V. 2. c Celle Parole-là élail au commencement avec Die
e V. S' combine les trois éléments des trois propositions u V. 1 en une seule : le pronom ouroc, < cet être tel que je ens de le définir, cette Parole-Dieu, > reproduit la troiéme proposition ; cv i^^^yaucommencemefit, la première; ', «poç Tov 6eov, avec Dieu^ la seconde. Cette phrase comlexe, en donnant pour principe à Tbistoire l'être que saint San a découvert dans l'éternité, le montre revélu de toute i ricbesse des attributs divins en vertu desquels il pourra xomplir les opérations divines qui lui seront attribuées ans la suite. Ouroç, celui-ci^ ne renferme donc nullement antitbèse supposée par Meyer: t Celui-ci, et aucun autre tre » (comp. toutes choses, v. 3), explication à laquelle est lue sans doute la traduction malbeureuse de M. Rilliet : ( Cest elle i/ui était au commencement, etc.» Une telle op- )osition n'est motivée par rien. — Les mots : était au cornnencemenl^ servent à le poser comme antérieur au fait le la création dont il doit être l'agent ; les mots : auprès de D<ett, rappellent le décret divin qu'il va exécuter. C'est ûnsi que le v. 2, en résumant le v. i , pose le fondement de out ce qui est affirmé v. 3 et 4.
V. 3. € Toutes choses ont pris naissance par elle^ et pas ^^ seule des choses qui existent > na pris naissance sans îtte.» — Il y a dans l'idée de Parole la double notion d'indligence et de volonté, par conséquent de sagesse et de «rce. C'est en vertu de ces attributs, élevés ici à toute la iduteur de la perfection divine, que la Parole peut rem* ^ir la fonction créatrice qui lui est attribuée v. 3. Tout, existence des clioses et l'ordre qui les régit, procède 'elle. C'est là ce qui la lie si étroitement aux êtres créés,
' D et quelques Pères et gnostiques lisent ou8£v au lieu de ouôe £v. — ^ gnostiques, Hëraclëon, Ptoléniée et d'autres, les Pères alexan- ""'ns, Cl^m., Or., ainsi que CDL It. Vulg., ponctuent après ev et 'Pportent o Yc-jfovîv comme sujet à la phrase suivante.
40 PROLOGCE.
à rhumanité en particulier, 8on œuvre privilégiée (v. 4), et ce qui prépare son incarnation et sa. fonction rédemptrice (v. 14). — navra, ioiUes choses, diffère de toc icoévra, toute$ les choses, en ce que le second pourrait n'indiquer qu'une totalité spéciale et déterminée (2 Cor. V, 18), tandis que le premier est nécessairement illimité. — Le terme yivc^On, devenir, indique le passage du néant à l'être et forme distinctement opposition au étaii des v. 1 et 2. Gomp. l'aotithèse toute semblable VIII, 58 : ^ Avant gu Abraham devînt, je suis,i^ C'est l'opposition des deux ordres temporel et éternel. — Le rôle du Logos est désigné par Hii, par. Cette préposition ne rabaisse point la Parole au rang de simple instrument; elle est souvent appliquée à Dieu loimême (Rom. XI, 36; Gai. I, 1 ; Hébr. H, 10). Mais elle limite son rôle de manière à laisser place à une relation de Dieu avec le monde, différente de celle du Logos. Cette relation n'est pas indiquée ici ; mais elle est exprimée par saint Paul 1 Cor. VIII, 6, par les prépositions ex, de, et»;; pour : f Nous 7i avons quun Dieu, le Père, de qui sof^ toutes choses, et nous sommes pour lui.-» Saint Paul ajoute en conformité parfaite avec notre passage : c Et qu'un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui (^l'oO) sont toutes ehtm, et nous sommes par lui (^l'aùroO).» Tout être, pour arriver à l'existence, doit avoir passé par la pensée et la volonté du Logos. Mais lui-même puise tout dans le Père et rapporte tout au Père. Cette limitation du rôle de la Parole était déjà implicitement renfermée dans les mots : «c^ Dieu (v. 1 et 2). Dès qu'il y a communauté d'action, il y a distinction de rôle.
La seconde proposition du verset, en répétant la màw chose sous forme négative, a pour but d'exclure tonte exception. Les mots : sans elle, rappellent avec force h communauté entière, exprimée plus haut, entre Dieu elk
gos, le c faisons » de la Genèse. — Plusieurs modernes, cke, Olsbausen, de Wette, Bâumiein, pensent que, par i mots : pas une seule chose, Jean veut écarter l'idée itonicienne de la matière étemelle (SXt;). Mais l^' la mare ne serait point un h : elle est bien plutôt la condition léCerminée de toute existence particulière ; et i^ la maire, dans le sens antique, n'est point un YeYov<iç, une chose t^emie; la parole de Jean tomberait donc à faux. Il est en plus arbitraire encore de prêter ici à Tapôtre, avec ^Iten, la notion d'une matière éternelle dont le Logos irait tiré le monde. Où trouver dans le texte une trace de )tte idée? — En général, l'apiHrene philosophe point; son Qt unique est de faire ressortir la grandeur suprême de être qui accomplira l'œuvre de notre rédemption ; celui ni est devenu notre Sauveur a été le divin associé de œnvre créatrice. Tout être, même le plus petit insecte et d moindre brin d'herbe ont pris naissance par son interoédiaire et portent la marque de son intelligence et de sa ttiissance. — Nous avons rapporté, dans la traduction, les Dois 0 Ysyovev, ce qui existe, à la proposition précédente itnon a la phrase suivante. C'est l'interprétation régnante lepuis Chrysostome. L'exégèse du v. 4- justifiera cette expli- ^tion. C'est peut-être la tautologie apparente des mots T«viTo, a pris naissance, et 5 yiyovev, ce qui existe, qui a poussé les Pères les plus anciens'à rapporter ces derniers ■Dois au v. 4. Plusieurs interprèles modernes ne savent euxmêmes expliquer ces mots que €Comme une redondance parolière au stvle de Jean. » :Mais cette fausse notion tombe }^que l'on comprend bien le rapport du parfait (présent) P^yovfv à l'aoriste (passé) gyiveTo : 1 11 n'y a pas, dans toute 'Cite création qui existe là devant vous (o Yeyovev), un seul Ire qui n'ait été formé (iyé^t^o) par la Parole.» Nous ne Oyons là ni redondance ni tautologie.
La Parole n'est pas seulement le principe qui fait passer les êtres du néant à l'existence, elle est aussi pour eux tous, une fois créés, la source de la vie :
V. i. €En elle il y avait ^ vie, et la vie était la lumière des hommes*. È — Les autorités qui lient o y^Y^vev, ce qui existe, au v. 4, entendent, soit : f Ce qui existe, était m en elle,» soit : c Ce qui existe en elle, était vie.» Ces deux sens sont également inadmissibles, 1^ par une raison grammaticale : le parf. yi^p^ti^ se rapportant à une existence présente, ne s'accorde pas bien avec Fimparf. était; c'est sans doute le sentiment de cette discordance, qui a amené lalecoa ècTi, est, que nous trouvons dans le Sinai't. et le Cantabr,, leçon qu'accepte Tischendorf, mais qui est évidemment une correction; 3^ par la raison plus décisive que X,mi ecvou, (Un vie, est une expression trop forte pour pouvoir être rapportée aux créatures. La vraie locution dans ce sens eût été>«^ e/eiv, avoir vie en... — Le sujet de était est donc le root^en;, vie. Et comme ce mot n'a pas d'article et doit par conséquent être pris dans le sens le plus indéterminé, il convient de traduire, non comme on le fait généralement : f En elle était la vie, » mais comme nous Tavons fait : c En elle il y avait vie. » Vie, non pour la Parole elle-même — car la description de la Parole dans son essence est terminée, et cette idée nous ferait reculer avant le v. 3 — mais pour Tunivere créé par elle. — Il y a gradation du par elle, ▼. 3t qui se rapportait à l'acte créateur, au en elle (v. 4). Cette dernière expression indique que le monde, après avoir passé du néant à l'être par la puissance de la Parole, continuait h puiser en elle les foi*ces vivifiantes nécessairesi sa consenation et à son progrès. Après avoir été la nM^ine
* K D It p>«"q«»« Syr«"' lisei^t tmy au liou de r^v.
* B omet (lan:^ le texte tcuv avOpturcov (suppléé en marge).
le Tarbre, le Logos en était encore la sève. — I^ terme le vie est rapporté par Calvin el d'autres interprètes à la onservation physique des choses, dans le sens où saint ^aol dit Act. XVH, 38 : c Ce^l en Dieu que nous avons la 'te, le mouvement et tétre.^ D*autreSy comme Lampe, iengstenberg, etc., l'appliquent à la vie spirituelle, éternelle. Cette distinction ne nous parait pas applicable à ce passage ; 2^a»(, vie^ désigne ici l'existence dans son état complet de prospérité, dans son épanouissement normal. Or, pour certains êtres, le développement normal de l'existence se borne à la vie physique; pour d'autres, il s'élève jusqu'à la vie intellectuelle et morale ; ces derniers peuvent, même devenir capables de recevoir la vie surnaturelle ou étemeire. c Dans l'union à la Parole créatrice, il y avait, veut dire Jean, vie, pleine vie, développement parfait de l'existence, pour chaque être selon sa mesure et par conséquent aussi pour tout l'ensemble.» Cette idée de vie forme tvec celle de création (v. 3) une gradation correspondante à celle que nous avons observée entre en elle (v. i) et par eite (v. 3).
L'imparf. était se rapporte-t-il à une période réelle de l'histoire, et à laquelle? Brùckner, llengstenberg n'y voient <|ue l'expression d'une possibilité idéale. Le premier : Si l'homme eût persisté dans l'union à la Parole, la Parole eût âésa vie. Le second : La Parole seule pouvait donner la ^, de sorte que, jusqu'à la venue du Christ, l'accès à la ^ spirituelle était fermé à la créature. Sans doute, cette interprétation n'est pas entièrement dénuée de vérité ; c'est ^n la relation idéale entre la Parole et l'humanité, qui ^ décrite dans ce verset. Mais, si cette relation n'eût pas ^ aa moins un commencement de réalisation, Jean ne leurrait s'exprimer comme il le fait ici. Ce sens pure- '''^nt hypothétique ne saurait s'accorder ni avec la signiiica-
lion de l'imparfait, qui désigne un moment réel d'une du* rée indéfinie, ni avec le caractère historique de tous les verbes précédents. Ces mots se rapportent donc nécessairement, dans la pensée de Jean, à une période réelle de l'histoire. Or, en vertu de la liaison du v. 4 au v. 3, cette période ne peut être que celle qui succéda immédiatement H lacté de la création. Il s'agit donc de ce premier moment d'épanouissement durant lequel la Parole, ne rencontrant encore aucun obstacle dans l'univers, pouvait le féconder en lui communiquant, selon la capacité de chacun des êtres qui le composaient, la richesse de sa propre vie. Ce magnifique point de départ d'un développement prompteroeol interrompu, révélait l'état de droit, la relation d'essence. L'état normal, décrit dans la première proposition, troovait sa plus haute expression dans l'être qui était le chefd'œuvre de la création, l'homme. Chez cette créature privilégiée, faite à l'image de la Parole elle-même, la vie s'épanouissait sous forme de lumière. — Le mot lumière désigne, selon Calvin et d'autres, Y intelligence ^ ce trait qu distingue l'homme des animaux; selon Hengstenberg, ao contraire, cest le salut; d'après Luthardt, ce serait b sainteté. Le premier sens ne répond pas à la plénitude du langage de Jean; quand il dit: ^Dieuest lumières (1 Jeanl 5), il ne veut certainement pas dire : cDieu est rmion-^ Le salut a sans doute bien souvent dans l'Ecriture la lomière pour emblème ; mais ce sens ne convient pas non plus : car il conduirait ici à une tautologie complète avec le terme de vie. Le sens de sainteté est également défe^ sueux, parce qu'il est impossible d'écarter du terme tk lumière l'élément de la connaissance. Ce mot profond ooos parait désigner, dans la langue de Jean, l'intelligenee (h bien moral, ou le bien moral parfaitement conscient ^ lui-même dans les êtres vivants qui le réalisent. Le mot de
ité, dans saint Jean, exprime la même chose, sans figure, lumière, ainsi comprise, n'est accessible sur la terre à l'homme, le seul être doué de Torgane interne néces- *€ pour percevoir le bien moral. Cet organe, c'est le sens mitivement unique , actuellement divisé, que nous appes conscience et raison.
>îtte lumière n'émanait, pas directement de la Parole r » provenait de la vie, de celte vie que t'homme puisait is la Parole. C'est que, comme la vue corporelle n'est une, des fonctions de la vie physique, ainsi, dans l'état nmal, la lumière spirituelle est une émanation de la vie irale. Le Logos est la lumière ; mais c'est par l'intermélirede la vie qu'il devrait l'être toujours; c'est précisémt cette relation que rétablit TEvangilc. Nous retrou- 08, par la nouvelle création en Jésus-Christ, une lumière terne, qui jaillit de la vie, et qui gage en clarté à mesure le la vie morale croit en intensité. Cette idée est énergileinent exprimée par l'article ^, /a, que Jean introduit ins le second membre devant le mot vie. Dans la commuon avec la Parole il y avait vie, existence normale, pour monde, et de cette vie universelle jaillissait chez l'homme l'être lumineux par vocation) la lumière. Le Seigneur a pas dit autre chose quand il a désigné le cœur pur Hnme l'organe qui perçoit Dieu (Matth. V, 8). Dans un pareil contexte, n'est-il pas naturel, quoi qu'en ise Meyer, de voir dans ces deux mots : rie et lumière, t dans la relation que Jean établit entre eux, une rémiiscence de l'arbre de vie et de celui de la connaissance? près avoir mangé du premier, l'homme aurait été appelé se nourrir du second. Jean nous initie à la véritable ssence de ces faits primordiaux et mystérieux, et donne en iielque sorte, dans ce verset, la philosophie du paradis. * Quelques interprètes ont appliqué le v. 4 à l'action da
Logos au sein du peuple théocratique par le moyen delà prophétie. Mais les mots tôW <xv6p(d7r&iv, des hommes^ réclament une application universelle, humanitaire, de ce passage. — Les deux imparfaits était, en plaçant dans le passé et, en quelque mesure, dans la sphère idéale, la communication vivifiante et lumineuse du Logos, font déjà pressentir que la réalité présente ne répond plus à cette relation normale. C'est ce qui ressort plus clairement encore du V. 5, qui forme la transition entre la section précédente et la suivante. Celle-ci traite de Vincrédulité de rhumanité envers le Logos qui se révèle à elle.
DEUXIÈME SECTION