‹ Commentaire sur l'Évangile de saint JeanChapitre 15 sur 91 · III · texte numérisé non relu

III

* Gtiichichie der P/lamnny der christlichen Kirche. tome II.

premières traces dans l'Apocalypse {range de l'église) el un peu plus tard dans les lettres d'Ignace. L'histoire constate donc le passage, dans ces églises, d'un apôtre tel que Jean, capable de couronner l'édifice élevé par Paul. Mais le plus beau monument du passage de Jean dans ces contrées est la maturité de foi et de vie chrétienne à laquelle furent élevées les églises d'Asie. Polycrate, dans son langage enthousiaste, nous représente saint Jean dans cette période de sa vie comme le grand-prôtre qui portait sur son front la lame d'or avec l'inscription : Sainteté à l'Eternel. «Jean, dit-il, qui a reposé sur le sein du Seigneur et qui est devenu sacrificateur portant la lame d'or, et témoin et docteur. » On a cherché à rendre ce passage absurde en le prenant dans un sens littéral ; mais la pensée du vieil évoque est claire. Jean, le dernier survivant de l'apostolat, avait laissé dans l'église d'Asie l'impression d'un pontife sur le front duquel rayonnait l'éclat spirituel de la sainteté de Christ. Peut-être, dans cette description de l'apôtre, Polycrate fait-il allusion aux trois livres principaux qui lui étaient attribués: par le titre de sacrificateur poilant le bandeau sacerdotal, à l'Apocalypse ; par celui de témoin, à l'évangile ; par celui de docteur enfin, à l'épîlre.

L'heure du travail avait sonné en premier lieu pour Simon Pierre. Il avait fondé l'Eglise en Israël et planté l'étendard de la nouvelle alliance sur les ruines de la théocratie. Paul avait suivi : son œuvre avait été d'affranchir l'F^lise des étreintes du judaïsme mourant et d'ouvrir aux Gentils la porte du royaume de Dieu. Alors enfin sonna l'heure de Jean, de celui qui avait été le premier et que son Maître réservait pour le dernier. 11 consomma la fusion de ces éléments hétérogènes et conduisit l'Eglise à la perfection relative dont elle était alors susceptible.

D'après toutes les traditions S Jean n'eut jamais d'autre épouse que l'Eglise du Seigneur, ni d'autre famille que celle qu'il salue du nom de : mes enfants, dans ses épîtres. Ite là l'épithète de virginal (6 irapôévioç), par laquelle il était souvent désigné (Epiphane et Augustin).

On trouve chez Jean Cassien une anecdote qui peint bien le souvenir qu'il avait laissé en Asie ^.

La mort de saint Jean.

Tous les rapports des Pères, relatifs à la fin de Jean, sont d'accord sur ce point que sa vie s'est prolongée jusqu'aux limites de l'extrême vieillesse. Jérôme (Ep. aux Gai. VI, 10) rapporte qu'ayant atteint le plus grand âge et cUnt trop faible pour pouvoir se rendre encore dans les assemblées de l'église, il s'y faisait porter par des jeunes

* Tertullien, De monogamia, XVII; Ambrosiaster sur 2 Corinth. XI, 2: « Tous les apôtres, excepté Jean et Paul, ont été maries.»

* Nous la transcrivons de Y Introduction de llilgenfeld, p. 405: On rapporte que le bienheureux évangéliste Jean caressait un

jour doucement une perdrix et qu'un jeune homme revenant de la chasse, le voyant ainsi, lui demanda tout étonné comment un homme si illustre pouvait se livrer à une occupation si futile. Que portes-tu dans ta main? répondit Jean. Un arc, dit le jeune homme. — Pourquoi n est-il pas tendu comme à l'ordinaire?— Pour ne pas lui ôter, en le courbant d'une manière trop constante, l'élasticité qu il doit posséder au moment où je lancerai la flèche. — Ne le choque donc pas, jeune homme, de ce court soulagement que nous accordons à noire esprit, qui autrement, perdant son ressort, ne pourrait nous seconder lorsque le besoin le réclame.» Ce Irait est en tout ca& un témoignage de l'impression calme et sereine qu avait laissée dans l'Eglise la vieillesse de Jean.

gens, et que n'ayant plus la Torce de parler beaucoup, il se contentait de dire : € Mes petits enfants^ aimez-vous les uns les autres. » Et comme on lui demandait pourquoi il répétait toujours cette unique parole, sa réponse fut: c Parce que c'est le commandement du Seigneur, et que si cela se fait, assez se fait. > D'après le même Jérôme, il mourut accablé de vieillesse, 68 ans après la Passion du Seigneur, c'est-à-dire vers l'an 100. Irénéedit « qu'il vécut jusqu'au temps de Trajan, » c'est-à-dire jusqu'après l'an 98. D'après Suidas, il aurait même atteint l'Age de 120 ans. La lettre de Polycrate constate qu'il fut enterré à Ephèse (o'jTo; £v 'Kçeçw XÉxoîpTai) . On montrait même dans cette ville deux tombeaux dont chacun devait être celui de l'apôtre (Eusùbe, //. £. Vil, 25; Jérôme, de vir. m. c. 9), et c est par ce fait qu'Eusèbe cherche à conlirmer l'hypothèse d'un second Jean, appelé le preshytre, contemporain de l'apôtre. On swb'xI aussi conçu l'idée que Jean serait exempt de la nécessité de payer à la mort le tribut commun. On citait cette parole que Jésus lui avait adressée (Jean XXI, 22) : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ?» Et nous apprenons par saint Augustin que sa mort elle-même ne fit pas disparaître cette idée étrange. Dans le traité 124, sur l'évangile de Jean, il rapporte que, d'après plusieurs, l'apôtre vivait encore, dormant paisiblement dans son sépulcre, ce dont la terre doucement agitée par son haleine fournissait la preuve. Isidore de Séville * rapporte qu'ayant senti venir le jour de son départ, Jean fît creuser son sépulcre et que, disant adieu à ses frères, il s'y coucha comme dans un lit, ce qui fait que plusieurs prétendent qu'il vit encore. On a

* De or tu et obitu patrum^ 71.

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