L^AUTEUR. — LE TITRE
teod K«iin, ne dépend pas d'un nom, comme le pensent ceux qui déshonorent ce qui est saint lorsque tel nom y manque, i Nous sommes convaincu au contraire qu'il est d'ane suprême importance pour l'Eglise de savoir si c'estl'apoire Jean ou bien quelque penseur de l'église d'Asie qui met dans la bouche de Jésus les discours renfermés dans notre évangile et qui trace de sa personne et de son ministère te tableau qui y est présenté. Et ceux-là mêmes qui nient rimportance de cette question en rendent témoignage par la vigueur et la persistance de leur attaque.
Nous devons avant tout interroger la tradition. Elle s'exprime d'une manière décisive dans le titre de Qolre évangile : selon Jean. Nous avons démontré ailleurs * <|Qe cette préposition selon se rapporte dans les quatre ttlres de nos évangiles, non h une forme de conception anlérieure à la rédaction, mais au fait de la rédaction elleniéme. Or le titre de notre quatrième évangile, tel que nous le possédons, ne manque dans aucun document grec et dans aucune version, Il exprime donc, non l'opinion de l'un oudel'autre d'entre les Pères, de l'une ou de l'autre d'entre les églises, mais le sentiment unanime de tout ce qui Renommait chrétien au 11® siècle de l'Eglise. Comme les litres des trois premiers évangiles, il a. été placé en tête du nôtre à l'époque où le recueil évangélique a été formée c'est-à-dire au plus tard dans la première moitié du II® Siècle, comme cela ressort de plusieurs faits exposés dans le chapitre précédent, et particulièrement de la lecture pubb'que de ces quatre écrits, attestée par Justin avant 150.
• Commentaire sur l'évangile de saint Luc, t. l, p. 63-64.
Gc témoignage général et collectif est le fond sur leqad doivent être placés les témoignages particuliers que nous allons rappeler. Ces derniers ne sont que comme les sommités saillantes d'une chaîne de montagnes dont le sentiment de toute TEglise représenterait la base continue.
Nous ne reviendrons pas sur les rapports de Tertullien, de Clément d'Alexandrie et d'iRÉNÉE, pour qui la composition johannique de notre évangile ne fait pas le moindre doute. Nous commençons par deux témoignages de 170 â 180. Le premier est celui de Théophile, que nous avons cité déjà [p. 243) : c Tous les hommes animés de l'Esprit, parmi lesquels Jean dit. > Le second est renfermé dans le Fragment dit de Muratori ^ cEn quatrième lieu, le livre de l'évangile selon Jean. Jean, l'un des disciples, exhorté par ses condisciples et par les évéqucs, dit : Jeûnez avec moi dès aujourd'hui trois jours et nous nous raconterons ce qui aura été révélé à chacun. Dans cette même nuit, il fut ré* vêlé à André, l'un des apôtres, que Jean devait tout raconter en son nom, tous les autres contrôlant son récit. Et c'est pourquoi, quoique chacun de nos livres évangéliqaes s'ouvre par des commencements différents, cela n'importe point à la foi des croyants, puisque tout est exposé dans tous, sous la direction d'un seul Esprit souverain, quant ait naissance, à la Passion, à la résurrection do Jésus, à ses entretiens avec ses disciples et à son double avènement. En eiïet, il apparaît d'abord en humilité et méprisé, voili le passé, mais une seconde fois magnifique et avec une royale puissance, de qui est encore à venir. Qu'y a-t-il donc d'étonnant à ce que Jean expose encore en détail et aiec
* Voir p. 246. Pour la date du Fragment de Muratori, voir Tel* cellent écrit de liesse sur ce document: Das muratorische Frefment, 1873. Il le place (p. 40-48) avant Irénée (180). C'est d'tpr^ Hesse que nous citons le morceau suivant.
l'auteur. ^ TÉMOIGNAGES 303
assurance ces mêmes choses dans ses leltres, en disant par
rapport à lui-même : Les choses que nous avons vues de nos yeux et entendues de nos oreilles et que nos mains ont touchées, nous les avons écrites pour vous. Ainsi, il se déclare successivement témoin oculaire, puis auriculaire, enfin rédacteur de toutes les merveilles du Seigneur. > Hilgenfeld prétend que cette citation de la première épitre a pour but de confirmer la composition de l'évangile par Jean, en face d'une partie de l'Eglise qui refusait encore de l'admettre. Il nous est impossible de découvrir la moindre trace d'une intention polémique dans ces lignes. Les seuls mots où l'on pourrait essayer de la découvrir: Qa!y a-t-il d' étonnant j se rapportent, comme l'observe liesse, non à l'évangile, mais irépître.
Ce seraient là, d'après la plupart des critiques, les deux plus anciens témoignages dans lesquels Jean serait désigné comme l'auteur de notre évangile. (Keim^ p. 156, et tant d'autres.] Nous n'admettons nullement cette manière de voir. Héracléon et Ptolémée, les deux disciples de Yalentin, qui avaient été en relation personnelle avec ce chef d*école, doivent, nous l'avons vu, avoir écrit avant cette époque. Or le premier, en commentant notre évangile, l'attribuait certainement à Jean. C'est ce que suppose d'un bout à l'autre la réfutation d'Origène. Et le second dans sa httre à Flora citait notre écrit en disant : t Uapôtre déclare. 3> Il prétendait de plus, d'après Irénée, imputer à lean lui-même la doctrine gnostique de l'Ogdoade (voir p. 250). Nous ne croyons pas remonter trop haut en plaçant ces deux témoignages vers 160.
Un peu plus tôt, Justin nous parle des Mémoires des apôtres qui sont lus publiquement le dimanche dans les Semblées de l'Eglise. « Ces écrits, nous dit-il, sont nommés aussi évangiles et ont été composés par les apôtres de
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Christ et les compagnons de ses apôtres, y Quoi que Ton puisse (lire, ces expressions supposent Texistcnce de quatre évangiles au moins, deux de chaque catégorie. Or nous avons prouvé par un passage positif (p. 260) que l'évangile de Jean faisait partie de ce recueil. C'était donc l'un des deux qu*il attribuait à un apôtre, puisque Marc et Luc, qu'il employait aussi, provenaient tous les deux de compagnons des apôtres.
Marcion, vers 140, a attribué notre évangile à Jeao, puisque c'était en raison de cette origine même qu'il le rejetait (p. 269 et suiv.). Papias, de 110 à 120 au plus tard, place, dans l'énumération des apôtres le nom de Jeim, non, comme le font les synoptiques dans leurs catalogues apostoliques, avec ceux de Pierre et d'André, mais à la fin de la liste, avec celui de Matthieu; ce qui ne s'explique qœ par l'intention de réunir les deux apôtres évangélistes et parait impliquer chez lui la conviction de l'origine johaonique de notre évangile K
Le témoignage le plus antique est et reste la déclaration renfermée dans les deux derniers versets du ch. XXL Les éditeurs même, de l'évangile, entre les mains desquels
^ Nous reuonçoDS à nous appuyer ici sur rannolation dëco»verte par le théologien catholique Aberle dans ud manuscrit da Vatican et reproduite par Tischendorf (Wann wurden^ etc.). où il est dit : € L'évangile de Jean a été publié et donné aux églises par Jean, encore vivant, comme Papias, appelé le Hiéropolitain, biefr aimé disciple de Jean, l'a raconté dans ses commentaires fàiex»tericis, lisez avec Ililgenfeld : exegeticisj, dans les cinq derniers livres. C'est lui qui a écrit exactement l'évangile sous la dictée de .j Jean. » Ce manuscrit étant du IX* siècle, on peut admettre ênt Overbeck que les cinq derniers livres dont il est parlé dans cette notice étaient un appendice apocryphe ajouté postérieurement i l'écrit de Papias. — Cependant il reste quelque chose d^éoigoulique dans cette indication, surtout rapprochée de celle de Georges Hamartôlos, dont nous avons parlé (p. 77).
l'auteur. — TÉMOIGNAGES. 305
Taateur Tavait déposé, affirment en le publiant que ce livre a été écrit par le disciple que Jésus aimait et qu'ils le connaissent personnellement comme un homme incapable de raconter autre chose que la vérité. On a prétendu qae cette attestation supposait nécessairement Texistence de gens qui niaient l'authenticité de Técrit. Mais ne peut- 00 donc pas délivrer un certificat sans supposer par là même une affirmation contraire? Cette mesure ne peutelle pas être destinée à donner une entière sécurité à ceux qui redouteraient d'être trompés, et avoir par conséquent on but purement préventif? Ce témoignage remonte, comme nous Tavons vu, jusqu'à l'époque même de la mort de Jean.
H existe dans l'Eglise du II® siècle une dénégation, une leole : celle d'un parti anti-montaniste mentionné par Irénée, très-probablement le même que les A loges d'Epiphane. Mais nous avons déjà reconnu (p. 253) que, considérée de plus près, cette contradiction est un hommage rendu i la tradition de l'origine johannique de notre évangile. Zeller le reconnaît lui-même : c Les motifs sur lesquels s'appuyait cette opposition, dit-il, étaient, pour autant que nous les connaissons, tirés de la critique interne; » ce qui prouve bien que tout point d'appui leur manquait dans lu tradition. Et en attribuant eux-mêmes l'évangile à Cérinthe, le contemporain de Jean à Ephèse, les Aloges mettaient, comme malgré eux, sa composition en relation avec la personne de Jean.
Pour apprécier toute la valeur de ces faits, qu'on se rap-
Wle bien le caractère complètement traditionnel des con-
^ctions ecclésiastiques à cette époque. On no procédait
P^ par voie d'investigation critique. « Cet écrit ne nous
^pas été transmis*. » Cela dit, tout était dit. Transmis ou
' CeA ainsi que s'exprimait, vers la fin du H* sii'rli\ Sérapion, ^équp d*Antioche, au sujet d'un prétendu évangile de Pierre, qu'il !•' Vol. 20
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non transmis : c'était la devise des Pères et des docteur de cette époque. Que l'on se rende compte à ce point d vue de la diflGculté de faire pénétrer dans une seule église de l'impossibilité de faire pénétrer dans toutes, sans I moindre contestation, comme œuvre de l'apôtre Jean, ni évangile tout récent et si différent des précédents, dé} universellement reçus ! Et Ton appréciera la valeur de e consentement unanime des églises et des docteurs du 11 siècle. Lechler a demandé avec raison * ce qui se serai passé dans les églises luthériennes, si trente à cinquant ans après la mort de Luther, on eût essayé d'introduire vm toute nouvelle Confession d'Âugsbourg, très différente d celle qui avait circulé jusqu'alors. Peut-on supposer qu cette frauduleuse opération se fût consommée sans soulevé une seule réclamation et dans un complet silence? C'est; une impossibilité pareille que Ton nous demande de croin en supposant que l'évangile johannique, ouvrage d'un au teur quelconque qui se faisait passer pour l'apôtre, a pi obtenir l'assentiment universel dont il jouissait à la fin di II® siècle.
Mais ce n'étaient pas seulement les églises orthodoxes qi reconnaissaient cet écrit comme apostolique. C'étaiei aussi, comme nous l'avons vu, les sectes, et les sectes hi plus distantes entr'elles. Les judaïsants violents du part des Clémentines, les adhérents exaltés du mysticisme mot tanistc, les écoles spéculatives de Basilide et de Valenlii^ les Marcionites antinomiens, le païen Celse enfin, toutes Mf tendances opposées se rencontraient en un point : la tex» naissance du quatrième évangile comme écrit apostoliqfMi
et (sauf Marcion) l'adhésion à ses enseignements comme I
avait trouvé dans l'église do Hhossus : 7x ToiaSTa ov isaj^ùJ^\ (oc cela ne nous a pas été transmis »). Eusèbe, E, £., VI, IS. ^ Sludien und Kritiken, 1856.