‹ Commentaire sur l'Évangile de saint Jean (volume 2)Chapitre 58 sur 66 · IV. — La seconde apparition aux disciples : v · texte numérisé non relu

IV. — La seconde apparition aux disciples : v

Un dernier levain d'incrédulité restait encore dans le cercle des Douze. Il est extirpé, et le développement de la foi arrive à son terme chez tous les futurs témoins du Christ.

V. 24 et 25. t Mais Thomas, l'un des Douze, celui qui est surnommé Didymey n'était pas avec evjo lorsque * Jéstis vint. 25 Comme donc^ les autres disciples lui disaient: Nous avons vu le Seigneur , il leur dit: Si je ne vois dans ses mains l'empreinte ^ des clous, et si je ne mets mon doigt dans l'empreinte dm clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai pas. » — Sur ^i^u|jlo;, jumeau^ voir XI, 16. Nous avons appris à connaître Thomas par XI, 16 et XIV, 5;' l'impression produite sur lui par la mort de son Maître ne saurait nous étonner. Ce dut être celle d'un profond découragement. cJe le lui avais bien dit;» voilà ce qu'il se répétait sans doute à lui-même. Son absence en ce premier jour pouvait n'être pas sans rapport avec ce sentiment amer. C'est ce que confirme la manière dont il accueille le témoignage de ses frères. Il y a de la ténacité jusque dans la forme de son discours, surtout dans la répétition intentionnée des expressions. Aussi ne faut-il point admettre, avec Tischendorf, la leçon Toirov, le lieu, au lieu du second tutcov, l'empreinte: cette leçon (He précisément h

* H ajoute ouv après ot£ et le retranclie au v. 25 après eXe^ov.

* A I Iipiw'q"» Vg. Syr. Or. lisent tojcov (le lieu), en place de rj;:ov, et N sia Tr,v yeipav (sic) «uToy (si je ne mets mon doigt dans sa main et 9% je ne mets ma main dans son côti*),

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la dénégation du disciple ce caractère marqué d'obstination. Thomas ne parle pas des pieds; cela est tout simple dans cette situation, et il est ridicule d'en conclure, comme quelques interprètes, que les pieds n'avaient pas été dtmés.

V. 26 et 27. t Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau réunis dans V appartement; et Thomas était avtt eujr. Jésus vient, les portes étant fermées, et se présente au milieu d*eux, et dit : Ui paix soit avec vous. 27 ftas il dit à Thomas: Approche ici ton doigt, et vois mes mains, et approche ta main, et la mets dans mon côté, et ne deviens pas ina^édule, mais croyant. » — Les disciples passèrent toute la semaine pascale à Jérusalem ; cela était naturel. A la rigueur, ils eussent pu repartir pour la Galilée le dimanche qui suivit le second samedi de la fête. Qu'estce qui les retint encore ce jour-la? N'est-il pas permis de penser que ce fut la crainte d'abandonner Thomas et de le perdre s'ils le laissaient en arrière dans la situation d'Ame où il avait passé cette semaine? — Dans sa salutation Jésus comprend aussi ce disciple; c'est même à lui qu'il l'adresse spécialement; car il est le seul qui ne jouisse pas encore de la paix que donne la foi. — La re[)roduction presque littérale des paroles téméraires de ce disciple a pour hul de le faire rouj^ir de ce qu'une telle exigence avait de grossier et de charnel. — Par l'expression: IS'e d-eviens pas, Jésus lui lait sentir qu'il se trouve au point critique où se séparent les deux routes : celle de l'incrédulité décidée et celle de la foi parfaite.

V. 28 et 20. « Thomas répondit^ et dit: Mon Seigneur et mon Dieu ! 29 Jésits lui dit^ : Parce que tu m'as vu '% tu

* 7 Mjj. K B {] I) I etc. ItP'«'-««i"«- retranchent xx: devant xr.ixy.iiT^.

* Au lieu (le Asyt., ^{ : tir,-^ oî.

^ T(Kis les Mjj. t'iO Mnn. It. S)r. retranchent Hmo^. après v-izxLi; \ii. A \i\ place, N lit x*'..

GHAP. XX, 25-39. 579

of erur^ Heurmix ceux qui^ sans avoir vu S ont cru / » — Ce qui produit une impression si profonde sur Thomas, ce n'est pas seulement la conviction de la réalité de la résurrection, c'est aussi la preuve de toute-science que lui donne le Seigneur en lui répétant les paroles qu'il pensait avoir prononcées en son absence. Et c'est ce contact immédiat avec l'attribut divin de la toute-science aussi bien qu'avec la victoire sur la mort, qui lui inspire le cri d'adoration qui sort de son cœur. Cette scène rappelle celle de Nathanaël (eh. 1). Comme chez ce disciple, la lumière brille en ce moment suprême avec un éclat subit jusqu'au fond de l'âme de Thomas ; et, par une de ces réactions fréquentes dans la vie morale, du degré de foi le plus bas il s'élève au faite d'un seul bond, et proclame la divinité de son Mattre par une expression plus catégorique que toutes celles qui étaient jamais sorties de la bouche d'aucun de ses collègues. Le dernier devient pour un moment le premier, et la foi des apôtres, telle que la professe Thomas, atteint enfin à toute la hauteur de la vérité divine formulée par le prologue. C'est en vain que Théodore de Mopsueste et d'autres ont voulu appliquer à Dieu, et non à Jésus, le cri d'adoration de Thomas. Il ne devrait pas y avoir, dans ce cas, elirev aùr^, c il lui dit » ; et le terme mon Seigneur ne peut se rapporter qu'à Jésus. On objecte le monothéisme de Thomas. Mais c'est précisément parce que ce disciple comprend qu'il porte désormais à Jésus un sentiment qui dépasse ce qui peut être accordé à une créature, qu'il est forcé, par son monothéisme même, à placer cet être dans le sein de la divinité. -^ La valeur objective de ce sentiment de Thomas est garantie par la manière dont Jésus en accueille l'expression. Le Seigneur ne réprime pas cet élan, comme l'ange de l'Apocalypse, qui dit à Jean: t Adore

* H S}T. lisent {xg après îÎovtê;.

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If ion, » Il répond au contraire: cTri as cru.^ Dans un article du Lien (mai I8t>9), on objecte que celle réponse approhalive se rapporte non à l'exclanialion : mon Dieu, mais h la Toi au Tait de la résurrection. Mais les deux convictions de la résurrection de Jésus et de son caractère di\in se confondent absolument dans le sentimcnl de Thomas; Tune est impliquée dans l'autre ; et c'est cette foi avec son objet tout entier, tel que Thomas vient de le formuler, que Jésus accueille. Autrement il eût bien su écarter l'alliage tout en conservant l'or pur. — Le parf. xemcreintaç ne sipifie pas seulement : Tu as fait acte de foi, mais : Tu es désormais en possession de la foi complète. Celte parole, aussi bien que celles de Jésus à Nathanaël I, 50 et aux disciples XVI, 31, peut être prise comme anirmation. Cependant Meyer observe, non sans raison, que le côté du reproche accentué dans les mots: parce q^te fu as t»w, ressort mieux avec la forme interrofrative. Jésus exprime dans les derniers mots le caractère (oui nouveau fie Tère qui coinm*»nce, celle d'une foi qui devra savoir se conlenter Ju If'Miioijrnnjre apostolique sans prétendre le cf»nlr«Mer, comme Thomas, de ses propres yeux. Otle parole clôt ainsi Pliistoire du développement de la foi chez les apôtres, tout en ouvrant l'histoire de rF.f!:lise. Haur prétend que Jésus oppost» ici à la foi aux faits r.rirriours celle qui ne cherrlie plus son contenu c|u'en elle-même, dans Vidf^e dont elle est désormais pleinement consciente. Il est aisé de voir que les v. .iO et M sont directement opposés à cette |>ens«'*e. Aussi Haur les déclare-t-il interpolés, lc»rs même qu'ils ne manquent dans aucun document. Le contraste que Jésus signale est celui de la foi (pii, jKnir accepter le fait miraculeux, veut le voir, et de la foi qui consent à Taccepler sur le fondement du témoiunaye. Sur la premièn» voie, la foi ne serait plus possible pour le monde qu'à la condition

de miracles sans cesse renouvelés et d'apparitions de Jésus répétées pour chaque individu. Ce ne devait point être là la marche de l'œuvre divine sur la terre, et c'est là la raison pour laquelle Jésus appelle heureux ceux qui sauront croire par le moyen unique de la foi, auquel Thomas s'est obstiné à ajouter l'autre. — Les participes aor. iÂovTc;, TTVTTriyavTe;, sont empruntés au sentiment d'une personne qui se placerait au terme du développement de l'Eglise et jetterait un regard en arrière sur la manière dont tous ces glorifiés sont arrivés à la foi, et par elle à la vie (v. Si). Cette parole de Jésus, qui signale te terme du développement de la foi dans le cercle apostolique et le point de départ de l'histoire de la foi sur la terre, est la conclusion normale d'un évangile tel que celui de Jean, qui repose sur cette pensée : la manifestation de la gloire de Jésus produisant, d'un côté, Vincrédulité qui sépare de Dieu et, de l'autre, la /bi qui unit à lui.

De la résurrection de Jésus.

C'est ici, comme le dit Strauss, < le point décisif, où l'opinion naturaliste doit rétracter toutes ses assertions précédentes ou réussir à expliquer la foi à la réhurrection sans faire intervenir un fait miraculeux qui y corresponde ^ » Il n'est plus possible, en effet, de recourir aux expédients accoutumés, « les forces cachées de la spontanéité, » • le contact d'une personne exquise, * etc. Car nul être humain n'a concouru à la résurrection de Jésus. Si réellement il est sorti du tombeau après y avoir été déposé mort. c'est sans contredit la puissance divine qui a éclaté dans ce fait central de l'histoire : et, comme le dit Pierre, « Dieu a ressuscitf^ Jésus. • « Quoi, vous senihle-t'il impossible que Dieu ressuscite les morts ? t demandait saint Paul au roi Agrippa et au gourerneur Festus. — Oui ; car cela est contraire aux lots de la nature. — Et si les lois de la nature étaient précisément ce qui dans ce cas commande le fait que vous niez en leur nom? La

* Das Leben Jcsu, 4864, p. 288.

58iî CINQUIÈME PARTIE.

mdnie loi naturelle en vertu de laquelle le péché sépare de Dieu et tue, ne veut-elle pas que la sainteté unisse à Dieu et vivifie? Cet olTet moral n'est- il pas aussi nécessaire que l'effet physique d'une nourriture saine pour faire prospérer le corps ou d'un hreuvajre empoisonné pour le faire pc»rir? Si Jésus a été innocent de tout piVhé et ne s'est nourri id-bas que de sainteté, s'il a vécu de Dieu (Jean VI, 57), la vie n'est-elle pas la couronne qui doit attendre au ternie de la carrière ce hardi, cet unique vainqueur^ Et si, pour accomplir la loi qui condamne l'humanité pécheresse, il se livre volontairement à la mort, ce coup, frappant une nature parfaitement saine, moralement et physiquement, et ne l'atteignant que du dehors, ne rencontrera -t- il pas, ne réveîllera-t-il pas même dans cet organisme exceptionnel des puissances de réaction, exceptionnelles aussi, et dont le pouvoir divin tirera la vie aussi légitimement et nécessairement que de l'action du péché se dégage la mort ? Certains symptômes ont trahi, nous l'avons vu, dans le corps de Jésus, au moment où pour tout autre corps commence la dissolution, une réaction vitale sans exemple. Et ce grand cri fmal par lequel il a donné sa vie et ne se l'est point laissé arracher, comme le pécheur, est aussi riudice, à la fois physique et moral, d'un état exceptionnel, tourné vers le triomphe do la vie sur la mort, de la fonv sur la faiblesse.

Dans ces ronditioiis donc, it»s lois de la nature physique et morale, hifii loin de protester contre la ré>urrtH:tiou de Jésus, la nVlament iinpérieus(»meiit.

Ksl-elle possible ? Si elle est moralement nécessaire, elle doit être possible, à moins que l'on n'aflirme un dualisme inconciliable entre \'<'trc et le hien; ce qui serait la destruction du mo uollu'iMne. L'essence de l'être, et par C()nsé(|uent aussi de la matière, est \olonté ; et comme la loi de la volonté divine est le bien, il n'est pas admissible (lu'uiie partie quelconque de l'être échappe à la loi du bien. La volonté ({ui a fait apparaître la matière en vue de l'être libre, n'a pas abdiqué vis-à-vis d'elle; mais elle s'e>l réservé le moyen de la dominer toujours et de la faire servira l'éducation et à la destination finale de l'être libre. * Tout historien, dit StrauSvS, «loit jK)sstHler assez de philosophie pour savoir nier le niiracb' ici comme ailleurs. • Tout vrai philosi^phe, répondrons-nous, doit être assez initié aux secrets de l'histoire pour comprendre la possibilité du miracle ici comme ailleurs.

n existe quatre moyens de se défaire du miracle de la résurrection de Jésus-Christ :

l*> Le plus ancien et le plus simple est de supposer une fraude de la part des apùtres, qui auraient, d'une manière quelconque, fait disparaître le corps de Jésus (Matth. XXVni, 14-13). C'est ct>lui auquel ont eu recours, à la suite des Juifs qui Ttivaient' imaginé, Celse, les Fragments de Wolfenhuttely et d'autres. Il est positivement rejeté par Strauss. Une tromperie préméditée est, en effet, incompatible avec le décourairement dans le<|uel tétaient plongés les disciples après la mort de Jésus et avec la foi triomphante (ju'ils puisèrent, pendant tout leur ministère, dans la conviction de la résurrection de leur Maître.

i'» Le second moyen consiste à admettre que Jésus n'était pas complètement mort quand il fut déposé dans le sépulcre, et que la force vitale se réveilla sous linlluence des aromates et de la fraîcheur du sépulcre. Paulus et Schleiermacher sont les principaux défenseurs de cette hypothèse. A ce point de vue, les apparitions de Jésus sont des faits n^els, mais naturels. Strauss a fait également justice de cette hypothèse. Comment, en effet, Jésus apparaîtrait-il dans une chambre dont les portes sont fermées ? (Comment, après un supplice comme celui de la croix, ferait- il, avec les disciples d'Emmaiis^ un long chemin à pied, pour disparaître ensuite subitement et reparaître le soir à Jérusalem ? Comment, quelques jours plus tard, entreprendrait-il le voyage de Galih'Hî? Mais surtout, comment un être à demi-mort, qui se serait misérablement traîné hors de la tombe, dont la vie dépendrait de toute espèce de soins et de ménagements, et qui, au bout de quelque temps, n'aurait pas mancfué de succomber à ses souffrances, eût-il pu produire sur ses disciples l'impression d'un vainqueur du sépulcre, d'un Prince de la vie? Comment cette vue eût-elle transformé leur tristesse en enthousiasme, leur confiance en adoration? Voilà ce qu'un historien sérieux n'expliquera jamais.

*M Le troisième moyen, le plus liardi, consiste à reconnaître que les disciples ont cru à la résurrection, que sans cette foi la fondation de l'Eglise chrétienne serait une. impossibilité, mais à expliquer cette foi par un pur phénomène mental, une série d'hallucinations chez les saintes femmes et chez les disciples. Fer-

sonne, en eflet, dit Strauss ^ n'a été témoîu du fait mèiite delà résurrection. D'ailleurs, aucun de nos évanj^iles n'étant autbentique« nous ne |M)ssédons pas un seul témoifçnage directement apostolique. Puis les récits des diverses apparitions se nmtredisent dans nos évangiles. Enfin la notion du corps res«usritp de Jésus présente des caractt'*res contradictoires : d'un côté, il est élevé nu-dessus des lois de l'espace et de la pesanteur, et de l'aotiv il peut s'assimiler du miel et du poisson. Il faut donc admettre qu'en \ertu d'une dis|M>sition maladive de Ma rie- Madeleine, et d'un état d'exaltation produit chez les disiiplcs par leur retour en Galilée, dans l(*s lieux où ils avaient vécu avec Jésus, son sottvenir se réveilla ilaiis leur cteur avec une vivacité extraonlinaire et s'v transforma en > isions. Ils crurent le voir. Tenteiidre. le toucher; et (:ette illusion produisit sur eu\ le même effet inoral qu'aurait pu produire le fait extérieur. — Naturellement la date du troisièmi*joiir, indiquée par les récits, n'est pas historique: il faut n'y voir qu'une mauvaise application d'une lo<*ution proverhiale et de quelques expressions scripturaîres. Quant au cor|K de Jésus, il fut jeté à la voirie, ainsi que ceux des deux malfaiteurs : et quand, six semaines plus tard, à la Pentecôte, Pierre proclama pour la première fois en public la résurre<*tion. il fut impnssihle de s'en servir |NMir désabuser les disciples et anéantir l'elTet pin'ssant de l(»ur témoiiînajie. — Telle est l'explication de Strauss, partagée dans ses traits principaux par Raur et M. Roitan.

Qui» U» fait dt» la résurrcM'tion n'ait pas eu de témoin immédiat, rela est certain ; mais si les apparitions du RessuM^ité simt constatcVs. (M»la ne prouve rien œntre le fait lui-même. — Si même il était vrai que nous ne sommes en |K>sses.<ion d'aucun é\an,i;ile authentique, tout témoip;naize apostolique direct ir* nou$ mamiuerait pas {mmif cela. L*ApiN*al\pse. dans laquelle Strauss rer(»iinaît Tœuvn» de Jean, ne met-elle pas dans la bouche de Jésus glorifié les paroles suivantes : « J^ai tHé tuort. et maiitti*nant je suis vivant,.. Je tiens les clefs de la mort et du *'/pulrre • (I, 18). * Voici ce que dit celui qui a étf* wort et qui a revrcu • (II, 8). D'ailleurs Strauss reconnaît que la pré-

« Difs Li'bnt Jtmu, 1864, p. 60Î cl suiv. ; p. 312, 316 et suiv. d ailleurs.

DE LA RÉSURRECTION DE JÉSIS. 58o

(licatioii apostolique qui a fond** FEiiiiise implique la foi à la résurret^tioii. Le passaize 1 Cor. XV, 1-11 le prouverait au Ih»soin sans réplique ; car il ranj^e le téinoi|^na^e îles Douze sur ce fait parmi les points fondamentaux de la tradition émanant de leur lM>uche, et eela dans un moment où Pierre, Jean et la plupart des Douze vivaient et prêchaient enc(»re (1 &)r. IX, 5l — Les tliverpMices de détail entre les récits é\anfi:éliques ne servent qu'à mettre dans une lumière plus vive leur unanimité quant au fond, et, connue le dit Heuss ( Ilintoin' éranfjâliqiw. p. 698), qu'à prouver que la foi de l'Eglise sur ce point n'est pas «le produit d'une comlunaison arbitraire et conventioimelle: > c^r c'est bien dans ce cas « qu'on en serait venu à une relation uniforme et stér(H)t\ |)ée. • Les dilFérences s'expliquent sans peine, si l'on tient conq)te des circonstances spéciak^ (|ui ont déterminé le UKMle de chacune de nos narrations évani^éliques. Le récit de Matthieu, conf«>rmément au caractère de tout cet écrit, est sommaire quant à l'histoire et tend uniquement à la proclamation messianique et aux instructions royales adressées par Jésus aux Douze dans son dernier dise-ours (^Matth. XXVIIL 18-20). Os paroles sont le pendant du premier mot «lu livre ^I, ly: « Jé.sus, le Christ, fils dr, David, fils dWhraham, * Elles montrent le programme, tracé par ce préand)ule. réalisé : Jésus, comme le Messie juif, et en même temps comme le Sauveur de toutes les familles de la terre. C'est comme tel que Jésus charj;e les apAtres de faire en son nom, par la prédication et le baptême, la conquête du monde. Le fait de la résurriTtion est constaté par l'apparition : c'est tout ce (|u'il fallait dans ce récit. Le tableau historique n'est que le cadre destiné à renfermer l'enseignement qui fonde la mission. Le ré(*it de Luc a également, dans cette dernière partie, un caractère très-abrégé, comme le montrent les: « Et il leur dit, » plusieurs fois répétés sans indication de situation précise, ce qui est contraire à tous les antécédents de Luc. La raison de ce fait, dilférente de celle (|ui concerne 3Iatthieu, €st que l'auteur se proposait de donner tous les détails historiques en commentant le second tome de son ouvrage, le livre des Actes. Quant à Tévangile de Marc, la conclusion de cet écrit nous manque. — Les contradictions (jue l'on signale entre les divers caractères du corps ressuscité de Jésus, toml)ent si l'on tient compte de cette parole de Jésus lui-même: Je monte^ àvotfktivw

<\X, 17). r/<>st une ép<Miuo do transition, durant laquelle ïe ('t>r|3> (lu Soigneur par (rrlains traits appartient encore à l'ordre (le choses actuel et pourtant possède di^jà, dans une certaine mesure, K»s (|iialit(^ du corps spirituel, c'est-à-dire, d'uncorpsqul a pour princi[)e de >ie. non plus une âme humaine seulenH^I^ mais l'Ksprit {[ Cor. XV. ii (*t 45). Nous devons reconnaître, d'ailleurs, ce ijue prc^tMite de myst('M*ieux un pareil <^fat sur lequel nous ne {lossi^lons aucune donn^^ expérimentale.

L'IiypolluV» de Strauss lui-même est sujette à des difficultés hien autrement insurmontahles*. 1. La première question. enfa> d'hallucination de la part des disciples, est de savoir ce quest devenu !r corps fin Stngnour. Il a (»t(^ jet^ à la voirie, dit Strauss, ou. comme d'autn^s s'expriment, arnîs et ennemis (»nt n(Vhr*^ <1«* î* <'n occuper. Mais le fait est que nos récits bil)lique< sont unaninus à raconter qu'il est resté entre les mains desamL< de J('»sus, (»t (|ue la loi romaine est parfaitement conforme à celte mani(*re de pnnvder. S'il en est ainsi, il ne peut plus être que^ tion d'hallucinations ; elles se seraient évanouies en face de(Y cadavre. Il ne n»sterait donc plus (fu'à revenir à Thypothèse de la fraude, (pie Strauss lui-m<'Mne avait si viiioun*usenient écartée. Oue si l'on pr(''tend, inalirré runanimité d(*s récits, que le n»rp< est resti' entre les mains des ennemis de JtS^us. comment ne s'eu v>iil-ils |)ns ser\ is pour ramener à la rais<in les pauvres <vrveau\ éiian's? Car si c'est à la !*ent(»cote que Pierre a préclié |)our la preniitM'e fois, ce n'en (»st pas moins des le ^/'o/.v/Vyy^f' jour qiiela ('on\iction de la nsurrcM-tioii a ('claté chez K^s dis(Mpks. Cette date ressort non siMilement d»»s (piatre n'N-its, diveri:onts sur tant d'autres points, mais encore de la (hVlaration positive de Paul, 1 Cor. XV. \. C'est ainsi (juil avait appris la chos(» de la lH)Uihe (le Piern» et de Jac(ju(»s ((îal. ï. IS. 11». Pour écliapp<*r à cette (la(«' et tAcher de (Teus(»r un ahhne entre la foi des disciple^ et la terrible pi<\'e (h» conviction d(^pos(V si pr(»s d*(»u\ à Jérusalem. Strauss l(S fait fuir (»n CalihV, le jour de la mort ou le lendemain, et là se liNrer aux fantaisi(»s de leur imaiiination. Mais ce ir«*>t là (Hiun pur roman. D'apn's tous les n'vits, l(»s preniièrt^s appari-

' Plusieurs (J'entre elles oui (*!(» \ij:oureuseinenl e\|)0st^'> i>ar Keim III. p. .iOi-fiO?', ([u()i([U(» l'on ne puisse nié(*onnaUre chez (*e Siuanl W «l(»sir (le ne pas se fermtT absolument cette retraite, si sa forter»"^"^' actuelle voir plus bas dcNenail scientiti(pi(MiKMil intenable.

tions eurent Heu k Jérusalem, et cela, même d'après le plus galiléen des évangélistes, Matthieu; tt>mp. XXVIÏÏ, 1-10. S'il en est ainsi, la disparition du corps ne peut s'expliquer que par la sortie volontaire de Jésus, de son tombeau, et la foi des disciples, que par ce mode de disparition. — S. L'idée d'une hallucination est incompatible avec Vétat fVdme des disciples. Nul ne s'attendait au retour du corps à la vie. Les femmes se rendaient au si'*pulcre pour l'embaumer. Les disciples partaf^eaient leur sentiment. Or rhallucination ne peut être que le fruit de l'attente, Tenfant du désir. Si les disciples attendaient quelque chose, nous l'avons vu, c'était la réapparition céleste de Jésus glorifié. C'est dans ce sens que les deux d'Emmatis disent : « Voilà df^jà le troisième Jour » (Luc XXIV, 21); et le brigand : « Souviens-toi de moi quand tu reviendras dans ton règne » (XXIIL 42V C'est là sans doute la portée que les disciples avaient cherché à donner aux promesses de Jésus relativement à sa résurrection. Le retour de son corps à l'existence terrestre, nul ne l'entrevoyait. Ils attendaient la Parousie, non la résurrection. Or, dans cette disposition d'esprit, comment auraient-ils interprété de simples hallucinations comme des apparitions corporelles? Ils auraient plutôt fait précisément l'inverse, c'est-à-dire qu'ils auraient interprété des apparitions réelles dans le sens de simples visions spirituelles. Et n'est-ce pas ce qu'ils font en effet quand ils croient voir dans Jésus apparu un pur esprit et que Jésus s'efforce de les convaincre du contraire et les reprend sur ce point pour leur incrédulité (Matth. XXVIII, 17; Marc XVI, 11-14; Luc XXIV, 25. 26; 37. 38 ; 42. 4:3 ; Jean XX, 20. 27)? — 3. S'il ne s'agissait que de simples visions subjectives, il faudrait admettre une véritable contagion, une épidémie nerveuse, qui, partie d'un ou deux d'entre les crovants. Marie-Madeleine et Pierre, se serait communiquée graduellement à toute la communauté et iiurait abouti finalement au plus inconcevable paroxysme, à une hallucination non seulement de deux ou de onze, mais de cinq cents [)ersonnes simultanément (1 Cor. XV, 6). A cette supposition déjà si invraisemblable par elle-même, Keim oppose avec raison cette possession calme de soi-même, cette lucidité admirable de connaissance religieuse, cette énergie toute pratique de la volonté, tous ces signes enfin d'une disposition intellectuelle et morale parfaitement saine, qui caractérisent la conduite des fondateurs de la

jouiie Ki^lise et qui sont incompatibles avec un état d'exaltation visionnaire et maladif. On pourrait comprendre qu'à un temps d'i\resse le retour au sanfs-froid eût succédé. Mais la simultanéité des deux états oppostS> est moralement impossible. — i. La nature même des apparitions est inconciliable avec l'idée de \ isions purement subjectives. Si l'objet contemple était une apparition lumineuse, flottant entre ciel et terre et s évanouissant bientôt dans l'azur du ciel, on pourrait à la rifsueur l'expliquer par une ballucination, quo'u|U il fût difficile de comprendre comment elle pourrait être commune à plusieurs personnes. Mais il s'af^it d'un personna|:e qui se montre de très-prés, qui invite à le palper, qui donne des ordres positifs, celui de se rassembler sur une montagne désif^née, de baptiser les nations, d'annoncer l'Evangile à toute créature humaine, de demeurer dès ce jour à Jérusalem, etc.; qui a des entretiens détaillés avec les deux d'Emmaiis, avec Thomas. Pierre, etc. Nous avons là une série d'instructions, de promesses qui, quoi(|ue dispersées dans les quatre récits, forment un ensemble d'un à-propos et d'une gradation admirables*. L'hallucination ne comporte pas des traits aussi particuliers et aussi précis. Il faut absolument taxer les récits de légendaires et même de fictifs. Mais que dire alors de Paul qui, du vivaat même des ap<'>tres, y fait allusion de la manière la plus précise (1 Cor. XV I î — ;i. Mais la suprême difficulté est celle que Keim le premier a bien fait ressortir: la fin .subite de ces prétendues visions. Au bout (le pou de semaines — après huit ou neuf apparitions-, que Paul compte pour ainsi dire sur ses doigts d'après la tradition orale, et auxquelles correspondent parfaitement les récits de nos é>angéiistes — à un jour marqué que l'Eglise désigne du nom d'Ascension, relfervescence se calme tout à coup. G*s oCK) visionnaires sont subitement revenus au sang-froid. L'exaltatiou niiintaniste, (|uoique beaucoup moins créatrice, a duré tout un demi-siècle... Ici, au lK)ut de six semaines, tout rentre dans

* (lomp. le iKîau (lévelopi)ement de cette remarque dans Gess, Chrùti ZcinjiLiss, etc., p. 198-204.

- Quatre, le premier jour Marie-Madeleine, les deux d'Emmai'is. Pierre, les Onze ; une. huit jours après Thomas ; trois, dans les semaints sui\anles ^au bord du lac de Génézareth; sur la montaioie en Galilée, probablement la même cpie celle» des 'iOO chez Paul; et Jacques ; la dernière .ascension

Tordre. Car il est évîàent que les visions de Pierre ou de Paul, dans h suite des Actes — sauf celle sur le chemin de Damas qui occupe une place à part — n'appartiennent plus à la même catégorie; elles n ont plus aucune relation avec l'existence terrestre de Jésus. Ce ne sont pas des signes de sa victoire sur la mort, mais des manifestations émanant du sein de sa gloire céleste. Quant aux apparitions du Ressuscité, c'est comme si un charme s'était rompu. Elles ont pris fin a toujours. Ce fait est incompréhensible si une cause extérieure n'a pas présidé et à ces ({uelques manifestations sévèrement comptées et à leur subite cessation. — L'hypothèse des visions est donc aussi insoutenable que les précédentes. M. Reuss dit avec raison : « Le recours à une illusion visionnaire est impossible en face de l'universalité et <le la fermeté des convictions au sein de l'Eglise» (p. 701).

4<* Keim a avancé une autre explication proposée déjà par Wetsse et soutenue par Fichte (^fils) : Les apparitions du Ressuscité sont de vraies et réelles tnanifestations de Jésus, comme esprit glorifié^ à t esprit des disciples. L'objectivité que l'explication précédente refusait aux apparitions, leur est accordée dans celle-ci, ce qui permet en même temps de rendre compte plus facilement du petit nombre de ces faits miraculeux et de leur cessation prompte et tranchée. — On peut dire que, comme les apôtres, dans leur attente, substituaient la Parousieà la résurrecv tîoii, l'hypothèse de Keim identifie la résurrection avei! la Pentecôte. Car qu'est-ce que Tœuvre de l'Esprit, sinon la révélation spirituelle de Jésus glorifié au cœur des fidèles? Il y a là un premier pas de retour vers l'explication (jue l'Eglise a toujours donnée du fait. Hais ce pas ne suffit pas; et voici pourquoi : 1^ Cette hypothèse n'explique pas mieux que la précédent^^ la disparition du corps de Jésus et le tombeau vide. 2'^ (Jue penser de Jésus qui, pur esprit, mangerait devant ses disciples et les appellerait à le palper de leurs mains, afin de leur prouver qu'il n'est pas pur esprit ; de Jésus qui, pur esprit, les tancerait de leur incrédulité qui leur fait croire qu'ils ont affaire à un pur esprit! 3*^ fiOmment, s attendant si peu à une résurrection proprement dite, les disciples en seraient-ils venus à substituer à ces visions purement spirituelles l'idée des apparitions corporelles? L'hypothèse de Keim succombe à ces insolubles contradictions. — Nous nous occuperons, à l'occasion du fait rapporté dans le chapitre suivant, des deux théâtres des apparitions (Judée et Galilée).

Strauss a eu le bon sens de rccoouattre que sans la foi des apôtres à la résurrection de Jésus, l'Eglise ne serait jamais née. Nous croyons pouvoir ajouter avec non moins de vérité que saiis le fait de la résurrection, la foi des apôtres à cet événement ne itérait jamais née.

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