SON CARACTÈRE AUTOBIOGRAPHIQUE
gnon, Pierre, il dit, non plus au singulier, mais au pluriel : € Car ils n avaient pas encore compris (^n^ewov) que Jésus devait ressusciter des morts. »
Si Ton se place à ce point de vue, on comprend que l'auteur ait terminé son récit, non par le fait de Tascension, la fhi normale de l'histoire de Jésus (et cela d'après noire évangile lui-même VI, 62; XX, 17), mais par Tinvocation de Thomas. Ce moment avait été le point culminant du développement de sa propre foi. Il formait donc la clôture légitime d'un récit dont le point de départ avait été la naissance de cette foi elle-même. La naissance et le développement de la foi de Fauteur^ tel est l'angle sous lequel est présenté dans cet évangile le ministère de Jésus. C'est de l'autobiographie, non de l'histoire proprement dite.
Nous avons différé jusqu'à ce moment de parler du passage XIX , 35. Cette parole joue un rôle important dans celle question. Les uns y voient une preuve décisive en faveur du caractère autobiographique de l'évangile , les au- Ires l'envisagent comme décisif contre cette manière de voir. L'évangéliste vient de mentionner l'eau et le sang qui coulèrent du côté percé de Jésus ; il ajoute : « Et celui qui Ta vu, en a rendu témoignage ; et son témoignage est véridique, et celui-là sait qu'il dit vrai, afin que vous croyiez. » C'est là, disent les uns, la déclaration de l'auteur lui-même qu'il a été témoin de cette scène. Mais d'autres (Keim, Weizsàcker lui-même) raisonnent autrement : Le personnage qui a rendu témoignage du fait n'est point identique avec l'auteur du livre ; car ce passage même distingue l'un de l'autre le témoin qui a instruit l'auteur, et l'auteur qui atteste la véracité du témoin. On a allégué, en faveur de cette explication, l'emploi du pronom ce/M/-/à (r^etvo;); l'auteur, dit-on, ne peut l'avoir employé pour parler de lui-même ; car ce pronom se rap-
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porte nécessairement à un sujet éloigné, à un tiers *. Cependant Weizsiickcr et Keim abandonnent aujourd'hui cet argument grammatical. Ce pronom en question est employé dans le quatrième évangile pour désigner une pei^onne, non comme plus éloignée qu'une autre, mais comme possédant la qualité dont il s'agit, d'une manière éminentê ou même exclusive. Ainsi 1, 18, il est dit : < Celui-là nous a fait connaître,» dans ce sens : « Lui seul nous a fait . . . ;i comp. aussi V, 39. La preuve sans réplique que le sujet p.irlant peut se désigner lui-même par ce pronom celuilà, ressort de IX, 37 : (l Celui qui parle avec toi, c'est celui-là (isceivo; scTi). » Il est évident qu'alors que le sujet s'objective au point de parler ainsi de lui à la troisième personne, il peut aussi employer, pour se désigner, le pronom de la troisième personne. — C'est à la logique qu'en appellent maintenant Weizsâcker et Keim: l'attestation que l'écrivain donne ici a la véracité du témoin prouve que ces deux personnages sont différents. Cette conclusion, qui paraît logique, l'est fort peu. Car si la déclaration de véracité donnée au témoin par l'écrivain est l'expression d'un fait de conscience intime^ qu'en conclure sinon que le témoin el l'écrivain sont identiques? Or c'est précisément le cas dans ce passage. Car si l'écrivain qui donne l'attestation eût été un autre personnage que le témoin à qui elle est donnée, il eût dû dire, non : il sait, mais :je sais^ ou nous savons qu'il dil vrai (comme XXI, 24). Les mots : t afin que vous croffiez,}^ conduisent au même résultat. Une fois le contraste établi entre le témoin qui a vu lui-même et l'Eglise qui croit sur son témoignage, l'écrivain avait sa place parmi les croyants et devait dire : « afin que nous croyions, »
* Voir hi discussion intéressante entre Butmann {Studienu. Kriliken, 1860) el Steitz (Ibid., 1^)9 et 1861).