CHAP. I. — PLAN DE L'ÉVANGILE. H
; chose d'artificiel et trahir son insuflisance par quelque é. Le fait doit toujours déborder Tidée, parce qu'il renr me rélément incalculable de la liberté. Si donc, renonit aux divisions synthétiques qui se rattachent plus ou ins à l'opinion d'après laquelle le quatrième évangile ait une œuvre essentiellement rationnelle, nous demanisau livre lui-même le secret de son ordonnance interne, is voyons la narration se découper en cinq masses trèsurellement graduées et que les dispositions indiquées is haut ont successivement fait ressortir : 1. 1, 19-lV : La manifestation du Seigneur comme Messie; subsidiairement : la naissance et les premiers accroissemis de la foi ; les premiers symptômes, c^ peine sensibles^
ncrédulité.
i. V-XII : Le développement puissant et rapide de Vinédulité nationale , mais se détachant sur le fond de la vélation croissante de Jésus, comme Fils de Dieu, et marant de pair avec le développement de la foi des disciples li s'affermit et s'enracine par le moyen de ces luttes.
3. XllI-XVIl : Le développement énergique et décisif de foi chez les disciples pendant les dernières heures qu'ils issent avec leur Maître ; et cela au moyen des suprêmes vélations de Jésus, et à "la suite de l'expulsion du disciple
la personne duquel l'incrédulité s'était maintenue jus- 'alors dans le sein même du cercle choisi.
4. XVIIl-XIX : La consommation de Vincrédulilé natiole par le meurtre du Messie , contrastant avec le calme ^onnement de la gloire de Jésus au travers de cette somi nuit, ainsi qu'avec l'accroissement silencieux de la foi îz les quelques disciples dont l'œil est capable de recueillir
douces clartés.
). XX (XXI] : Les apparitions du Ressuscité qui, comme crèmes révélations de Jésus, consomment la victoire de
la fui sur les derniers restes d'incrédnlilé dans le collège apostolique.
L'exégèse montrera si ce résumé du récit est conforme aux textes et à Tespril de Técril. S'il en est ainsi, les trois éléments principaux que nous avons indiqués, se déploieraient simultanément et de front dans toutes les parlics de la narration, avec cette différence que, tandis que le premier, la révélation de Jésus, forme le fond permanent du récit, les deux autres se détachent alternativement, Ton avec un éclat toujours plus pur, l'autre en teintes de plus en plus sombres, sur ce fond commun. La foi naît, I-IY; l'incrédulité domine, Y-XU ; la foi atteint sa perfection relative, XlIl-XYll; l'incrédulité se consomme, XVIII-XIX; la foi arrive à sa perfection, XX (XXI).
Il n'y a dans l'ordonnance de l'évangile, telle que nous l'avons comprise, rien de systématique, rien de factice- C'est la photographie de l'histoire. Si l'exégèse constate la réalité de ce plan, à la fois si naturel et si profond, nou^ trouverons dans ce fait une confirmation importante du caractère vraiment historique et du but sérieusement pratique de notre évangile.
Comme en un jour de printemps le soleil se lève dans un ciel serein... le sol, détrempé par les neiges, absorbe avidement ses chauds rayons ; tout ce qui est susceptible de vie, s'éveille cl renaît; la nature est en travail. Cependant, après quelques heures, des vapeurs s'élèvent de la terre humide ; elles se réunissent et se forment en dais obscur, le soleil se voile; l'orage menace. Les plantes, sous Tiinpulsion qu'elles ont reçue, n'en accomplissent pas moins leur silencieux progrès. Knfin, lorsque le soleil est anÎTéi son midi, l'orage éclate et sévit; la nature est livrée i des puissances destructives ; elle perd pour un temps Tastré qui la vivifiait. Mais sur le soir les nuées se dissipent; lecabne
eaait, et le soleil, reparaissant avec un éclat plus magniique que celui qui entoura son lever, jette à toutes ces liantes, filles de ses rayons, un dernier sourire et un doux idieu. — Ainsi se déroule, à ce qu'il nous parait, Tœuvre le saint Jean. Ce plan, s'il est réel, n'est pas Toeuvre de la réflexion théologique; c'est le produit de l'histoire longuement contemplée. Conçu dans le calme du souvenir et la sécurité de la possession, il n'a rien de commun avec les^ combinaisons du travail métaphysique ou les calculs raifinés do la politique ecclésiastique.
De la conservation du texte*
Le texte de notre évangile s'est conservé, en totalité ou P^r fragments, dans trois sortes de documents : les manu^^ frits, les anciennes versions et les citations des Père^.
Les manuscrits.
Les manuscrits (Mss.) se répartissent en deux grandes classes : ceux qui sont écrits en lettres onciales, appelés ^juscules (Mjj.), et ceux chez lesquels nous rencontrons 'écriture arrondie et cui*sive en usage depuis le dixième iécle de notre ère, les minuscules (Mnn.).*
* Noufi ne })arlerons pas ici des Evangelûiiaria et Lectionariny rnfermant la collection des morceaux des évangiles et des ëpîtres desnés à être lus régulièrement dans le culte public.
a INTRODUCTION.
1. Les majuscules ayant acquis dans la science critique une valeur en quelque sorte individuelle et s'étant élevés aa rang de véritables personnages, il importe de faire connaissance particulière avec chacun d'eux. Pour faciliter ce travail au lecteur, nous les répartirons en trois groupes : 1. Les vetush'ssimi ; ce sont ceux qui datent des quatrième et cinquième siècles, les patriarches. 3. Les vetustiores, remontant aux sixième et septième siècles. 3. Les veiusU^on simples vétérans, qui proviennent des huitième, neuvième et dixième siècles. On les désigne depuis Wetstein au^moyen des lettres majuscules des alphabets latin y grec ou même hébraïque.*
Le premier groupe comprend actuellement 4 Mss. plus ou moins complets et 4 documents tout à fait fragmentaires.
!. Co(I.Sinaiticus{H): à Pétersbourg; découvert par Tischendorf le 4 février 1859 dans le couvent de Saînte^atherine, ao mont de Sinaï : datant, selon ce savant, de la première partie da W^ siècle ; selon d'autres, Yolkmar par exemple, de la fin du W^ ou du commencement du Y® sièclej écrit probablement à Alexandrie: retouché par plusieurs correcteurs. I! comprend notre évangile sans lacune. Publié par Tischendorf, Leipzig, 1863.
2. Coff. yaticanus{B): datant, 'selon Tischendorf, du milifO du l\^ siècle: probablement écrit en Egypte; contenant notrf évanp;ile sans lacune; publié par Tischendorf, Nov, Testam. Vatican um, Lipsifp 1871.
3. Cod. Ep?iraemi (G), n» 9 de la bibliothèque impériale de Paris, rescriptus: selon Tischendorf, de la première partie dv \^ s. ; écrit probablement en Egypte : retouché aux YI* et K* siècles. Au XII<^ siècle, le texte du Nouveau Testament fut eflacé pour faire place à celui des œuvres d'Ephrem, Père de Téfliff de Syrie. On a fait reparaître, par des moyens chimiques, récriture ancienne, mais ce manu.scrit présente encore des lacunes considérables. De notre évangile, on n'a rétabli que les hait pis-
' Nous emploierons les signes adoptés par Tischendorf dans k haitièmo et dernière Mition, de 187i.
;es suivants : I, 141; ffl, 33- V, 16; VI, 38-VII, 3; VIII, 34- H; XI, 8-46; XIII, S-XIV, 7; XVI, Îl-XYIII, 36; XX, 'fia de révangile.
L Cod. Alexandrinus (A); à Londres; de la seconde moitié y* s. ; écrit probablement à Alexandrie. Une seule lacune dans tre évangile : VI, 80- VIII, 52.
5. Sept fragments palimpsestes (I) trouvés en Egypte par schendorf ; datant des V" et VI« siècles, et renfermant de Jean telques passages des chap. IV, XI, XII, XV, XVI et XIX.
6. Fragments rapportés d*un couvent égyptien (I ^); à Lon- «s; datant du IV^^ ou V« s., selon Tischendorf; renfermant de an quelques versets des chapitres XIII et XVI.
7. Un fragment palimpseste (Q); du V« s. (d'après Tischendorf); ouvé dans la bibliothèque de Wolfenbiittel ; renfermant pour Dire évangile les deux passages suivants : XII, 3-20; XIV. M.
8. Quelques fragments d'un Cod. Borgianiis (T); à Rome, ^ s. (Tischendorf), renfermant avec la traduction ^yptienne ite sahidique en regard, les deux passages: VI, 28-67: VH,
vni,3i.
Le second groupe est plus pauvre. Il ne comprend que Ms. et 5 fragments ou collections de fragments.
9. Cod. Cantahrigiensis (D); à Cambridge; du milieu du 1* s. ( TischendorO; quoique rempli de formes alexandrines. il a ins doute été écrit en Occident et probablement dans la Gaule léridionale (Bleek, Einl, p. 707). En regard du texte grec se ouve une traduction latine, antérieure à celle de Jérôme. Deux Indes lacunes dans notre évangile : I, 16-111, 26 : XVIII, 13- X, 13.
10. Un fragment palimpseste (P) ; à Wolfenbûttel ; du VI« s. : ntenant de notre évangile trois passages : I, 29-41; 11,13-2*^; H, 111.
11. Fragments d'un manuscrit splendide (N), dont 4 feuilles so Nivent à Londres, 2 à Vienne, 6 à Rome, 33 à Patmos ; de la I du VI« s. (Tischendorf); renfermant de Jean: XÏV, 2-10: f, 15-22.
12. Fragments obtenus par Tischendorf de la bibliothèque orphyri (B** <^' 9)\ du VI« s.; passages des cli. VI et XVÏII.
13. Quelques fra};iiienls (ï **); à Pétersbourjj ; du VI* s. ; pa— sajies (les th. 1, II et IV <le notre évangile.
I ï. Annotations marginales i F^) dans le Cad. Coisliniani ^ des épîtres de Paul (H — iOi de la bibl. imp. de Paris); r^^ fermant quelques versets de Jean d'un texte du VU* s. iV, ^ et VI, 53. 35.)
Le troisième \f,vo\i^Q est le plus considérable; il comprearf 1 1 Mss. plus ou moins complets et des fragments de 6 autres.
15. Cod. BasUeensis(^)\ à BAle; du VÏII' s. ; il paratt avoir st^rvi au culte public dans Tune des églises de Constantînople: il contient ré\arigile de Jean complet.
10. Le beau Cod. de Paris (L): du VÏII* s. ; il ne manque que XXï' LH-fm.
17. Fragments d'un Co<l. de la bibliothèque Barberini (^T.do Vlll*^ s. ; contenant, de notrt» évangile : XVL 3-XIX, 41.
18. C(k1, Sangalleasis (A): écrit au IX** s. par les moine* écossais ou irlandais du couvent de St-Gall ; complet sauf XIX 17-35. Ce Cod. renferme une traduction latine interlînéaire, qni n'est ni celle de Jérôme, ni la version antérieure à ce Père.
19. Cod, BoreeU [¥) à Utrecht; du IX^ s.; contenant de notre évangile la partie I, l-XIIl, 31; mais avec de nombreuses U< cunes.
i(). Cod. Soidelii (G) : rapporté d'Orient par Seidel ; à Londres; du IX** ou X« s.; deux lacunes : XVIII, 5-19 et XH, 4-27.
"iï. Un second Cod, SeideUi{JA)\ à Hamlmurg ;du K'ou X* s.; quelques lacunes daiLs les eh. IX, X, XVIII et XX.
a. Cod. Kyprius (^K); à Paris; du IX^^ siècle; parveou de l'île de (^Jiypre <lans la bibliothèque de Coll>ert. Complet.
23. I^ C<hI. de des Camps (M) ; à Paris; du IX* s. ; présent offerte Louis XIV en 1706 par l'abbé des Camps. f/HnpIet.
t\. Fragments d'un Cod. du mont Athos (^0): à Moscou :<iO 1X« s.; contenant L 1-4 et XX, 10-13.
25. Un fragment de la bibliothèque de Aioscou (V ); du IX* ^\ contenant I, 1-Vll, 39.
26. Un (hhI. rapporté d'Orient par Tischendorf ^ F » ; à Oxfi«^ et Pétersbourg: IX"" s.; contenant IV, li-VIlI, 3 et XV, ii- XIX, 6.
^ Un Cod. rapporté d*Orieiii par le même (A); k Oxford ; IX^
MBplet. •