CONCLUSION
mais encore en vue de rétablissement de la foi dans tout le monde ; comp. XV, 26 et Act. 1, 21 et 2â. La position du mot TouTu après ^^Tm (ce Hvre-ct) lui donne une énergie particulière qui, quoi qu*en dise Luthardt, semble indiquer une allusion à d'autres {ii^Xia (livres) dans lesquels sont déjà consignées les choses omises dans celui-ci. Cette eipi'ession ainsi comprise concorde avec toutes les preuves que nous avons rencontrées de la connaissance que Jean avait déjà de nos synoptiques. S'il en est ainsi, l'apdtre confirme par ces mots le contenu de ces évangiles antérieurs au sien et fait entendre qu'il a seulement voulu les compléter à certains égards.
Mais si sa méthode n'a point consisté à écrire une histoire du ministère de Jésus aussi complète que possible, quel but s'est-il donc proposé? Le v. 31 répond à cette question. Il a raconté ce qu'il a estimé le plus propre â conduire ses lecteurs à la foi qui le remplit lui-même. El pour cela, comme nous l'avons constaté, il a simplement choisi dans la vie de son Maitre les faits et les témoignages de Jésus qui avaient le plus efficacement contribué à la formation et à l'aflermissement de sa propre foi. De ce choix est né Tévangile de Jean. En disant : rous, rapOlre s'adresse àcerUins chrétiens déterminés, mais qui, comme dit Lulhardt, représentent TEglise entière. Ils croient déjà, sans doute; mais la foi doit toujours progresser, et à chaque progrès la foi précédente apparaît comme ne mêrilanl pas encore le nom de foi (voir 11, M et ailleurs. — La position de eartv, est, dans le lexte, ne peut se rendre que par notre traduction : c est bien, » Jean caractérise Jésus, en tant que Tobjet de la foi. de manière à rappeler les deux phases que nous avons observées dans le développement de la sienne : d'abord le Christ: puis le Fils de Dieu, Le premier de ces termes rappelle raccomplisseinont des prophéties et de l'espérance théocrafique.
C'est en cette qualité que Tavait d'abord accueilli la foi des disciples (I, 42. 46). La solennité avec laquelle cette notion de Messie est rappelée dans ce verset, sommaire de la foi, écarte absolument l'idée d'une tendance hostile au judaïsme chez l'auteur du quatrième évangile. Mais la reconnaissance du Messie en Jésus n'avait été que le premier degré de la foi apostolique. De là Jean et ses collègues s étaient élevés bientôt à une conception plus sublime de celui en qui ils avaient cru. Dans ce Messie ils avaient reconnu le Fils de Dieu. Le premier litre se rapportait à sa charge; celui-ci se rapporte au caractère divin de sa personne. C'est surtout depuis le ch. V de noire évangile que cette nouvelle lumière s'est fait jour, dans l'âme des disciples, sous l'empire des déclarations de Jésus. Elle est arrivée à sa consommation avec la parole de Thomas : Mon Seigneur et mon Dieu, qui vient de clore l'évangile. — Si Jean veut associer ses lecteurs à cette foi par son récit, c'est qu'il sait par expérience qu'elle donne la vie : apn que croyant vous ayez la vie. En recevant Jésus comme le Fils de Dieu, on ouvre son cœur à la plénitude divine dont il est luimême rempli, et l'on entre dans cette communion parfaite avec Dieu qui est la vie, l'existence humaine saturée de béatitude et de force. Les mois en son nom dépendent de la locution avoir la vie. Le nom est la reconnaissance de la dignité de Jésus dans le cœur, son essence de Fils de Dieu écrite en lettres de feu dans l'ûme du croyant.
Ou l'auteur qui parle ainsi du but de son livre nous trompe, ou son ouvrage n'est pas une œuvre de spéculation religieuse. Ce n'est pas à la connaissance qu'il vise, c'est à la foi, et par la foi, à la vie. H n'a pas travaillé en romancier-philosophe ; son œuvre d'historien rentre dans son mandat apostolique. C'est le témoignage auquel pourra, dans tous les temps, s'attacher la foi de ceux qui n auront pas vu. Tel est le but réel du IV® évan{?ile.
XXI, <-î5
Il nous parait impossible de douter que ce chapitre ne soit un morceau composé indépendamment de Tévangile et postérieurement à cet ouvrage, mais qui y a été étroitement rattaché avant le moment de sa publication. Le premier de ces faits résulte: i^ De la conclusion XX, 30. 3i, qui clôt évidemment l'écrit primitif. Tous les efforts de Hengstenberg, de Hœlemann; de Hilgenfeld, etc., ne sont pas pai*venus à effacer ce point final, posé ci la fin de son ouvrage par la main de l'auteur. 3^ De la relation que nous avons constatée entre la scène de Thomas et l'idée même qui a présidé à la composition de l'évangile. Le terme est atteint, l'œuvre achevée, le plan épuisé! Lange et Hœlemann voient à la vérité dans ce chapitre un épilogue qui doit former le pendant du prologue. cDe même, dit le premier (Vie de Jésus, IV, p. 752), que Tévangélisle a représenté au ch. I le règne anlé-historique du Christ..., de même il trace maintenant le tableau de son règne post-historique, jusqu'à la fin du monde. » Mais ce rapprochement est plus ingénieux que réel. Ce sont les apôtres qui sont en scène dans le récit suivant, bien plus que le Seigneur lui-même; et c'est leur sort à venir qui se trouve dépeint beaucoup plutôt que le règne du Seigneur glorifié. Le pendant du prologue au point de vue signalé par Lange, ce n'est pas le ch. XXI; c'est TApocalypsc. Weilzel a fait une remarque qui peut paraître un peu mieux fondée'. Les trois autres
* Das Selbstzexgniss fh's rierten Krn)i(jelistcn ûbcr seine Perà'Oft, dans Stud. u. Kritik., ^8i9, p. o78 cl suiv.
évangiles, dît-il, se terminent chacun par un morceau relatif à ractivilé des apôtres après le départ de Jésus ; comp. Matth. XXVH1,19. 20; Marc XVI, 20; Luc XXIV, 58. Le cliap. XXI ferait, au même titre que ces passages, partie intégrante de notre évangile. Mais quand l'observation serait plus juste qu'elle ne Test (elle ne peut se soutenir ni pour Marc ni pour Luc, à peine pour Matthieu), il n'en résulterait rien pour le IV' évangile, composé sur un plan spécial. L'insertion de la conclusion renfermée dans les v. 30 et 31 du ch. XX restera toujours inexpliquée à ce point de vue.
Ce morceau, composé à part de l'évangile, l'a certainement été aussi après cet ouvrage. Le v. ii (ce fut déjà la troisième fois.,.)y qui suppose les récits de la résurrection^ ne permet pas d'en douter. C'est ce qui ressort aussi du v. 24: c c'est lui qui rend témoignage de ces choses, » évidemment de tous les faits renfermés dans l'évangile.
En même temps, et indépendamment des preuves qui pourront résulter du contenu du morceau, nous avons lieu de penser que cet appendice a été rattaché à l'évangile avant sa mise en circulation dans le public. Autrement, il se serait sans doute formé, comme pour l'évangile de Marc, deux familles d'exemplaires. Tune copie fidèle du texte primitif, ne possédant pas l'appendice, l'autre dérivant du texte déjà complété. C'est donc entre le moment de la composition de Tévangile et celui de sa publication que nous devons placer l'addition de ce chapitre. M. Renan juge à peu près de la même manière : c Je Onis, dit-il, la rédaction première à la fin du ch. XX. Le ch. XXI est une addition, mais une addition presque contemporaine, ou de l'auteur lui-même ou de ses disciples » (p. 534).
Il reste maintenant à savoir 1. par qui et dans quel but ce morceau a été rédigé; 2. par qui et dans quel but il a été joint à l'évangile. La solution de ces questions suppose l'étude préalable du morceau.
On peut envisager ce récit comme renrermant deux scènes distinctes et expressément séparées par la remarque da V. 14>: l'une générale, se rapportant à fous les disciples présents^ V. 1-13; l'autre particulière, se rapportant spécialement aux deux principaux d'entre eux, v. 15-33. — Les V. â^ et 35 forment la conclusion de l'appendice et en même temps le relient indissolublement à Tensemble de l'ouvrage.