I. — Le procès devant le Sanhédrin : XVIII
Le morceau suivant contient le récit d'une comparution (le Jésus chez Anne, ex-grand-sacrificateur, récit qui se trouve comme entrelacé avec celui du reniement de saint Pierre. Cette comparution n'est point mentionnée dans les synoptiques. En échange, ceux-ci racontent une séance du Sanhédrin chez Caïphe dans laquelle Jésus l'ut condamné à mort. Cette séance n'est pas racontée par Jean. Comment expliquer ce rapport entre les deux formes principales de la narration évangélique? Jean aurait-il à tort placé chez Anne la comparution qui, d'après les synoptiques, a eu lieu chez Caïphe? C'est ce que pensent les uns. Ou hien les synoptiques ont-ils fait par erreur de la maison de Caïphe le théâtre de la scène qui s'est réellement passée Anne ? C'est ce que d'autres prétendent.
Remarquons d'abord qu'en disant au v. 13 que la troupe conduisit Jésus chez Anne, Jean ajoute : irpwTov, premièrement: par où il donne clairement à entendre que cette séance chez Anne a été suivie d'une seconde comparution. Celle-ci ne saurait être la comparution devant Pilalc. Ci\v il est dit positivement v. 24* : « Anne envoya donc Jésus lié chez Caiphe, le souverain sacrificateur» ; et au v. 28: « Ils conduisirent donc Jésus de [chez] Caiphe au prétoire.» Jean pourrait-il indiquer plus clairement qu'une séance a eu
lieu chez Caîphe, lors même qu'il en omel le récil? De plus la comparution de Jésus devant Pilate suppose nécessairement qu'auparavant il y avait eu sentence de mort officiellement prononcée contre lui par le Sanhédrin, puisqu'il s'agissait d'obtenir du gouverneur la confirmation et l'exécution de cette sentence (v. 31 ; XIX, 7. H. 16). Or, dans la séance chez Anne dont Jean retrace le. tableau, il ne s'est rien passé qui ressemble à une condamnation. C'est une simple enquête préalable qui n'est suivie d'aucun jugement. Le récit de Jean implique donc une séance subséquente du Sanhédrin, comme haute cour de justice, pour le jugement de l'accusé, par conséquent la séance décrita chez les synoptiques. On demandera quel était, dans ce cas, le but de la comparution chez Anne. Non seulement elle pouvait servir à tirer de la bouche de Jésus quelque parole compromettante propre à provoquer sa condamnation, cir on était embarrassé à ce sujet; mais les usages juridiques la requéraient absolument. L'on sait qu'une sentence capitale ne pouvait être prononcée par le Sanhédrin que le jour <|ui suivait celui de la comparution de l'accusé. > Dans ce cas-ci, celle forme ne pouvait cire observée complètement, puisqu'on avait décidé de hâter les tenips. Mais au moins devail-on, pour sauver autant que possible les apparences, oflVir le simulacre d'une [)remiére séance préliminaire, suivie d'une seconde oii la sentence serait prononcée. Les synoptiques, comme cela est conforme à la nature delà tradition orale, n'ont conservé que le souvenir de la séance qui a marqué historiquement; Jean, comme il le fait d'ordinaire, a réparé l'omission synopli(jue en racontant la séance préliminaire; mais il a omis la séance solennelle du Sanhédrin, tîommc suffisamment connue. Autant en effet
* Schurcr, p. 416 et 417, d'après Sanhèdri)} , IV. \ ; V, 5.
serait inadmissible que la condamnation de Jésus n'eut is été prononcée, ainsi que le rapportent les synoptiques, liant il le serait, d'autre part, que le jugement n'eût pas è précédé d'une enquête destinée à lui donner une appance de légalité, comme celle que raconte Jean. Langen ^ nie toute comparution quelconque chez Anne et 'étend que la scène racontée par Jean. v. 20-23, a fait îrtie de la séance du Sanhédrin chez Caïphe. Seulement )mnie Jean avait négligé d'indiquer que de chez x\nne Jéis avait été conduit immédiatement chez Caïphe, il comlerait cette lacune au v. 24, où il faudrait naturellement raduire l'aor. par le plus-que-parf. : t Or Anne avait enoy^ Jésus...» Langen avoue que si cette traduction n'est as possible, son opinion est insoutenable. Nous renvoyons et examen au v. 24. — M. Lutteroth établit le cours les choses à peu prés de la même manière*; il résout la ifficulté du v. 24 par un expédient d'une autre nature Foir à ce v.). — Beyschlag n'admet qu'une séance de nuit ui aurait eu lieu chez Anne, conformément à Jean; puis ne au matin y supposée par Jean, et qui se trouverait ien placée et décrite par Luc XXII, 54 et 66-71. Mallieu et Marc mentionnent bien aussi cette dernière (Mat. XVII, 1; Marc XV, 1). Mais ils auraient confondu la séance înuit avec cette séance du matin qui avait été celle de la •ande comparution chez Caïphe et du jugement de Jésus ir le Sanhédrin; ce qui ferait que chez eux celle du ma- I reste complètement inutile. Nous reconnaîtrons, je crois, nreur de Beyschlag sur ce dernier point (voira XVIII, 28); avec cette erreur tombera toute son hypothèse.
' Die letzten Lcbenstage Jesu, 4864.
' a Anne fut informé en pns^innt &\x succès de Tarrestation. » Essai
nterprdtation des do^nrrcs parties de V Ev . de St. Matthieu, 4876.
il A QUATRIÈME PARTIE.
Baur et Strauss ne voient dans la comparution chez Aime qu'une invention de l'auteur du IV® évangile dans le but d'augmenter la culpabilité des Juifs, en faisant prononcer la condamnation de Jésus, non par un seulement, mais par deux de leurs p;rands-prétrt»s. Mais 1'* Jean ne met dans la bouche d*Aniie aucun jugement de condamnation ; i^ il garde un silence profond sur celle qu'a prononcée Caïphet — Hilgenfeld pense que l'auteur n'a fait qu'effleurer dans son récit la séance du Sanhédrin chez Caïphe, parce que la messiani té juive de Jésus y avait été trop fortement accentuée pour son sentiment a nti -judaïque. Mab avec la liberté dont il usait à l'égard de l'histoire (d'après ces criti(|ues\ rien n'était plus facile pour lui que de modifier le récit de cette scène, par exemple en faisant porter la sentence de Jésus uniquement sur l'aflirmation de sa. dignité de Fils de Dieu. D'ailleurs si l'idée de la charge messianique répugnait tellement à Jean, pourquoi la rappeler expressément, à côté de sa qualité de Fils de Dieu, dans le sommaire* de l'évangile qui termine ce livre (XX, 31)? — Keim s'échauffe : « Qui est assez aveugle.... pour chercher la vérité dans un récit qui, — après avoir introduit l'interrogatoire chez Anne comme un fait de nature décisive, — écarte (ignorirt) de la manière la f»lus impardonnable celui chez Caïplu» » (^p. 3:^2-3i3 )! Mais la séance chez Anne, d'après Jean lui-même, n'a rien eu de drciaif. Son résultat juridique a été nul. au grand (Irpit des ennemis de Jésus qui comptaient en tirer (ïuel(|ue ^riof contre lui pour la izrantle S('»ance juridique qui allait suivre. Kt. de plus, la sc»ance chez («Yi plie, n'est nullement écarU\^ ( ifffiot^irfj, comme nous venons de le voir. Car Jean, tout en omettant le récit de cette séance, lui assigne très-correctement sa place (^v. 2'i), exactement d'après le même procédé dont il a\ait usé à l'égard de la scène de (lethsémané (^XVIIl, Il — M. Heuss, d;uis son ouvrage riTcminent publié*, s'exprime ainsi : « Jean ne dit rien, et nous ajouterons sans nous trompeur ne sait rien de l'interrogatoire officiel et du procès <Jevanl la cour, parce que tout cela s'est fait à huis-clos. > NtHis avons montré (jue Jean sait tout et fait entendre tris-clai rement, pour ()ui ^eut le lire avec soin, ce qu'il ne lui convient pas (Je raconter e\press4'»meiit. M. Uenan ne marchande pas à Jean l'admiration qu'il éprouve |)our cette partie de son récit : « Seul
* Histoire ria)\gèliqi(c, 1870, p. 663.
CHAP. XVlll, 12-ii. 475
notre auteur fait conduire Jésus chez Ânnas, beau-père de Caiphe. Josèphe confirme la justesse de ce récit... Cette circonstance dont les deux premiers évangiles ne se doutent pas, est un trait de lumière. Comment un sectaire écrivant en Egypte ou en Asie- Mineure eût-il su cela?... C'est une forte preuve de la valeur historique de notre évangile » (p. 52i et 407).
1^ Jésus conduit chez Anne.
V. 12-14. € La cohorte et le tribun et les huissiers des Juifs se saisirent donc de Jésus et le lièrent, i3 et ils le conduisirent^ d*abord à Anne; car il était beau-père de Caiphe, qui était souverain sacrificateur de cette année-là*, \A Caiplie était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil: qu'il valait mieux qu'un seul homme mourût » pour le peuple, 1 — Le mol rptÔTov, d'abord, renferme une rectification tacite des synoptiques, d'après lesquels Jésus aurait été conduit directement chez Caïphe; comp. une remarque toute pareille III, 24. — Anne avait été lui-ménie souverain sacrificateur dans les années 6-15 de noire ère, ainsi environ 15 ans auparavant. On voit dans Josèphe que c'était l'homme influent de l'époque. Cependant Jean fait entendre que la vraie raison pour laquelle Jésus fut conduit en ce moment chez lui, fut plutôt sa relation de parenté avec Caïphe, le grand sacrificaleur. En vertu de cette relation, les deux personnages n'en Ibrmaicnl, pour ainsi dire, qu'un. Comp. l'expression de Luc, III, 2. — Sur v. 13 et 14, comp. XI, 50. 51. Par la remarque du v. 14, sur Caïphe, Jean veut faire comprendre quelle justice Jésus avait à attendre d'un tel magistrat.
* MBD6Mnn. : rjYayov au lieu d'a^njTayov. — mBCDXà It'''q omettent «utov.
* Cod. 225 ajoute après -pwTov : ajrsTcstXEv ouv au-cov o Avva; $e$£(xsvov î:^; Kata^av tov «o/iEpea. SyrP ajoute Ics mêmes mots en marge. C^Tille lit après exeivou : a7;£T:£tXav Ss auiov dedEfiCvov nsoç Kata^av tov cipytcpea (comp. v. 24).
* N B C L X 13 Mnn. plusieurs Vss. : a-oOavsiv au lieu d*a7:oX£a6at.
476 QUATRIÈNK PARTIE.
2° Le premier reniemenl:
V. 15-18. f Or, Simon Pierre suivait JésuSy ûtiun/u'un autre * disciple ; et ce disciple était connu du souverain sacrificateur^ et il entra avec Jésus dans la cour du souverain sacrificateur. \^ Et Pierre se tenait dehors j à la porte ; l'autre disciple, qui était connu du sout^erain sacrificateur*, sortit donc et parla à la portière et fil entrer^ Pierre, 17 La servante qui était portière dit donc à Pierre: N'eS'tu pas aussi des disciples de cet homme, loi? Pierre répond: Je n'en suis point. iS Or les serviteurs et les huissiers se tenaient là, ayant fait un bramer, parce quil faisait froid, et ils se chauffaient : et Pierre^ se tenait parmi eux et se chauffait, i^ — Tandis que les synoptiques racontent d'une manière suivie les trois reniements de Pierre, probablement parce que dans Tévangélisation orale ils étaient réunis en un récit unique et détaché, formant Tun des a7:o[xvirijjLove'jji.aTa ou sujets traditionnels, Jean les répartit dans le cours de sa narration, passant alternativcmenl de Piorro h Jésus et de Jésus h Pierre. Ce récit plus articulé reproduit certainement le vrai cours des choses , et rien ne rcvcle mieux dans Fauteur de notre évangile le témoin des faits. « Même supériorité, dit avec raison M. Renan, dans le récit des reniements de Pierre. Tout est plus circonstancié, mieux expliqué. »
l/art. ô. /e, qu'omettent les alex., devant les mots 2).).o; axOr.r/;;, autre disciple, v. 15, doit sans aucun doute être retr.inehé. Cette omission est confirmée par les anciennes
* N A B 5 Mnn. et probablement It. Vg. S)r. C'op. Sali, onietlento dniinl xWo; (un autre disciple .
* Au lieu lie o; r,v yvfoiTo; Tt) as/., B C L X lisent o -p. tou as/. ' N ; sfTTjVs-j'xs au lieu (l'ctir.yaysv.
* N B C L X quelques .Mnn. ItP«^«-'T»« Vj;. Syr. Cop. lisent xa: deunt o IIîTso; et Pierre aussi).
CHAP. XVIll, 15-18. 477
versions et par le contexte. Car rien dans ce qui précède ne justifie l'emploi de Tart. défini. Il faut donc traduire : c un autre disciple. i Quel est celui que Jean désigne ainsi? Lui-même? C'est la réponse la plus ordinaire. Mais nous connaissons la périphrase dont Jean se sert pour se désigner lui-même, tout en gardant l'anonyme : le disciple que Jésus aimait (XllI, 23; XIX, 26). J'ai essayé, dans la i^^ édition, de justifier dans ce cas l'absence de cette expression, en disant que € ce n'était pas le moment de l'employer, 1 après l'abandon où les disciples venaient de laisser leur Maître. Je ne saurais me cacher cependant que cette explication est un peu subtile. Pourquoi Jean ne voudrait-il pas désigner par cette locution unique quelqu'autre disciple, son frère Jacques, par ex., qu'il ne nomme nulle part ailleurs dans notre évangile, pas plus que sa propre mère? Nous ignorons les relations que Zébédée et ses fils pouvaient avoir avec la maison du souverain sacrificateur. Peut-être la profession même de Zébédée en avait-elle fourni l'occasion. Grâces à cette relation, ce disciple avait pu pénétrer avec le cortège dans le palais sacerdotal, et bientôt il put en frayer l'accès à Pierre, qui avait sans doute réclama de lui ce service.
Mais de quel grand sacrificateur Jean veut-il parler quand il dit v. 15 : dans la cour du grand sacrificateur {oùMj plus probablement ici la cour intérieure que le palais lui-même)? D'un côté, après qu'il a été dit: ils le conduisnrent chez inné, il parait impossible de penser à une autre maison que celle de ce personnage. Mais, d'autre part, Anne ne reçoit ni dans ce chapitre, ni dans le reste du livre^ Je titre de âp/iepeu?, grand sacrificateur. Sans doute — et Schûrer Ta bien prouvé — ce terme peut désigner, outre le grand-prêtre en fonction, tous ceux qui ont rempli précédemment cette charge et même tous les membres des-
quelques familles privilégiées dans lesquelles se recrutait habituellemenl la souveraine sacriflcature. C'est par celte raison qu'il est souvent parlé des grands sacrificaleurs et qu'Anne lui-même, quoiqu'étant hors de chaîne depuis longtemps, est nommé ap/upeuç dans le livre des Actes (IV, 6). Seulement cela n'arrive jamais dans notre évangile et il serait bien difficile de croire qu'après avoir opposé, comme il l'a fait au v. 13, le grand sacrificateur Caïphcà son beau-père Anne, Jean désignât quelques lignes plus bas ce dernier par le titre de grand sacrificateur, sans avertir d'aucune façon ses lecteurs. Si donc c'est de la maison de Caïphe qu'il s'agit, il résulte de là que, puisque la connaissance du grand sacrificateur Caïphe et du personnel de la maison ouvre au disciple la demeure d'Anne, ces deux personnages ont dû habiter à ce moment un seul et raéine palais. Le lien d'étroite parenté qui les unissait explique celle circonstance ; et c'est peut-être par cette raison que Jean a si expressément mentionné ce Irait. Meyer a donc tort de dire que le texte n'offre pas le moindre indice en faveur de celle opinion. Il y conduit bien plutôt directement.
Los Hébreux avaient assez communément des portières (Josèpbe, Anii(i. Vil, 2, 1 ; Acl. XII, 13; 2 Sam. IV, 6dans les LXX). — Le xai, aussi (« N'es-tu pas, toi, aussi... ». montre qu'elle connaissait fort bien le disciple anonyme comme disciple de Jésus. — Les trois reniements de Pierre ont, ainsi que l'observe Lutbardl, trois points de départ historiques distincts, répartis en quelque sorte entre ks évangélistes : 1<^ l'introduction de Pierre dans la cour par un ami, connu comme disciple de Jésus; ^ le souvenir qu'avaient conservé de Pierre ceux qui l'avaient vu au moment de l'arreslalion de Jésus; 3" son dialecte galiléen. Mais à ces circonstances extérieures qui provoquèrent l'é-
preuve, s'en ajoutait une intérieure, qui facilita sa chute: le souvenir du coup qu'il avait porté et qui l'exposait plus que tous les autres à être enveloppé dans le jugement de son Maître. La peur se coalisa donc avec la présomption ; et ainsi se vérifia l'avertissement que Jésus lui avait donné : € L Esprit est prompt y mais la chair est faible, »
Les 5oO>.oi, serviteurs y v. 18, désignent les valets attachés privément à la maison sacerdotale ; les OinripéTai, huissierSy sont les serviteurs officiels du Sanhédrin, chargés de la police du temple. — Les derniers mots du v. 18: Pierre était là se tenant avec eux et se chauffanty sont reproduits littéralement au v. 25. Ils sont placés là comme pierre d'atlante, en vue de la reprise prochaine du récit relatif à Pierre. Les verbes k l'imparf. font tableau et signifient que la situation décrite demeurera pendant tout l'interrogatoire qui va'être raconté.
3** Comparution chez Anne :
V. 19-21. «Le souverain sacrificateur interrogea donc Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine. 20 Jésus lui répondit: J'ai parlé ^ ouvertement au monde; fai toujours enseigné en pleine synagogue * et dans le temple, oii tous * les Juifs s' assemblent y et je n'ai rien dit en cachette, 21 Pourquoi m* interroges-tu * ? Demande * à ceux qui m'ont entendu ce que je leur ai dit; voici, ceux-là savent ce que fai dit.n — Lors même que ce semblant d'enquête avait lieu chez Anne, ce n'était pas lui, comme on le pense généralement, c'était Caïphe qui dirigeait l'interrogatoire. Le titre de grand sacrificateur qui lui est donné v. 13 et de nou-
* HABCLXYA: XsXaXTjxa, au lieu de eXaXr^aa.
* T. R. lit TT, devant auva^w-pi uniquement avec A et plusieurs Mnn.
* T. R. avec quelques Mnn. seulement: icavioOev; ç avec <0 Mjj. (Y r 1 A etc.): JcavxotE ; K A B C L X H : Tuam;.
* T.R. avec byz.: c^ccpcoTaç et ETCEpwTTjaov ; alex. :.Ep(i)Ta( et epwnjoov.
veau V. 24, immédiatement après, ne permet pas une autre interprétation. Cette séance n était pas purement privée, comme on le dit souvent. Elle avait sa place nécessaire dans le procès , et le terme d'huissier au v. 33 en suppose le caractère officiel. Le devoir de la présider incombait donc au grand sacrificateur comme tel. On a supposé que Anne aurait fonctionné ici en qualité de Ab-belh-dùi (chef de la cour de justice). Mais cette dignité appartenait an grand sacrificateur lui-même (Schûrer, p. 413). Keim dit avec raison (non assurément pour soutenir le récit de Jean): € Si Caiphe était véritablement le grand-prétre en charge et en même temps Tdme du coup de main projeté contre Jésus, c'était à lui, et non à son beau-père» i connaître de TafTaire et à faire rapport au Sanhédrin » (111, p. 333). A quoi bon autrement la caractéristique de Caiphe au v. 13? El quand, au v. 33, Thuissier dit à Jésus : Est-^ am que (u réponds au souâ^erain sacrificateur? est-il possible de penser à un autre qu'au grand-prétre en charge, à celui qui seul porte ce titre dans tout ce chapitre? Le v, 24 ne s'oppose pas à celle inlerprélalion. Il ne s'agit là que d*un changement de localité. — La question posée à Jésus avait pour bul de lui arracher quelque réponse propre à motiver sa condamnation. Car on était embarrassé sur la marche a suivre dans cette afîaire, comme le prouve le recours aux faux témoins. — Ce qu'on demande à Jésus, ce n'est pas le nom de ses disciples, comme s'il s'agissait (l'une lisle de complices; ce sont des renseignements sur le nombre de ses partisans et sur les principes qui leur servent de drapeau. — Jésus, comprenant qu'on ne cheithe (|u'à lui arracher une parole dont on puisse tirer parli contre lui, en appelle simplement h la publicité de son ensei}inom<MU. Il n'est point le chef d'une société secrète, ni le propaîi^aleur de principes qui craignent le grand jour. -
CHAP. XVIll, 19-24. 481
Suvâtywjn^, sans article: en assemblée synagogale; le mol ufw, temple, a TarUcle, parce que cet édifice-là est unique. QuandJésus enseignait en particulier ses disciples, ce n'était pas pour leur dire autre chose que ce qu'il déclarait en public. — Le témoignage des anciennes Vss. décide en faveur de la leçon alexandrine: €tous les Juifs»; non : les Juifs de toutes parts ou continuellement.
V. 22 et 23. c Quand il eut dit cela, Vun des huissiers^ qui était à côté de lui, lui donna un coup de vergCy en disant: Est-à^ ainsi que (u parles au souverain sacrificateur? 23 Jésus lui répondit : Si jai mal parlée fais voir ce que foi dit de mal; mais si f ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ?» — La réponse de Jésus renfermait certainement an reproche tacite. Un huissier, qj^i voulait faire la cour à son chef, en prend occasion de rappeler Jésus au respect. — *Pflnna(jia signifie proprement : un coup de verge. Sans doute Matlh. V^ 39 le verbe ^airi^ètv est pris dans le sens de souffleter. Mais ici le sens propre parait préférable, à cause du terme Âepeiv, écorcher, v. 23. — MapTupDcov : € Prouve par un témoignage régulier. » — Jésus n'accomplit pas ici littéralement son propre précepte (Matth. V,39). Il devait à sa propre innocence cette réponse pleine de douceur et de dignité.
V. 24. € Anne P envoya donc * lié à CaUphe, le souverain sacrificateur. » — Ce verset a de tous temps embarrassé ceux qui admettaient que la séance précédente est celle qui eut lieu chez Caïphe et que racontent les synoptiques. C'est ce qui a produit la transposition de ce verset, dans quelqiles documents, après le v. 13 (voir à ce v. la note critique); c'est aussi ce qui a porté plusieurs interprètes, tels que
* T. R., avec BCLXA It«"»*i quelques Mnn., lit: ouv (donc); H Syi^* quelques Mnn.: li (or); ç* avec 43 Mjj. (A etc.) omet toute I>articale.
3« Vol. 31
Calvin, Lûcke, Tholuck, de Wetlc, Langen, à prendre, ars^rei'Xev dans le sens du plus-que-parfail, avait owoy^. Et comme la particule o'jv, dnnCy ne convenait pas à celle explication, on a été conduit parla soit au retranchement de cette particule, soit à sa transformation enié: c Or, Anne avait envoyé...» Mais le texte le plus vraisemblable est cerlainemenl donc: et il est évident que celle particule fait de l'envoi suivant la conséquence de tout ce qui vient d'être raconté, en particulier de la comparution chez Anne. Le hut de l'évangéliste, en insérant ici cette notice, est précisément d'indiquer qu'il faut distinguer c^lte comparutioD de celle qui eut lieu plus tard chez Caîphe devant le Sanhédrin, et d'assigner sa place à cette séance bien connoe qu'il ne raconte pas. M. Lutteroth donne à ce verset une teinte sentimentale: Or ce Jésus, ainsi souffleté par l'hnifsier, était là les mains liées, tel que Anne l'avait [priéedennnent] envoj/é à Ca/phe! Mais ce sens n*est pas conforme à la simplicité constanle du récit apostolique. Il suppose d'ailleurs aussi le sens de plus-que-parf. donné h l'aor.. sans aucune raison valable (voir Meyer). — Jésus avait sans doule été délié pendant l'interrogatoire; après cette scène, \ Anne \o, fit lier de nouveau pour l'envoyer chez Caîphe. Probablement il fut délié une seconde fois pendant la séance du Sanhédrin. C'est ce qui explique pourquoi. Mallh. XXVII, 5 et Marc XV, 1, on le garrotte de nouveau au moment de le conduire chez Pilate. — Chez Caîphe signifie ici : dans le palais de Caîphe ; c'était là que se trouvaient les appartements officiels et une salle pour les séances du Sanhédrin. Ce corps avait été convoqué dans l'intervalle. Les membres étaient à Jérusalem pour la fête. ^'' Second cl troisième reniement :
V. 25-27. « Et Simon Piene se tenait là et se chauffiul Fis lui dirent donc: Et toi, n'es- tu pas aussi de ses dis-
ciples f II le nia et dit : Je n'en suis point. 26 L'un des serviteurs du souverain sacrificateur^ parent de celui à qui Pierre avait coupé l'oreille^ lui dit : Ne (ai-je pas vu moimême dans le jardin avec lui? 27 Pierre le nia de nouveau; et aussitôt le coq chanta.^ — Jusqu'ici, d*après Jean, tout s'est passé chez Anne ; et c'est, par conséquent, dans la cour de son palais qu'est allumé le feu auprès duquel Pierre renie Jésus. D'après les synoptiques, qui ne mentionnent pas la comparution chez Anne, les trois reniements auraient eu lieu chez Caïphe. Nous avons déjà dit les raisons qui nous paraissent appuyer la supposition qui résout cette contradiction : celle qu'Anne et Caïphe auraient habité le même palais sacerdotal. Cette opinion est conforme à l'usage oriental d'après lequel les palais ne sont pas habités seulement par le prince régnant, mais encore par tous les membres de sa famille. Le rapport marqué des premiers mots de ce verset avec les derniers du v. 18 montre que le second et le troisième reniement eurent lieu pendant rinlerrogatoire, v. 20-23. L'envoi de Jésus chez Caïphe suivit donc de près ce dernier reniement. Voila ce qui peut expliquer le regard que Jésus jeta k Pierre d'après Luc (XXll, 61). Jésus passait par la cour qu'il devait traverser pour se rendre des appartements de Anne dans ceux de Caïphe. Il entendit à ce moment le chant du coq ; et ce fui alors que son regard rencontra celui de Pierre. L'épithèle Âe^cuivov, lié, sert h faire mieux comprendre l'impression produite sur le disciple infidèle à la vue de son Maître dans cet état.
Le sujet de elicov, ils dirent (v. 25), est indéterminé. D'après Matthieu, c'est une servante qui voit Pierre se rapprocher du portail pour sortir de la cour sur le devant de la maison. D'après Marc, c'est la même servante qui l'avait déjà molesté une première fois et qui le dénonce aux
serviteurs rassemblés auloor du brasier. Dans Luc, c'esl vaguement un STcpoc, un autre personnage. Il est probable que la portière parla de Pierre à Tune de ses compagnes qui le dénonça aux serviteurs rassemblés. De ce groupe partit à l'instant la question adressée à Pierre. — Après k second reniement, Pierre parait avoir joué d'audaœel s'être mis à parler plus librement avec les personnes présentes. Son accent galiléen fut bientôt remarqué et allin l'attention plus particulière d'un parent de Malchus, ce qoi occasionna le troisième reniement. Jean ne parle point des imprécations de Pierre que rapporte Matthieu. Si dose quelqu'un était animé de mauvais sentiments contre Piene, ce ne serait pas l'auteur de notre récit, comme on le prftend, mais bien plutôt le premier évangéliste.
Tout ce récit suffirait à prouver : i® Combien est étroile la relation que cet évangile soutient avec les évangiles aiteneurs ; ^ Combien la tradition orale racontait les faili avec moins de vie et de souplesse que n'a su le faire II plume du témoin oculaire. Celle-ci seule a reproduit ks moindres arliculalions de l'histoire ; et ce n'est pas sans raison que M. Renan parle de «ses traits accidentés et a vive arête, i