‹ Commentaire sur l'Évangile de saint JeanChapitre 3 sur 91 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Réflexions préliminaires.

Dans nos trois premiers évangiles canoniques est renfermé, sous une triple forme, le témoignage apostolique par lequel l'Eglise a été fondée. Ce témoignage, reproduit joamellement par les évangélistes au sein des premières communautés chrétiennes pour l'affermissement des croyants, pour l'instruction des néophytes et pour l'évangélisation des populations non chrétiennes, prit bientôt les formes arrêtées, dont nous retrouvons les innombrables traces dans les trois écrits dans lesquels il nous a été conservé. C'est l'enseignement qui dans les Actes porte le nom de doctrine des apôtres (èi^oLyr, tô>v ârocToT^wv, Act. Il, 42)*.

Celle d'entre nos trois rédactions canoniques qui porte le nom d'évangile de Matthieu, reproduit cet enseignement apostolique sous la forme qu'il avait prise en Palestine, en vue de l'évangélisalion juive. L'idée centrale qui dominait le témoignage rendu à Jésus dans un tel milieu,

' Voir mon Commentaire sur Vécangile de Luc.

l" Vol. 1

ne pouvait être que celle de sa dignité de Messie. Aussi notre premier évangile fait-il ressortir d'un bout à l'autre de son récit les rapports entre les prophéties de TAncien Testament et les circonstances diverses de rhistoire de Jésus. Il s'agit pour lui de démontrer la vérité de ce titre de Christ que la foi judéo-chrétienne avait définitivement attaché au nom de Jésus*. Cette rédaction du témoignage apostolique, sous sa forme la plus primitive, fut sans doute publiée dans les années qui précédèrent le soulèvement du peuple contre les Romains et décidèrent de son sort*. Ce fut le suprême appel adressé par Jéhovah à son ancien peuple, une invitation dernière à recevoir le Messie qui seul eût pu prévenir la catastrophe imminente.

Mais en dehors des communautés chrétiennes de Palestine existaient déjà, à cette époque, dans les différentes contrées de l'empire, de nombreuses églises, recrutées en majeure partie du sein des populations païennes. Aux yeux de ces chrétiens de la gentilité, la dignité messiani" que de Jésus n'avait pas la même importance qu'au point de vue juif. L'argument tiré des prophéties n'était décisif qu'auprès de ceux dont Fesprit était familiarisé avec les anciens oracles par la lecture hebdomadaire de l'Ancien Testament. Le grand moyen d'évangélisation auprès des populations païennes, c'était la prédication de Jésus comme Sauveur de l'humanité. L'œuvre de rédemption accomplie par lui en faveur de tous les hommes et offerte, gratuite-

* Matth. I, 1 : «G«'néalogie de Jésus-Christ y>. Comp. co commencemont avec les dernier» mots du livre, XXVIII, 18-20, où Jésus proclame la complète réalisation en sa personne du programme messianique renfermé dans cette dénomination.

• Matth. XXIV, 15, l'Eglise est expressément mise en garde contre toute participation aux soulèvements qui amèneront la ruine de Jérusalem et de Tétat juif.

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