SON JUDÉO-CHRISTIANISME
se trouvait occasionnellement quand il avait à pratiquer ce principe : t se placer sous la loi avec ceux qui sont sous la loi > (1 Cor. IX, 20) «.
Irénée a retracé très-fidèlement cette ligne de conduite en ces mots : c Eux-mêmes (les apôtres) persévéraient dans les anciennes observances, se conduisant pieusement à regard de l'institution légale ; mais pour nous païens, il nous accordaient la liberté, nous remettant au Saint- Esprit *. >
La seconde partie du ch. II, relative au conflit entre Paul et Pierre à Antioche *, confirme cette conclusion. Le décret de l'assemblée de Jérusalem, proposé par Jacques, aboutissait dans certaines circonstances, non prévues d'abord, à une contradiction. D'une part, les judéo-chrétiens devaient continuer à observer la loi. D'autre part, dans les églises où les deux éléments d'origine juive et païenne se trouvaient réunis, la communion fraternelle devenait impossible dans ces conditions. Or, c'est dans cette position que se trouvait l'église d'Antioche au moment où Pierre la visita. Suivant d'abord les généreuses inspirations de son cœur, l'apôtre fit prévaloir dans sa conduite le devoir de l'union, renonçant pour un temps à l'observation des ordonnances léviliques. Mais c'était aux dépens de la teneur du décret ; et quand de nouveaux venus, arrivant de Jérusalem, le rappelèrent à la voie stricte tmcée par ce document pour les judéo-chrétiens, il n'eut pas la liardiesse de rompre avec cette autorité; il céda. Saint Paul appelle cela une dissimulation et une hypocrisie^ expressions qui démontrent que Pierre n'avait pas cédé par conviction, mais par entraînement et par crainte. C'est ce qui résulte d'ail-
* Comp., Act. XXI, son vœu de naziréalà Jérusalem. « Adv. Hœr. 111,12.
* Gai. Il, 11 etsuiv.
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leurs de la parité établie par Paul entre sa conduite et celle de Barnabas, dont les principes étaient certainement d'accord avec ceux de Paul. (Comp. v. 1.) La conduite de Pierre en cette occasion ne peut donc pas plus servir i démontrer chez lui une conviction contraire à celle de Paul, que son reniement, dans la cour du souverain sacrificateur, ne peut prouver chez lui une défection de la foi.
On sait que ce ch. Il des Galates est comme la ville forte de Técole de Tubingue, et Ton vient de voir cependant combien peu cette école a le droit de s'appuyer sur ce passage. II n'est donc point nécessaire de statuer une révolution dans l'esprit de Jean, qui l'aurait rendu apte, après la Pentecôte, à devenir auteur du quatrième évangile. Il lui a suffi pour pouvoir écrire un livre tel que celui-là, de devenir, par la Pentecôte, un vrai croyant selon l'esprit et le cœur de Jésus.
Jean en Asie-Mineure.
Depuis le concile de Jérusalem, nous perdons entièrement la trace de Jean, jusqu'au moment où la tradition nous le dépeint accomplissant son ministère apostolique au milieu des églises d'Asie-Mineure. Il n'est pas probable qu'il se soit rendu dans ces contrées éloignées avant la ruine de Jérusalem. 11 accompagna plutôt l'Eglise judéochrétienne lorsqu'elle émigra en Pérée, au moment où éclata la guerre contre les Romains. Ce départ eut lieu vers l'an 67 ^ Plus tard seulement, quand, à la suite de la
* Ewûld, Gesch. des Volks Israël, t. VI, p. 642.
mort de Paul, et peut-être de celle de ses aides en Asie- Mineure, Tite, Timothée, les églises si importantes de cette contrée se trouvèrent privées de tout conducteur apostolique, Jean s'y transporta. Peut-être ne fut-il pas le seul apôtre ou personnage apostolique qui choisit ce séjour. D'anciennes traditions parlent du ministère de Philippe, soit l'apôtre, soit le diacre^ à Iliérapolis; il se trouve aussi quelques indices d'un séjour d'André à Ephèse *. Comme le dit Thiersch, c le centre de gravité de l'Eglise n'éiaiiplus à Jérusalem, n'était />as encore à Rome ; il était à Ephèse. > Semblable à un cercle de chandeliers d'or, les églises florissantes et nombreuses, fondées par Paul en lonie et en Phrygie, étaient le point lumineux vers lequel se dirigeaient les regards de toute la chrétienté, c Depuis la ruine de Jérusalem, dit Lûcke, jusque dans le cours du \\^ siècle, lAsie-Mineure fut la portion la plus vivante de l'Eglise. » Ce qui excitait l'intérêt pour ces églises, ce n'était pas seulement l'énergie de leur foi ; c'était l'intensité de la lutte qu'elles avaient à soutenir contre l'hérésie, c Après mon départ, avait dit saint Paul aux pasteurs d'Ephèse et de Milet (Act XX, 29. 30), il entrera chez vous des loups ravissants qui n'épargneront point le troupeau; et du milieu (le vous-mêmes s'élèveront des hommes qui diront des choses pernicieuses, afin d'entraîner les disciples après eux. » Cette prophétie s'était réalisée. Le maintien de la vérité évangélique réclamait à ce moment un puissant secours. Il n'est donc pas étonnant que Jean, l'un des derniers survivants parmi les apôtres, se soit senti appelé à remplacer dans ces contrées l'apôtre des Gentils, et à arroser, comme jadis Apollos l'avait fait en Grèce, ce que Paul avait planté.
' Ainsi dans le fragment dit de Muratori.
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c Et i'égiîse d'Ephèse, fondée par Paul, et dans laquelle Jean a demeuré jusqu'aux temps de Trajan, est aussi un témoin véridique de la tradition des apôtres. ' » Et encore: c Polycarpe n'avait pas seulement été instruit par les apôtres et vécu avec plusieurs hommes qui avaient vu Christ. Mais il avait été établi évêque dans l'église de Smyrne par les apôires qui étaient en Asie, et nous l'avons vu nousmème, dans notre première jeunesse, car il a vécu trèsloogtemps et il est devenu très-âgé, et il a quitté la vie après un glorieux martyre, ayant constamment enseigné ce qu'il avait entendu des apôtres. > » On ne peut donc douter que les paroles suivantes ne s'appliquent à l'apôtre : cCe nombre (666) se trouve dans tous les manuscrits eiacts et anciens, et il est attesté par tous ceux qui ont vu Jean face à face. * »
Ainsi parle Irénée dans son principal ouvrage. Outre eela nous possédons de lui deux lettres où il s'exprime dans le même sens. L'une est adressée à Florinus, son ancien condisciple auprès de Polycarpe, qui avait embrassé les doctrines gnostiques. Irénée lui dit : € Ce ne sont pas là les enseignements que l'ont transmis les anciens qui nous ont précédés et qui ont vécu après les apôtres ; car je t'ai vu, lorsqoe j*étais encore enfant, dans l'Asie-inférieure, auprès de Polycarpe.... Et je pourrais encore te montrer l'endroit où il était assis lorsqu'il enseignait et qu'il racontait ses relations avec Jean et avec les autres qui ont vu le Seigneur, et comment il parlait de ce qu'il avait entendu d'eux sur le Seigneur, sur ses miracles et sur sa doctrine, et comment il transmettait, en plein accord avec les Ecritures, tout ce qu'il avait reçu des témoins oculaires de la Parole
MU. 3, 4 (Eusèbe 111,23. 4).
* m, 3, 4 (Eusèbe IV. 14).
* V. 30, 1 (Eusèbe V, 8).
de vie. ' » L'autre lettre est adressée par Irénée à Victor, évéque de Rome, à l'occasion de la contestation engagée au sujet de la Pàque : c Lorsque le bienheureux Polycarpe, lui dit-il, visita Rome au temps d'Anicet, de légers différends s'éUmt manifestés sur quelques points, la paix fut bien vite conclue. Et ils ne se livrèrent pas même a une dispute sur la question principale. Car Anicel ne put dissuader Polycarpe d'observer [le 14 nisan, comme jour pascal], vu qu'il l'avait toujours observé avec Jean, le disciple de notre Seigneur, et les autres apôtres avec lesquels il avait vécu. El de son côté, Polycarpe ne put persuader Anicct d'observer [ce même jour], celui-ci répondant qu'il devait maintenir la coutume qu'il avait reçue de ses prédécesseurs. Les choses étant ainsi, ils se donnèrent l'un à l'autre la communion, et dans l'assemblée Anicet céda l'uflice de l'eucharistie à Polycarpe, par honneur; et ils se séparèrent en paix. » Ainsi à Rome et en Gaule, non moins qu'en Asie-Mineure, Polycarpe était bien envisagé comme le disciple de Jean Vapôtre^ et les arguments des évéques de Rome vinrent se briser deux fois au Ib siècle, en 160 (ou plutôt 155) et en 190, contre ce fait élevé pour tous au-dessus de toute contestation.
Nous trouvons en Asie-Mineure, vers 180, un autre témoin de la même tradition. Apollonius, écrivain anti-montaniste, racontait, à celte époque, que Jean avait ressuscité un mort à Eplièse *. Et c'est bien à l'apôtre qu'il attribue ce fait. Car il parle ici de l'auteur de l'Apocalypse, et l'on sait qu'à cette époque les églises d'Asie ne doutaient point de la composition de ce livre par l'apôtre.
» Eusèbe, V. 24.
* Eiisebo, V. 28 : vc II use aussi de lémoignages tirés de rApocalypse de Jean, et racoute qu'un mort avait clé ressuscilé à Ephèse par le iiiôuie Jean. ».
Mais antérieurement déjà à Irénée et Apollonius, Justin renrerme quelques paroles relatives à Jean qui impliquent ridée de son séjour en Asie. Il dit : « Un homme d'entre nous, Fun des apôtres du Christ, a prophétisé dans la révélation qui lui a été donnée (èv àro3caXu<{/ei Yevo(jivY) aÙTâ).» Le fait de la composition de l'Apocalypse en Asie n'étant pas douteux (quoique Scholten semble vouloir le contester), il résulte de cette parole de Justin qu'il s'est représenté Fapotre habitant l'Asie. Cette déclaration est d'autant plus intéressante qu'elle se trouve dans le compte-rendu d'une discussion publique que Justin eut à soutenir à Ephèse même, avec un savant juif. L'écrit date de 150-160.
Nous possédons enfin un acte officiel, émanant des évéques d'Asie vers la fin du 11^ siècle, qui atteste leur conviction unanime sur le fait qui nous occupe. C'est la lettre qu'adressa Polycrale, évêque d'Eplièse, à Victor, dans les mêmes circonstances qui provoquèrent celle d'irénée citée plus haut (vers 190). Lui, dans la famille (juquel la charge d'évéqué de cette métropole était comme héréditaire (puisque sept de ses parents l'avaient occupée avant lui), il écrit avec l'assentiment de tous les évoques de la province qui l'entourent, les paroles suivantes : « Nous célébrons le vrai jour Car quelques grandes lumières se sont éteintes en Asie et y ressusciteront au retour du Seigneur
Philippe, Tun des douze apôtres...., et Jean, qui a reposé dans le sein du Seigneur, qui a été grand-prêtre et a porté la lame d'or, et qui a été témoin et docteur, et qui est enterré à Ephèse.... Tous ceux-là ont célèbre la Pàque le quatorzième jour, selon l'évangile *. »
Tels sont les témoignages provenant d'Asie-Mineure. Ce ne sont pas les seuls. Nous pouvons en ajouter un prove-
» Eusèbe, V, 24, 3 (comp. III, 31, 3).
nant d'Egypte. Clcmenl d'Alexandrie, vers 190, dans le préambule du récit de ce jeune homme que Jean relira, en Asie, de ses égarements, écrit ces mots : c Après que le tyran fut mort, Jean revint de Tile de Palmos à Ephèsc, et là il visitait les contrées environnantes pour établir des évêques et organiser les églises *. i
Nous omettons les témoignages postérieurs (Tertullien, Origène, Jérôme, Eusèbe), qui s'appuient naturellemeot sur les rapports plus anciens.
Et par quels moyens cherche-t-on à ébranler une tradition si antique et si lai*gement établie ?
Les Actes des apôtres, dit Keim, ne parlent pas d'un tel séjour de Jean en Asie. — Est-ce un homme sérieux qui parle ainsi? Avec une telle logique, réplique Leuschner, on pourrait prouver aussi que Paul n'est point mort à cette heure. Comme si le livre des Actes était une biographie des apôties, et comme s'il ne finissait pas avant le moment où Jean a pu habiter l'Asie !
Mais le silence des épitres aux Ephésiens et aux Colossiens et des épitres pastorales ? ajoute Scliolten. Comme si la composition de ces écrits au 11^ siècle, était un fait si incontesUiblement démontré qu'on put en faire le |>oinl de départ de conclusions ultérieures ! L'outrecuidance critique pourrait-elle aller plus loin?
Mais on allègue avec plus d'apparence le silence des lettres d'Ignace et de celles de rolycar{>e. Ignace rappelle aux Ephésiens, Polycai*pe aux Philippiens, le ministère de Paul dans leurs églises; ils se taisent tous deux sur celui de Jean en Asie ! — Mais en quels termes Ignace rappelle-l-il aux Ephésiens Tapôtre saint Paul ? c Vous êtes, leur dit-il, le lieu de passiiye (ràpoSo;) de ceux qui ont été enlevés à
* 1'; 6 3wW|A2vo; nXûûaio;, c. -12 (cotup. Eusèbe III, 24).
ieUy les co-iniliés de Paul le consacré..., sur les traces iquel puissc-je être trouvé > ! » Kiggenbach et Leuschner it fait voir que ce ii*est pas le ministère de Paul en généil qui est ici rai)pelé, mais un trait spécial de sa vie, son issage en Asie-Mineure lorsque, ayant l'intention de se (ndre à Rome, il fit aux presbytres de ces églises les lieux touchants rapportés dans le récit des Actes, et les isocia en quelque sorte à la consécration de son martyre, analogie de ce moment avec la (>osition d'Ignace, lorsqu'il ;rivait aux Epbésiens, sur le chemin de Uome, saute aux mx. Il n'y avait aucun rapprochement semblable à étair avec la vie de Jean. Il y a plus : au chap. XI de cette léme lettre pourrait bien se trouver une allusion à la préince de Jean à Ephèse : « Les chrétiens d'Ephèse, dit macc, ont toujours vécu en plein accord (cuvrlveçov) avec s apôtres, dans la force de Jésus-Christ. » Qu'on n'oublie is d'ailleurs qu'Ignace venait de Syrie et qu'il n'avait )int connu Jean en Asie-Mineure.
Quanta Polycarpe, il écrit de Paul aux Philippiens (chap. I : € Ni moi, ni aucun autre semblable à moi, nous no )uvons atteindre à la sagesse du bienheureux Paul, qui, rsqu'il était auprès de vous, vous enseignait soigncuscent la parole de la vérité ; » puis, c. 9, il leur rappelle îxcinpie de patience « qu'ils ont vu de leurs propres yeux, m seulement en Ignace, mais en Paul lui-même . ï) Mais rivant aux Philippiens pouvait-il leur parler ainsi de Jean l'ils n'avaient sans doute jamais vu ni entendu? Quelle fférence avec Paul, qu'ils avaient vu tant de liis, et Ignace, ni venait de passer chez eux en se rendant à Rome !
L'objection semblable, tirée du récit de la mort de Polyîrpe, dans les Actes de son martyre par réglise de Smyrne,
* Ad Eph., c. 12.
n'est pas plus sérieuse. Il y avait soixante années que Jean n'était plus^ et cette église n'aurait pu écrire sans faire mention de lui ! Ililgenfeld relève d'ailleurs avec raison le titre de docteur apostolù/ue donné à Polycarpe (chap. 18), qui rappelle ses relations personnelles avec un ou plusieurs apôtres.
Mais Keini et Scholten trouvent l'argument le plus décisif dans le silence de Papias, bien plus dans la dénégation expresse de toute relation avec l'apôtre, que renferment ses expressions citées par Eusébe. Irénée, il est vrai, ne les a pas comprises dans le même sens. Il croit pouvoir appeler Papias auditeur de Jean ('Iwocwou obto'j<7Tr;ç). Mais, dit-on, c'est précisément là son erreur, qu'Eusèbc a relevée et qu'il a rectifiée par une étude plus approfondie des termes dont se servait Papias.
F.cs advci-saires du séjour de Jean en Asie, s'emparent naturellement de l'interprétation d'Eusèbe pour accuser Irénée d'une confusion, soit semi-volontaire (Keini), soit calculée (Ziegler <), et rendre ainsi suspect son témoignage en général, sur la personne et l'évangile de Jean. L'importance de cette question est reconnue. Leimbach cite jusqu'à quarante-cinq écrivains qui l'ont traitée avec soin dans ces derniers temps. Nous sommes forcés de la considérer de très-prés.
Avant tout, quelles sont l'époque de Papias et la date de son écrit? Irénée ajoute au titre de auditeur île Jean, qu'il lui donne, celui de compagnon de Polycarpe (rio- Xuxocprou ETalfo;). Ce terme désigne un contemporain. Or, les recherches les plus récentes placent le martyre de Polycarpe en 155 ou 156 ^ et cette date parait générale-
' Irmœus, 1871.
* Waddinglon, Mémoires de l'Académie des Inscriptions et, BelleS'Lellres, tome XXVI, 2« partie, p. 232 et suiv.
lent adoptée aujourd'hui (Renan, Lîpsius, Hilgenfeld). omme Polycarpe lui-même déclare qu'il avait passé 86 ns au service du Seigneur, on doit placer sa naissance au lus tard en l'an 70. Si Papias était son contemporain, il a onc vécu entre 70 et 160, et si l'apôtre Jean est mort vers an 100, il a pu, chronologiquement parlant, être en conact avec lui jusqu'à l'âge de trente ans. Irénée appelle en icme temps Papias un homme de l'antiquité chrétienne ipyaîoç ficvrlp), qualité qu'allègue Eusèbe lui-même pour xcuscr la trop grande facilité avec laquelle Irénée a acueilli de sa part certains enseignements. Papias apparteait donc, aussi bien que Polycarpe, à la génération qui a nmédiatement succédé aux apôtres. Il y a enfin, dans le 'agment même que nous allons étudier, une expression ui nous conduit à la même conclusion. Papias dit qu'il 'informait € de ce qu* avait dit {tvKi^) André, puis Pierre et 'hilippc, etc., etc., el de ce que disent (>iyoui7iv) Arislion t Jean le presbytre, les disciples du Seigneur.» Cette oposition entre le présent disent et le passé a dit est trop larquée pour être accidentelle. Elle suppose, comme le iconnaisscnl aujourd'hui Keim, Hilgenfeld, Mangold, u'au moment où Papias écrivait, les deux derniers perunnagcs nonimés vivaient encore *. Or, comme cette épilète : les disciples du Seifjneur, ne peut dans ce contexte csigner que des disciples /}er60/me/v de Jésus, à supposer u'ils eussent eu quinze à vingt ans à la mort du Seigneur, s en auraient eu 85 à 90 vers Tan 100. C'est donc, au plus
" Zahii el Riggenbach pensent que ce préccnt disent peut désiner Sf'uleirn*nt la permanence du témoignage de ces hommes; eimbach. qu'il provient de ce que Papias croit les entendre parler ncore. — Tout cela ne serait possible qu'autant que rautilhcsc vec le passé précédent : a dit, n'existerait pas.
tard, entre 100 et 110, qu'a écrit Papias; il avait déjà 30 à 40 ans ».
Voici maintenant le fragment cité par Eusèbe*, et la question sera de savoir si la relation personnelle de Papias avec Jean l'apôtre est affirmée (Irénée) ou exclue (Eusèbe) par les termes de ce Père.
< Or, je ne manquerai point d'ajouter aussi à mes explications ('7'jyxaTaTà$ai' Taîç épjjLr.veîaiç) tout ce que j'ai fort bien appris autrefois et fort bien retenu des Anciens (irapà TO)v iTp£(j,SuTép<ov), en t'en garantissant la vérité. Car je ne prenais pas plaisir, comme le gi'and nombre, en ceux qui racontent beaucoup de choses, mais en ceux qui enseignent les choses vraies ; ou en ceux qui répandent des commandements étrangers, mais en ceux qui répandent les commandements donnés à la foi par le Seigneur, et qui viennent * de la vérité elle-même. Et si parfois aussi, l'un de ceux qui ont accompagné les Anciens arrivait chez moi, (ci hi rou xai 7rapaxo7.ouOyixwç tiç toÎç rpeajSuTspoi; fX6oi), je m'enquérais des paroles des Anciens (toùç twv TrpeifJuTepwv flcvixpivov Xoyou;) : qu'a dit André ou Pierre (ti 'Av^pso; f, Ti lleTpoç tircv), ou Philippe, ou Thomas, ou Jacques, ou Jean ^, ou Matthieu, ou quelque autre des disciples du Seigneur (vi TiçÏTepoçTwv ToO Kupîo'j (iLoSTiTwv) ; puis de ce que
* II faut ôtre résoliinient décidé à créer une histoire à sa gui^c. puiir placer, comme ose le faire Volkmar, lécrit de Pdpias en 165!