‹ Commentaire sur l'Évangile de saint JeanChapitre 40 sur 91 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Le lien de la composition.

3U de quelles églises fut composé cet écrit? Si 5 ne savions rien de la vie de l'auteur, nous di-

coDviclion de Tauteur.

348 L'ORiGlNE DU QUATRIÈME ÉVANGiLB.

rions en tout cas : au sein d'églises de langue et de culte helléniques. Pour des lecteurs israélites, l'auteur n'a rait pas donné la traduction grecque des termes l breuXydu titre de MessiCypar exemple, et du nom de Sik ou l'explication des usages juifs, comme 11, 6 (la purifie tion des Juifs), XIX, 40 (la manière d'embaumer chez 1 Juifs), IV, 9 (l'hostilité^ régnante entre Juifs et Samar tains), etc. L'auteur se plait à mentionner spécialement ( qui, dans le ministère de Jésus, se rapporte aux Grec: comme la demande de ces Hellènes qui, peu avant la Pa sion, désirent s'entretenir avec Jésus (Xll, 20), ou ceti question ironique des Juifs : c Ira-l-il vers ceux qui soi dispersés cliez les Grecs? :» (VII, 35). Ces détails ont toi leur à-propos dans un milieu hellénique.

Mais il y avait des églises grecques dans bien des coi trées, en Syrie, en Asie-Mineure, en Grèce, et sans dou> déjà à Alexandrie. Laquelle choisir? Wittichen a opté poi la Syrie. Baur parait incliner pour Alexandrie. La plupa se décident pour l'Âsie-Mineure. La question ne saura être douteuse pour ceux qui admettent le séjour et la mo de Jean dans cette dernière contrée. C*est d'ailleurs dii ces églises que l'iniluence de notre évangile se fait le ph fortement sentir dans le cours du 11^ siècle. C'est aussi Ephèse que nous trouvons le foyer théologique et religieu qui explique le mieux l'apparition d'un semblable écril <L L'Âsie-Mineure, dit M. Renan, était alors le théâtre d'à étrange mouvement de philosophie syncrétique. Tous le germes du gnosticisme y existaient déjà i» (p. Lxxi). Aucun hérésie ne répond aussi exactement à la polémique de l Ireépitre de Jean que celle de Cérinthe(qui vivait à Ephèse) Keim le reconnaît et prétend avec raison que cett même polémique existe sous forme latente dans l'évsuQgik

Deux faits bibliques s'accordent enfin avec ces donnée

LE LIEU. — l'occasion. 349

fournies par l'histoire. Cest à Ephèse que parut le Juif Apollos^ alexandrin de naissance et de culture. Le terme de Logos avait peut-être, dans le système avec lequel il se présenta en lonie, une place analogue à celle que lui accordait Philon dans sa spéculation ^ Puis c'est aux églises d'Asie-Mineure que furent adressées les épttres de saint Paul qui par leur but et leur contenu sont le plus en rapport avec notre évangile et avec la l**^ épttre de Jean. Ces indices nous paraissent suffisants, décisifs même,

L^occasioii et le but du quatrième évangile.

Le sujet dont nous allons nous occuper est évidemment lié au précédent par une relation d'étroite solidarilé. Outre nos deux moyens ordinaires d'orientation^ les rapports des Pères et les indices fournis par l'écrit lui-même, nous en possédons ici un troisième : c'est la déclaration de Tévangéliste sur le but qu'il s'est proposé en rédigeant ce récit (XX, 30-31).

Quant à la circonstance qui provoqua ce travail, il paraît ''feulter de quatre récits des Pères que Jean ne Tenlreprit P3S de son chef, mais sous Tempirc d'une sollicitation

* Comp. Hébreux IV, 12 (la personnification du Logos). En ci- ^otce passage nous ne prétendons point nous approprier l'opinion ie la composition de cette épttre par Apollos ; nous parlons seule- ^^t d'un milieu commun de culture.

350 l'origine du quatrième évangile.

étrangère. D'après le Fragment de Muratori (voir p^ 9(1 ce furent certains apôtres non désignés qui, de coiiC« avec les évéques de la contrée, réclamèrent de lui cet écri Clément d'Alexandrie parle d'une manière plus génén des personnes notables de l'église : c Jean, le demie voyant que les choses extérieures avaient été décrites du les évangiles, à l'instigation des notables et sous l'inspir tion de l'Esprit écrivit un évangile spirituel >.i Eusére, » le témoignage des anciens, raconte (111, 24) que lorsqi Matthieu, Marc et Luc eurent publié chacun leur évangil « ces écrits étant parvenus dans les mains de tous et aos dans celles de Jean, celui-ci les approuva et en confim la vérité, ne regrettant qu'une chose, l'omission de ce qi Jésus avait fait au commencement de son ministère. L'apôtre, pressé, dit-on, par ses amis, écrivit aloi*s les eh ses que les premiers évangélistes avaient omises (Eusé développe ici Jean 111, 24), par où l'on voit l'accord d évangiles entre eux. > Eusèbe ajoute que, tandis que Hi thieu et Luc nous ont conservé la généalogie de Christ s Ion la chair (^sveaT^oyia), Jean est parti de sa divinité (Orà yia). <K C'était la part que lui avait réservée l'Esprit dii comme au plus excellent de tous. » Enfin Jérôme racool dans son style emphatique S que a comme Jean était enÂi et que déjà pullulait la semence des hérétiques, tels qc Cérinlhe, Ebion et d'autres, qui nient le Christ venofl chair, il fut contraint par la presque totalité des évéqof d'Asie et par les dépulalions de nombreuses églisei d'écrire quelque chose de plus profond sur la divinité d) Sauveur el de s'élancer jusqu'au Verbe de Dieu; carl'to

* Tôv (jL^vTOi 'lo)àvvr(V iV/aTOv auv'Ôovia OTi ti 0(ij(AaTtxà «v Tol; oKff

7;veup.aTt%ov ;»)i7;(jai EuaY^/Xiov. (DaDS Eus^be, H. E., VI, 14). ' Comment, in Malth. IV; De vit. iUu$tr. c. 9.

l'occasion. — LE BUT. 351

toire ecclésiastique rapporte qu'étant sollicité par les frères, il répondit qu'il écrirait, si tous jeûnaient et priaient Dieu avec lui; ce qui eut lieu. Après quoi, la révélation dont il fut saturé éclata dans ce prologue : Au commencement { était la Parole '. >

Si Ton se rappelle ce que nous croyons avoir constaté du

\ caractère essentiellement réceptif de l'apôtre et de son manque d'initiative extérieure, nous devrons envisager comme très-vraisemblable cette tradition d'une impulsion étrangère qui aurait été nécessaire pour lui mettre la plume à la main.

Mais la question du but de l'évangile se déplace, en quelque sorte, dans ce cas; de l'esprit de l'auteur, nous devons nous transporter, pour la résoudre, dans celui des instigateurs et des lecteurs. Pourquoi ceux-ci réclamaient-ils de Tapôtre un évangile? La réponse la plus simple est celle L <|ui ressort du Fragment de Muratori. Us sentaient que I leors égli:es avaient besoin, pour se maintenir à la hau- !^- teor à laquelle l'enseignement de Jean les avait élevées, de posséder par écrit son témoignage évangélique, tel qu'il le i^ndait oralement depuis longtemps au milieu d'elles. Us comprenaient surtout la nécessité d'un pareil écrit pour les églises qui n'avaient jamais entendu Tapôtre. C'est là le but '«plus simple, le plus naturel, celui de Védificaiion directe, f^ez Clément et Eusèbe une nuance un peu différente nous '^^^ppe. C'est la lecture des trois évangiles par l'Eglise et

* Comme Ton poursuit bien dans cette série de traditions l'am- ^"Ocalion successive d'une donnée primitive, qui n'en paraît elle- *^^me par là que plus historique! Un fleuve doit avoir une source.

par Jean lui-même qui devient Toccasion de U comp lion du quatrième. Jean et ceux qui l'entourent ont le f liment d'une lacune dans ces récits, au point de vue l'histoire des premiers temps, selon Eusébe, ou même point de vue plus élevé de Tintelligence de l'histoire tière, d'après Clément. C'est le but hislùriefhdidactiquê

A ce dessein, Jérôme en joint un nouveau, celui de eo ballre les hérésies relatives à la personne de Christ (œ de Cérinthe et des ébionites). Cette dernière opinion é déjà auparavant celle d'iRÉNÉE, au moins quant an prc gue : c Jean, le disciple du Seigneur, dit-il, voulant exi per par la proclamation de l'évangile la semence qui a^ été répandue dans le cœur des hommes par Cérinthe précédemment par les Nicolaïles... et afin de prouver q n'y a pas, comme ces gens le prétendent, un Uieu créai et un autre Dieu, le Père du Seigneur, et un fils du Cr leur et un autre Christ descendu des lieux supérieurs, voulant écarter ces enseignements et poser dans l'Egl la règle de la vérité, commença ainsi > (III, ii, i). C'est but polémique.

Cesdiflérentsbulsne s'excluent pas autant qu'il peut le raitre au premier coup d'œil. Jean ne pouvait combal victorieusement les hérétiques qu'en reproduisant l'histc et l'enseignement de Jésus dans leur plénitude, ù intention implique donc le but de rectification historic tel que l'entend Eusèbe, combien plus ce même but que le comprend Clément !

Mais que dit sur ce point important l'auteur lui-roéi (XX, 30 et 31)? Il nous fait connaître d'abord ce qu'il : s'esipas proposé : c Jésus a accompli devant ses diseipl beaucoup de signes, et de tout diiTérents, qui ne sonip ccrilsdans ce livre-ci.» L'auteur n'a point voulu donnerii tableau complet du ministère de Jésus et de toutes les mafl

fesUtioos de sa gloire en actes et en paroles que ses disciples ont contemplées (v. 30). Voici ce qu'il a voulu [v. 31) : c Mais ces choses sont écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et afin qu'en croyant vous ayez la vie en son nom. » 11 a donc choisi dans le trésor de ses souvenirs un certain nombre de traits qu'il a mis par écrit afin que l'Eglise, en partageant sa foi au caractère messianique et divin de Jésus, ait part h la vie qu'il a lui-même trouvée dans la foi en ce nom. Nous voyons par le verset 30 combien est faux le procédé critique qui consiste à tirer de l'omission de certains récits synoptiques dans le quatrième évangile un argument contre la vérité de ces récits; et par le verset 31 que, comme l'implique le récit du fragment de Muratori, le but de l'auteur ^tail réellement et essentiellement pratique. Ayant trouvé lui-même la vie dans la foi en Jésus comme Messie d'abord, puis comme Fils de Dieu, il savait par sa propre expérience que l'Eglise trouverait, tout comme lui^ la vie dans cette même foi, et il ne doutait pas que les manifestations de Jésus en actes et en paroles, qui avaient produit chez lui celte foi vivifiante, ne la produisissent aussi dans toute ^lise où serait lu son écrit. Si le but de l'auteur eût été de nature spéculative ou même exclusivement didactique, comme on l'a souvent supposé, c'était le moment de le <lire et de déclarer, non qu'il avait écrit afin que l'Eglise ^rût et vécûl, mais qu'il avait écrit afin qu'elle connût et ^inprît. C'était le moment surtout, avant de finir, de rafraîchir chez ses lecteurs cette théorie du Logos au service ''e laquelle on prétend qu'il avait composé son écrit. Dans *^us les cas, il était contraire à ce but spéculatif de rappeler encore une fois le titre de Christ, de Messie juif, qui appartenait à un domaine historique maintenant dépassé et Savait aucun rôle à jouer dans la sphère rationnelle où Ton 1" Vol. 23

354 l'origine du quatrième évangile.

fait vivre et écrire l'auteur. Cette intention pratique de l'évangéliste est confirmée par le préambule de la l*^ épitre, où il déclare avoir écrit afin que ses lecteurs aient part, comme lui^ à la communion avec Christ et par là è la communion avec le Père; c'est dans ce but qu'il leur annonce ce qu'il a vu, entendu et touché, parce que ce témoignage historique est le seul moyen pour eux, qui n'ont pas vu, entendu et touché, de participer à la vie éternelle apparue ici-bas en la personne de Christ (1 Jean 1, 14). C'est un reproche assurément fondé que celui qu'adresse Keim aux critiques des diverses écoles, c d'avoir si souven ignoré radicalement la déclaration Jean XX, 3U-31, daoi laquelle l'auteur dévoile son but à ses lecteurs de la ma nière la plus directe > (p. 104]. Si seulement Keim lui môme avait su tirer de cette déclaration décisive un meil leur parti !

Que nous apprend enfin sur la question posée le livr lui-même (indépendamment du témoignage de l'auteur) Si nous avons réussi à constater le caractère autobiogra phique de la narration; si le récit commence réellement ai jour et à l'heure où la première lueur de foi en Jésus s'es produite dans l'esprit de rauteur,et si le terme de ce réd est le moment où cette foi a atteint son faite, c'est-à-dir où elle est parvenue à la hauteur de son objet lui-méiiK (« mon Seigneur et mon DieUy > XX, 28; corap. I, 1); s entre ces deux points extrêmes nous trouvons le tableai d'un petit nombre de jours disséminés sur un espace d( plus de deux années et dont chacun est comme un jalon sur la voie qui a conduit les apôtres d'un de ces points à l'autre, — le but du livre saute aux yeux. L'auteur a vouh faire assister ses lecteurs à la genèse de sa propre foi et de celle de ses collègues. Il a voulu remettre sous les yeux de l'Eglise les œuvres et les témoignages qui ont par-

icaliëreineiil contribué à lui révéler en Jésus, d'abord le ilessie attendu, puis peu à peu dans ce Messie le Fils même de Dieu. Et pourquoi retracer cette histoire de la naissance et du développement de sa foi? Abstraction faite de Vexplication donnée par l'auteur (XX, 30-31), le bon sens répond : En parcx>urant avec lui cette même voie lumineuse, le lecteur devait arriver, sous l'empire des mêmes faits^ à la même foi. On peut appliquer au récit évangélique tout entier ce que dit l'auteur à l'occasion d'un fait particulier, XIX, 35 : c Celui qui l'a vu, en a rendu témoignage, et son témoignage est véritable, et il sait qu'il dit vrai) afin que voiu croyiez. »

Le résultat de l'étude de l'évangile est donc exactement le même que celui auquel nous a conduits la déclaration de l'auteur.

Résulterait-il peut-être de l'expression : c Ces choses ont été écrites, afin que vous croyiez.,^ > que les lecteurs ne croyaient pas encore ce que l'évangéliste voulait qu'ils crussent; que son but était par conséquent d'introduire dans l'Eglise une conception nouvelle de la personne de Jésus, celle que lui avait dévoilée sa spéculation? C'est là l'idée énoncée par un grand nombre de critiques modernes * . Mais si telle eût été sa pensée, en écrivant ces derniers mots de son li- ^j il ne se fût point exprimé ainsi : c afin que vous croyiez que Jésus est le Christ. » Car comment supposer

' Lûcke : «Jean voulant élever la simple foi à l'état de gnose » (ÏDlelligence supérieure). Olshausen : « Ce livre s'adresse surtout *ux âmes gnostico-mystiques. » Reuss: «Le prologue u*est pas 's préface d un historien, mais le programme d'un penseur et d'un ^éologien. » Keim: « L'auteur voulait répandre une conviction supérieure sur la personne de Jésus...: l'extérieur, le détail n'est pour lui que moyen, signe, scènerie, échafaudage, base matérielle tur laquelle il élève l'édiûce pneumatique d'un monde d*idées religieuses supérieures » (p. 107).

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qu'il y eûl dans l'Eglise un seul croyant qui n'admit pas encore que Jésus était le Messie promis? L'expression: afin quB vous croyiez, ne signifie donc pas qu'il veut faire du nouveau en fait de foi, élever ses lecteurs à une conviction qu'ils n'ont pas ; mais qu'il désire fournir à la foi déjà existante chez les lecteurs des appuis nouveaux et inébranlables. Celte interprétation est confirmée par cette déclaration expresse adressée dans la \^^ épitre par le même auteur aux mêmes lecteurs (11, 31) : c Je ne vous ai pas écrit parce que vous ne savez pas la vérité, mais parce que vou& la savez et parce qu'aucun mensonge n'est de la vérité [et:' ne doit par conséquent venir y mêler son alliage]. »

Cette dernière parole nous indique la relation étroite qui existe dans l'esprit de l'auteur entre le but essentielle^ menl pratique que nous venons de constater paria tradition, par la déclaration de l'auteur et par le livre lui-même, et un second but, indirect sans doute, mais non moins réel, le but polémique. Pourquoi l'auteur, ainsi que tous les hommes influents qui l'entouraient, sentaient-ils le be^ soin d affermir la foi de l'Eglise en Jésus comme Messie et comme Fils de Dieu? Parce que déjà les mensonges de la spéculation humaine commençaient à miner cette foi. La i^^ épitre prouve certainement que l'évangéliste avait en vue des eireurs déjà existantes. Seulement le caractère historique de l'évangile ne lui permet pas de les combattre aussi directement qu'il peut le faire dans son épitre. 11 doit se borner à faire ressortir spécialement dans l'histoire et dans l'enseignement de Jésus ce qui s'oppose à ces erreurs. C'était par là que cet écrit répondait à un besoin urgent Et les faits ont prouvé que l'apôtre et ses amis n'avaient pas compté en vain sur ce trésor de souvenirs qui était comme sa propriété particulière. Si les flots déchaînés de l'hérésie qui ont assailli TEglise durant le 11^ 8Îècle,sesont

brisés contre un rocher, ce rocher a été surtout le quairième évangile, avec cette parole qui en fait le fond : c La Parole a été faite chair. >

Enfin le but historique lui*niéme, indiqué sous deux formes différentes par Ëusèbe et par Clément, peut aussi trésnalurellement se rattacher, comme moyen, au but princi* pal, le but d'édification pratique que nous avons constaté en premier lieu. Keim ne fait pas difficulté d'admettre, par exemple, que la remarque III, 34 était destinée à c justifier]) l'introduction de Jean-Bapliste a ce momentlà sur la scène (p. 107): voilà le but historique. Mais pourquoi cette justification^ selon Keim lui-même, sinon pour enlever de l'esprit des lecteurs une idée contraire qui rendait impossibles la simultanéité des deux ministères de iean el de Jésus en Judée et, par conséquent, le dernier témoignage de Jean sur Jésus, rapporté par Tévangéliste (lll, 27-36)? Le but pratique de l'auteur réclamait impérieusement l'exposé complet de ce suprême témoignage du précurseur sur la personne de Jésus; et l'on touche ainsi au doigt dans ce cas particulier comment ce but principal renfermait nécessairement comme but auxiliaire celui de reclifler ou de compléter l'histoire évangélique généralement admise. En rectifiant le malentendu qui pouvait naitre du récit synoptique à l'égard du jour de la mort de Jésus^ l'auteur avait également une intention plus élevée que celle d'élucider minutieusement le fait historique. Il désirait faire ressortir le divin symbolisme d'après lequel le vrai agneau pascal avait expiré sur la croix au jour et à l'heure même où l'agneau typique était immolé dans le temple. L'aoleur aimait à signaler ces coïncidences providentielles. Sa foi naissante y avait trouvé un appui; il pensait que ses lecteurs pourraient y trouver un affermissement de la leur. Si l'auteur décrit spécialement les séjours à Jérusa-

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lem, c*cst que c'était dans cette capitale que Jésus avait rendu les plus éclatants témoignages à la vérité qu il voulait surtout établir pour la foi de l'Eglise. Compléter l'enseignement était donc impossible sans compléter l'histoire elle-même. Cette opinion, d'après laquelle l'auteur se serait proposé de compléter ou de rectifier la narration synoptique, a été très-rudement traitée par plusieurs critiques, surtout par M. Reuss >. Nous croyons que ce savant fera bien de réserver ses sévérités pour des erreurs plus réelles et plus dangereuses.

11 est encore plus aisé de faire rentrer dans le but principal le but historico-didactique indiqué par Clément. Qu'estce qu'un évangile spirituel, si ce n'est un récit offrant a TÇglise, non la multiciplité des faits particuliers, mais l'histoire dans son sens le plus intime et sa portée la plus élevée? Or c'est précisément le caractère frappant de notre évangile. Il ne raconte pas l'institution de la sainte Cène, non plus que celle du baptême, mais il révèle l'essence spirituelle de ces deux cérémonies (ch. VI et ch. III]. Il ne raconte pas la lutte de Gethsémané, mais il en fait comprendre la vraie nature par le récit du ch. XII. Il n'y a rien là qui ressemble au but spéculatif; car, comme nous l'avons démontré, les paroles de Jésus qu'il rapporte dans ces occasions, bien loin d*ctre inventées, sont simplement choisies et reproduites comme révélant l'esprit des faits. C'est là ce que Clément a voulu dire; et l'évangile tout entier confirme cette assertion.

* Keim: « L'cvangéliste est vraiment beaucoup trop grandi pour poursuivre ce but historique. Reuss : « II n'y a plus désormais que les esclaves de la plus vulgaire tradition patristique qui soutiendront une si pauvre th^se » {Hist. de la Ihéol. chrétienne, Ih^- 312). « Celte opinion est t^^s-g^ossi^re et tr^s-dangereuse. » {Geschîchte der heiL Schriflen Neuet^ Test, % 222.)

Nous pensons également qu'il n'est point indispensable e faire un choix entre les difierents buts proposés, depuis \ réveil de la science, par les nombreux écrivains qui se )nt occupés de ce sujet. Si Lessing admet, comme jadis îrôme, que l'évangéliste a eu en vue les ébionitesy repré- ^ntés alors par Cérinthe et Carpocrale; si Grotius et roRR croient qu'il a aiguisé ses armes contre les gnosti- ^xes et les disciples de Jean-Baptiste; si Semler et Sghneg- ET9BURGER admettent que c'étaient les docètes qu'il voulait >iribaltre; si de Wette préfère se représenter comme bjets de sa polémique les ébioniles et les gnostiques réuis ; si d'autre part Ewald insiste fortement, comme autre- Dis Eusébe, sur le but historique complémentaire de notre îvangile relativement aux synoptiques, — nous ne ti^ouvons rien de positivement faux dans toutes ces diverses manières de voir. La polémique même la plus spéciale, celle qui serait dirigée contre les disciples de Jean, ne nous pa* rait pas devoir être complètement exclue. Il nous serait diflicile de ne pas en trouver quelques traces dans certains passages, tels que 1, 8. 15; III, 5. 25 et suiv.; IV, 2; l»"* ép.

V 6) ; d'autant plus que le trait raconté Act. XIX, 1 et suiv. prouve que ces anciens disciples du précurseur circu- * 'aient alors dans les contrées d'Asic-Mineure.

Voici donc comment nous résumerions notre manière de ^oir sur ce sujet Donner une base inébranlable à la foi ^^ l'Efflise, tel a été le but essentiel du quatrième évangile. *^'aisce but impliquait naturellement, comme conséquence^ 'affermissement de l'Eglise contre les fausses doctrines qui 'ïîenayaient alors sa foi, et, comme indispensable moyen^le '^Ublissement du cadre historique exact et complet du 'Finistère de Jésus et la révélation du sens profond de ses paroles, de ses actes et de toute son apparition. On voit tu'il n'y a pas divers buts, mais que chacun de ceux que

Ton a présentés comme buts principaux, rentre aisément, comme moyen ou comme conséquence, dans le vrai bul auquel seul appartient ce nom. Entre tous les buts admis par la critique moderne, il en est un seul'que nous devons écaiter absolument, c'est le but philosophique ou spéculatif. Nous croyons avoir exposé plus haut les raisons qui Texcluent. La tournure nouvelle que Baur et Hilgenfelo ont cherché à lui donner ne le rend pas plus acccptal)le« En rattachant sa théorie du Logos à la personne du Saii^ veur. Fauteur aurait poursuivi un résultat très-pratique - Selon Baur, il voulait fonder par cette conception supérieure de la personne du Christ, qui dominait toutes les conceptions précédentes, Tunité de TEglise jusque-là divisée en deux camps hostiles. Selon llilgenfcld, son intention était de supplanter en Asie-Mineure le christianisme légal qu'y avait introduit l'apôtre Jean, et d'arborer de nouveau le drapeau du spiritualisme de Paul, rélégué à l'arrièreplan par l'apôtre Jean survenu après lui. Par respect même pour la théorie du Logos, nous ne saurions accepler ces hypothèses qui la feraient déchcoirde son élévation spéculative^ en en faisant un moyen de politique ecclésiastique. Mais nous comprenons encore moins comment un croyanl sérieux aurait pu faire jouer à la personne de Jésus le rôle d'instrument dans ces exploits de tactique militante ^

* Parmi les hypothèses récentes, nous indiquons encore, comme pièce particulièrement curieuse, le syst(>ine exposé par M. Noack dans son ouvrage: Ans der Jordan-Wiege nach Golgalha, l^i^'- Jésus, fils de Marie et d'un soldai samaritain, est arrivé, par IW môme de cette naissance d(>shonorante, à envisager Dieu comaie son père. Il a vécu dans un état constant d'extase qu'il entretenait par des moyens factices, le jeûne, par ex. Après s'être mainteoui cette hauteur artiflcielle, ne pouvant plus continuer de la sorte, il chercha la mort, et celui qui Tassista dans la réalisation de ce désir et devint le complice de ce dernier acte de sa vie, fut — Jo<l<^'

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