‹ Commentaire sur l'Évangile de saint Jean (volume 2)Chapitre 8 sur 66 · Jésis. la luniére di moade: flll · texte numérisé non relu

Jésis. la luniére di moade: flll

Nous trouvons dans ce morceau : 1^ un témoignage {v. 12); 2<» une objeclion (v. 13) ; 3° la réponse de Jésus (v. 14-19); ¥ une notice historique (v. 20).

V. 12. € Jhu^y prenant de nouveau la parole^ leur dit : Je suis la lumière du monde; celui qui me suit ne 7/iorchera^ pas dans les ténèbres, mais il aura* la lumière de la vie. » — Si nous maintenions dans le texte le récit de la femme adultère, le v. 12 devrait se rattacher à ces mots du V. 2 : c Et s'élant assis, il les enseignait. » Mais le roXiv, de nouveau, annonce plutôt un second témoignage, ^inalogue à celui de VII, 37 et suiv. Le vrai sens de ces premiers mots est donc celui-ci: «Jésus, après s'être ainsi appliqué un premier symbole, reprit la parole pour s'en appliquer un second, i» Jean ne dit pas si ce nouveau <liscours eut lieu le même jour que le précédent. Rien dans le texte ne force à admettre le contraire, quoique les arguments en faveur de cette supposition ne soient pas non plus décisifs. — Le terme ekoLkm^tj il dit, indiqua une pose et un ton moins solennels que les expressions : il se tint là et cria, de Vil, 37. C'est une continuation, un complément du discours précédent; cette circonstance pourrait parler en faveur de l'identité du jour. En tout cas, il faut dire avec Luthardt : < Le fil historique qui importait i l'auteur, était tout autre que celui des jours et des heures. »

A quelle occasion Jésus se désigne-t-il comme la lumière du monde? Hug et d'autres ont pensé qu'il faisait allusion aux deux grands candélabres qu'on allumait le soir, pen-

* Variante de rspiTraTr^aei (T. R. avec D E etc. ) et ngpiTraTr^ar) (n B T etc.).

* N e lisent v/zi au lieu de eÇsi.

dant la fête, dans le parvis des femmes, et dont la lumière, au dire des rabbins, resplendissait sur tout Jérusalem. Cette cérémonie était très-bruyante; une danse sacrée à laquelle prenaient part des hommes graves, avait lieu autour des candélabres ; le chant et la musique des instruments remplissaient le temple, et la fête se prolongeait jusqu'au point du jour. Le fameux Maïmonide affirme que cette cérémonie avait lieu chaque soir de la fêle, ce qui conviendrait & l'explication de Hug. Mais le Talmud n'en parle qu'à l'occasion du premier soir. C'est là la raison pour laquelle Vitringa et d'autres commentateurs ont cherché à rattacher plutôt cette parole à quelque passage prophétique qui aurait été lu dans le temple, pendant cette journée : Es. XLII , 6 , par exemple : € Je te ferai être l'ailiance du peuple et la lumière des nations. > Comp. aussi Es. XLIX, 6. 9. Il n'est pas bien certain sans doute qu'il y eût des lectures régulières de l'A. T. dans le temple, et l'existence même d'une synagogue dans l'enceinle sacrée est dooteose (voy. Lûcke). Jarchi parle seulement d'une synagogue c située proche du parvis, sur la montagne du temple. » Mais, surtout, la parole de Jésus contient-elle une allusion assez précise à ces passages prophétiques? Il ne nous le parait pas. Les commentateurs qui admettent une allusion aux candélabres du temple , me paraissent commettre la même faute que dans l'explication du témoignage précédent. Ne pensant qu'à la cérémonie telle qu'elle se célébrait du temps de Jésus, ils oublient ce qui est beaucoup plus important, le fait miraculeux et bienfaisant dont cette cérémonie n'était que le mémorial, et qui pour Jésus était certainement l'essentiel. Que nous importent ici les candélabres et par conséquent la question de savoir si on les allumait un soir seulement ou tous les soirs de la fête? Ce dont il faut tenir compte, c'est le sens de la fête

des Tabernacles qui réunissait en ce moment le peuple. Cette fêle était destinée à lui rappeler Jes bienfaits de Dieu pendant le séjour du désert. De là, les tabernacles de feuillage. Or parmi ces bienfaits, les deux plus grands avaient été Teau du rocher et la colonne de feu. Jésus vient de s'appliquer un de ces types. Il s'applique l'autre maintenant [de là le icaXiv, v. 13). C'est ainsi que Jésus célèbre la fête des Tabernacles, la traduisant, en quelque sorte, en sa propre personne. Seulement Israël, c'est désormais le xo<T(iLo;, le monde entier, comme au ch. VI Jésus était la manne, non pour le peuple seulement, mais pour l'humanité, et comme VII, 37 il était Teau vive pour quiconque a soif. — Nous avons déjà expliqué, I, 4 et III, 19, le terme de lumière; c*est la révélation parfaite du bien moral. — L'expression : « Celui qui me suit ne marchera point,. ..j » fait allusion, non, comme Tont cru quelquesuns, à la danse aux (lambeaux qui s'exécutait dans le parvis, mais au pèlerinage d'Israël dans le désert. Il se levait, s'avançait, s'arrêtait, campait, au signal qui partait de la nuée lumineuse; avec un tel guide, il n'y avait plus de ténèbres pour les voyageurs. Ainsi se dissipe pour l'homme l'obscurité naturelle de la vie, lorsqu'il a reçu Jésus dans son cœur et qu'à chaque pas qu'il doit faire, il commence par regarder à lui et chercher en lui la révélation de la sainteté, cette seule vérité réelle. C'est bien en effet une vérité de ce genre que Jésus entend par la lumière de la vie: une vérité d'essence vitale. Le futur Treptira-nfaci, dans le texte reçu, est probablement une correction d'après ïÇti. L'aor. conjonctif (où pLYi ircpiiraTYÎGTi) se trouve, dans plusieurs passages (p. ex., X, 5), suivi, comme ici, du futur indic. La forme où [tM est motivée par la défiance naturelle du cœur : «Il n'est pas à craindre^ quelles que soient ses ténèbres propres, qu'il soit réduit à marcher encore dans la nuit. » — "E^ei : il possédera intérieurement.

CHAP. VIll, 12-li. 65

La liaison profonde entre ce témoignage et le précédent

ressort de cette parole du prologue (1, 4) : « Eitelle était

la vie y et la vie était la lumière des hommes. » VII, 38,

Jésus s'est présenté comnoe la vie (û^o>p Çwv); VIII, 12, il

s'ofTre comme la lumière qui émane de la vie. Quant à la

manière dont Thomme doit répondre aux avances divines,

dans le premier passage ressort davantage la simple récep-

livilé de la foi (boira) ; dans le second l'activité de Tobéis-

sance pratique (marchera),

V. 13. € Les pharisiens lui dirent donc : Tu te rends témoiynaye à toi-même; ton témoignaye n'est pas vrai, d — Lficke conclut de ces mots : les pharisiens, que les pèlerins étaient déjà repartis de Jérusalem. Gela n'est point nécessaire; les pharisiens pouvaient se trouver au premier rang des auditeurs, lors même que la foule venue à la fête était encore présente. — Les derniers mots a: n* est pas vrai » ne signifient point ici : ce est faux, i> mais plutôt : a n'est pas suffisamment assuré, digne de foi. d Les adversaires paraissent intimidés et ne soulèvent qu'une question de forme. A l'appui de leur objection , ils peuvent même alléguer Taveu de Jésus, V, 31. Jésus commence par la question de fond; plus tard, v. 15. 16, il reviendra à la question déforme.

Y. 14. « Jésus répondit et leur dit : Et si même je rends témoignage de moi, mon témoignage est vrai, parce que je mis d'où je suis venu et ou je vais; mais^ vous y vous ne savez d'où je viens ni^ oh je vais. )> — Jésus revendique ici sa vraie position, dont il s'était volontairement désisté dans la parole V, 31. La rupture entre lui et ses audi-

' X F II K omettent os.

*Noiis traduisons d'après la Ic^on tj dans BDKTUXA. On lit xai dans T. R. d'après N E F G H L et beaucoup de Mnn.

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leurs étant plus avancée, il s'affirme plus catégoriquement. La sainteté parfaite de Jésus garantissait deux choses : d'abord, la véracité de ses paroles; puis, l'absence de toutes les illusions qu'il eût pu se faire intérieurement sur sa personne ; les illusions sont aussi le fruit de l'orgueil. Si donc Jésus est saint — et Jésus part ici de cette supposition, qui est, à ses yeux, une concession arrachée par la puissance du fait à la conscience de ses adversaires — son témoignage sur lui-même est entouré de garanties qui manquent à celui que se rendent à eux-mêmes les autres hommes. — Le terme ol^a, je sais, désigne cette conscience inaltérablement claire et limpide que Jésus avait de lui-même et qui portait à la fois sur le lieu de son origine et sur celui de son retour. Ce lieu est le ciel. Jésus est distinctement conscient de lui-même comme d'un être venant d'en-haut et retournant en-haut, pour qui la vie terrestre n'est, en conséquence, que la transition du ciel au ciel. Tout le christianisme repose sur la conscience que Christ a eue de lui-même. C'est l'héroïsme de la foi de s'abandonner au témoignage extraordinaire que cet être s'est rendu à lui-même. — Les mois : € Vom, votis ne savez pas, » sont plus que l'énoncé d'un fait; ils renferment un reproche. Ils sauraient, eux aussi, pour peu qu'ils eussent le sens ouvert pour percevoir. Dans le caractère parfaitement saint de l'apparition de Jésus, chaque cœur droit peut discerner la divinité de son origine, aussi bien que celle de sa destination. — La particule disjonctive f,, ni, dans la seconde proposition (voir la note critique), est plus énergique que le simple xai, e<, dans la première : Jésus, lui, ajoute connaissance à connaissance; de là le: et. Mais eux, qu'on les interroge sur un point ou sur l'autre, ils montreront toujours la même ignorance; de là le : ni.

V. 15 et 16. « Vous, votis jugez selon la chair; moi\ je ne juge personne: i6 et si même il m* arrive de juger ^ mon jugement est vrai*, parce que je ne suis pas seul, mais que nous sommes fâ, et moi et le Père* qui m* a envoyé. » — Dans Tobjection des pharisiens, v. 13, était bien réellement renfermé un jugement sur Jésus. Ils le traitaient par là comme un homme ordinaire, comme un pécheur, semblable à eux tous. C'est ce que leur reproche Jésus par ces mots : € Vous, vous jugez selon la chair. ï> hk chair ne désigne pas ici le voile étendu sur les yeux de celui qui juge faussement, mais plutôt, d'après l'art, ttîv, l'apparence infirme de celui qui est faussement jugé, apparence en raison de laquelle, au premier coup d'œil, on ne le dislingue pas des autres hommes. Mais le premier sens se trouve naturellement renfermé dans le second, car avec un cœur plus spirituel les Juifs eussent certainement discerné en Jésus un être d'une nature supérieure et lui eussent assigné, au sein de l'humanité, une place à part. Celte appréciation superficielle dont Jésus se voit l'objet de leur part, réveille chez lui le sentiment d*un contraste. Tandis que ces aveugles se permettent de l'apprécier, lui, Jésus, avec une parfaite confiance en leurs .lumières propres, et sans prendre conseil d'une intelligence supérieure, lui, la lumière incarnée, ne juge personne de celte manière-là. Ainsi, ceux qui ignorent, se permettent de juger, tandis que celui qui sait, se refuse ce droit. Et cependant, on ne saurait le nier, Jésus juge aussi ; il le déclare lui-même au v. 16. On s'est donné beaucoup de peine pour expliquer cette contradiction. On a paraphrasé 'e mot personne dans ce sens : personne selon la chair

' T. R. lit aAr^Or,; avec 12 Mjj. (K r A etc.) presque tous les Mnn., tandis que B D L T X lisent aXrf^i^n^, ' K D omettent Tcair,© après o Tii\i.^aL^ [xe.

(Cyrille); ou: personne, comme vous méjugez (Liicke ou : personne maintenant, en opposition au jugement venir (Augustin, Chrysostome)'; — ou encore: persont avec plaisir el par goût (Tlioluck, de Wette). On a expl que : € Mon rule actuel n'est pas de juger, mais de sai ver; et si je juge, exceptionnellement^ ce n'est que cei qui ne veulent pas se laisser sauver » (Calvin, Bèze, Meyei Âstié, Lutliardt, avec diverses nuances); c'est là un rësuili de sa mission, non son but. Luthardt : < Si mon témo gnage, par l'incrédulité avec laquelle il est reçu, se chang en jugement, c'est alors un jugement vrai, parce qu'île exercé dans la communion du Père.» Mais l'idée de ce jugements exceptionnels est exclue par le oO^eva, personm du V. 15. Toutes ces explications me paraissent ou aiTaibli le sens de l'expression employée, ou introduire dans cetl parole des idées qui n'y sont point. La solution vraimei conforme au contexte a déjà été indiquée par Storr, quan il a traduit syw, moi, par : moi seul; elle l'a élé très-clai rement par Jean lui-même au v. 26. Ce que Jésus reprc cliait aux Juifs, c'était de se croire compétents pour appré cier la personne et la mission de Jésus, par eux^méme.s sans avoir consulté un plus grand qu'eux. C'étaient eiu eux par eux-mêmes, qui jugeaient ('i[i.6t;, vous). < Moi, di Jésus, en tant que livré à moi-même, réduit à mon indi vidualité humaine, isolé de mon Père, je ne porte aucu jugement. » C'est, sous forme négative, la même pensé que V, 30, sous forme affirmative : <k Selon que f entende je juge, è L'accent est donc sur ce pronom cyco, moi exprimé et mis en relief par sa position dans la phrase, e

* Hilgenfcld, Einlt'it., p. 7i8, conclut de co v. que « le IVe évanjîil' rejette tout jugement extérieur » et (jiie d'après lui « le règne d» l'Esprit al>oulit directement au dernier jour.» Ces conséquences soni arbitraires et mettent l'auteur en contradiction avec lui-m<Jmc.

CIIAP. VIII, 15-18. 69

c'est là la raison pour laquelle Jésus peul ajouter sans se contredire, v. 16: € Et si pourtant il m'arrive, à moi, ce même homme, de juger. » Lorsqu'il vient à juger, ce n'est pas réellement lui qui juge ; car il ne fait que transmettre au monde la sentence du Père ; ce n'est donc pas lui qui est l'auteur de la sentence; il se borne à énoncer celle que le Père lui dicte. — La leçon reçue ik-nH^; est certainement mieux appropriée à ce contexte que la variante alex. âXTiOiwf. Jésus n'a point l'intention de dire que, dans ces cas-là, la sentence qu'il porte est une réelle sentence, mais qu'elle est une sentence vraie^ c'est-à-dire pleinement digne de foi ; et c'est ainsi qu'il revient à l'idée d'où il est parti, la vérité de son témoignage sur lui-même. On lui a posé sur ce point une question de forme ; il la résout en recourant à un article du code :

V. 17 et 18. a El il est écrit ^ d'ailleurs dans votre loi (fue le témoignage de deux hommes est vrai; 18 je témoigne sur moi-même, et le Père qui m* a envoyé rend témoignage de moi. » — Jésus entre, du moins pour la forme, dans la pensée de ses adversaires (comme VU, 16-28). Le droit mosaïque exigeait au moins deux ou trois témoins, pour qu'un témoignage fût valable (Deut. XVII, 6; XIX, 15). Jésus déclare qu'il satisfait à cette règle, puisque le Père joint son témoignage à celui qu'il se rend lui-même. Là où l'œil de la chair ne voit qu'un témoin, il y en a réellement deux. On rapporte en général ce témoignage du Père aux miracles, d'après V, 36. Mais le v. 16 nous met sur la voie d'une explication beaucoup plus profonde. Jésus décrit ici un fait intime qui s'applique aussi bien aux jugements qu'il prononce sur les autres qu'aux aflirmations par lesquelles il se rend témoignage à lui-

* K lit •f£yp«ji{x£vov et:i au lieu de ysypaTrcai.

même. Il sait que la connaissance qu'il a de son origine et de sa mission, ne repose pas seulement sur ce phénomène ordinaire, dénature purement psychologique, qu'on appelle en philosophie le fait de conscience ; il sent que c'est dans la lumière de Dieu qu'il se contemple et se connaît lui-même. Il sait de plus que les témoignages dans lesquels il expose son sentiment intime, portent, aux yeux de quiconque a un sens pour percevoir Dieu, le sceau de celle divine garantie*. — Dans cette expression : votre loi^ les adversaires de l'authenticité ont trouvé une preuve de l'origine païenne de l'auteur. Sans aller aussi loin, M. Reuss l'explique par l'esprit de notre évangile qui n'aboutit à rien moins qu'à € un abaissement, et presque à une dégradation de l'ancienne économie. > Nous avons déjà vu à la fm du ch. V ce qu'il faut penser de ces assertions. Le fait est qu'en s'exprimant ainsi, Jésus obéit tout simplement au sentiment de la position exceptionnelle» qu'il revendique dans tout le morceau. Comme il ne dit jamais notre Père^ pas même dans l'allocution de l'oraison dominicale, mais mon Père ou votre Père (voir à XX, 17),

^ Une anecdote expliquera peut-être cette parole de Jésus mieux <|ue tout commentaire. Vers ^660, Ilodinger, chapelain du duc de Wurtemberg, se permit de censurer, en particulier d'abord, puis en public, son souverain pour une faute grave. Celui-ci furieux Tenvoya quérir, résolu qu'il était de le maltraiter. Uedinger, fortifié par la prière, se rendit auprès du prince i)orlant sur sa figure l'expression de la paix de Dieu et dans son cœur le sentiment de sa présence. Aprè^ l'avoir considéré, le prince lui dit : « Hedingcr, pourquoi n'ôtes-vous pas venu seul, comme je vous l'avais ordonné? — Je suis seul, Monseigneur. — Non, voiLS n'êtes pas seul. — Que Votre Altesse me pardonne ; mais je suis seul. » Le duc persistant avec une agitation croissante, Hedinger lui dit : « Certainement, Votre Altesse, je suis venu seul ; mais s'il a plu à mon Dieu d'envoyer un ange avec moi, c'est ce que je ne saurais dire. » Le duc le congédia sans a\oir mis la main sur lui. La communion vivante de ce serviteur de Dieu avec son Dieu était un fait sensible môme pour celui que la passion exaspérait.

parce que Dieu n'est pas son Père dans le sens où il est le nôtre, il ne peut pas davantage dire notre loi, car il serait incompatible avec sa dignité de comprendre sa relation et celle des Juifs avec l'institution mosaïque, sous une épithète commune. Qui ne sent qu'il n'eût pu, sans déroger, dire Vil, 19 : « Moïse ne nous a-t-il pas donné la loi? » Jésus se sent infiniment élevé au-dessus de tout le régime judaïque. Lors même que sa soumission à la loi a été complète, sa vie morale n'en dépendait pas. — Le mot hommes ne se trouve pas dans le texte hébreu; peut-être cette adjonction est-elle inspirée à Jésus par le contraste entre les témoins ordinaires et le caractère divin de ces deux témoins exceptionnels, mentionnés au v. 18. Il est clair que, sous cette forme juridique, Jésus exprime au fond la même pensée que lorsqu'il parlait au v. 16 de la certitude interne de son témoignage. L'idée de tout ce morceau est celle-ci : c Puisque vous réclamez un garant de ce que je dis de moi, le voici : c'est en Dieu que je me connais et que je m'affirme, comme c'est en lui que je vous connais et que je vous juge. > C'est en vertu de cette lumière divine qui luit dans son intérieur et par laquelle il connaît aussi les autres, qu'il est là comme la lumière du monde [v. 12). Le fait intime auquel Jésus fait allusion, en s'exprimant ainsi, n'était certes pas de nature à être compris de tout le inonde; de là la suite :

V. 19. « Ils lui disaient donc : Ou est ton père? Jésus fépondil': Vous ne connaissez ni moi ni mon Père; si iH>us me connaissiez, vous connaîtriez au^si mon Père. i> — Tous ces discours de Jésus sont d'une portée si transcendante, qu'ils font l'effet de monologues dans lesquels iésus se ressaisit lui-même et déploie les trésors qu'il découvre à chaque instant dans ce domaine intime. Â l'exception de Jean, les disciples eux-mêmes pouvaient-ils

bien en pénétrer le sens? Jean lui-même ne les recueillailil pas parfois comme des énigmes que l'avenir devait résoudre? Combien de personnes comprennent à celle heure, en pleine Eglise chrétienne, ce que dit saint Paul du témoignage intérieur de l'Esprit (Rom. VIII, 16)? La question des auditeurs n'a donc rien d'inadmissible, comme l'affirme M. Reuss. Jésus a parlé d'un second témoin : mais pour croire à son témoignage, il faudrait le voir, l'entendre. Autrement, comment ne pas croire que l'on a à faire à un rêveur, sinon même à un imposteur? Luthardt : « C'est comme s'ils voulaient donner à entendre que chaque menteur peut aussi en appeler à Dieu. > Le sens est donc selon nous : « Si c'est de Dieu que tu veux parler, qu'il se fasse entendre. Si c'est de quelque autre, qu'il se montre. > La réponse de Jésus signifie qu'il lui est impossible de satisfaire à cette demande. Dieu ne peut être perçu par les sens; et s'ils possédaient l'organe spirituel nécessaire pour discerner Dieu dans l'apparition de Jésus, ils ne demanderaient pas : Où est-il ? Comp. XIV, 10.

V. 20. « Jésus prononça ces paroles-là enseignant près de la trésorerie^ dans le temple » ; el personne ne mil la main sur liu\ parce que son heure n'était pas encore venue. )> — La position qu'occupent les mots raiïTa ri fyîjiLaTa, ces paroles-là, en tête de la phrase, leur donne un sens emphatique : des paroles d'une telle gravité. Aussi le souvenir de la localité où elles avaient été prononcées, était-il resté profondément gravé dans la mémoire de l'évangélisle. Le terme ya^oçuT^oxiov, trésor, désigne probablement, en raison de la prépos. sv, dans, tout l'emplacement où étaient déposées les sommes recueillies pour l'entretien du temple et pour d'autres buts pieux. Il res-

* M omet dt^xTxrov sv TCO tepui.

CHAP. VIII, 19-2i. 73

sort de Marc XII, 41 et de Luc XXI, 1 qu'on appelait proprement de ce nom les troncs mêmes, ou cofl'res d'airain, aa nombre de treize, destinés à recevoir les dons des fidèles. Ils étaient dans le panais des femmes et portaient chacun une inscription indiquant le but auquel était consacré Taisent qu'on y déposait. C'était en face de celui qui était destiné aux pauvres qu'était assis Jésus, lorsqu'il vit la veuve y mettre sa pi te. Il est probable que l'appartement appelé trésorerie était celui où étaient gardées les sommes provenant de ces troncs et qu'il était voisin de ceux-ci. Cette localité était ainsi presque attenante à celle où se trouvait la salle dans laquelle le Sanhédrin tenait ses séances, entre le parvis des femmes et le parvis intérieur (Keil, Handh. der bibl. ArchàoL, l""® partie, p. 146, note 13). Cette dernière circonstance explique l'importance qu'attache l'évangéliste à l'indication de cette localité (Vil , 45-52). C'était, en quelque sorte, sous les yeux et aux oreilles du Sanhédrin rassemblé (VII, 45-53), que Jésus enseignait quand il prononça de telles paroles. Les mots dans le temple servent à faire ressortir le caractère sacré de la localité indiquée : dans la trésorerie, en plein temple de Jérusalem! Le et qui suit prend évidemment dans cette liaison le sens de : et pourtant. S'il y avait un lieu où Jésus se trouvait sous la main et comme à la merci de ses ennemis, c'était celui-là; mais leur bras était encore paralysé par leur conscience et par la faveur publique.

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