‹ Commentaire sur l'Évangile de saint JeanChapitre 4 sur 91 · LES TROIS PREMIERS ÉVANGILES · texte numérisé non relu

LES TROIS PREMIERS ÉVANGILES

ment et sans condition d'œuvres légales, à la foi de chacun : telle était, dans ce nouveau milieu, la puissance par laquelle l'Evangile saisissait les cœurs. Les épîtres de Tapôtre des Gentils prouvent bien que c'était là la pensée dominante de l'évangélisation au sein du monde païen. Et c'est précisément celle qui forme le trait caractéristique de la narration de saint Luc. Notre troisième évangile, avec son complément, le livre des Actes, est donc cerUiinement le monument de l'enseignement évangélique par lequel Paul et ses compagnons d'œuvre ont fondé les églises de la gentilité^

Nous avons donc encore aujourd'hui sous les yeux, dans le premier et le troisième de nos évangéliques canoniques, le témoignage apostolique sous ses deux formes élémentaires et primordiales; dans l'un, ce témoignage entant qu'approprié aux besoins de la nation juive; dans l'autre, ce même témoignage adapté à l'instruction des populations païennes.

Tne troisième forme, intermédiaire entre les deux précédentes, était possible. Certaines églises d'entre les Gentils pouvaient être désireuses de posséder l'enseignement palestinien primitif, le tableau simple et pittoresque du ministère d*évangélisation accompli par Jésus en Israël. Cet enseignement n'avait-il pas été le point de départ de la prédication nouvelle qui à cette époque déjà retentissait dans le monde entier, qui était parvenue jusqu'à Rome même et se manifestait comme un fait historique considérable? Pour satisfaire à ce désir, que fallait-il? Retrancher de la catéchèse apostolique les rapprochements prophétiques et les grands discours que Jésus avait prononcés en

* Luc I. 4 : « renseignement dont tu as été catéchisé » (littéralement;.

rapport spécial avec la loi juive; puis introduire dans ce récit destiné à d'anciens païens les explications nécessaires relatives aux usages juifs. Or tels sont précisément les caractères de notre second évangile. Marc, son auteur, originaire de Palestine, avait été nourri lui-même de cet enseignement primitif destiné aux Juifs. 11 avait ensuite accompagné dans leurs voyages missionnaires Paul, puis Barnabas, enfin Pierre lui-mcme. 11 est donc naturel que nous retrouvions dans son écrit la catéchèse primitive qui fait le fond de Matthieu^ mais dégagée de tous les éléments exclusivement judaïques, et ravivée par l'insertion de nombreux traits de détail dus évidemment aux réminiscences personnelles d'un témoin oculaire dont Marc avait souvent .entendu les récits. Notre second évangile est donc la tradition palestinienne rafraîchie en passant par le vif souvenir d'un témoin, et rédigée en vue de quelque communauté située dans le monde des Gentils ^

Le caractère commun à ces trois formes, et qui en fait comme les trois branches d'un même tronc, est leur dépendance plus ou moins exclusive de la tradition apostolique. Â ce trait fondamental se rattache le second caractère qui les unit : c'est leur nature élémentaire et catéchétique. La prédication primitive, s'adressant soit à des hommes encore étrangers à la foi, soit à des néophytes dont l'instruction devait être continuée, devait naturellement revêtir ce caractère, qui s'est ensuite transmis aux écrits dans lesquels elle s'est fixée.

Et c'est ici le lieu de nous demander si renseignement qu'avait donné Jésus a ses disciples, a pu rentrer tout

^ Voir, sur cette relation entre nos trois premiers évangiles, le bel exposé de Thiersch dans : Versuch zur Herstdlung des historiachen Standptmcts fur die Kritik der neutest. Schriften, 1845, p. 132-

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