‹ Commentaire sur l'Évangile de saint JeanChapitre 54 sur 91 · II. lUla (It · texte numérisé non relu

II. lUla (It

Bien antérieurement à saint Jérôme et probablement dès ^ milieu du 11^ s., il existait une traduction latine du NoureH Testament. Elle était phis nécessaire encore dans TAfrique jf^ consulaire qu'en Italie, où la langue grecque était plus caoïHK- Ce fut donc probablement dans cette province qu elle fut 000posée et de là qu'elle se répandit. Elle paraît avoir étéservileà l'excès et d'une extrême rudesse. Elle existait sous des kitvfi très-variées. Nous possédons plusieurs exemplaires de ces lOf'*

' Tischendorf pense autrement. -— Voir Bloek, Einl., p. 7tt, ^ J.-B. Glaire, Intr. hUt. et ont, 1862, t, I, p. 487.

ts Tenions latines, d* abord dans les manuscrits bilingues ; ir l'évangile de Jean, le seul qui la renferme est le Cod. D, Il la traduction latine est désignée par d; puis dans des maicrits particuliers, tels que le Vercellensis, duIV<^s. (a); le Vefiensis du TV^ ou V*s. (b); le Colhcrtinus, du XI® s. (c), etc. Vers la fin du lY* s. saint Jérôme fit, par rapport à cette an- »ne traduction, un travail de révision analogue à celui qui oduisit dans Téglise syriaque la traduction philoxénienne. Il rrigea la version usitée, d'après d'anciens manuscrits grecs, rtte traduction, la Vulgate (Vg.), est conservée dans plusieurs xiiments d'une haute antiquité, mais qui sont loin d'être tou- )Qrs d'accord entre eux, ainsi qu'avec la forme actuellement atorisée de cette importante version ; par exemple, le Cod. [vniatinus (am.) , et le Fuldensis (fuld.), tous deux du VI« s. D'entre les autres traductions anciennes, les plus intéressantes our l'usage critique sont les trois versions égyptiennes : la trawXmSahidique (Sah.), dans le dialecte de la Haute-Eg\'^pte ; i traduction Copte (Cop.), dans celui de la Basse-Eg) pte, et la raduction Baischmurique (Bas.), dans un troisième dialecte, [W Champollion le jeune a supposé être celui du Fayoum. O [oi donne à ces versions un intérêt spécial, c'est d'abord leur iile (milieu ou fin du III' s.), et ensuite leur étroite relation ave<* B texte de nos plus anciens manuscrits grecs.

Les Pères.

On a appelé les citations du Nouveau Testament dans les ^its des Pères f des fragments d'anciens manuscrits. » '^tte définition n'est exacte que [lorsque l'auteur a l'inten- ^on de citer textuellement. Très-fréquemment, les Pères ^lent de mémoire ou uniquement pour le sens. Les auteurs ^ plus intéressants pour la critique du texte sont Irénér '^), Clément d'Alexandrie (Clém.), Tertullïen (Tert.), ^IGËNE (Or.), Chrysostome (Chrys.). Nous aurons souvent

à collalioimer les leçons d'Origène avec celles des plus anciens Mss. grecs; et de la relation qui existe entre elles, nous aurons à tirer peut-être quelques conclusions qui ne sont pas sans importance pour la reconstitution normale do texte primitif. Les leçons des hérétiques, en particulier d'HÉRACLÉON (pour ce qui concerne notre évangile] , ont aussi une certaine valeur.

Ces indications, aussi abrégées que possible, sufliront pour mettre les lecteurs qui ne se sont pas encore occupés de la critique du texte, en état de comprendre la partie de notre commentaire qui se rapporte à cette branche essentielle de Texégése, et pour leur rendre accessible la grande édition de Tischendorf (8<^, 1872], dans les notes de laquelle est concentré le résultat d'immenses travaux.

Depuis Bengel, on a constaté la tendance des documents critiques à se grouper d'une manière assez constante. Ainsi, dans les épilres de Paul, il suflit de parcourir quelques pages d'une liste de variantes, avec l'indication des autorités sur lesquelles s'appuient les leçons diverses, pour remarquer bien vite trois groupes de documents, qui tantôt suivent chacun leur propre voie, tantôt se réunissent deux contre un, parfois aussi marchant réunis. Dans les évan- . giles, ces camps opposés tendent à se réduire à deux. Mais la lutte est permanente ; elle se reproduit en quelque sorte à chaque verset. Ce sont, d'un côté, parmi lesMjj., B C LIS parmi les Vss., la traduction copte, et parmi les Pères, w-

* Comment M. Rillict range-t-il (dans sa Irad. du N. T. sur le texte du Cod. Vaticantis, p. \\\iv) le Ms. X dans l'autre classe? X mard» presque constamment avec BCL.

li Origène; de l'autre, parmi les Mss., les Mjj. EFG H iUVA et la presque totalité des Mnn., et, parmi les res» assez ordinairement Chrysostome. Les autres auto- ^iKADMrÀll Syr. It., oscillent entre ces deux partis; ; uns penchant plus habituellement vers l'un des textes, I autres vers le texte opposé.

Gomme le texte que présentent les autorités comprises ins le second de ces deux coupes parait être celui qui ail prévalu dans les églises de l'empire grec, on l'appelle jzantWy tandis que le texte opposé, reproduit dans les as anciens Mss. grecs, évidemment originaires d'Âlexanrie, a reçu le nom ù' alexandrin.

La question qui se présentera donc à chaque pas sera ille de la préférence à accorder soit à l'un, soit à l'autre ices deux textes. 11 est vrai que pour beaucoup d'exégètes de critiques cette question n'en est plus une; il semble, les entendre, que l'ignorance ou le préjugé puissent seuls ifendre encore le texte byzantin. Les éditions de Lachann et le travail de M. Rilliet (introduction et traduction) ractérisent Tapogée de cette tendance. Cependant Matan, Scholz, Rinck, Reiche ont pris, soit en général, soit os une foule de cas particuliers, la défense du texte byntin. On sait que ce texte est à peu prés le même que lui qu'on est convenu d'appeler le texte reçu (T. R.)». irles documents byzantins s'étant trouvés les premiers 08 la main de ceux qui éditèrent le Nouveau Testament vès la découverte de l'imprimerie, c'est ce texte qui a ^valu accidentellement dans l'usage ordinaire, jusqu'à ce

' Le signe ç [\e st grec] employé par Tischcndorf pour lo désigner At de ce que le texte reçu est en générai le même que celui de la ttide édition de Rob. Etienne, Stepluini tertia, de 4550. Dans les M50 passages où la leçon d'Etienne diffère du texte reçu (celui des tions EIzévir de 4694 et 4633), ce dernier est désigné spécialement

commun des réactions de c traverser la vérité. » Qi voit Meyer, malgré son préjugé évident en faveur < alexandrin, être force par le bon sens cxégétique de > pour ainsi dire, dans chaque chapitre, à plusieurs r la préférence à la leçon byzantine; quand on a vu 1 dorf lui-même, dans son édition de 1859, antériei découverte du Sinaïticus, réintégrer dans son le: foule de leçons byzantines qu'il avait écartées dans lions antérieures au profit des variantes alexan quand on a soi-même pratiqué pendant un certaii Texégèse, et qu'à tout instant on a dû reconnaître texte des Mss. R C L les traces de corrections arbi résultant du purisme grammatical des littérateurs drins^ on comprend qu'il faut s'abstenir de tout [ a priori et que ce ne serait pas faire avancer la scie de substituer un préjugé à un autre préjugé.

Et n'est-ce pas en effet un préjugé que de se comme la docte ignorance de plusieurs le fait aujoi surtout depuis la trouvaille récente de Tischendori texte le plus anciennement copié est par là même ancien et le plus pur? Comme si Tépoque de la tn

ion d'an texte était la date réelle de ce texte! Un Ms. du ixîëine siècle copié sur un document du deuxième ne irésente-t-il pas un texte plus ancien qu'un Ms. du quarième siècle transcrit d'un document du troisième? D'aileurs, la date du Ms. original n'est pas même dans cette [(uestion le fait capital. La question vraiment grave est celle (la degré de confiance qu'accordait le copiste au document qa*il transcrivait. S'il le copiait docilement, sans prétendre au rôle de correcteur et de censeur, les chances d'altération étaient infiniment réduites. Mais si la connaissance préalable qu'il croyait avoir des altérations subies par le texte qu'il copiait, le remplissait de défiance envers ce modèle, il n'y avait plus de limites aux bévues que commettait sa témérité. Une transcription faite au quatrième siècle dans de telles conditions sera beaucoup plus fautive qu'une copie exécutée au dixième dans un esprit de confiante simplicité. J'ai lieu de croire, quant à moi, que ces suppositions ne ^nt pas tout à fait aussi gratuites qu'il peut le paraître au premier coup d'oeil. Ce n'est ni du quatrième, ni du cinquième siècle que datent les altérations du texte du Nouveau Testament. Origène s'en plaignait déjà amèrement au commencement du troisième K 11 s'en plaignait à Alexandrie même, où le mal n'était par conséquent pas moindre, où il était probablement plus considérable que partout ailleurs. Et ce sont des Mss. copiés précisément dans cette rille et postérieurs à Origène au moins d'un siècle, aux- V^els on devrait attribuer une supériorité élevée au-dessus de toute discussion !

In Matih. t. XV. « II est évident qu'il s'est introduit une grande dJ^eriMtë dans les manuscrits, soit par la négligence de -certains copistes, soit |)ar Taudace rt'préhensible que quelques-uns ont eue do ^^'ger les textes, soit aussi par la foute de ceux qui se sont permis ^ajouter ou de retrancher ce qui leur a semblé bon.»

• Mais, dira-l-on, le Cod. Sinaïticus n'est-il pas venu coo firmer d'une manière éclatante la supériorité du texli alexandrin? Pour que ce document pût avoir Ténonne im portance que lui a attribuée Tiscliendorf et mériter Téda dont a été entourée son apparition, il faudrait qu'il fut antérieur à répoque où les altérations se sont introduites dans le texte. Autrement, que possédons-nous dans ce Codex? Un témoin nouveau du texte alexandrin déjà connu. Ne peut-on pas appliquer ici la judicieuse observation de Griesbach : <!l Faites reparaître vingt fois sur la scène le même acteur avec autant de costumes et de noms diflérenls, ce sera pourtant toujours le même personnage.» QueToa retrouve encore cinq ou six documents du même genre, plus anciens que le Vaticanus et même que le Sinaïticus, la question ne sera pas tranchée par lu. Ce qui serait plu^ décisif, ce serait la découverte d'un document du texte gre< antérieur à l'époque où l'on peut constater le commence ment des altérations.

En résumé, il n'y a que trois suppositions possibles : 01 le texte alexandrin est en général la reproduction simpl et naturelle du texte primitif, tandis que le byzantin est 1 résultat d'une accommodation graduelle aux goùls litt£ raires qui avaient prévalu à Constantinople et dans le églises dépendantes de cette métropole; — ou le texte by zantin est la transcription docile et naïve du texte aposto lique, tandis que nous avons dans le texte alexandrin, ave< ses continuelles abréviations, le résultat d'un travail d^ correction auquel ont cru pouvoir se livrer les exégètes e< les grammairiens de cette capitale du monde scientifique, à l'égard d'un texte dont ils se défiaient; — ou bien, enfin, ces deux suppositions sont vraies simultanément et se réalisent l'une dans un cas, l'autre dans un autre.... Je neine prononce point. Je ne demande au lecteur qu'une étodt

ipartiale et attentive du contexte dans chaque cas partiilîer. Tout ce que j'ai voulu par ces réflexions, c'est de ouvrir le protocole que l'on semble vouloir fermer et de (vendîquer pour la discussion de détail son entière lierté".

* Nous sommes heureux de pouvoir citor en fa\eur de notre malière de voir Tautoritë de Bâumlein : « On ne |)eut indiquer une classe le manuscrits dont les leçons méritent absolumc^nt la prëfërence » Vomment. iiher d, Ev. Joh, 4863, p. 4); et celle de l'éminent criti- ^ anglais Scrivencr, qui, après une étude approfondie et prolongée lie tous les documents, pose comme premier principe de critique : l'impossibilité de rétablir la forme originaire du N. T. en ne consultant qu'i<»uf seule classe de manuscrits, et démontre cette thèse par ràmmëration d'une série de fautes, dans les deux plus anciens manuscrits, le SinaUicus et le Vaticamts. Nous avions soutenu déjà ^nerpquement cette manière de voir dans notre première édition.

Ce litre se présente dans les Mss. sous différentes formes. La plus simple est celle que nous trouvons dans k B D : xaixoL 'lo>ayvy)v (selon Jean). La plupart des Mjj. et k (à la fin du livre) : licrf^w^ xarà 'iGiawr^v, évangile selon Jean* T. R. avec un très-grand nombre de Mnn. : to xorà *!• eOoYY., V évangile selon Jean. La 3« éd. d'Et. ajoute : tpa* (saint) devant eOoyy., avec plusieurs Mnn. Quelques Mon. lisent : U tou x. 'i. cjoy^'. Les Vss. varient aussi : emng- Johannis (Syr.); ev. per Joh. (Goth.); ev. secundum Jok* (Cop.); ev. sanctum prœdicationis Joh. prœconis (d'après cert. éd. de Syr.).

Toutes ces variantes prouvent suffisamment que ce titre ne provient point de la main de l'auteur ou de Téditeur de l'évangile. S'il eût appartenu originairement au corps de l'ouvrage, il serait le même, ou à peu près, dans tous les documents. Il fut sans doute ajouté lorsque se forma dans les églises la collection des évangiles. Or la formation dn recueil évangélique s'opéra plus ou moins spontanément dans chaque localité; c'est ce que montre Tordre diflerent de nos quatre évangiles dans les canons des églises. L^ diversités dans le titre s'expliquent par la même cause.

Mais quel est le sens exact de cette formule : €self» Jean?^ Depuis le Manichéen Faustus (Augustin, eontn^ Fauslum^ XXXII, 2) jusqu'à nos jours, il s*est trouvé é^ savants qui ont donné à xarà, selon, un sens très-lai^ •

rangile rédigé selon le type de la prédication de Matthieu, tan, etc. Cest ainsi que paraissent Tentendre MM. Reuss rexeh. der heiL Schr. N. T. § 177) et Renan (Vie de Jésus, . xvi)\ Il résulterait de là que ces quatre formules, au eu d'attester l'authenticité complète de nos évangiles, excluraient plutôt. Mais les auteurs de ces titres se seraient insi contredits eux-mêmes : car jamais personne, dans la rîmitive Eglise, n'a assigné à ces quatre écrits d'autres uteurs que ceux qui sont nommés dans ces titres; ce fait ubsiste indépendamment de certaines traditions particuières qui, comme celle de Papias pour l'évangile de saint latthieu, semblent le contredire. Puis, ce sens de selon ne ^'appliquerait nullement au second et au troisième évangile; car Marc et Luc n'ont jamais été envisagés comme les fondateurs d'une tradition propre et indépendante, mais^ uniquement comme les rédacteurs de celles qui remontaient i Pierre et à Paul. Le titre de ces deux écrits eût donc dû ^ : évangiles selon Pierre et selon Paul, si réellement le mot «e/on avait eu, dans la pensée des auteurs des titres, le sens que lui donnent les savants que nous combattons*. Leur erreur provient de ce qu'ils donnent au terme évangik un sens qu'il n'avait point dans la langue chrétienne^ primitive et qu'il n'a reçu que dans le cours du second

' « Ces formules signifient seulement que c'étaient là les traditions provenant de chacun de ces apôtres et se couvrant de leur autorité. »

* Nous savons bien que, quant à Tévangile de Marc, on fait intervenir entre notre évangile actuel et la tradition immédiate de Pierre, ^ écrit aujourd'hui perdu <{ui serait le vrai ouvrage de Marc et aurait '*nië le fond de notre second évangile : et c'est ainsi que Ton pour- '^t sauver le sens du a selon Marc » appliqué à ce dernier. Mais en ^tcas, il n'existe à Tégard de Tévangiie de Luc aucune hypothèse- ^ ce genre, et quelle que soit l'autorité des critiques qui défendent ^ourd'hui l'hypothèse d'un Proto-Marc, nous croyons que cette hy- ^èee repose sur des bases bien précaires (voir notre Comment, sur *^ang. de Luc, t. U, p. 549-552;.

-siècle. Dans la langue encore toute vivante et spirituelle du Nouveau Testament, ce mol ne désigne nullement un livre, un écrit racontant la venue du Sauveur, mais le bietiheureAix message de Dieu à l'humanité, consistant dans cette venue elle-même; comp. par exemple Marc 1, 1 ; Rom. I, 1. Le sens des titres n'est donc point : c Ecrit rédigé selon la tradition de..,i> mais : c La bienheureuse venue de Jésus- Christ racontée par les soins ou la plume de...» Il n'eût pas été possible, dans ce sens du mot évangilejde dire, comme nous le faisons aujourd'hui, «évangile de.Jean»; le complément sous-^ntendu était bien plutôt : c l'évangile de Dieuj Nous trouvons d'ailleurs la préposition xaTsé employée pour désigner l'auteur lui-même chez Diodore de Sicile, lorsqu'il appelle l'ouvrage d'Hérodote : c L'histoire selon Hérodote (i^xaO''Hp. laropia),]» ou chez Epiphane [Hœr. VIII, 4), quand il dit : c Le Pentateuque selon Moïse {i xors MtoOaea revràreir/o;).! — M. Reuss objecte le titre de révangile apocryphe eùoYy. xaTa néTpov. Mais il est bien évident que celui qui avait voulu faire passer cet évangile sous le nom de Pierre prétendait en attribuer la rédaction à cet apôtre et donnait ainsi au mot selon le même sens que noos. Quant aux formules connues eioyY- ^arà toù; ^w4. «tcoffro- ^ou;, >taô' 'E^paioi»;, xaT'Aiyuicrioi»; (selon les douze apôtres, les Hébreux, les Egyptiens), il est clair que xara désigne, dans ces cas, soit le cercle ecclésiastique tout entier d'où ces écrits étaient censés provenir, soit celui au sein daqnel ils avaient cours.

laque évangéliste entre en matière de la manière qui nd le mieui à Tesprit de sa narration. Matthieu, qui ropose de démontrer le droit de Jésus au trône théoque, commence par sa généalogie. Marc, qui rédige souvenirs, se jette sans exorde m mediam rem. Luc, qui Dtention d'écrii*e une histoire proprement dite, rend pte à ses lecteurs de ses sources, de son but et de sa iode. Le prologue de Jean doit être également en rapavec le point de vue général de son récit. Mais la délinalion de ce rapport suppose Tétude approfondie d& lorceau remarquable qui^ plus que tout autre passage os saints Livres peut-être, a exercé une influence dé- '6 sur la conception du christianisme dans l'Eglise jusnos jours, isqu'où s'étend le prologue? Jusqu'au v. 5 seulement, md M. Reuss. A ce point de vue, la narration commenit eu V. 6 : c // y eut un homme appelé Jean. i> Cette nation de la naissance de Jean-Baptisle serait suivie, au ïy de celle de Tincarnalion du Verbe, puis la mention ninistère de Jean-Baptiste (v. 19) conduirait le récit u'à l'entrée du ministère de Jésus-Christ (v. 35). lis il suffit d'un coup d'œil jeté sur lès v. 15 et 16-18 se convaincre que cet arrangement ne répond nulle- ; à la pensée de l'évangéliste. Le témoignage de Jean-

Ba|)lisle rappelé au v. 15 vient dans celte supposition, ou trop lard (comp. v. 6-8), ou trop tôt (comp. v. 19 et suiv.). Bien plus, il formerait une tautologie intolérable avec la double répétition de cette même parole dans les v. 27 et 30. C'est dans ces deux derniers passages que la déclaration do précurseur est replacée dans son milieu historique, qu'elle est proprement racontée. Dans le premier, elle est simplement citée, et cela à un tout autre point de vue que celui de rhisloire, dans un but didactique. Les réflexions dogmatiques ou religieuses, renfermées v. 16-18, seraient également déplacées, si la narration avait déjà commencé. Enfio le V. 18 : c Le FiU unique ({ui est dans le sein du Père..y^ forme trop évidemment le pendant du v. 1 , pour que Fou n'y reconnaisse pas la clôture du cycle ouvert par celui-ci. La narration ne commence donc qu'au v. 19, et les v. 1-18 forment un tout d'un genre particulier.

Y a-t-il un plan dans ce prologue? ou bien ne renfennet-il qu'une élucubration métaphysique ou un épancberoent ^ieux sans marche précise et sans progrès rationnel?

Lûcke et plusieurs modernes admettent deux parties : l A*. 1-5 : L'existence pm}or(//a/e du Logos. IL v. 6-18:Sofl apparition historique. — La venue de Jésus en chair senti sans doute de cette manière mentionnée deux fois,' au v. 11 et au v. 14; mais comme elle est, dit-on, saisie laseecNule Cois plus profondément que la première, il n'y a pas répé* 4ition proprement dite. Celte réponse, il faut ravooer.art cassez subtile.

Olshausen, Lange^ admettent trois sections : L v. 1^* L'activité primordiale du Logos. H. v. 6-1 â : Son aotitil^ •dans Vancienne alliance. 111. v. 14-18 : Son inearnalioi^ -son activité dans V Eglise. — Le pix>grè8 historique MfV^ ^insi rigoureusement observé par l'év'angélisle. Htis'* <]uestion est de savoir si ce plan est compatible âvec 1^

(pressions dont il se sert, en particulier, si les termes des 1i-13 permettent réellement d'appliquer ce passage aux mps de l'ancienne alliance.

Lnthardt et Hengstenberg admettent, non des sections ironologiques, mais des cycles concentriques reproduisant (OS trois le résumé de l'histoire é^angélique, à chaque fois rec quelque nouveau développement : I. v. 1r5 : Le MDmaire de l'activité du Christ, y compris sa venue en hair, et l'insuccès général de son ministère. II. v. 6-13 : a même histoire, avec la mention spéciale du précurseur tle tableau de l'incrédulité juive. III. v. 14-18 : Encore me fois le même (ait, mais présenté plus spécialement au loint de vue des bénédictions qu'il apporte aux croyants. •* L'étude des détails pourra seule nous fournir les moyens l'apprécier ce plan.

Hœlemann, dans un petit écrit rempli d'érudition, De evanleliijoh, tntroïtu^ etc., Leipzig, 1855, a essayé de retrouver eplan du prologue en poursuivant, d'une manière plus consépieote qu'on ne le fait d'ordinaire, le parallélisme de ce morceau tTec le premier chapitre de la Genèse. II réussit parfaitement au lébut. Mais, quand il en vient à rapprocher les mots : ' La lumière luit dans les ténèbres » (v. 5), de la séparation de la umière et des ténèbres (Gen. I, 4), ou ceux-ci : ^ Il y eut un ^^Mnme.,. ■ (v. 6), de la création de l'homme (Gen. L 26), ou à iercher l'explication de cette parole : « C'était la lumière Stable > (v. 9), dans une allusion à l'apparition du soleil le puitrième jour (Gen. I, 16), — il est impossible de le suivre dans *s subtilités, et cette exagération fait admirer davantage la sagesse de l'évangéliste qui, après avoir marché un moment paiHèJement à Moïse, a su s'arrêter à temps.

Dans toutes les divisions proposées, on a vu que les quatre ^ cinq premiers versets se détachent comme première secion. Le thème général de ce passage est évidemment le Loos,8on existence, son activité, a ntérieurement à l'incarna- On. Les derniers mots du v. 5 : c Les ténèbres ne tant

3â PROLOGUE.

point saisie^ i forment distinctement la transition à une idée nouvelle, le rejet de cette Parole au sein de Thumanité. Cette seconde idée atteint son faite et son terme dans le V. 1 1 : < Elle est venue parmi les siens, et les siens fie font point reçue. » Ici commence une opposition nettement mar» quée par ^e (mais)y l'unique particule adversative du pitK logue ; c'est donc là le point de départ d'une troisième idée^ celle de la foi au Logos, indiquée dès l'abord par ces premiers mots du V. 12 : < Mais à tous ceux quiFontrefue.h Le développement de celte idée s étend jusqu'à la fin do prologue. Ainsi donc : la Parole, l'incrédulité, la foi : tel nous parait être le plan de ce morceau. L'interprétation des détails montrera si cette vue d'ensemble répond â b pensée de l'évangéliste.

Nous renvoyons à la fin du prologue l'étude des questionsgénérales qui s'y rapportent.

PREMIÈRE SECTION

Le Lo^s.

L'allusion au commencement de la Genèseï dans ces pr^ iniers versets de notre évangile, saute aux yeux. Mais Jeafl ne s'arrête pas à ce comniencementy dont Moise avait hil son point de départ. Il remonte plus haut encore; poQrqKi cela? Parce que son point de mire est plus éloigné ip^ celui de son devancier. Pour arriver plus loin, il fliut partie de plus haut. L'historien juif n avait directement eo vie que le développement de l'œuvre tbéocratique ; le bat de l'évangéliste est la seconde création, la Rédemption. I^

cuAP. I, 1. 33

ncement de Moïse ne lui suffit plus. C'est jusque Iternité qu'il doit plonger pour y chercher l'agent jyfte qu'il se propose de décrire. 11 part du même [ue Moïse, l'âfx^» 1^ commencement du monde et du , mais au lieu d'avancer, il recule. Il va chercher en léme le sujet de son histoire, le Verbe (v. 1); après trouvé, il se replace avec lui au commencement des (v. 3), et il redescend ainsi le fleuve du temps. H sser sous nos yeux d'abord l'acte de la création (v. is l'état normal et primitif de l'humanité (v. 4) ; et IDS cesser de faire du Logos le sujet unique de son

. € Au commencement était la Parole, et la Parole vec Dieu, et la Parole était Dieu^.3 — S'il est incontes- |ue les mots: au commencement, renferment une allu- ^fléchie au premier mot de la Genèse, Beréschith, il e là que ce terme de commencement se rapporte au nt de la création. Plusieurs interprètes modernes lusen, de Wette, Meyer) l'appliquent à l'éternité, en ue principe du temps. Meyer allègue Prov. VIII, 23 : 5 irpo ToO Tir,v pv roivifiai, < dans le principe, avant de la terre. » On peut citer avec plus de probabilité en- Jean 1,1 : € Ce qui était depuis le commencement, > K. III, 14, où Jésus est appelé : € le commencement incipe) de la création de Dieu. » Néanmoins, le sens mmencetnent peut être maintenu dans les deux pre- • passages; et, de ce que le sens àe principe est seul :able dans le troisième, il ne résulle pas qu'il doive ippliqué ici, où le mol de commencement est employé ument (sans complément) et n'a d'autre détermination on parallélisme avec le début si connu de la Genèse.

et Grég. de N\ sse lisent o devant Oîo;.

!*• Vol. 3

Le V. % où saint Jean, après s'être plongé dans Tordre étemel, se replace à ce moment du commencement pour raconter l'acte de la création (v. 3), montre que le sens que nous préférons, est bien celui qui répond à sa pensée. — Quant aux sens de < Père éternel » ou de < sagesse divine» donnés par quelques Pères (Origène, Cyrille d'Alexandrie), ou de c commencement de la prédication évangéliqae,» tenté par les Sociniens, ils ne sont plus aujourd'hui soutenus par personne. — Mais si la notion d'éternité n'est pas renfermée dans le terme de commencement^ elle ressort dn rapport de ce mot au verbe était, c Au commencement la Parole était i signifie que, lorsque tout commençait, elle ne commençait pas : elle était là déjà, antérieurement à tontes les choses créées et au temps lui-même, qui n*est que le lieu du développement des choses créées. Or ce qui est antérieur au temps appartient à l'ordre de l'éternité. Ainsi tombe de soi-même le raisonnement par lequel H. Reuss (Histoire de la théoL chrét. t. II, p. 439) cherche à prouver que l'éternité absolue du Verbe n'est point renfermée dans ces mots de Jean, c Si, dit-il, le au commencement da qiUH trième évangile établit l'éternité absolue du Verbe, le m commencement de la Genèse établira l'éternité absolue Ai monde.» Nullement; car le rapport des mots au comnu^ cernent à l'imparfait était, chez Jean, est tout autre que celai du au commencement de Moïse au parfait créa (Gen. IJ)- Dans le premier cas, le commencement est un moment pl^ ticulier qui se détache sur le fond permanent du était; dans le^cond, le commencement coïncide avec l'acte instantiié: Dieu créa. — Quant au terme de Logos (Parole)^ il doit nécessairement, dans ce contexte, renfermer aussi une aHB* sion au récit génésiaque. Huit fois, dans le récit de la crii' tion, reviennent, comme le refrain d'un hymne, ces mots- < Et Dieu dit. » Jean rassemble tous ces dire de Dieneo

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on dire unique, vivant, doué d'activité et d'intelligence, duquel tous les ordres divins émanent ; il trouve au fond de toutes les paroles parlées la Parole parlante. Cellès-lâ retentissent dans le temps; celle-ci est au-dessus du temps. 11 suffirait de ce parallélisme avec la Genèse^ pour écarter le sens de raùtm que, dans les temps modernes, quelques théologiens ont voulu donner au mot Logos, comme si ce terme devait désigner la conscience que Dieu a de lui-même. Ce lambeau de logique hégélienne ne convient point au texte de l'évangéliste. Le mot Logos n*a le sens de raison que dans la langue philosophique; dans le Nouveau Testament il ne signifie jamais que parole, la raison en voie <le s'exprimer par le discours. Théodore de Béze avait pensé (jne^oyo^, parole, pouvait signifier ici 6 ^yo[jtevoç, le prom», le personnage annoncé par les prophètes. Cette interï prétation impossible a été présentée sous une forme un t peu moins intolérable, dans les derniers temps, par Ilofœann et Luthardt : l'Evangile prêché à l'humanité, dont Christ est le contenu essentiel; le message évangélique personnifié en Jésus. Mais, que l'on essaie d'appliquer ce sens au v. 14 : € Le sujet de la révélation évangélique a été fait chair,» ou au v. 2 : €Le sujet de la prédication était au commencement avec Dieu i»! Tous les efforts de Luthardt n'ont pas réussi à ôter à ce sens ce qu'il a de forcé. } On a encore cherché à donner au mot Logos un sens 3ctif; Schleussner l'explique comme 6 >iywv, auctor tou ^'^, le prédicateur de l'Evangile. Mais alors il n'y aurait plus qu'une froide tautologie, au lieu d'un saisissant con- ^8te, dans ce mot : f La Parole a été faite chair! » La ^ule forme sous laquelle cette explication puisse être se- '^eusement discutée, est celle sous laquelle l'a présentée ^^éander(6eA'cA. der Pflanzung, etc. 3« éd. t. Il, p. 689) : ^révélateur étemel de F être divin. Il y a dans l'essence

divine un principe par lequel Dieu se révèle, le Logos, et un principe par lequel il se communique lui-même, TEspril. C'est le premier qui est à l'œuvre dans le parler divin, Gen. I, ainsi que dans toutes les théophanies et dans les révélations prophétiques de l'Ancien Testament. C'est loi aussi qui est le sujet de l'histoire évangélique. Nous verrons jusqu'à quel point cette idée est suflisante pour rendre compte des diflérentes thèses de Jean sur le Logos.

Les trois propositions de ce verset sont brèves, d'une empreinte profondément marquée, semblables à des oncles. La première indique, comme nous venons de le voir, V éternité du Logos; la seconde exprime avec profondeur ridée de sa personnalité. C'est en eflet là le sens des nuHs irpo; TGV Oeov, avec Dieu, qui ne seraient bien rendus, à ce qu'il nous parait, ni par l'une, ni par l'autre des traductions récemment proposées : vers Dieu (Astié) ou auprà de Dieu (Bonnet, Arnaud, Rilliet). La première n'est (MS française, la seconde n'est pas exacte. Celle-ci répondrait! l'expression toute diflcrente irapà tô Oeû (comp. inepàowr auprèi de toi, XVII, 5). npo; exprime bien la projmHi, mais en ajoutant à cette notion celle du rapprochement; il s'agit d'une relation active, de la communion sentie et personnelle. La vraie traduction serait : c La Parole était en relation avec Dieu, ^ et le mieux sera, par conséquent, de conserver l'ancienne forme : < La Parole était avec Dieu.» La plus simple explication de cette parole de Jean ressort de Gen. I, 96 : < Faisons l'homme à fwtre image, et saioi notre ressemblance.» C'est à ce conseil intime, dansks profondeurs de l'être divin, que fait allusion cette seooode thèse de l'apôtre, comme la première se rapportait à Gel- L 1. On peut s'étonner de trouver une préposition indi* quant le mouvement (irpo; avec l'accusatif^ vers) en rehlioB avec le verbe de repos était. Le même cas se représente

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V. 18 : ô àv etç riv xoXirov. On peut citer d'autres exemis d^une construction semblable dans nos évangiles. Cette me doit exprimer ici un état dont Tessence est le mouveinl, la relation» l'activité; comp. l'emploi deicpoç 3 Cor. 8; Gai. 1, i8. On voit combien est inadmissible Tinter- §lation socinienne, soutenue par quelques théologiens Kiernes : c I^ Parole était étemellemept dans t entende-, mi. on dans le plan divin.i^ L'expression de Jean n'est int propre à désigner une intuition divine. — L'objet du )Qvement éternel du Logos est Dieu, 6 6etf;. Ce terme, riout en grec, prouve que Dieu est Dieu d'une manière mplète indépendamment du Logos, et qu'ainsi celui-ci i saurait désigner la conscience que Dieu a de lui-même I la raison divine. L'accus. tov Oeov montre Dieu corispondant activement à l'aspiration du L(^os. Toute cette eotion exprime, d'un côté, la subordination du Verbe, de iiitre, la pleine communion de Dieu avec lui. Nous pouvons déjà constater ici l'insuffisance de l'expli- Mion du Logos proposée par Néander. Si cette expression : i Parole, ne renfermait que l'idée de révélation au dehors. Ban devrait attribuer au Logos un mouvement vers le K)nde plutôt que vers Dieu. Evidemment, dans la ppnsée eTévangéliste, la tendance du Logos ad erlra, telle qu'elle s manifestera dans les œuvres de la création et de Tillumiation du monde (v. 3-5), repose sur une relation antéieare, essentielle, ad intra. Pour révéler Dieu, il faut le DDnaitre ; pour le projeter au dehors, il faut s'être plongé SDs son sein. La qualité de révélateur est donc subor- OQnée, dans le Logos lui-même, à une communion per- ^elle avec Dieu, dans laquelle il reçoit la révélation Kriaite, primordiale, et où il puisera toutes ses révélations 1 monde. Il ne fait rayonner au dehors l'éclat divin, que irce qu'il en est rempli au dedans. 11 contemple, avant de fléter ; il reçoit, avant de donner.

La distinction de personnes, si fortement accentaée par la seconde proposition, est résolue dans la troisième en une communauté d'essence : € El la Parole étaii Dieu. » — Quoique placé en tète, 3eo;, Dieu, est certainement l'attribut. Le sujet de la proposition ne peut être que la Parole; car la question n*est pas, dans ce prologue, qui est Dieu, mais qui est la Parole. Si le mot Dieu est placé en tête de la phrase, c'est parce que cet attribut est le mot dans lequel s'exprime la gradation sur les propositions précédentes; comp. X, ââ. — Jean ne dit pas ô Oeoc (comme lisent deux autorités) ; car il ferait par là rentrer dans le Logos la totalité de l'existence divine, ce qui identilierait le Logos et Dieu, et contredirait la proposition précédente, «i 11 ne dit pas non plus 6eio( ; cLe Logos était diviii,^ expression qui efl'acerait la limite entre Dieu et ce qui n'est pas Dieu, et contredirait le monothéisme. Le mot dco;, Dieu, employé comme attribut, exprime simplement la notion de genre. C'est un adjectif qui, tout en maintenant la distinction personnelle entre Dieu et le Logos, attribue à celui-ci tous les caractères de l'essence divine, en opposition à toute auti*e essence qu'on aurait pu lui prêter, soit angélique, soit humaine. La conjecture du socinien Crell* 6eoO Y)v ô >.0Y0(, c la Parole appartenait à Dieu^ » n'a aucafl fondement critique et n'offre pas un sens raisonnable.

La troisième proposition du v. 1 était le terme de Is gradation, et ce terme était si élevé qu'il ne pouvait être dépassé. Le fil se brise donc, et aucune particule k)gi(p^ ne rattache le v. 2 au v. 1. Avec cet être mystérieux ^ divin que Jean vient de trouver dans l'éternité^ il se repb<^ maintenant au seuil du temps, au commencemenlj poor passer de là à la création, comme transition à la Rédemption :

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