvoir saluer son Père du titre dejusU, sans justifier expressément cette affirmation? Je crois que, d'après l'analogie générale du style de Jean, la construction est tout autre et l'intention très-différente. Jean aime i exprimer les contrastes par la corrélation de deux xai (VI, 3(); XV, 24, etc.): et... et, pour: d'un côté, de l'autre. Ainsi le premier xai, placé en tète de la première proposition devant o xocp:, annoncerait une antithèse; et celleci se trouve réellement dans la (roùiième proposition : x» ouToi..., et ceux-ci ont reconnu,,. Le contraste est donc* celui-ci : « D'un côté (xai), le monde ne l'a pas connu... De l'autre (xai), ceux-ci m'ont reconnu comme ton envoyé et par moi ont appris à te connaître. )► Le rapport de ce contraste moral à l'idée de justice rétributive (Vère juste !i saute aux yeux, a Le monde, il est vrai, ne mérite de (a part que le rejet; car il Ta méconnu; mais ceux-ci, en m'accueillant et en apprenant par moi à le connaître, sont devenus dignes de ta bénédiction. » — Mais il y avait nécessité d'introduire entre ces deux termes du contraste:
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le monde — ceux-ci^ une idée intermédiaire : celle du rôle rempli auprès des disciples par Jésus. Car autrement ils seraient encore confondus avec le monde. C*estrapparition de Jésus qui a fait naître le contraste. Le monde, en repoussant cette apparition, a méconnu Dieu; les disciples, en Taccueillant avec foi, ont commencé à connaître Dieu et ont maintenant en perspective sa connaissance parfaite. Et voilà la raison pour laquelle Jésus intercale entre les deux termes de Tantilhèse primitive les mots : Mais moi^ je t'ai connu^ qui forment comme une antithèse secondaire (lyco Héj mais moi, comp. XVI, 20). Le xai de la première et celui de la troisième proposition sont donc bien corrélatifs. Mais, le 8é, mais, de la seconde formant un contraste indispensable avec le premier, il en résulte que le second xai est à la fois le pendant du premier et la continuation du ^é qui est intervenu en quelque sorte inopinément. * Une telle construction n'appartient qu'à la parole vivante et ne s'expliquerait pas dans une composition artificielle. — Meyer applique le: ne (a pas connu, relatif au monde, à Taveuglement de l'humanité par rapport à la révélation de Dieu dans la nature, dont parle Paul, Rom. 1,19, etc. Cette idée n'a pas la moindre relation avec le contexte. 11 s'agit de l'incrédulité à l'égard de la révélation de Dieu dans la personne et l'enseignement de Christ. — Le futur : je ferai connaître, se rapporte à la Pentecôte et à toute l'œuvre de Jésus dans l'Eglise depuis ce jour- là. — Les derniers mots qui terminent la prière: et moi en eux, servent à la motiver tout entière, mais particulièrement la pensée précédente: et que f amour dont tu nias aimé soit en eux. L'amour de Dieu^
* Meyer trouve cette explication « contort. » Il me parait qu'elle se justifie et se défend d'elle-même. Elle se rapproche de celle de Baumein (que Meyer ne traite guères mieux): 6 xo^ixo; [fxàv] ... Èyo) os... /.al )Îtoi (le monde sans doute... mais moi... et cerix-ci aussi).
Mi) TROISIÈME PARTIE.
en se portant sur les croyants, ne s'attachera à rien de souillé. Car il ne se portera, en réalité, que sur Jésus lai- «néme, sur Jésus vivant en eux, sur eux en tant qu'idcDÛliés avec lui et reflétant sa sainte inf)age.
Quelle simplicité, quel calme, quelle profondeur transparente dans toute cette prière! c C'est bien, comme le dit Gess, le Fils unique qui parle à son Père. Tout est ici surnaturel^ parce que ^ui qui parle est le Fils unique venu du ciel; mais toat en même temps est naturel, car il parle comme un (ils parle à sob père. • Le sentiment qui est l'âme de cette prière, le zèle ardent pour la gloire de Dieu, est bien celui qui a été l'âme de toute h vie de Jésus. Ces trois demandes, celle de sa glorification personnelle, celle de la consécration de ses apôtres et celle de la islorlGcation de l'Eglise, ne sont-elles pas celles dans lesquelles dorait s'épancber ce sentiment? Dans le détail il ne s*est pas rencontré un mot dont l'exégèse n'ait démontré l'à-propos et la parfaite convenance dans la situation donnée. Serait-il possible d'admettre, avec Baur, qu'à la distance de plus d'un siècle, un auteur chr(>tien fût parvenu à ressaisir et à reproduire ainsi k* impressions do Jésus dans leur sainteté et dans leur élévation sublime? Ce serait dire qu'il a o\ist(> une fois un Jésus autre que Jésus lui-mémo.
M. Keuss admet, comme nous, que wtte composition o^t celle d'un témoin immédiat. Mais il trouve dans certains passades, au V. W, par oxomplo, la prouve que le disciple a reproduit libremont les pensées du Maître. Il demande si Jean avait donc Ifs tablettes et le crayon on mnîns pour recueillir mot fH>ur mot la prière do Jésus. Mais, si Jean a vraiment envisaizé Jl^us ctiniino le Logos, nous demandons toujours de nouveau comment io respect qu'il devait avoir pour ses paroles lui aurait fiermis de le faire ])arler, et surtout prier, à sa guise. Il n'a pas eu le crayMi en main, sans doute: mais la parole de Jésus n'était-elle pas de nature \\ se graver dans son cœur plus profondément et plus distinctement qu'une parole ordinaire? Jean ne peut-il pas. à une distance peu considérable de celte soirée, avoir mis par écrit ce qu'il se rappelait distinctement de ces derniers entretiens et de cette prière? Ou, sinon, la méditation sans cesse renoua elée de ces paroles graves sur les tablettes de son cœur et toujours n-
fraîchies par l'action de i'Esprit, ne peut-elle pas avoir remplacé remploi des moyens extérieurs? Ce miracle intérieur, si l'on veut rappeler ainsi, n*est-il pas moins inexplicable que ne le serait la composition artificielle d'une telle prière?
Mais on demande comment le calme qui règne dans cetteprière est compatible avec l'angoisse de Gethséma né ! Jean, prétend Keim, anéantit par ce récit la tradition synoptique. La luUe de Gethsémané a le caractère dune crise brusque, d'une se(*ousse violente, en quelque sorte dune bourrasque, aprt*s laquelle le calme se rétablit dans l'Ame de Jésus aussi promptemeiit qu'il y a été troublé. Cette crise passagère Jk une double cause : l'une naturelle, Timpressionnabilité unique de l'Ame de Jésus dont nous avons vu tant de preuves dans cet évangile, particulièrement au ch. XI et XII, 27. En vertu de la pureté même de sa nature, Jésus était accessible, comme nul autre homme, à toute émotion légitime. Son âme ressemblait à l'aiguille aimantée, dont la mobilité n'est égalée que par la persévérance avec laquelle, dans chaque oscillation, elle tend à ressaisir sa direction normale. Gethsémané fut, pour Jésus, non le supplice, mais \ acceptation du supplice; par là même, la souffrance anticipée de la croix. Une telle anticipation est quelquefois plus douloureuse que la réalité. La cause surnaturelle est signalée par Jésus lui-même, XIV, 30: *Le j^rince de ce )nnnde vient, » Comp. Luc XXII, 53 : tC^est ici votre heure et la puissance des ténèbres, » L'origine diabolique de cette angoisse se trahit dans sa soudaineté et sa violence même. Saint Luc avait terminé son récit de la tentation au désert par ces mots : < Le diable se retira de lui à/pi xaipou, jusqu'à un autre moment favorable. » L'heure de Gethsémané fut aux yeux du prince de ce monde ce nouveau moment favorable.
La prière sacerdotale, qui renferme l'action de grâces de Jésus pour l'œuvre accomplie par lui ici-bas, est le couronnement du récit du développement de la foi chez les disciples (ch. XIll-XVl). Elle forme ainsi dans notre évangile le pendant du morceau XII, 37-50, dans lequel Jcark avait résumé l'histoire de l'incrédulité juive (ch. V-XII).