II. — Le procès devant Pilate: XVIU, 28-XIX
Les Romains, en faisant de la Judée une province de l'empire, avaient-ils retiré aux Juifs le droit d'exécution capitale? Notre récit raffirme positivement en mettant dans la bouche de ceux-ci cette parole (v. 31) : c // ne nous est pas permis de faire mourir personne, i On a objecté Texécatinn d'Etienne, Act. VII, 57 et suiv., et la permission queTite avait accordée aux Juifs de faire mourir les étrangers, même les Romains, qui auraient franchi l'enceinte du parvis (Josèphe, Antiq. VI, 2, i). Mais le premier fait est ufl
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de fureut* populaire extra-légal, et la permission donnée Tite est précisément un cas exceptionQ^l. D'après le lud, comme d'après Jean, le droit d'infliger la peine aie n'appartenait plus au Sanhédrin. Dans les temps ivaient suivi la conquête, les gouverneurs avaient proornent usé de ménagements envers le peuple vaincu, depuis peu, peut-être depuis le gouvernement du des- [ue Pilate, les Juifs avaient été réduits au droit com-
des provinces : le jus gladii leur avait été enlevé, arante ans avant la destruction du temple, déclare le lud, les sentences capitales ont été ôtées à Israël. < » it donc vers l'an 30 de notre ère, l'année de la mort ^sus. Yoilà la raison qui obligea les chefs à conduire $ devant Pilate et à demander à ce magistrat païen la rmation et l'exécution de la sentence qu'ils venaient renoncer. — En examinant avec soin la conduite des
dans cette audience, on y remarque un plan mûrement Hné et très-habilement conduit. Cette circonstance ve bien qu'après le jugement de Jésus chez Caîphe, il
avoir une nouvelle séance dans laquelle on se concerta :a marche à suivre pour faire ratifier la sentence de
par le procurateur. * De plus, le jugement, ayant été once de nuit, devait légalement être confirmé dans séance régulière.' Enfin le Sanhédrin, voulant conduire >rps Jésus au gouverneur, devait se donner rendez-
anhédr,, fol. Si, S : Quadraginta annis ante vastatum tem^
ablata sunt judicia capitalia ah Israële.
omp. ]>articu1ièrement Texpression : cotte OavaOôS^ai au>T(iv, Matth.
H, 4 , c'est-à-dire : pour chercher les voies et moyens les plus
BS à obtenir du gouverneur l'éxecution de Jésus.
ightfoot, Hor, Hebr, in Matth. XXVII, 4 . Keim : a La séance
ir dut compléter, en fait do légalité, celle de la nuit. Car les
» du Sanhédrin, surtout en cas de jugement capital, devaient
ir de jour et le matin, avant que Thomme ait hu et mangé, 9
VOUS quelque part. Telle fut l'origine de la séance du maliriy qui eut lieu de très-bonne heure, probablement dans la fameuse salle, pavée en mosaïque [lischkath haggazith), située au sud du temple. Gomp. Matth. XXVII, 1 ; Mare XV, 1. Luc (XXIl, 66 et suiv.) nous en a aussi conservé le récit, peut-être en y mêlant quelques traits empruntés à la séance de nuit, qu'il passe sous silence. Dans tous les cas, l'interrogatoire et le jugement de Jésus durent être sommairement reproduits et confirmés dans cette séance plénière (Trovre; Matth.) du Sanhédrin.
Les Juifs commencent par demander à Pilate de confirmer sans examen leur sentence (v. 30). Celui-ci s'y refuse. Cest la première phase : v. 28-32. Ils articulent alors une accusation politique: Il s'est fait roi. Pilate juge celte accusation non fondée, après quoi il fait deux tentatives poiff délivrer Jésus avec l'appui du peuple, mais sans succès. C'est la seconde phase: v. 33-XIX, 6. Les Juifs avancent alors un nouveau grief de nature religieux: Il s'est fait Fils (le Dieu. Mais k l'ouïe de celle accusation, Pilate s'efforce de plus en plus de délivrer Jésus. C'est la troisième phase: v. 7-12*. A ce moment les Juifs, voyant leur proie prclei leur échapper, mellenl de côté toute pudeur et emploient le moyen odieux de la menace personnelle pour faire plier la conscience du juge; et sur cette voie ils se laissent entraîner jusqu'au reniement de leur plus chère espérance, celle du Messie; ils s'inféodent à César. C'est la quatrième phase: v. 12^-16.
V. 28. € Ils conduisirent donc Jésus de chez Ca/phe au prétoire. Or c'était le matin. Et ils n'entrèrent point euxmêmes dans le prétoire, afin de ne pa^ se souiller etde^ pouvoir manger la Pâque.i^ — Le prétoire était propreroenl
* K A B C A retranchent le second tva.
3cal où siégeait à Rome le préteur, quand il rendait la ice. On avait appliqué ce nom aux palais des gouverrs romains dans les provinces. La plupart des intertes admettent qu'il désigne ici le palais des Hérodes se trouvait sur la colline de Sion, dans la partie occitale de la ville haute. On cite le passage de Josèphe, lumjud. il, 14, 8, mais à tort; car il est dit là: cFlorus liait alors (tote) le palais royal; i» ce qui prouve précilent que le gouverneur romain n*y habitait pas ordinailent. Il est plus probable que Pilate occupait un palais nant à la citadelle Antonia, où stationnait la garnison laine, à Tangle nord-ouest du temple. C'est là, en tout » que la tradition place le point de départ de la Voie loureusé. — Ilpwt (T. R. irpwta), de grand mnliriy comod le temps de 3 à 6 heures (Marc XIII, 35). Le barreau lain n'ouvrait en général ses séances qu'à 9 heures; is, comme nous l'avons vu, Pilate était prévenu, dés la le, de ce qui se passait, et il avait consenti à recevoir les fs à cette heure inaccoutumée.
•e scrupule qui empêche les Juifs d'entrer dans la maidu gouverneur, nous met de nouveau en face de la conlîciion qui parait exister entre le récit de Jean et celui synoptiques. Si, comme semblent le dire ces derniers, Juifs avaient déjà célébré la veille au soir le repas pascomment s'expliquer qu'ils craignent, en se souillant le contact du levain dans une maison païenne, de ne pouvoir manger la Pâque le jour même? Les défenseurs ze que Ton croit être l'intuition synoptique n'ont donc lire ressource que de rapporter ici l'expression manger ^âque, non au repas pascal proprement dit, mais à ces as sacrés qui se célébraient tous les jours de la fête et se composaient des pains sans levain et de la viande sacrifices de prospérité. C'est dans ce sens général,
disent-îl8, qu'est pris le mot Pâque Deut. XVI, 2. 3: c Tu sacrifieras la Pàque à FEiemely du menu et du gros bétail, et, avec cela (la Pàque], tu mangeras des pains sans levain pendant sept jours. » Comp. l'expression analogue 2 Qiron. XXX, 32 (littéralement): €Et ils mangèrent la fête (les sacrifices de fête) pendant sept jours, offrant des sacrifices de prospérité et louant le Seigneur ;9 3 Chron. XXXV, 7-9: c Et Josias fit présent à ceux du peuple qui se irourèreni là, d'un troupeau d'agneaux et de chevreauœ^ au nombn de trente miUe, le tout pour faire la Pàque, et de trois milk taureaux ; du propre bien du roi. ...»
On allègue encore que, d'après le Talmud, la souillare qu'auraient contractée les Juifs, en entrant au prétoire, n'aurait duré que jusqu'à la fin du jour et ne les aurait pas empêchés de manger le repas pascal, qui tombait tout enlier dans le jour suivant. — Mais les passages cités ne prouvent point ce qu'ils devraient prouver. Gomme dans les v. 5 et6 de I)cut. XVI le terme de Pàque est appliqué exclusivement h Tagneau pascal, il résulte de là que l'expression : du gros et du menu bétail, au v. 3, n'est pas Tapposition explicative du mot pésach (Pàque), mais un appendice par lequel sont ajoutés au sacrifice principal tous les sacrifices secondaires qui doivent le compléter durant le cours de la semaine sainte. El en tout cas, si même le mot Pdque pouvait comprendre avec Tagneau pascal tous les autres sacrifices de fêle, il n'en résulterait pas qu'il put désigner ces derniers sans celui-là, comme ce serait le cas dans le passage de Jean. — Au ch. XXX de 2 Chron., le nom de Pilque est appliqué v. 15. 17. 18 exclu^Hivement à l'agneau pascal. Pourquoi le chronisle au v. 22 subslitue-l-il à cette dénomination spéciale Texprcssion générale la fête, sinon parce qu'il voulait parler maintenant des sacrifices de fêle, abstraction faite de l'agneau pascal? Du reste la leçon-
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ei ils mangèrent (vajokelou)^ est fort douteuse. Les LXX ont certainement lu: vajekallou, et ils achevèrent: car ils traduisent : 3cai cuveté>£9av. — Dans le troisième passage (2 Chron. XXXV, 7-9], la distinction entre les agneaux ou chevreaux destinés à faire la P%ue, et les taureaux consacrés aux autres sacrifices et repas de fête saute aux yeux. — Mais, à supposer même que, dans quelque passage de TA. T., le terme de Pdque eût reçu du contexte un sens plus étendu que d'ordinaire, suivrait-il de là qu'une locution aussi ordinaire et technique dans le N. T. que celle de manger \a Pâque pût tout h coup être appliquée à un autre repas que le repas pascal? C'est bien ici que Meyer peut à bon droit s'élever contre r harmonisiù/ue forcée.
Quant à l'objection tirée de la durée de la souillure qu'auraient contractée les Juifs: 1. Il est impossible de rien conclure de certain, pour le temps de Jésus, d'un passage du rabbin Maîmonide écrit vers l'an 1200. 2. Ce passage se rapporte à une souillure provenant du contact avec les animaux morts, etc., et non à la souillure provenant du levain et en rapport spécial et direct avec la fête même. S. Les membres du Sanhédrin auraient parfaitement pu, sans encourir la peine de mort, s'abstenir de prendre part à un sacrifice ou repas de fête en général ; car ces actes étaient volontaires; le repas pascal proprement dit, seul, ne comportait pas d'abstention*. 4. La souillure ainsi contractée eût empêché en tout cas les membres du Sanhédrin de participer à l'immolation de l'agneau dans l'après-midi.
Par toutes ces raisons, il m'est impossible d'admettre le sens des nombreux et savants interprètes qui rapportent l'expression manger la Pdque dans notre verset au sacrifice de prospérité (la Chagigah) que les Juifs offraient le 16 ni-
* Voir l'art. d'Andreae déjà cité (à XIII, 4; danâ le Bevceis des Glavbens, 4870.
San (nous ne nommerons parmi les modernes que Tboluck, OIshausen, Hengstenherg, Wieseler, Hofmann, Lange, Riggenhach, Bàumiein, Langen, Lulhardl el Kirchner).
Le pronom oÙTot, eux-mênieSj oppose les Juifs, avec leur pureté lévitique, à Jésus que rien ne pouvait plus souiller, tant il était déjà souillé lui-même à leurs yeux. Celui-ci fut immédiatement livré au gouverneur et introduit dans le prétoire. Dès ce moment, Pilate ira donc des Juifs à Jésus el de Jésus aux Juifs. Keim juge cette situation historiquement impossible, et plaisante sur ce juge ambulant, ce négociateur pmpa/^/icten, que nous présente le récit de Jean. Mais Tapôtre a bien senti lui-même ce que celte situation avait d'exceptionnel el il Ta précisément expliqué par ce V. 28.
La première manœuvre des Juifs:
V. 29-32. c Pilaie sortit^ donc vers eux et dit*: Quelle accusation portez-vous contre cet homme *? 30 Ils lui répondirent en disant: Si ce ti' était pas un malfaiteur^, nous ne te r aurions pas livré. 31 Pilate leur ditdom^: PreneZ'lCy vous, et jugez-le selon votre loi. Sur quoi les Juifs lui répondirent : Il ne nous est pas permis de mettre à mort personne. 32 Afin fjue s'accomplit la parole que Jésus avait dite^ en faisant entendre de quelle mort il devait mourir, f — Pilaie était le cinquième gouverneur de Judée depuis la domination romaine. II fut en charge Je 20 h 36 après J.-C, sous Tibère et Caligula. Il était subordonné au proconsul de Syrie. Sa résidence était Césarée; il
* M ajoulc £?*•» après ÏTiXaTo;, B C L X S\ r. n\ant ncoç a,*Tow;, d'autres après ces mots.
* N B C L X : ^Tj^'v au lieu d'Einsv.
* N B omettent xara.
* N lit xaxov 7:o'.r,aa;, B L xaxov tiokov, au licu de xaxo;:o!o;. » B C omettent owv ; A K U H lisent $£.
* N omet ov £tr£v.
se rendait à Jérusalem dans les temps de fête ; il aimait k déployer, aux yeux du peuple, en ces occasions, le faste de la majesté romaine. Philon (Leg-, ad Caïum) le représente comme un homme orgueilleux, opiniâtre, intraitable. Cependant, il est probable que lé fanatisme des Juifs fut aussi pour beaucoup dans les démêlés qu'ils ne cessèrent d'avoir avec lui. c Tous les actes de Pilate qui nous sont connus, dit M. Renan, le montrent comme un bon administrateur. > Ce portrait est assurément flatté ; mais il est confirmé en partie par le tableau de son gouvernement chez Josèphe^ Antiq, XVIII, 2-4. Accusé de prévarication et de meurtre auprès de son chef, Vitellius, gouverneur de Syrie, il fut envoyé à Rome pour rendre compte. Eusèbe rapporte, sur le témoignage d'écrivains païens, qu'il se donna la mort sous Caligula. — Ouv, donc: en conséquence de ce que les^ Juifs ne voulaient pas entrer vers lui.
La réponse des Juifs à Pilate (v. 30) est habile. On voit qu'elle est préparée. Elle dévoile la position qu'ils avaient, décidé de prendre dès l'abord : ils ont jugé; Pilate n'a plus autre chose à faire qu'à exécuter. De cette manière la perte du jus gladii se réduisait vraiment à peu de chose. Pilate était le bourreau ; eux restaient le tribunal. Pilate les comprend. Il les connaît. H joue serré avec eux. Entrant en apparence dans leur pensée, charmé qu'il est de trouver ce moyen de se débarrasser de l'afTaire, il leur répond sans hésiter: c Très-bien! Puisque vous voulez être seuls juges^ dans cette affaire^ soyez-le ! Emmenez l'accusé et le punissez vous-mêmes (bien entendu dans les limites de votre compétence). » Le Sanhédrin avait en effet certains droits^ disciplinaires, comme d'excommunier, de faire fouetter, etc. H n'avait nul besoin de Pilate pour appliquer ces châtiments. Plusieurs interprètes ont pensé que Pilate les autorisait réellement à mettre à mort Jésus, mais avec celte
réserve sous-enlendue : c Si vous le pouvez et Tosezi (Hengstenberg). Mais c'est faire dire à Pilate oui et non tout à la fois. XIX, 6 ne prouve rien en faveur de ce sens, comme nous le verrons.
Cette réponse ne faisait pas le compte des Juifs qui voulaient à tout prix que Jésus fût mis à mort. Elle les force donc à faire l'aveu de leur dépendance dans ce cas où il Vagit de peine capitale (v. 31). Et cette circonstance parait significative à l'évangéliste (v. 32); car, s'ils eussent été leurs propres maîtres, ou s'ils se fussent laissé entraîner, comme plus lard dans le meurtre d'Etienne, à agir comme Vils l'étaient encore, Jésus aurait subi la peine juive et non le supplice romain: il eût été lapidé, mais non élevé de terre à la façon du serpent d'airain, comme il l'avait annoncé (111, U;Xll, 32).
La seconde manœuvre des Juifs :
V. 33-35. € Pilate rentra donc dans le prétoire^ el il appela Jésus el lui dit: Es-tu le roi des Juifs? Si Jésus lui répondit »; Dis4u • cela de toi-même ', ou est-ce que d* mitres te Vont dit de moi? 35 Pilate répondit : Suis-je Juif, moi? Ta nation et les principaux sacrificateurs * Vont livré à moi; qu as-tu fai(?T^ — Le récit de Jean présente évidemment ici une lacune. Car rien ne motive la question de Pilate à Jésus : Es-tu le roi des Juifs? Une telle interpellalion fait supposer une parole des accusateurs qui y a donné lieu. Celte supposition se change en certitude quand nous comparons le récit des synoptiques, particulièrement celui de Luc. « iVo//5 V avons trouvé, disent les Juifs en abordant Pilate, troublant la nation, défendant de payer le tribut à
* 0 Mjj. (A BC etc.) omeltent (xu-ui.
* N* : iir,<x; au lieu do m^v.;.
^ N B C L : aro aea-jTO'j au lieu do «9* eauTOj.
* N be : 0 apyiEpEo;.
CHAP. xviii, ai -35. ii9S
César j se disant le Christ^ le roi^ (XXill, 2). Luc a omis la première phase de l'accusatioD, celle que vient de raconter Jean ; il commence son récit au moment où les Juifs descendent à l'humble rôle d'accusateurs et reconnaissent en plein la portion de Pilale. Il est bien évident que Jean» après avoir suppléé, dans ce qui précède, ce que les synoptiques avaient omis, suppose connue au v. 33 cette accusation mentionnée par eux. On voit toujours mieux combien est intime la relation de son récit avec le leur.
A sa question, Pilate attendait sans aucun doute une réponse franchement négative. Mais la position n'était pas aussi simple qu'il se la représentait. Il y avait une distinction à établir. Dans le sens politique qu'un Romain donnait naturellement au terme roi des Jui/Sy Jésus pouvait repousser ce titre; mais dans le sens religieux que lui donnait tout Juif croyant, Jésus devait l'accepter, quelles que pussent être les conséquences de cet aveu. Autrement il aurait donné lieu à ce qu'on dit qu'il avait nié d'être le Messie. Tout dépendait donc de la question de savoir si ce grief partait d'une bouche juive ou païenne. Les objections de Meyer contre cette explication me paraissent nulles. Luimême ne voit dans cette question de Jésus à Pilate qu'un éclaircissement qu'il avait le droit de demander pour connaître l'origine de cette accusation. Quoi 1 sans but quelconque? Mais Jésus prodigue-t-il donc dans toute cette scène ses paroles sans utilité? D'après Tholnck et Luthardt, Jésus voudrait simplement rendre Pilate attentif à l'origine buspecte (d'au/re«, les Juifs) de cette dénonciation. Mais pourquoi, dans ce cas, ne pas répondre plutôt par un non tout simple? La réponse réellement affirmative de Jésus, v. 36 et 37, devient un contre-sens. Ces deux versets ne sont compatibles avec la question de Jésus que dans notre explication qui est celle d'Olshausen, Néander, Ewald, etc.
— On doit conclure de celte parole que Jésus n'avait pas entendu lui-même Taccusation des chefs, el que, par conséquent, il était déjà dans le prétoire, au moment où elle avait été proférée.
Pilale n'entend rien à cette distinction. 11 s'impatiente: •c Qu'ai-je à faire de toutes vos subtilités judaïques! > 11 y a un mépris profond dans cette antithèse: èya>... 'lo^j^alo;... (moi... Juif?). Alors, abandonnant le jargon juif qu'il s'était un moment laissé imposer par les accusateurs, il interroge comme un franc et simple Romain : c Voyons, au fait! Quel crime as-tu commis? »
V. 36 et 37. c Jésus répondit : Mot} règne n'est pas de ce monde. Si mon règne étuii de ce monde^ mes serviteurs nuraieni combattUy afin que je ne fusse pas livré aux Juifs. Mais maintenant mon règne n'est pas iSici-^as. 37 Là-dessus Pilate lui dit: Tu es donc roi? Jésus lui répondit: Tu le dis : je suis roi ^ ; je ^ suis né el je suis t^e/m dans le monde afin de rendre témoignage à la vérité.^ Quiconque est de la rérit(% entend ma voix. > — Jésus reprend (v. 36) la question au point où l'a amenée le v. 34. V. 30: dans le sens politique païen, il n'est pas roi; v. 37 : au sens religieux juif, il Test. — L'expression èx toD xogjjlo'j, de r^ monde, n'est pas synonyme de ev tw xodixto, dans ce mon(k. Le règne de Jésus se développe certainement ici-bas. Mais il ne tire pas son origine d'ici-bas, de la volonté humaine et (le la force terrestre. Jésus en donne pour preuve la manière dont il s'est lui-même livré aux Juifs. Ses serviteurs sont cette foule d'adhérents qui l'avaient entouré le jourdes Rameaux, et non pas seulement, comme l'entendent Lûcke, Lulhardt, des êtres hypothétiques: les ser>'iteurs que j'au-
* nBLV 10 Mnn. It''»'H omeUent l'un des deux lyw que lit T. R. J'un après ii[ii, l'autre avant £v to-^Ttu.
CHAP. XVIIÏ, 3i-37. 495
rais dans ce cas. Le sens de Bengel, Stier : les anges, n*eût pu être seulement entrevu par Pilale. — On a essayé de donner à vOv, maintenant, un sens temporel : c Mon règne n'est pas maintenant, mais il sera plus tard, de ce monde. » Mais, à Tavénement du Seigneur, son règne ne sera pas plus de ce monde qu'aujourd'hui. Maintenant doit être pris, comme souvent, dans le sens logique : il oppose la réalilé, toujours actuelle, de la vérité au non-élre de l'erreur.
Si V. 37 on lit oGxouv, certainement pas, il faut prendre ce mot interrogativement: «Tu ne prétends donc pas, comme je le pensais bien, être roi?» Pilate se hâterait de profiter de la dénégation de Jésus v. 36 pour se débarrasser de Taffaire. Mais la fin du v. 36 : €Mon règne,. . y i^ et l'affirmation de Jésus v. 37 : « Tu le dis^ i» dans laquelle il reprend et s'approprie le contenu de la parole de Pilate, parlent plutôt en faveur de l'accentuation oùxoOv: donc. 4 Tu es donc roi ! Tu l'avoues? & — La formule d'affirmation employée par Jésus : Tu le diSy étrangère au grec classique et même à l'A. T., est usitée chez les rabbins. M. Reuss donne à cette parole un sens impossible, quand il fait dire à Jésus: c C'est toi qui dis que je suis un roi; mot je suis venu aii monde pour...,» ce qui signifierait: Je ne suis point un roi, mais un simple prophète. Il eût fallu dans ce sens une particule adversative entre les deux propositions ; et le sens connu de la formule : tu le dis, ne {>ermet pas cette explication. — "On pourrait signifier /:ar : c Tu le dis avec raison ; car je le suis. » Cependant il «st plus naturel d'expliquer: «Tu (le) dis bien, que je suis roi. » L'importance de l'idée fait que Jésus sent le besoin <le la formuler tout au long. — Hengstenberg sépare entièrement de cette déclaration les paroles suivantes, qu'il applique uniquement à la charge prophétique de Jésus-Christ.
Mais il est bien évident que Jésus veut expliquer par ce qui suit dans quel sens il est roL II fait la conquête du monde par le témoignage rendu à la vérité, et son peuple se recrute de tous les hommes qui ont le sens de la vérité. Le premier èyoi, fTiot, doit être retranché. Jésus n'a certainement pas dit : c Je suis roi, moi. > Le premier, non moios que le second eiç toOto, potir cela^ porte sur le iva (afin que) suivant, contrairement à la traduction d'Ostervald, Arnaud: c Je suis né pour cela (être roi). » — € Je suis né 3 se rapporte au fait de la naissance, qui lui est commun avec tous les hommes^ tandis que les mots: c Je suis venu dans k monde, » font ressortir la mission en vue de laquelle il est apparu ici-bas. — C'est par son œuvre prophétique que Jésus fonde son règne parmi les hommes. La vérité, la révélation de Dieu, voilà le sceptre qu'il promène sur la terre. Ce mode de conquête que Jésus dévoile ici à Pilaie était l'opposé de celui par lequel s'était formée la puissance romaine^ et Lange fait ressortir avec beaucoup de raison que, comme XII, 25 renfermait le jugement du génie grec, cette déclaration de Jésus à Pilaie renferme celui du génie romain par TEvangile. C'est ici raccomplissement normal de la parole de saint Paul : t IJ homme spirituel juge toutes choses, 9 — L'expression être de laiSérité rappelle III, i\\ Vil, 17 ; VlU, 4-7 ; X, 16, etc. Elle désigne celte disposition morale par laquelle on est d'avance apte à recevoir la vérilé objeclive, dés qu'elle se révèle en Jésus-ChrisL Par le mol (juiconque, Jésus s'adressait non plus au juge, maisà l'homme, dans Pilaie (Hengstenberg).
V. 38. « Pilate lui dit: Qu est-ce, que la vérilé? Et après avoir dit cela, il sortit de nouveau pour aller vers les Juifs: et il leur dit: Pour moi, je ne trouve aucun crime en lui. » — L'exclamation de Pilate n'est ni l'expression d'une soif ardente de la vérilé (les Pères), ni celle du déses-
CHAP. XVni, 37-40. 4-97
poir d'une âme qui l'a longtemps cherchée inutilement (OIshausen) ; c'est la profession d'un scepticisme frivole, tel qu'on le rencontre fréquemment chez l'homme du monde et particulièrement chez l'homme d'Etat ; qu'on se rappelle la manière dont Napoléon parlait des idéologues. Si Pilate eût sérieusement cherché la vérité, c^eût été le moment de la trouver. Il ne se serait pas si brusquement détourné de Jésus. Mais ce dont il est convaincu maintenant^ c'est que le personnage qu'il a devant lui, est soit un rêveur, soit un sage, mais non un rival de César. Avec c ce large sentiment de justice et de gouvernement civil que, comme le dit M. Renan, le Romain le plus médiocre portait partout avec lui, » il déclare aux Juifs sa conviction de l'innocence de Jésus, quant à l'accusation politique élevée contre lui. C'était son devoir maintenant de renvoyer Jésus absous purement et simplement. Mais, craignant de mécontenter les Juifs,
' qui avaient certaines raisons de l'accuser auprès de ses chefs, il cherche à éviter une mesui^ pareille et a recours à une série d'expédients. Le premier fut le renvoi de l'aflaire à Hérode, sous le prétexte de l'origine galiléenne de Jésus; il est décrit par Luc XXIIl, 6-12, et omis par Jean, comme connu et comme n'ayant amené aucun résultat. Le second fut celui que Jean rapporte sommairement^ v. 39 et 40, et qui est raconté en détail dans les synoptiques.
V. 39 et 40. c Mais il est d'usage que je vous relâche un prisonnier, à la fête de Pâques. Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? 40 Tous > donc s'écrièrent de nouveau^^ disant: Non pas lui, mais Barabbas! Or Barabbas était un brigand. » — Cette parole est rattachée immédiatement par Jean à celle du V. 38, parce que le renvoi à Hé-
^ N B L X 15 Mnn. omettent 7:avTS{.
« G K un 50 Mnn. Itr^eriq»* Syr. Gop. omettent TîaXiv.
3« Vol. 32
rode fut précédé^ aussi bien que suivi (Luc XXlil, 4. M) d'une déclaration de l'innocence de Jésus. Ces deux déclarations pouvaient être fondues en une. Le récit très-abrégé que donne Jean de l'épisode de Barabbas, seil de trait d'union entre sa narration et celle des synoptiques. L'origine de la coutnme à laquelle se rapporte l'offre de Pilate est inconnue. Il est probable que, puisque cet usage se rattachait à la féle de Pâques, il renfermait une allusion à la délivrance des Juifs de la captivité égyptienne. — Les mois jv Tû Tzaur/jiy dans la fête de Pdques, ne renferment nullement, comme le prétendent Lange, ilengstenberg, etc., la preuve que le repas pascal était déjà célébré. Le 14 nisao faisait déjà partie de la fête (voir à XIII, 1). Il est même plus probable que la délivrance du prisonnier avait lieu le 14 que le 15, afin qu'il put pi*endre part à la fcte du repas pascal, avec tout le peuple. — En faisant cette offre aux Juifs, Pilate comptait sur la sympathie du peuple pour Jésus qui s'était manifestée d'une manière si éclatante le jour des Rameaux. Car c'était au peuple tout entier que la faveur était accordée; et Pilate savait parfaitement que c'était par envie que les principaux voulaient la mort lie Jésus (Malth. XXVll, 18), et que le sentiment d'une partie du peuple leur était contraire. — Dans la dénomination de roi des Juifs domine, comme au v. 14, l'ironie. Seulement le sarcasme ne s'adresse pas à Jésus, pour qui Pilate éprouve dés le commencement un sentiment d'intérêt et de respect croissant, mais aux Juifs. Leur roi? Quoi ! Voilà donc le seul rival qu'avec leurs prétentions nationales, ce peuple ait à opposer à César ! Mais, est-il dit Marc XV, 11 , c les grands sacrificateurs soulevèrent le peuple, afin (ju'il leur relâchât Barabbas. > Les amis de Jésus restèrent muets, ou leur faible voix fut étouffée par celle des chefs et de leurs créatures. Quelques agitateurs décidés imposèrent leur vo-
lonlé à la foule. Ainsi s'explique le ràvre;, tous, de Jean, qui répond au ira(jLTC>^r,6ei de Luc. — Le luaT^iv, de nouveau^ dont rauthenticité est garantie par les principaux documents des deux familles, est remarquable. Jusqu'ici, dans le récit de Jean, les Juifs n'ont poussé aucune vocifération. Il en était autrement dans les synoptiques. Comp. Marc XV, 8: ocva{ioY|<ya; 6 oy>,oç, et Luc XXIII, 5. 10 : t Ils insistaient^ disant...; ils t accusaient avec insistance. » Encore ici, le récit de Jean suppose expressément celui de ses devanciers. — AYidr/î; ne signifie pas toujours Imgand, mais en général homme violent. D'après Marc et Luc, Barabbas avait pris part à une émeute dans laquelle un meurtre avait été commis. La gravité du choix fait par le peuple est signalée par une de ces courtes propositions par lesquelles Jean caractérise un moment particulièrement solennel. Comp. XI, 35; XIII, 30. — Le nom de celui qui fut proposé avec Jésus à l'option du peuple comporte deux étymologies : Barabbahy fils du père (soit Dieu^ soit un Rabbi quelconque), ou Bar-rabbany fils du rabbin. Dans le premier cas, il faut redoubler le 6, dans le second le r. Les Mss. et l'orthographe talmudique (Lightfoot, p. 4^9) parlent en faveur de la première étymologie. Ce nom est assez fréquent dans le Talmud.
D'après le récit de Marc, il y eut à ce moment comme une irruption du peuple réclamant spontanément l'application de la coutume par laquelle un prisonnier devait lui être relâché ; et Pilate aurait cherché à faire tourner cet incident à son but, la libération de Jésus. Dans tous les cas, que cet incident ait été provoqué ou simplementcxploité par Pilate, délivrer Jésus de cette manière, c'était commettre un déni de justice. Car il devait étie relâché comme innocent (v. 38). Cette première faiblesse fut bientôt suivie d'une autre plus grave. Nous arrivons au troisième expédient de Pilate.
XIX, 1-3. c Alors Pilote prit Jésus et le fil fouetter': 3 et les soldats, ayant tressé une couronne t épines, la placèrent sur sa tête et le revêtirent d'un manteau de pourpre >; 3 et ils disaient: Salui, roi des Juifs I Et ils lui don naient des coups de verge. > — Pîlate était monté sur son tribunal pour prononcer la libération de Barabbas. Ce fal alors qu'il reçut le message de sa femme (Matlh. XXVII, 19). Hengstenberg croit devoir placer aussi à ce moment le lavement des mains. Mais cet acte doit avoir accompagné le prononcé de la condamnation, qui n*eut lieu que plus tard (v. 13-16). Après ses deux eRbrts impuissants, Pilalea recours à une troisième tentative. La flagellation devait légalement précéder le supplice de la croix ; elle en était le préliminaire obligé. C'est ce que prouvent une foule de passages de Josèphe et des historiens romains. Comp. aussi Matth. XX, 10; Luc XVIII, 33, où Jésus, en prédisant sa Passion, ne sépare point la flagellation de la croix. Pilate, du haut de son tribunal, prononce maintenant la condamnation de Jésus à la peine du fouet. H le fait, en ce cas-ci, dans l'espoir de détourner le dernier supplice, en accordant une satisfaction aux moins violents d'entre les ennemis de Jésus et en réveillant le zèle de ses amis et la compassion de la foule. — La flagellation, telle qu'elle se pratiquait chez les Romains, était une peine si cruelle que bien souvent le condamné y succombait. Le fouet était formé de baguettes ou de lanières dont l'extrémité était armée de morceaux d'os ou de plomb. Le condamné recevait les coups attaché à un petit poteau de manière à avoir le dos courbé et la peau tendue. Le dos était en chair vive et le sang jaillissait dès les premiers coups. — Quant aux mauvais traitements
* K L X Cop. Sah. : Xa^wv .... EjxaaTtywaE.
* K B L U X A n 20 Mnn. IlP»"'i"« Vg. Cop. Sali, ajoutent ici x»
décrits v. 2 et 3, ils sont uniquement le fait des soldats romains. La couronne d'épines, le manteau de pourpre, la salutation, toute cette mascarade est une parodie de la royauté juive. La plante épineuse est probablement le Lycium spinosum qui croit en abondance autour de Jérusalem et dont la tige flexible, armée de forts aiguillons, peut aisément se tresser. Le manteau rouge était un manteau commun de soldat, figurant le manteau de pourpre que portaient les rois. Ces persiflages s'adressent bien moins à Jésus personnellement, que ces soldats ne connaissent pas, qu'à la nation méprisée et détestée des Romains. C'est son espérance messianique bien connue que les soldats ridiculisent en la personne de celui qui passe pour avoir voulu la réaliser.
Pilate laisse faire et poursuit son but :
V. 4-6. c PikUe sortit ' de nouveau et leur dit: Voici, je vous ramène dehors^ afin que vous sachiez que je ne trouve aucun crime en lui*. bJéstis sortit, portant la couronne d^ épines et le manteau de pourpre. Et il leur dit: Voici* l'homme. 6 Lors donc que les principaux sacrificateurs et les huissiers le virent, ils s écrièrent^: Crucifie^ crucifie-le * / Pilate leur dit: Prenez-le vous-mêmes et le crucifiez; car y pour moi, je ne trouve pas de crime en lui. » — La flagellation avait eu lieu dans la cour du prétoire (Marc XV, 15. 16), peut-être de manière à être vue du dehors. Dès qu'elle est terminée, Pilate sort suivi de Jésus. Ce spectacle devait infailliblement, dans la pensée de Pilate, lui fournir enûn, par l'intervention favorable du peuple, le point
* H D r Itpierique: 6Çtj).0€v tout court; T. R. ave<>9 Mjj. (E G H etc.) : sÇr^XOev ouv; 6 Mjj. (A B K etc.): xai £Çt,>.0£v.
* N : ott attiav ouy^ Eupioxcu.
* H B L X Y : t8ou au lieu de t$e.
* H : «tpaÇav,
* T. R. omet avec « B L quelques Mnn. Vgpie»iq«e «utov.
d'appui dont il avait besoin pour résister à la haine sacerdotale. Dans l'expression : Voici F homme, il y a un mélaDge de respect et de pitié pour Jésus lui-même el un amer sarcasme pour le rôle impossible qu'on lui impute. Mais ceUe fois encore le calcul de Pilate est déjoué ; nulle voix ne s'élève de la foule en faveur de la victime, et il se retroave en face de la volonté arrêtée des chefs de pousser les choses jusqu'au bout, sans se contenter d'un demi-supplice. Les concessions n'ont fait que les enhardir. Plein à la fois d'indignation et de dépit, Pilate leur dit alors: <Prenf>(f, vouSy et le crucifiez! > ce qui, dans ce contexte, ne peut signifier que: «Faites-le, vous, si vous le voulez, à vos risques et périls; pour moi, je ne participerai pas à un pareil meurtre! > Ce mouvement était noble; il n'en devait pas moins rester stérile. Pilate avait déjà déserté trois fois le terrain du droit strict, sur lequel seul il eût pu tenir tète à la pression violente qui s'exerçait sur lui.
Naturellement les Juifs ne pouvaient songer à user de rimpunilé que leur oiïrait Pilate. Comment pourvoir euxnicmes à Texécution? Et sans la crainte qu'inspirait au peuple le pouvoir romain, les chefs pouvaient-ils espérer de conduire à bien celte grosse affaife? Le peuple pouvait, par une réaction subite, se retourner violemment contre eux et faire tout échouer. Aussi, mesurant bien les dangers de celle offre, ils ont recours à un autre expédient. Cest ici leur troisième manœuvre:
V. 7-9. € Les Jui^'s lui^ répondirent: Nous avons une loi: et d'après notre ^ loi, il doit mourir; car il s'est fait lui-même Fils de Dieu, 8 Ijorsque Pilate eut entendu cette parole, sa crainte augmenta, 9 Et il rentra ' dans le pré-
1 {^ itpi^^quo omettent auro.
• 1 0 Mjj. (N B etc.) ItP«"'q"« Or. omettent t.jxcjv.
' M omet naXtv.
dre et dit à Jésus : D'où es-tu f Mais Jésus ne lui donna Toint de réponse. > — Les Romains laissaient en général lux peuples vaincus la jouissance de leurs lois et de leurs institutions nationales, exactement comme le font aujourl*hui les Français à l'égard des Musulmans algériens, dit ivec raison M. Renan. Les Juifs, se plaçant à ce point de rue, en appellent à l'article de leur code (Lév. XXIV, 16), !]ui condamne à mort les blasphémateurs, et ils réclament je Pilate l'application de cet article. Us n'essaient pas en %la de regagner la position perdue en commençant; ils articulent le délit et le soumettent à l'enquête du gouverneur : f // s'est fait Fils de Dieu. > On peut ici toucher au doigt la JifTérence, si souvent niée, entre le sens de ce titre et celui le la dénomination roi des Juifs ou Messie. L'enquête sur ;ette dernière prétention avait eu lieu; elle était terminée. Il s'agit de quelque chose de tout nouveau. — Mais cette parole des Juifs produit sur Pilate un effet auquel les Juifs le s'attendaient point. Elle vient confirmer un pressenti- Tient redoutable qui se formait peu à peu chez lui. Tout :e qu'il avait entendu raconter des miracles de Jésus, le ^ractère mystérieux de ce personnage, de ses paroles et le sa conduite, le message étrange qu'il venait de recevoir le sa femme, tout cela s'explique soudain par le terme de .^ils de Dieu. Si cet homme extraordinaire était vraiment m être divin apparu sur la terre? La vérité se présente laturellemcnt à son esprit sous la forme des superstitions 3aïennes et des souvenirs mythologiques. Mais l'on sait ximhien le passage est rapide du scepticisme aux craintes es plus superstitieuses. Sentant alors le besoin de s'entre- ;enir en particulier avec Jésus, Pilate le ramène dans le prétoire. La question : D'oii es-tu? ne peut se rapporter à 'origine terrestre de Jésus; Pilate sait bien qu'il est de jalilée. Le sens est donc certainement: c Es-tu de la terre
504 QCATRIÈIIK PARTIE.
OU du ciel? » Qd t'esl étoimé do silence de Jésus. Vaprès les uns, il se tait, parce qu'il ne i eul pas, en répoodanl seion la vérilé, entretenir une superstition païenne dans Pesprit de IHIate ; selon d'autres, il refuserait de répondre, para que ce serait ici une pure question de curiosité ; Lothardt pense qu'il ne veut pas, en se révélant à Pilale, empêcher les plans de Dieu de s'accomplir. La vraie réponse nooi parait résulter de ce qui précède : Pilate en savait asseï sar son compte pour le libérer; il l'avait déjà déclaré innocent! Les Juifs d'ailleurs, en changeant de grief, comme ils le faisaient tout à coup en ce moment» se condamnaient soffisamment eux-mêmes.^, en de telles circonstances, il» le délivrait pas comme simple homme, il avait mérité de le cruciBer comme Fils de Dieu. C'était là tout à la fois eoa crime et son châtiment. Du reste, Hengstenberg observe avec raison que ce silence était à lui seul une r^NNise. S la prétention dont les Juifs accusaient Jésus, n'eût pai été fondée, il l'eût expressément démentie.
V. lOetll . € Pilaie lui dit ^: Tune me parles pas? Ne saklu pas que foi le pouvoir de te crucifier * et que j'ai le pouvoir de le relâcher^? 11 Jésus répondit*: Tu nauraà^ au' cun pouvoir sur moi^ s'il ne t était donné d'en-haui; c'est pourt/uoi celui qui me livre * à toi, est coupable d'un plus grand péché. > — Pilate sent que ce silence renferme un reproche. 11 se redresse de toute sa hauteur déjuge et de gouverneur romain. De là le èpiot, à moi, en tète (< à moi^ si ce n'est aux autres»), et la répétition des mots: J'ai le pouvoir, — Le T. R. place le : de te 'crucifier y avant le: de le relâcher.
* 8 A plusieurs Mnn. Syr. Cop. omettent <kiv.
* N A B E Syr. listant ano/^vxi n ... Trau^coaai 9£. ' K B L lX^**n Syr. ajoutent 3UTb>.
* K A L X Y \n 10 Mnn. Cop. : cx't; (tu n'as) au lieu d*triK(tu
' K B B À .1 It. Vg. : napadouc au lieu de :»padt8ouc
Car ridée du supplice imminent est celle qui domine l'entretien; mais on peut défendre aussi la leçon contraire (voir Luthardt). Pilate ne parle que de son pouvoir; Jésus lui rappelle sa dépendance et sa responsabilité. Au mot fat est opposé le terme : donné. Cette fois Jésus parle. H se redresse aussi; il se pose en juge de ses juges, et, comme s'il était déjà assis sur son tribunal, il pèse dans son infaillible balance Pilate et le Sanhédrin. Le ^ux toOto, à cause de cela^ est expliqué par les mots précédents: « Parce que le pouvoir que tu exerces t'est donné, tandis que le pouvoir de celui qui me livre à toi est usurpé, i Dieu lui-même, en assujettissant son peuple à la puissance romaine, avait soumis les Juifs et leur roi à la juridiction impériale. Mais le Sanhédrin, en s'emparant de la personne de son roi et en le livrant à l'autorité étrangère, s'arrogeait sur lui un droit que Dieu ne lui avait point départi et commettait un acte de félonie théocratique. — Celui qui me livre à toi n'est ni Judas — Jésus n'aurait pas pu dire dans ce sens : à loi — ni Caïphe, qui n'agit qu'au nom du corps qu'il représente et qui n'est pas nommé dans toute cette scène. C'est le Sanhédrin et la nation juive au nom de laquelle agit ce corps. — L'explication que nous venons de donner de cette parole de Jésus se rapproche de celle de Calvin : < Celui qui me livre à toi est le plus coupable des deux, parce qu'il se sert criminellement de ton légitime pouK^ir. > Plusieurs interprètes pensent que Jésus veut distinguer entre la fonction de juger, qui est officielle, et celle de dénoncer, qui est volontaire. C'est moins naturel. Les autres explications ne rendent pas compte du à cause de cela. Ainsi : Pilate est moins coupable c parce qu'il pèche par faiblesse plutôt que par méchanceté i (Ëulhymius) ; — < parce qu^il a moins de connaissance que les Juifs» (Grotius). — Bien loin de s'irriter de cette réponse, Pilale est saisi de la ma-
jesté qui y respire. De là la quatrième phase du procès: le suprême effort de Piiate , pour délivrer Jésus, venant se briser contre le quatrième et dernier moyen tenu en résene par le Sanhédrin.
V. 12. < Dès ce moment Piiate cherchait à le délivm: mais les Juifs criaient \ disant : Si tu délivres cet hornm, tu nés pas ami de César; car quiconque se fait roi, s oitpose à César. » — 'Ex toutou, proprement : dès et en vertu de ce mot-la. Comp. VI, 66. — Jean semble dire qne toos les efforts précédents de Piiate dans le but de délivrer Jésus n'étaient rien en comparaison de ceux qu'il fit son» l'impression de la parole qu'il venait d'entendre sortir de sa bouche. Mais les Juifs possédaient par devers eux une arme dont ils avaient résolu de n'user qu'à la dernière extrémité: celle de l'intimidation personnelle. L'empereur régnant, Tibère, était le plus soupçonneux des despotes. L'accusation de haute trahison était toujours bien accueillie de ce tyran. Qui atrocissiinè ejôercebat lefjes majesiatis, dit Suétone. Le plus impardonnable grief était d'avoir laissé péricliter son autorité. Voilà le péril que les Juifs évoquent aux regfards effrayés de Pilale. Ce terme équivoque (le roi des Juifs, avec la couleur politique qu'il n« pouvait manquer d'avoir aux yeux de Tibère, ferait infailliblement passer Piiate pour un administrateur inlidèle qui avait tenté tle soustraire au supplice un adversaire Je raulorité impériale; et son procès serait bientôt fait; Piiate le savait bien-. Il est vrai que faire jouer ce ressort, c'était, do la part des Juifs, renier la notion même du Messie, et s'inféoder eux-mêmes à l'empire. Une telle victoire était un suicide. Aussi est-il aisé de comprendre que, dans leur plan de bataille, ils eussent gardé cette manœu-
* T. R. avec 9 Mjj. :E H K etc.;: lïL^^a^ov; A 1 L M V H U Mdd. Or expauyal^ov; B 13 Mnn. Expa^va^av. K: cXe^ov au lieu d'sxpa^ov Àîto.tîî-
vre pour la dernière ; c'était le coup du désespoir. L'effet en fut immédiat :