SON UNITÉ
n'accepterons pas cette imputation ; mais nous la comprendrons. Leur récit parait bien souvent n'être qu'un recueil de faits détachés, de traits accidentellement juxtaposés que l'on pourrait omettre, multiplier, déplacer à volonté sans altérer le fond de la narration. Mais un pareil reproche ne saurait se justifier à l'égard de notre évangile; et Baur en tout cas y a mis fin pour toujours. Les discours mêmes ne rompent nullement la continuité du récit. Bien loin d'en ralentir la marche^ comme s'ils n'étaient que des sulH3rfétalions métaphysiques sans utilité , ils sont au contraire les facteurs les plus décisifs de l'action. Ces témoi- ;;nages solennels de Jésus sur sa personne et sur l'état moral des Juifs déterminent simultanément l'accroissement (le la haine chez les uns et raffermissement de la foi chez les autres. Sans les discours, notre évangile ressemblerait à un drame sans dialogues ; *que deviendrait l'action ?
Nous ne pouvons donc nous étonner de Tinsuccès, au-
j"iird'hui à peu près universellement reconnu, des essais de
Iriage que nous avons précédemment énumérés, entre
cerlains discours qui seraient johanniques et les faits qui
waient inauthenliques (Weisse), entre les discours qui se-
'iii'nl d'un disciple »le Jésus et le récit des faits qui remon-
''•laii juscprà Tapotre (M. Kcnan), entre les scènes (/aliléen'
ncÀ (|ui proviendraient «rinterpolalions postérieures et le
li'nd jmiéen, authentique, de rèvanu[ilc (Schwnizer) (les hy-
(•<»lhèses sont ensevelies pour toujours dans le tombeau
<|iie Baur leur a creusé par sa vigoureuse démonstration
d»; Tunité de notre évangile.
II. Et cependant, en dépit de cette puissante unité, la narration évangèlique n'en a pas moins dans cet écrit un raractère frafj ment aire; et ce contraste n'est pas une des antinomies les moins frappantes qui font du quatrième évangile un phénomène littéraire si étrange.
Le point de départ du récit est choisi au milieu de la carrière du précurseur et après le baptême de Jésus luimême; car le témoignage de Jean rappelé I, 19 et suiv. implique chez lui la connaissance déjà acquise de la dignité messianique de Jésus. L*histoire, comme telle, manque donc de son en-tétc en quelque sorte nécessaire (comp. les trois synoptiques). Ecourtée au début, elle l'est aussi au terme. Le récit finit avec l'acte d'adoration de Thomas, ainsi avant l'ascension, que l'auteur connaît et admet cependant iVI, 62; XX, 17). Les lacunes abondent également dans le cours du récit. Le retour de Jésus en Galilée, IV, 1 cl suiv., doit avoir eu lieu au mois de décembre (v. 35i,el le voyage suivant à Jérusalem, ch. V, au plus tôt pour la fête de Purim, au mois de mars; voilà donc un inlenalle de trois mois sur lequel l'auteur garde un complet silence. Le fait suivant, celui de la multiplication des pains, ch. VI, a eu lieu à l'époque de la PAque; encore un mois donc sur lequel nous sommes sans renseignements. Le ch. Vil nous transporte à la fête des Tabernacles, par conséquent à la fin de septembre ou au commencement d'octobre; nous constatons ainsi un espace vide de six à sept mois. X, 22, Jésus visite Jérusalem à la fêle de la Dédicace; cette indication nous transporte à la fin de décembre, trois mois après le dernier fait raconté ; et pas un mot sur l'emploi de ce quart d'année ! Lorsqu'au ch. XI Jésus est appelé à Bêthanie, c'est peu de temps avant la Pàque (v. 55) ; deux mois se sont donc de nouveau écoulés sans qu'il soit fait mention de ce qui s'est passé durant ce temps!
Sur les deux années de l'activité publique de Jésus, depuis la Pàque initiale du ch. II à la dernière (XII-XX), nous constatons donc un total de quinze mois entiers qui restent là dans le récit comme des compartiments sans em-