‹ Commentaire sur l'Évangile de saint JeanChapitre 11 sur 91 · LE DISCIPLE QUE JÉSUS AIMAIT · texte numérisé non relu

LE DISCIPLE QUE JÉSUS AIMAIT

veuille interpréter aussi dans un sens symbolique cette mère confiée par Jésus et n'y plus voir autre chose que Tlilglise elle-même. Ce sens dépasserait encore en fait d'arbitraire les chefs-d'œuvre d'allégorisation auxquels ce passage a quelquefois donné lieu chez les catholiques.

En lisant le IV*^ évangile, on ne peut douter que le disciple que Jésus aimait, n'ait été l'un des Douze, d'abord, puis l'un des trois qui ont joui de l'intimité particulière du Sauveur. Or Pierre, étant nommé plusieurs fois à côté de ce disciple, ne peut être l'apôtre ainsi désigné. Jacques est mort de trop bonne heure (dès l'an 44-, Act. XII), pour (jue le bruit eut jamais pu se répandre dans l'Eglise qu'il ne mourrait point (Jean XXI). De ces trois, Jean est donc le seul auquel cette dénomination puisse convenir. C'est le résultat auquel on arrive également par une autre voie. Jean XXI, 2, sept disciples sont désignés : « Simon-Pierre, Thomas, appelé Didyme,Nathanaël,de Cana en Galilée, les lils de Zébédée, et deux autres disciples. » Parmi ces sept se trouvait celui que Jésus aimait, puisqu'il joue un rôle dans la scène suivante (v. 20 et suiv.). Or, ce ne peuvent »Hre ni Pierre, ni Thomas, ni Nathanaël, qui sont tous désijzncs nommément dans le cours de l'évangile et dans ce passage même, ni les deux derniers disciples, qui ne sont pas nommés, comme n'appartenant pas au nombre des Douze. Il ne reste donc à choisir (|u'entrc les deux lils de Zébédée; et entre les deux, comme nous venons de le voir, l'hésitation n'est pas possible.

Dans la conduite de Jean pendant le ministère de son Maître, deux traits nous frappent : une retenue poussée jusqu'à l'extrême réserve, et une vivacité allant parfois jus<iu'â la violence. Le quatrième évangile aime à nous raconter les paroles marquantes de Pierre; il parle des entretiens d'André et de Philippe avec Jésus, des manifesta-

Ai SAINT JEAN.

lions (le dévouement on d'incrédulité de Thomas. Dans les synoptiques, Pierre parle h tout instant. Mais dans Tune et l'autre narration, Jean ne joue qu'un rôle très-secondaire et très-effacé. Trois paroles seulement lui sont attribuées dans noire évan^çilo, et elles sont toutes trois remarquables par leur brièveté : « Maître, où demeures-tu?» (I, 38.) — « Seifîneur, qui esl-ce? » (XIII, 25.) — « C'est le Seigneur ! » (XXI, 7.) — Kncore, de ces trois paroles, la première fut-elle [)robablemenl [)rononcée par André, et la seconde ne sortit de la bouche de Jean qu'à rinsligalion de Pierre. Que signifie donc ce trait qui contraste en apparence avec la relation toute particulière de ce disciple avec Jésus? Que Jean était une de ces natures (pii viviMit davantage au-dedans (|u'au dehois. Tandis (pie Pierre occu[»ait le devant de la scène, parlant ou agissant, Jean se tenait en arrière, observant, conlejnplaiil, s'abreuvanl d'amour et de lumière et satisfait de Sf)n rôle de personnage muet qui convenait si bien à sa nature i)roronde et réceptive. On comprend le channe ((ue ce caractère dut avoir pour le Seigneur. Il trouva dans cette relation, (pii resta leur secret commun, ce complément ([ue les natures viriles cherchent dans les liens de la famille.

A coté de ce trait, qui révèle un caraclère naturellement timide et recueilli, nous rencontrons certains faits dans lesquels se trahit chez Jean une vivacité d'impression capable de s'exalter jus((u'à l'emportement; ainsi quand, avec son frère, il propose â Jésus de faire descendre le feu du ciel sur la bourgade samaritain*^ qui a refusé de le recevoir (Luc IX, 54], ou lorsqu'il s'irrite à la vue d'un houmie qui, sans se joindre aux disci|)les, se permet de chasser les ilémons au nom de Jésus, et (|u'il lui interdit de continuer à en agir de la sorte (Luc IX, 49). On peut rapprocher de ces deux traits cette demande de la première place

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