V. 5-n. L*inorédiUité
Le fait de l'incrédulité est indiqué sommairement, v.5. Puis Jean rappelle la précaution extraordinaire que Di^ avait employée pour lé prévenir, l'envoi du précui*seur,T. C-8. Enfin, il décrit le fait lui-même, de manière à en dévoiler l'énormité, v. 9-11.
V. 5. € Et la lumière luit dans les ténèbres^ et les iiMr hres ne lont^ point saisie.it — Que s'est-il donc passé? Ouelle est la révolution morale qu'impliquent la transition du V. 4 au v. 5 et surtout ce terme de ténèbres ? Toute ote- ^curité ne semblait-elle pas exclue à jamais par ceqniest raconté au v. 4 ? Il est évident que Jean suppose ici cto .ses lecteurs la connaissance du fait de la chute, par leqoc'
I B et cinq Mnn. lisent outov au lieu do owto.
té rompu le lien organique entre le Logos el Thumanité, rit dans le v. précédent. 'Comme dans les v. 1-3 il avait allusion à Gen. 1, et dans le v. 4 à Gen. 11, il pense ici récit renfermé Gen. 111 ; et il parle de l'humanité telle » Ta faite l'invasion du péclfé.
Test là le sens de cette expression : les ténèbres. A la te du V. A, ce terme ne peut évidemment pas désigner régne du mal coétemel à celui du bien, comme le prédent les critiques qui à tout prix veulent faire de l'aur un philosophe dualiste. Un tel système d'ailleurs ne xorderait point avec cette expression tout à fait univeriste du V. 7 : cAfm que tous crussent par lui. » — L'exission : les ténèbres, ▼. 5, désigne donc l'humanité, dés moment où la relation décrite v. 4 a été altérée. La lie lumière morale a disparu chez elle avec la vie, et la ! avec l'introduction du péché. Dés que cette condition aie : c en elle (la Parole), > n'existe plus, Thumanité [les mmes, v. 4) devient semblable à un sarment séparé du [) et par conséquent privé de sève. Au lieu de l'intelli- Dce croissante du vrai et du bien qui résulte de la commion de vie avec le Logos, apparaissent ces vains fannes qu'enfantent les passions et qu entretient une imalation dominée par le mal. Comp. Rom. 1, SI. 32. Ils nplacent les pures et saintes intuitions dont la vie spiriîlle émanant de Dieu remplissait le cœur de l'homme loeent. Cependant, dit Jean, au sein même de cette huinité livrée à l'obscurcissement moral luit la Parole. Mais el est le fait auquel se rapporte le verbe ^aivei, luit ? On lonné deux réponses très-diiïérentes à cette question, iprès celle que nous avions adoptée dans la première édi- Q de cet ouvrage, Jean parlerait ici de cette révélation érieure, dont le Logos a continué à éclairer l'humanité lie moment de sa chute jusqu'à la venue de Jésus-Christ.
Ce n'est plus, sans doute, comme au v. 4, une lumière émanant de la vie. C'est le Logos lui-même faisant un pce^ mier acte extraordinaire de miséricorde envers Thumanité pécheresse, afin de faire rayonner encore dans le coeur de chacun de ses membres Tidéâl du bon, du juste et du saint,. la loi gravée dam le cœur, comme dit Paul Rom. II, 14. 15. Dans cette explication, la proposition suivante : € Et le$ ténèbres ne (ont point saisie^ » se rapporterait à l'aveuglement de l'humanité déchue qui ne s'est point soumise i cette lumière intérieure, mais s'est plongée dans la nuit de plus en plus épaisse du paganisme. Pendant ces longs siècles, il ne s'est pas trouvé un individu qui, à quelque degré, n'ait étouffé en lui la révélation innée qui proeédift du Logos K En faveur de cette explication on peut alléguer le présent f aivei, luit, qui indique un état permanent, m continuité; puis la relation si naturelle qu'elle établit entre j le v. 5 et le v. 4; enfin le parallélisme de l'idée ici expri* mée avec la première et peut-être la troisième propositioa du V. 10 : «Elle (la Parole) était dans le monde... et le monde ne l'a point connue, i^
Néanmoins, une étude toujours renouvelée de la qpesr tion nous a conduit à abandonner cette explication et 1 préférer celle qui rapporte le faivei, luii, à l'apparitico iûs* torique de Jésus-Christ, et la parole : c Les ténèbresne font point saisie, 1^ au rejet de l'Evangile par la msyoritéde l'humanité éloignée de Dieu, particulièrement par la masse de la nation Israélite. Les raisons principales en fiiveor de ce second sens me paraissent être les suivantes : 1. L'^ syndeton * si remarquable entre les v. 5 et 6. Cette k/tt»
* On connaît la théorie du fameux Xop; <n;tf (astuckS;, qui Aait i^ fondement de ra{>olo|;ëtique de Tëcole d'Alexandrie. Nous aurions io le principal dictun^ prohans de ce dogme.
* On appelle ainsi lomission de toute particule indiquant la relitio>
CIIAP. I, 5. 49
indique toujours chez Técrivain une émotion assez forte pour rompre l'enchainement extérieur du discours; elle trahit ainsi une profonde liaison de sentiment. Le fait mentionné V. 6 doit par conséquent être en rapport très-intime avec ridée générale exprimée au v. 5. Or il n'y a aucune oonnexion entre le rejet de la révélation intérieure du Logos durant les temps du paganisme et la venue de Jean- Baptiste, tandis qu'il y en a une très«étroite entre cette venue et le rejet de la lumière apparue en Jésus-Christ. Cette première raison nous paraîtrait à elle seule décisive. 2. La parole de Jésus dans l'entretien avec Nicodéme 111, 19. % : c Aa lumière est venue dans le monde, et les hommes on( mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs ouvres étaient mauvaises.., > n'est-elle pas le vrai commentaire du v. 5 du prologue? Or le sens de cette déclaration de Jésus n'est pas douteux. 3. Le parallèle 1 Jean II, 8 : « Us ténèbres passent et la vraie lumière luit déjà, » nous présente le même verbe au même temps (çaivei, luit) appliqué à l'apparition historique de Jésus et à la prédication Je l'Evangile. — D'après cela, le v. 5 doit êtro envisagé comme le sommaire de tout ce qui suit jusqu'au v. 11; et k V. 6 comme ouvrant le développement du contenu de ce sommaire. Ainsi se motive parfaitement Yasi/ndeton entre V- 5 et 6. — Quant à la liaison du v. 5, ainsi compris, avec le V. 4, elle ne doit pas être chercliée dans ce qui s'est passé du côté de l'homme, puisque à ce point de vue toat l'intervalle entre le paradis et la Rédemption sépare ces deux versets. Elle doit être placée dans la personne et le rôle du Logos, qui, apparaissant en Jésus <^n)me la lumière révélatrice pour le monde plongé dans
'^ique entre deux propositions qui so suivent. La langue grecque pos- ^^ une telle ridiesse de particules de ce genre qu'une pareille omis- ***ïn est toujours significative.
^ Vol. i
la nuit du péché (v. 5), remplit ainsi le rôle qui répond à son essence et à sa relation primordiale avec les boromes (v. 4). — Du reste l'idée d'une relation d'essence entre le Logos et chaque âme humaine n'est point perdue par le fait de cette explication. Elle reste comme le Ibndemeolda V. 4 et se retrouvera réellement au v.10. — L'expression: < Ije$ ténèbres ne l*ont point saisie^ » peut paraître trop absolue. Mais comp. III, 11, 19 et 8â : n Vous ne recevez pas notre témoignaf/e: y^ €les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière: » c personne ne reçoit son témotgnage.i> Toutes ces déclarations ne signalent que le fait général ; et dans la pensée de ceux qui parlent ainsi, elles excluent si peu les exceptions individuelles que celles^;! sont immédiatement signalées (v. 15, 18, 21, 33). il en est de même dans le prologue; comp. v. 13-13 et 16. — Ne serait-ce point l'exagération apparente de celK^ expression (v. 5) qui a engagé quelques Pères (Origéne, Cbrysostome) à donner au mot xara^apLêaveiv un sens défavorable : retenir, comprimer : c Les ténèbres n'oot pB étouffer -cette lumière . > En tout cas ce sens est inadmissible. Le terme propre pour exprimer cette idée eût été celui de xoréyeiv (Rom. I, 18). Le mot TtarakaLisJèiiîw, tutttre la main sur, se dit de l'aperception distincte d'une i<ié^ ou d'un fait. Comp. Act. X, 34; Eph. 111, 18. Ce sensleplo^ ordinaire est ici le seul naturel ; comp. les parallèles :*^ l'a pas connu, ii € ne l'ont pas reçu y t^ v. 10 et 11. —Au lieu de la copule xai, et, il semble qu'il devrait y avoir eoU^ les deux propositions du v. 5 la particule adversative ^/ mais. Ce n'est là qu'une apparence. L'auteur ne \eùif^ signaler un contraste; L'œuvre de la Parole continue ^ marche indépendamment de la résistance humaine (comp- Introd, I, p. 232).
Meyer essaye de réunir les deux interprétations prifl'
GHAP. I, 5. 6. 51
ipales de ce passage, el d'appliquer notre verset k Taction "évélayice du Logos et avant et depuis son incarnation, lette combinaison de deux idées si hétérogènes et en même emps si considérables, est impossible. On ne peut réunir M>us une même expression (faivei) la révélation intérieure lu Logos dans Tàme humaine et son apparition sur le théâtre de l'histoire ; ni non plus sous l'expression unique : M TULTÙaëe^, n'a pas saisi, le rejet de la première et celui de la seconde révélation. Il faut choisir. — Comment s'est accompli le rejet de la lumière révélatrice qui luit en Jésus? Jean répond à cette question jusqu'au v. 11 . La tendance du passage est de faire ressortir toute la gravité de ce bit.
V. 6. c Un homme parut, envoyé de la pari de Diexi: Winorn était Jean.^ — L'envoi de ce précurseur, divinement accrédité, semblait devoir rendre impossible l'incrédulité envers le Logos qui allait le suivre. — Le terme cyévcTo, devint^ parut, indique une apparition historique ; il lait ainsi contraste — est-ce intentionnellement? — avec les verbes h, était, qui désignaient l'existence éternelle de la Parole. Il en est de même du mot ovGpcoro;, tut l^omme, qui fait antithèse au divin sujet, seul mis en scène jusqu'à présent. La forme analytique syevsTo ovSpcorco; «KtoraXjiLévo;, n'est point une simple périphra*se de ai;e<T- '^kXt<, comme le pensait Chrysostome. L'apparition d'un ^ tel que Jean a déjà une importance propre, qui est naturellement rehaussée par celle de sa mission. — Sur le terme d'etwoyé comp. III, 28 : c Parce que je suis envoyé devant lui,» et Malach. III, 1, d'où celte expression parait être tirée- — Le nom de Jean (Dieu fait grdee) annonçait déjà l'ère qui allait s'ouvrir. Mais ce n'est pas par cette ^aison que l'évangéliste le rappelle ici. C'est comme s'ildi- %sdi simplement : iiCelui dont je vous parle, est l'homme que Vous connaissez tous sous le nom de Jean.)>
Il est remarquable que notre évangélîste emploie tout court le nom de Jean, sans ajouter Tépithète de Baptiste, qui était devenue inséparable de ce nom, comme on le?oit par les synoptiques et même par Thistorien juif JosépheL Meyer (Intr. p. 31] ne conclut-il pas avec raison de cette omission que l'auteur de notre évangile doit avoir connu le précurseur autrement que par la tradition? Sans cela il l'eût certainement désigné en employant la dénomination complète reçue dans l'Eglise. Si au contraire il l'a connu avant que la voix publique lui eût appliqué ce surnom, il est bien naturel qu'il le désigne brièvement comme il le fait ici. De plus, Credner a fait observer que, le titre de Baptiste sei*vant dans l'Eglise à distinguer le précursear d'un autre Jean non moins célèbre, l'évangéliste, s'il était cet autre Jean, a dû éviter d'employer ce titre poorne pas attirer indirectement Fattention sur sa propre pe^ sonne. — Après avoir introduit ce personnage, l'auleor décrit son rôle :
V. 7. f Celui-ci vint comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par ta.» — Le pronom oiroç, celui-ci, résume toutes les données du V. précédent, comme le oItoç du v. 2 résumait tontes celles du v. 4. Le verbe t>9«, vint, diflère du verbe ififtn, parutj V. 6, en ce que celui-ci s'appliquait à la naissance de Jean, tandis que celui-là désigne son entrée dans Taetivilé publique. — Ce rôle de témoin a, aux yeux de l'évangéliste, une telle importance qu'il le présente sous denx formes ; une première fois sans régime : comme témWf ou (plus littéralement] en témoignage; la seconde fois en indiquant l'objet du témoignage. La première expression
* « Jean surnommé le Baptiste. » Autiq. XVIU, 5, t 'voir Iniroé- U \K Mi.
fait ressortir ia qualili de témoin en elle-même, par opposition aa personnage plus éminent qui suivra. La seconde complète la notion de son témoignage.
Cette idée du témoignage est Tune des notions fondamentales de notre évangile. Elle est inséparable et corrélative de celle de foi. Le témoignage se rend en vue de la foi, et la foi n'est possible qu'en vertu du témoignage. Il n'y a de foi digne de ce nom que celle qui s'attache à un témoignage divin, rendu soit en acte soit en parole. Le témoignage ressemble au tronc vigoureux du chêne; la foi, à la faible tige qui embrasse ce tronc et en fait son point d'appui. — Mais la lumière avait-elle besoin d'être attestée, signalée, démontrée? Le soleil ne se prouve-t-il pas lui-même? Si la Parole était apparue ici-bas dans la splendeur qui lui est propre (la forme de /)ieti, Philip. 11, 6), l'envoi d'un témoin n'eût pas été nécessaire. Mais elle devait apparaître enveloppée d'un voile épais ("/a chair, v. 14). Dans l'état d'aveuglement où le péché a plongé l'homme, il ne pouvait la discerner sous cette forme qu'au moyen d'un témoignage. < Pour rendre témoignage à la lumière, dit Jean, afin que ^ crussent par lui; » évidemment à Christ par Jean- Baptisle; et non à Dieu par Christ (Grotius, Ewald, etc.). Il s'agit dans ce verset non du rôle de Christ, mais de celui ^^ Jean. — Quand plusieurs critiques modernes accusent noire auteur de statuer, de concert avec les gnostiques, deax espèces d'hommes, de natures, d'origines et de destin^lioDs opposées, les psychiques et les pneumatiques, ils ^inblent oublier ces mots : c atin que tous crussent par lui . » "^ Comme au v. 3, Jean avait ajouté à l'affirmation la né- S^lion, pour écarter expressément toute notion contraire à ^ vérité afGrmée, il le fait également ici :
V. 8. € Ce n'était pas lui qui était la lumière ; mais ^^ était là pour rendre témoignage à la lumière, i^ — L'ac-
cent n*est point, comme le pense Meyer, sor Tidée verbale : € Il n'était pas la lumière, mais seulement témoin.» L'accent est sur le sujet (Luthardt) : c Ce n'était pas /tu qai était la lumière; mais c'était un autre (v. 9). » l)e là le choix (lu pronom èxeivo;, substitué au pronom oGroç du v. 7. Ce dernier n'a qu'une valeur affirmative. Le premier a toujours chez Jean quelque chose de plus fortement accentué et même d'exclusif. — Le ïva, afin que, dépendrait, selon Meyer, d'un y>6e (vint), sous-entendu, ou serait même, d'après Luthardt, indépendant de tout verbe, comme souvent chez Jean (IX, 3; XIII, 18; XV, 25). Mais l'indépendance ne peut être jamais qu'apparente ; il faut pourtant qu'un but dépende d'une action . Et s'il est peu naturel d'aller chercher bien loin le verbe rXae, vint (Meyer), rien n'empêche d'employer le verbe tv, était, en en renforçant on peu le sens : c était là ^ (aderat), et d'en faire le point d'appui du afin que.
Il ne me semble guère admissible que dans ce verset Jean veuille uniquement donner essor au sentiment qu'il éprouvait de la supériorité absolue de Jésus sur Jean-Baptiste (Meyer, Hengstenberg). La forme négative si accentuée du v. 8, et les passages analogues I, 20; III, 25 et suiv., comparés avec Act. XIII, 25 et avec le fait remarquable raconté Act. XIX, 34, font supposer une intention polémique contre des gens qui attribuaient au précurseur la dignité de Messie. (Comp. Introduction^ I, p. 359) :
Le témoignage de Jean devait ouvrir à tous l'accès à h foi, et rendre l'incrédulité impossible. Et pourtant l'impos* sible s'est réalisé, et même sous la forme la plus monstrueuse. C'est ce qui est développé dans les v. 9-11.
V. 9. ikCett^ lumière était la véritable qui éclaire Uni homme ^ efi venant au monde. ^ — Ce verset peut se construire de trois manières principales : ou Ton isole le^
rbe rv, éiait, du participe ip/opievov, venant, en rappordt celui-ci à iccévrot oOpcorov, tou^ homme; ou on lie étroicnent ce participe au verbe était (était verumt = venait); [ l'on fait de ce participe une apposition explicative de me des dépendances de était.
Dans la première construction, on peut faire de to 9ÔÇ, lumière, le sujet de était, c La lumière véritable qui îlaire tout homme venant au monde, était là > (h). C'estdire qu'au moment où Jean annonçait Jésus, la lumière m Jésus) était déjà là présente. C'est le sens de Meyer. lais 1. Quelle serait l'importance si grande du fait ainsi ignalé? Et 2. Comment ne pas trouver oiseuse dans un tel OQtexte l'appendice venant aumonde ajouté à tout hommet !io6n 3. Ce sens spécial de h^ était là, n'est point motivé lus cette phrase où le verbe être est immédiatement suivi le son attribut naturel. — En admettant ce premier mode le construction, j'avais été conduit dans la première édiion à un sens un peu différent. Empruntant le sujet de la 'uise au verset précédent, je traduisais ainsi : c Cette luitière (à laquelle Jean rendait témoignage, v. 8) était la faie lumière qui éclaire loàt homme venant au monde.» était de nouveau l'idée de cette révélation intérieure dont 'Logos illumine chaque conscience humaine^ telle que je trouvais au v. 5. Dans ce sens, l'appendice venant au ^onde n'était nullement oiseux. Le sens était : tout homme îçoit cette lumière comme sa dot originaire, au moment ime oii il entre dans la vie. Les raisons qui me font renonr à cette construction et à ce sens sont : 1 . L'antithèse frap- Btè entre ces mots: « venant au monde,» v. 9, et: « était Ds le monde,» v.iO. L'écrivain veut faire ressortir ce coni8te : La Parole venait dans le monde, et pourtant elle y ii déjà présente ! Après cela la reprise du fait de la t^enue .Os), V. 11, est très-naturelle. :2. Le sens ordinaire et en
quelque sorte technique des mots venir dans le monde, appliqués à Tapparîtion du Christ; 111,19 : c La lumière est t^enue dans le monde. » VI, 14 : t Cest vraiment le prophèk qui vient au monde (ipyofjLcvo; eiç tov xodjxov) , » etc. — Avec la seconde construction difTérents sens ont été essayés : « La lumière élait venant, it c'est-à-dire arrivait précisément à ce moment-là, ou était sur le point de paraître (allusion ao prochain ministère de Jésus), ou : devait infailliblement paraître d'après le décret divin. Mais l'inconvénient de toutes ces explications, qui font de venant l'attribut de étaii, est de mettre l'accent sur ce participe venant au monde, qui est secondaire comparativement à l'attribut principal : la kmière véritable, dans lequel ressort le contraste entre Jeao/ le simple témoin, la lumière préparatoire, et la Parole, la lumière essentielle. — C'est là ce qui doit conduire à une troisième construction. Le sujet doit se tirer du v. 8 : c Cette lumière, en faveur de laquelle Jean témoignait.i L'attribut de t<v, était, est tout naturellement dans ce cas : To <p€oç To â>.T6ivov, la lumière véritable. On pourrait après cela faire des mots : venant au monde, l'apposition de l'attribut, la lumière; apposition pora/Ze/e à la proposiiioB incidente, dans ce sens : c La lumière véritable qui éclaire tout homme et qui venait au monde.» Et les mots: fw éclaire tout homme ^ pourraient encore se rapporter à Til* iumination intérieure du Logos. Mais il est plus naturel de faire porter le participe venant sur le verbe de la proposition incidente (pcorC^ei, éclaire, dans le sens d'un gérondif latin : c qui éclaire tout homme, en venant (ell^ même] au monde.» Dans ce cas l'illumination de tous les hommes par la Parole ne peut s'appliquer qu'à ^uniTe^ salité de la prédication évangélique, par Tapparition historique du Christ annoncée successivement à toute ifoe humaine. Comp. le tous, v. 7. C'est là le sens auquel noos
>yoDS devoir nous arrêter. — Mais que Ton applique tte parole à la révélation interne du Logos ou à son apritioo historique , elle proclame dans les deux cas un iversalisme incompatible avec le dualisme que l'école de ibingue impute à Tévangéliste.
Le terme â^riOcvoç, viriiable, est un des termes de prélection du style johannique. Il signiGe chez Jean comme ez les écrivains classiques (voir Meyer), non le vrai en ^position au faux^ mais la réalisation véritable (parfaite) î ridée (ici : la lumière essentielle, absolue), en opposition toutes ses apparitions imparfaites (comme, dans ce cas,
précurseur et les autres messagers divins que le monde vait contemplés jusqu'à Jésus-Christ) .
Hais il ne faudrait pas croire que le Logos qui entre dans ) monde y arrive en étranger. De profondes et intimes reliions avec lui avaient précédé son apparition historique :
V. 10. € EUe élcùl dans le monde, et le monde avait ié fait par elle; et le nmnde ne Va point connue. » — ^ première proposition fait contraste avec les derniers Bots du V. 9 : < Cette lumière qui vient dans le monde, Ue y était déjà.» C'est ici la reproduction de l'idée du • 4. Lors même que le péché de l'homme a porté at- ^te aux relations de la I^arole avec le monde^ il ne l'en a oint bannie. C'est toujours en elle que toutes choses ont la vie, le mouvement et l'être.» On comprend à peine omment des interprètes, tels que de Wette, Meyer, Astié, Dt pu rapporter ces mots : EUe était dam le monde, à
présence de Jésus en Israël au moment où prêchait le "écurseur, et la dernière proposition : Le monde ne ta tint connue, à l'ignorance où était le peuple, à ce moment-
de la présence du Messie (comp. v. 26 : // y en a un
miliea de vous que vous ne connaisses pas.) Quelle prortion y a-t-il donc entre un fait de si peu d'importance et
ridée lie la proposition suivante, où le Logos est présenté comme le créateur du monde! Cette parole : Et le monde avait été fait par elle, imprime nécessairement à la proposition qui précède et à celle qui suit un caractère de grandeur et de sublimité, incompatible avec un fait si acd- (lentel. Si au contraire les mots : Elle était dans le monée^ se rapportent à la présence invisible et universelle du Logos avant son incarnation, on comprend aisément la relation de cette idée avec la suivante : Et le monde avait été fmt par elle. Celte seconde proposition rappelle le v. 3, comme la première le v. A. Elles forment l'une et l'autre un contraste saisissant avec la troisième, qni reproduit l'idée do V. 5.
Quelqu'intimes que fussent les relations antérieures de cette lumière véritable avec le monde qu'elle venait éclairer, le monde ne Va point connue. Il avait été créé par elle, elle le remplissait, comme l'esprit de l'artiste remplit son œuvre; et néanmoins, quand elle est venue, il ne l'a point reconnue. — Le xai, et, qui lie la troisième proposition aux deux autres, exprime sans doute un contraste, mnis en lui donnant le caractère d'un progrès. L'œuvre du Logos continue; rien ne trouble sa marche ; comp. le et semblable du V. 5. — Remarquons ici pour la première fois unepa^ ticularité du style de l'évangéliste. Il aime la constmction paratactifjue (par voie de juxtaposition) si familière aux Hébreux, et la substitue à l'emboilement syntacUqoe des propositions qui répond au génie de la langue grecque. An lieu de dire : < Elle était... et le monde... et le nioiK)e.M> un écrivain d'origine grecque se fût exprimé ainsi : t QiMr (/ueWe fût... et que le monde eût été... le monde ne Ta poini connue, f — Les mots : oOx ^^'v«l>, ne fa point connue, M en relation avec la première proposition, ponrraieiil cer* tainement, malgré notre interprétation du v. 5, se rappo^
CIIAP. I, iO. il. 59
* à rinintelligence du monde en générai à l'égard de la vélation interne du Logos antérieure à sa venue en chair;. mp. i Cor. I, 21 : c Puisque le monde n'a pas connura dans sa sagesse...,» et Rom. I, 19-21. Llncrédulité s Juifs, V. 11, se détacherait comme un fait exceptionnel r ce fond général de Taveuglement humain. Il faudrait iduire dans ce cas : «ne F avait pas connue.» Cependant Paul a le droit de reprocher aux païens de n'avoir pas^ nnu Dieu, pourrait-on leur reprocher de n'avoir pas scerné le Logos f II est donc plus naturel d'appliquer le a pas connu An v. 10 au même fait auquel nous avons pporté le n*ontpas saisi du v. 5, au rejet de la lumière ^rue en Christ sur la scène de Thistoire. Le terme de* m^gt(té^aveiv, saisir^ v. 5, convenait au Logos, envisagé îinme principe lumineux («ùro, neutre); celui de connnatie, discerneTy v. 10, s'applique mieux au Logos envisagé,, insi qu'il Test ici, comme personne (aÙTov, masculin). On* ùsitun principe; on discerne un personnage. — Le x<i<r(iioç, imonde, est ici l'humanité aveuglée parle péché, les té- ^res du v. 5.
On voit que notre v. 10 résume v. 3-5, en vue de pré- 9rer le tableau de la catastrophe finale, v. 11. Dans ce wnier verset est indiqué plus expressément l'agent par H|Del le monde pécheur a consommé cet acte fatal :
V. 11. c Elle est venue dans sa demeure, et les siens- ? Vont point accueillie. » — Si on appliquait le : na Tint connu^ du v. 10, au rejet de l'illumination interne- I Logos, ce V. 11 serait une gradation sur la troisième ^position du V. 10 : < Il y a eu quelque chose de plus fort eore ! » Mais il vaut mieux — et c'est le sens naturel de îyndeton entre v. 10 et 11 — voir dans ce dernier verset t répétition plus accentuée du même fait signalé dans le icédent. L'expression passe de la forme abstraite à la>
forme complélemeot historique et concrète ; et cela afin de faire ressortir toute Ténormité du fait. — Le terme %klk, est venu, indique une apparition extérieure, en opposition au était du v. 10, qui n'exprimait qu'une présence invisible. Ce est venu se rattache au ip/dpievov, en venant mi inonde^ du v. 9. — Ti ï^ia, Uttéralement : son ehez-lui (comp. XIX, 27). Avant de venir ici-bas, le L<^08 s'y était préparé une demeure qui lui appartint en propre et qui devait être comme sa porte d'entrée dans le monde. Comp. Ex. XIX, 5 où Jéhovah dit aux Juifs : t Vous serez ma propriété entre tous les peuples, *et Ps. CXXXV, A : c LEtemel s est choisi Jacob,» Malachie avait dit de Jébovali, en décrivant sa suprême apparition, son avènement messianique : e Et aussitôt le Seigneur que vous cherchez, entrera dans son temple; voici, il vient» (UI, 1]. — liais cette porte lui a été fermée, et par ceux-là mêmes qui devaient la lui ouvrir : olî^ioi, le^ siens, ses serviteurs, les .habitants de sa maison qu'il y avait lui-même établis. Ta î^ta, sa demeure, c*était Canaan avec toute l'institotiaii théocratique; ol lÂioi, les siens, ce sont les membres de la nation israélite. C'est ainsi que Paul les appelle égakment oixeioi, gens de la maison, domestici, familiares, eo opposition aux ^svoi et ^apoucoi, étrangers et habitants ea passage, termes par lesquels il désigne les païens (Eph. Ih 19). Jamais, semble-t-il, les Juifs n'avaient mieux mérité de la part de Jéhovah ce titre d'honneur qu'au moment où Jésus parut. Leur zèle monothéiste et leur aversion poar l'idolâtrie avaient atteint à cette époque le point culminant- La nation en général semblait former une commonaoté messianique toute disposée à recevoir «celui qui devait venir, » comme une fiancée accueille son fiancé. — Le terme icapaXafiiêoéveiv, recevoir chez soi, exprime parfaitement b nature de cet accueil auquel le Messie avait droit de s'at-
GHAP. I, 11. 61
Ce devait être une reconnaissance nationale, solenofficielle, de la nation tout entière acclamant son et rendant hommage à son Dieu. Si le gite préparé ouvert de la sorte, il devenait aussitôt le point de de la conquête du monde (Ps. CX, 2. 3). Au lieu de n fait inouï s'est accompli. Agamemnon rentrant in palais après dix années d'absence et tombant sous ps de son épouse infidèle, voilà l'événement tragique ïellence dans l'histoire païenne. Mais qu'est-ce que lit en comparaison de la tragédie théocratique? Le^ ivoqué par la nation parait dans son temple, et il est \ par ses propres adorateurs. — Remarquez la dlfféinement nuancée entre les deux composés xaTaXaftsaisir^ v. 5, qui convenait à la lumière en tant que le, et xapaXa(xê«veiv, accueillir^ qui est le terme proand il s'agit du maître de la maison. — Sur le xai, ne observation qu'aux v. 5 et 10. On sent que le r de l'écrivain contemple aujourd'hui avec calme le nt contraste renfermé dans les deux propositions de let.
{ explications opposées h celle que nous venons de )per ont été présentées. Quelques interprètes, Lange,, emple, rapportent, dans ce verset^ la venue de la aux apparitions de Jéhovah et aux révélations proses dans l'Ancien Testament. D'autres, par exemple uss, appliquent, comme nous, ces mots : elle est à l'apparition historique de Jésus-Christ; mais, sec, les ï^ioi désignent, non les Juils^ mais < les hom- 1 général, comme créatures du Verbe préexistant» de la théoL chrét, t. H, p. 476). M. Reuss signale l'application des motsTot t^ia, olï^ioi, aux Juifs, comme étrange erreur de l'exégèse ordinaire . » Quant à la re opinion, elle est incompatible avec le mot riïAt,.
eUe est veiuie^aussi bien qu'avec les v. 13 et 13 qui ne peu* vent se rapporter qu'aux effets de la venue de Clirist eo chair. Personne n'eût imaginé de donner un autre sens au V. 11 sans la tautologie apparente qui en résulte avec le v. iA. C'est une difficulté que nous aurons à surmonter. L'autre interprétation, celle de M. Reuss, lui parait commandée d'abord par une difficulté qu'il trouve dans le ôgos tous ceux qui, du v. i% si par ^.les siens,^ au v. 11, od entend les Juifs — nous examinerons cette objection en son lieu, — puis par ce fait général que, selon notre évangile, «entre le Verbe et les Juifs, comme tels, il n'y a pas de rapports particuliers.» Nous croyons pouvoir constater, au contraire, que le quatrième évangile, non moins que le premier, reconnaît l'existence d'une relation oi^anique eolre l'institution théocratique et la venue de Christ en cbair. Comp. 1,17: € Ijiloi donnée par Moïse » est suivie de < ii grâce et de la vérité venues en Jésus-Christs; II, 16, Jésus appelle le temple < la maison de son Père; » IV, ^: iLe salut vient des Juifs: » V, 39 : « Le* Ecritures rendent téinoignaj/e de moi; » et de plus VIII, 35. 56; X, 2-3; XII» M ; XIX, 3G«37. Toutes ces paroles renversent l'assertion de M. Reuss et justifient le sens que nous avons donné, d'après tout le contexte, aux expressions sa demeure, ki siens.
TROISIÈME SECTION
La foi.
Lors même que l'apparition de la Parole n'est pas parvenue à dissiper les ténèbres de l'humanité et à vaincre la
CHAP. I, il. 12. 63
résistance d'Israël, comme nation, sa mission n'a nullement échoué. C'est à ce moment, au contraire, que ses relations avec rhumanité deviennent plus intimes et qu'apparaît sur la terre une humanité nouvelle^ engendrée directement de Dieu en vertu de la foi (v. 12 et \S). V objet de cette foi qui a la puissance de créer ici-bas une famille d'enfants de Dieu, est l'incarnation de la Parole (v. 44*). Si prodigieux <iue soit ce fait, il est certain : car 1® il a été contemplé avec ravissement par des témoins oculaires, au nombre desquels appartient l'auteur (v. 14^); — 2<^ il a été signalé par le héraut divin qui avait mission de le proclamer (v. 15); — 3* il a été éprouvé^ et comme vécu, par l'Eglise entière qui, par tout ce qu'elle reçoit de cet être unique, Jésus- Christ, constate chez lui les caractères du divin Logos (v. 1 C- 18). Ainsi un triple témoignage : celui des témoins oculaires, celui du témoin officiel et celui de l'Eglise entière. Cette troisième partie du prologue est donc la démonstration de la certitude et de la richesse de la foi. Le v. 18 fioos ramène par l'expérience des croyants au faite d'où nous sommes descendus par degrés depuis le v. 1 . L'Eglise possède en Jésus cette Parole éternelle, celte Parole-Dieu, par Texistence de laquelle s'était ouvert le prologue.
V.12. c Mais\ tous ceux qui totU t-eçue, elle les a rendus ^dpables de devenir en/ants de Dieu, pour avoir cru en ^n nom. » — Aé, mais, exprime non seulement une grada *ion, mais une opposition. C'est ce que prouve d'abord l'antithèse du eXaêov, ont reçue, avec le oO irapeXaêov, nont point <iccueillie (v. 11); c'est ce qui ressort également du contraste entre o<7oi, littéralement : autant il en est qui, et oi î^ioi, les siens (v. 11). Ce dernier terme désignait la nation ^0 corps; le pronom iao\ n'indique plus que des individus.
1 As est omis par D et quchiue^ Pères.
64 PROLO<;uE.
Par SCS représentants olliciels, la nation, comme telle, a refusé d'accueillir Jésus; dès ce moment la foi a pris le caractère d'un fait purement individuel et pour ainsi dire sporadi* que. C'est ce qu'exprime le pron. 0*701, tou^ ceux qui. Bieo plus, à mesure que la foi au Messie a été dégagée de toute solidarité avec la nationalité juive comme telle, l'accès à cette foi a été ouvert à tout être humain : c'est là cet appaovrissement d'Israël qui, comme le dit saint Paul (Rom. XI), a fait la richesse des Gentils. Les Scoi ne soni donc pas seulement ceux d'entre les Juifs qui n'ont pas partagé l'iocrédulité nationale, mais tous les croyants en général (tqî; icwjTTJouejiv, v. 12*^), soit Juifs, soit Grecs, tous ceux que Jean contemple réunis en un peuple nouveau lorsqu'il dit au v. 16 : r^ulç irovre;, nous tous. Ainsi se résout le dilemme par lequel M. Reuss {Hist. de la théol. ehrét. t. Il, p. 475) croit pouvoir prouver que les termes sa demeure, les siens (v. 11), désignent les hommes en général et nos les Juifs. Si c'étaient les Juifs, prétend-il, les tous ceuof du v. 12, qui sont opposés aux les siens du v. 11, seraient ou des païens,— et l'on serait conduit à l'assertion quedes^ païens seuls ont cru , — ou les Juifs qui ont cru exceptionnellement, et l'on devrait en conclure qu'il n'y a^ de croyants que des Juifs! L'erreur est dans cette dernière conclusion. La vraie conséquence à tirer de ce touicetur est que, une fois le Messie rejeté par Israël incrédule (ceioi du v. 11), il n'y a plus désormais dans ChumanitétMieor ' lière que des i dividus croyalits. — Cette substitution de la foi individuelle à Taccueil collectif et national du peuple élu est précisémenl ce qui motive, dans ce verset, l'emploi du verbe simple Ckoièw^ ont reçu, au lieu du composé ««pe>.a€ov, ont accueilli {\. 11). Le composé avait quelquedMiie de grave, de solennel, qui Convenait à une réception oi& cielle, telle que celle des autorités israéliles recevant an
CIIAP. I, 12. 65
Doni de toute la nation théocratiquc son Koi divin et l'introduisant dans son palais , le temple ; tandis que le simple ^a(i£9évetv^ qui signifie prendre, saisir au passage et comme accidentellement, est plus conforme à la notion de la foi individuelle. — Dans ce verset, saint Jean substitue donc, de la même manière que le fait saint Paul dans toutes ses épitres, la grande notion de l'individualisme chrétien, avec son caractère universaliste et humanitaire, au nationalisme juif, avec l'étroit particularisme dans lequel il était naturellement renfermé.
L'antithèse du y. 1 1 et du v. 1 3 est dictée par le sentiment d'un sérieux contraste. L'évangéliste n'a pas exprimé les conséquences de ce mot tragique : « Les siens ne Pont pas accueillie ;i^ mais chacun comprend que ce sont pour Israël la ruine temporelle et la mort spirituelle. Cela résulte de ce que le Logos repoussé par lui était la vie. Mais Jean se plaità faire éclater les conséquences salutaires et glorieuses^ de l'accueil fait à la Parole parles individus croyants de tout peuple. Cet hôte divin a conféré à ceux qui l'ont reçu des privilèges dignes de lui. L'apôtre en indique deux, dont Tun est la condition pour obtenir l'autre : une nouvelle position vis-à-vis de Dieu et dans celle position nouvelle la participation à sa vie parfaite.
Le terme g^oucia, autorité, compétence, ne peut désigner ni la simple possibilité, ce qui est trop peu, ni le pou- ^oir^ ce qui serait trop, puisque le croyant ne peut se faire 'ui-mème enfant de Dieu. 11 s'agit d'une position nouvelle accordée au croyant, celle de réconcilié ou de justifié, en Vertu de laquelle il peut recevoir le rveD[;.a, TEsprit de Dieu, ^ui est chez lui le principe d'une vie divine. Par la possession de cette vie il devient têxvov ÔeoO, enfant de Dieu, Cette expression renferme plus que l'idée de Vadoption, ulo- QecLse, chez Paul, qui correspondrait plutôt à l'état de
je Vol. o
justiiié, à la nouvelle position désignée par içfiwsioi. Le terme réxvov, enfant, de tmctcw, engendrer, implique la communication réelle de la vie de Dieu, tandis que le mot \j[6ç, fiU^ ne dépasse pas nécessairement Tidée de l'adoption, comme fait d'état civil, si l'on peut ainsi dire. Comp. Gai. FV, 6 : t Parce que vom êtes fUs, Dieu a envoyé! Et* prit de son Fils dans vos cœurs; » parole qui revient à dire : «Parce que vous èles/Us, moi (par Tadoption), Dieu vous a faits enfants (Texva) par la régénération.» Le parce que de Paul équivaut précisément à Vi^outsix de Jean. — Comment, en face du terme ycvicftai, devenir^ Hilgenfeld ose-t-il soutenir que, d'après le système dualiste de Jean, les enfants de Dieu sont tels par nature, et avant Facceplation du Christ historique?
La notion d'enfant de Dieu, dans le sens concret où elle apparaît ici, est étrangère à l'Ancien Testament. Les termes de père et à'enfant n'y expriment, dans les cas rares où ils sont employés (Ps. ClII, 13; Es. LXIII, 16; Jér. XXXI, 20; Os. XI, 1), que des sentiments d'affection, de tendresse, de compassion. Cette observation suffirait polr écarter l'explication des interprètes qui, tels que Lange, en prévision du v. 14, rapportent cesv. 12 et 13 aux fidèles de l'ancienne alliance. Des expressions aussi fortes, appli' quées aux saints israélites, seraient eu contradiction avec la déclaration de Jésus Matlh. XI, 11. 12; elles ne seraient pas même compatibles avec Jean 1, 17 et VU, 39.
Pour désigner l'accueil fait à Jésus par les iodiridos croyants, l'apôtre s'était servi du terme iiguré, etparcon* séquent peu précis, de recevoir. Mais une notion aussi importante réclamait une détermination exacte; car ce passage est une invitation aux lecteurs de s'approprier les mêmes privilèges ; ils doivent donc savoir au juste par quel moyen. Delà l'appendice: toi; mcTeuouciv..., àtauseeux
4jui croient en son nom. Ces mots indiquent avec précision le mode du >.a[jL^xveiv, de l'accueil individuel. Mais, au Heu de les rattacher au terme i\oi^^w, ont reçu, qu'ils expliquent, l'auteur les rattache au pronom ajToî;, leur (à eux). € C'est une des particularités du style de Jean, observe Luthaidt, de déterminer la condition morale au moyen de laquelle s'accomplit un acte, par un appendice explicatif ajouté à l'un des mots qui dépendent du verbe principal. Comme style, c'est lourd peut-être; mais, comme expression de la pensée, c'est énergique. Voir la même construction 111, 13; V, 18; VII, 50, etc.» Nous avons cherché à rendre la force de cette tournure dans la traduction. Mais nous n'avons pu le faire sans forcer un peu le ton. — Le rapport entre ces deux actes, recevoir et croire, €st évidemment celui-ci : le second suffit entièrement à la réalisation du premier. Mais pourquoi faut-il la foi pour i^cevoir la Parole? C'est que le caractère divin de celle-ci ne tombe pas sous le sens de la vue. Cqr une enveloppe grossière le voile aux regards naturels. Pour le discerner, il faut un acte spirituel, un acte d'aperception morale, accompagné d'un abandon sincère à l'être saint qui en est ^el. Voilà la foi.
Le terme par lequel Jean exprime ici l'objet de la foi est '^^i\f'OL, le nom. Ce mot, très-usité dans nos saints Livres, peut s'entendre de deux manières. Ou bien il désigne tout ''ensemble des signes et des actes extérieurs dans lesquels ^révèle la personne, qui reste elle-même inaccessible aux ^ns; c'est ainsi que l'entend Hengstenberg. Ou bien, au Contraire, comme nous le pensons, le terme de nom est l'expression adéquate de l'essence intime de l'être, en opposition à ses manifestations extérieures. Dans ce second cas, te nom n'est pas le nom que les hommes donnent, mais celui que l'être porte dans la pensée de Dieu, celui qui ca-
raclérise sa vraie nature, son nom absolu. Ce second sens est le seul qui convienne dans un passage où le nom est donné comme objet de la foi. — Ce vrai nom, qui n'est pas exprimé ici, est celui de LogoSy v. 14, ou de FilSy v.i8.— L'apôtre avait développé la notion de recevoir (dans les derniers mots du v.), mais non celle LVenfants de Dieu; il explique celle-ci au v. iS :
V. 13. € Qui sont nés >, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de ki volonté de t homme, mais de Dieu,9—lA passé qui sont nés ou, plus littéralement, qui ont éi^ engendréSy renferme une difficulté. La régénération est-elle donc antérieure à la foi (v. 12)? Meyer répond que le relatif ot, qui^ ne porte pas sur les derniers mots, ceux qui croient en son nom^ mais sur le substantif principal : enfants de Dieu, par une construction ad sensum (le masculin oi et le neutre Texva). Et en effet, le v. 13 n'est que le développement, sous forme négative et positive, de l'idée : enfant de Dieu, Et d'abord sous la forme négative, au moyen de trois expression^ accumulées. Par l'antithèse avec le bref à 6eoiï,rff» Dieu, qui suit, elles prennent quelque chose de dédaigneux, de méprisant]méme. Jean veut-il par là stigmatiser la fausse confiance des Juifs en leur filiation théocratique, en leur titre d'enfants d'Abraham? Mais le cumul de trois expressions pour exprimer cette idée de la naissance ihéocratique, ne serait-il pas oiseux? Et le prologue n'a-l-iljus un vol trop élevé, une portée trop universelle, pour cofflporter une aussi mesquine polémique? Jean ne veut-il l»*
* Irc^nëe cite trois fois ce (uissa^'e sous la forme : Qui natus (^' etc.. appli(]uant ainsi ces mots à Christ lui-mémo; et Tertullien croit si fermement a rauthenticitë de cette leçon, qu'il attribue la 1^ contraire, celle de notre texte, à une falsification d'origine gnosli(|B^ (valentinienne). Mais la locution reçue se trouve dans tous nos docflmenU rriti(iues sans exception.
t faire éclater ici le contraste entre la première et la de création? Conformément au caractère essentielledifférent de ces deux créations, il y a deux humanités: qui se propage par la voie naturelle ; l'autre dans lae la vie procède d'une communication immédiate de i chaque personnalité. C'est donc la naissance ordiy comme base de l'humanité naturelle, que Jean décrit les trois premières expressions. Il y a gradation. Le ier terme : /ion du sang^ caractérise la procréation au de vue purement physique ; le sang est mentionné ae siège de la vie naturelle (Lévit. XVII, M .) Le plur. rciiv a été expliqué soit de la dualité des sexes, soit multiplicité des ancêtres; mais il doit plutôt être inrété comme le plur. yoéXa^i dans ces mots de Platon . X, p. 887 D) : sti ev yaXaÇi Tpeçopievoi, le pluriel rapit la multiplicité des éléments qui forment le sang Meyer). Les deux expressions suivantes ne sont point rdonnées à la précédente, comme l'a pensé saint Au- D, qui, après avoir rapporté celle-ci aux deux sexes, que celles-là. Tune à la femme, l'autre à l'homme. Il rait dans ce cas la négation disjonctive m... ni (out£.. . Oj^2, et non plus, ajoute simplement une négation à re. Ces deux derniers termes désignent donc encore 1 e le fait, celui de la naissance naturelle, mais en y faisant 'venir l'un, le facteur de la volonté dominée par l'imalion sensuelle (la volonté de la chair), l'autre, celui e volonté plus dégagée de la nature^ plus personnelle et virile (la volonté de r homme). A quelque hauteur que e s'élever la forme actuelle de la transmission de la elle ne saurait franchir le cercle tracé à la première ion, celui de la vie physico-psychique. Ce qui est né chair, sous quelque forme que ce soit, est et resté . La vie supérieure, spirituelle, éternelle, est le don
immédiat de Dieu. Il faut, pour Tobtenir, cet engendrement divin par lequel Dieu communique sa propre nature. Les deux mots ix Oeoii, de Dieu, renferment à eux seuls Tantithèse des trois expressions précédentes. Ils expriment, par leur concision mcme, la beauté de cette naissance spirituelle toute pure d'élémenLs matériels, d'attrait naturel, de volonté humaine, et à laquelle ne concourent que Dieu et son Esprit, d'une part, et la foi de l'homme, de l'autre.
Mais cette foi qui rend apte à être engendré de Pieu, comment expliquer sa vertu? Ce n'est pas en elle-même qu'est le secret de sa puissance; car elle n'est que simple réceptivité (>.a[jL€flév£iv, recevoir): — c'est dans son objet. L'apôtre l'avait déjà fait entendre par les mots : qui croient en son nom: et il le déclare maintenant expressément :
V. 14. H. FA la Parole est devenue chair, et elle a habité au milieu de nous — et nous avons vu sa gloire, une ghire comme celle du Fils unique venu d'auprès du Père — toute pleine » de grâce et de vérité, "k — La venue du Christ en chair avait déjà été mentionnée au v. 11 , mais au point de vue de ses rapports avec Israël et comme objet de l'in— crédulité de ce peuple. Jean proclame ici le même fait* mais au point de vue de sa relation avec la foi, et par coO' séquent avec toute l'humanité. De là la différence entre les deux verbes : e//e est t^enue (v. 11), qui faisait allusion aui prophéties qui l'avaient annoncé à Israël, et elle est devenue (v. 14), qui se rapporte à son entrée complète dans 1» vie humaine. H n'y a donc à ce point de vue aucune tautologie dans cette répétition du fait de la venue de Christ. Il nous semble voir se dérouler sous nos yeux l'histoire da développement de la foi dans le cœur d'un Juif tel qn^
* D et. quelques Pères lisent : rXirjpr, (accorde avec SoÇav), et Augui^ tin : pleni (d'après une variante nXi^pou;??), à rapporter à imigeniii*
ClIAP. I, 13. U. li
tan on les autres apôlres. Ils assistent à l'apparkion essianique et au ministère public de Jésus (v. 11); bien in de 8*associer au rejet dont le Messie est l'objet, ils le ^çoivent el trouvent par cette foi en lui les privilèges de idoption et de la régénération, auxquels ils voient parciper bientôt des hommes de tout peuple (v. 13. 13); t c'est alors que, se repliant sur eux-mêmes et sondant objet de leur foi, ils en découvrent la grandeur sublime : Si nous avons par la foi en lui été engendrés de Dieu, 'est qu'en lui le Fils s'est fait chair de notre chair. Le Fils le Dieu s'est fait notre frère; voilà pourquoi, en lé recewit, nous sommes fait enfants de Dieu.D C'est ainsi que l*idée du Messie national s'est graduellement transformée chez eux en celle du divin Sauveur de l'humanité. — La copute 3caî, et, a donc ici une certaine emphase. On pourrait presque traduire : c C'est que la Parole est devenue chair!» Cest fobjet de la foi que Jean formule enfin dans toute «a Knmdeur pour expliquer ce prodige : faits enfants de Dieu. IVoQs ne pouvons nous persuader que sa pensée soit mieux ^isie par Luthardt quand il explique ainsi xai : et Et pour 'W rf/>e,» ou par Lûcke, quand il y trouve celte grada- ^on : « Il n'est pas seulement venu chez les siens ; il est ^ème apparu visiblement. i> Meyer à peu près comme nous: •^Jeanne peut s'empêcher d'exprimer encore le comment de «We apparition, qui a eu des effets si salutaires (v. 12. 13).»
- L'accent n'est pas sur le sujet : la Parole, quoique ce om soit répété avec emphase au lieu du simple pronom,
- mais sur le prédicat : est devenue chair. Celte Parole *éatrice k qui tout doit son existence, qui nous a créés iu9-mêmes, est devenue elle-même membre de notre huanité. Le mot chair désigne cette nature humaine dont
Logos s'est approprié en plein le mode d'existence. Ce rme désigne proprement les parties molles du corps,
7i2 PROLOGUE.
qui, par les nerfs et les vaisseaux sanguins donl elles sonl pénétrées, se trouvent être le siège de la sensibilité physique. C'est ainsi que, par métonymie, ce mot peut désigner non seulement le corps, mais Têtre humain tout en* tier, parce que la loi qui le domine dans son état naturel est précisément la sensibilité à Tégard du plaisir et de la douleur. & Car aussi iU ne sont que chair, » est-il dit des hommes d'avant le déluge, Gen. VI, 3. Cette expression caracté* rise une génération qui ne consulte plus dans ses déterminations que l'amour du plaisir sous toutes ses formes. Ce désir de la jouissance et cet effroi de la souffrance ne sont pas en eux-mêmes des instincts malfaisants, encore moins criminels. Ce sont au contraire des moyens précieux de préserver l'homme d'une foule de dommages et d'altérations dont autrement il n'aurait point conscience. Il y a plus, sans cette double sensibilité naturelle, Thomme n'aurait jamais à présenter à Dieu que cdes holocaustes qui ne lui coûtent rien.)^ Il ne pourrait devenir lui-même c un bolo-causte vivant, saint, agréable à Dieu y (Rom. XII, i) et remplir sa plus noble destination. D'autre part, on ne peat méconnaître que c'est dans Texistence de ces deux pen^ chants naturels que se trouve la possibilité de la tentation et du péché. Tel est l'état dans lequel a consenti à descen^ dre l'éternelle Parole. — L'expression de chair signiGe donc, d'abord, que la Parole a quitté l'état immatériel de Têtre divin pour prendre un corps et s'enfermer, comme la créature, dans les limites du temps et de l'espace. Mais le sens de ce terme de chair n'est point épuisé par l'idée de corps. Depuis le travail de Zeller {Theol. Jahrb. 184J)i il est d'usage, chez les critiques de l'école de Tubingii6,de prêter à Jean une théorie d'après laquelle le Logos n'aurait emprunté à l'humanité que le corps, tout en remplissant lui-même à l'égard de ce corps le rôle que remplit
CHAP. ï, 14. 73
hez nous Yesprit. Mais nous venons de constater que le lot chair peut désigner la personne humaine tout entière •^spriê, dmeet corps^ 1 Thess. V, 2â),| et nous en avons explijoé [a raison. Et dans le passage qui nous occupe, il faut [n'il en soit ainsi. Que signifierait en effet l'expression : [La Parole est devenue chair, » prise dans le sens de «est ievenue corps»? En réalité, dans la manière de voir dérendue par Zeller, la Parole est devenue uniquement Vesprit animant un corps, mai^ elle n'est point elle-même devenue corps. Jean aurait dû dire : eelle a pris corps. i» De plus, comment Jésus parlerait-il (Jean XII, 27) de son âme, et de son Ame comme troublée? Comment (XI, 33 et XIII, 21) serait-il dit qu'il «frémit en son esprit,y> qu'il fut « troublé en son esprit^i^ ce qui signifierait dans le sens de Zeller que Jésus frémit dans le Logos ! qu'il fut troublé dans le Logos ! Et quand Jean raconte, XIX, 30, que Jésus remit son esprit ^tre les mains de son Père, cela devrait signifier que Jésus remit le Logos entre les mains de Dieu ! L'évangéliste o'^pas pu écrire de telles absurdités. Evidemment d'après loi Jésus a possédé, avec un corps humain^ une âme humaine et un esprit humain. 11 a été un homme complet, ^ c*esl ce qu'exprime le mot : est devenue chair. Ce mot ^ chair n'a point pour but de caractériser uniquement ^ visibilité ou la corporéité de Jésus (de Wette, Reuss, fenr), ni non plus la pamxeté et l'infirmité de son apparilion terrestre (OIshausen, Tholuck). 11 désigne la plénitude ^^ sa nature humaine, en vertu de laquelle il a pu souffrir, jouir, être tenté, lutter, apprendre, progresser, aimer, prier, exactement comme nous: comp. Rom. VII 1, 3. L'expression àv6(x«M:o; èylveTo, est devenue homme, n'eut pas exprimé aussi exactement cette idée. Elle eût caractérisé lésus œmme une personnalité humaine déterminée ; mais »lle personnalité pouvait s'être réservé une position excep-
tionnelle. C'est cette idée que Jean voulait éearter, pour afTirmer l'homogénéité complète de nature et de mode^ d'être avec nous. Le mot de <l chaîna était celui qui se prétait le mieux à ce but. Du reste, Jésus s'est appelé loimême homme, av6p<oro;, dans le plein sens du mot, Jean VIll, 40; et le nom de prédilection qu'il s'est donné: le fils de l* homme (1, 52 et ailleurs), implique cette nation.
On ne saurait imaginer un plus gv^nd contraste queceloi qui se trouve renfermé dans ces deux mots : «la Parole, > et «chair.i» Quelle csl la notion qui les unira et comblera ainsi l'abime entre ces deux termes? C'est celle qui est exprimée par le verbe syeveTo, est devenue. Le sens na* turel de ce verbe devenir, quand il a pour attribut an substantif, est certainement la transformation du mode d'existence du sujet; comp. II, 9 : d'eau devenue vin» (to O^wp oîvov yeycvr^i/ivov). Baur et Reuss se refusent à ap^ pliquer ici ce sens naturel. L'un affirme que dans la pen-sée de notre évangile, la Parole demeure en pleine possession de tous ses attributs divins, et par conséquent ne devient point cbair, mais se revêt de la chair, comme d'une enveloppe accidentelle. Le second soutient aussi que chez Jean d'incarnation est quelque chose d'accessoiret; que dans cet acte, « le Verbe ne perd absolument rien de ce qu*il a possédé»; que l'incarnation est une c exaltation pour l'humanité, mais non un avilissement pour lui » (t. Il page 45<i). L'évidence arrache pourtant à ce savant l'avea suivant : « Il n'y a que le mot devint qui affirme positivement qu'en venant il changea la forme de son existence) (page 45i). Il faut dire plus : ce terme devenir^ commenté comme il l'est par l'évangéliste lui-même dans tous les passages que nous venons de citer, prouve que le changement pénètre 'jusqu'au fond même du mode d'existence.
cuAP. I, il. 75-
ose curieuse, l'orthodoxie protestante, soit luthérienne, ît réformée, s'est aussi refusée jusqu'ici à accepter le 08 de ce terme « est devenue > dans toute sa rigueur. Oa îlude, là, au moyen de la théorie de la commumcaliokmalum^ en vertu de laquelle le sujet divin, la Parole, loisit en quelque sorte à volonté, à chaque moment, entre îsdcux modes d'existence divin et humain, transmettant Iternativement à l'un les attributs de Taulre; ici, enmainenanl plus strictement la distinction des deux modes d'être, Dais en les juxtaposant tout simplement dans le même suet. Ni l'une, ni l'autre de ces intuitions, contre lesquelles^ il y a d'ailleurs tant d'objections à élever au point de vue Ihéologique, ne répond au vrai sens du mot «devenir». Celte proposition : < La Parole est devenue chair,]» ne peut, à ce qu'il me parait, signifier qu'une chose : c'est que le sujet divin est entré dans le mode d'être humain au prix, ^u renoncement à son mode d'être divin. Le sujet person- 0^1 est resté le même; mais il a échangé l'état divin contre lelat humain ; et s'il recouvre plus tard son étal divin, ce ^^ sera pas en abandonnant l'état humain — il se l'est trop sérieusement approprié — mais en exaltant ce dernier à 'a hauteur du premier. Le contenu de la proposition do Jean n'est donc pas : deux états opposés coexistant dans le iiême sujet, mais : un sujet unique passant d'un mode létre à un autre, qu'il transfonucra graduellement afin de e rendre apte à posséder enfin tous les attributs du prenier. L'enseignement de Jean ainsi compris est en cornlète harmonie avec celui de Paul. Cet apôtre dit en effet, hilip. 11, 6-8 : «Lui qui était en forme de Dieu... il s'est néanti lui-même, ayant pris la forme d'un serviteur et lant devenu semblable aux hommes; i> et 3 Cor. V11I, 9 : Etant riche il s'est fait pauvre, afin que vous soyez enrilis par sa pauvreté. > Ces passages expriment, sous une
76 prologue;
forme complètement indépendante de celle de Jean, une conception identique : l'incarnation par le dépouillement (xÀ^ftùGiç), Nous verix)ns que toute l'histoire évangélique, et spécialement le tableau de la personne de Jésus tracé par notre évangéliste, est pleinement d'accord, malgré toutes les assertions contraires de M. Reuss, avec la thèso du prologue ainsi comprise.
Il est d'ailleurs évident, par cette parole centrale du prologue, que Jean n'envisageait nullement le Logos comme un principe impersonnel existant dans l'entendement divin, ainsi que le comprend Beyschlag, mais comme une vivante personnalité. «Un principe qui se fait chair, ce serait pour Jean, dit avec raison Meycr, une conception impossible.» Ainsi se confirme la conclusion que nous avions déjà tirée de la seconde proposition du v. i.
^ La Parole n'est pas seulement entrée dans la vie humaine ; elle y est demeurée et se l'est appropriée complètement; c'est ce qu'exprime la proposition suivante. Le mol èGXY(v(o<;ev signifie littéralement : a habité sous la tente- Plusieurs interprètes (Mcyer, Reuss, etc.) voient ici «ne allusion à un terme technique dans la philosophie religieuse des Juifs postérieurs, le mot Schekinah {depVjhor biter) qui désignait les formes visibles par lesquelles Jéhovah manifestait parfois sa présence dans le monde M L'idée qu'il faudrait rattacher à oxxvoOv, pris dans ce sens, serait celle-ci selon M. Reuss : « La vie terrestre du Verbe a été une révélation incessante de la divinité. » Cette idée est belle et riche. Mais le terme gxyjvoOv, vivre sous la ienltt surtout avec le régime sv inpv, au milieu de nous^ ne ren* ferme-t-il pas plutôt une allusion au tabernacle dans le désert, qui était comme la tente de Jéhovah, pèlerin laimême au milieu de son peuple pèlerin? A cette confo^ mité entre le genre d'habitation de Jéhovah et celui desoB
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lie au désert, répond la communauté complète de naet de manière d'être entre la Parole incarnée et les mes, ses frères. Cette chair dans laquelle il a vécu a a tente, semblable à la nôtre, sous laquelle il a campé nous. Le mot (txyivoOv désigne par conséquent toutes elations qu'il a soutenues avec ses semblables; relations hes et familières, comme celles qu'un pèlerin soutient ; les autres membres de la caravane. C'est comme si 1 eût dit : ce Nous avons mangé et bu à la même table, ;hé sous le même toit, marché et voyagé ensemble; nous )ns connu fils, frère, ami, hôte, citoyen. 11 est resté le jusqu'au bout à la voie dans laquelle il était entré en Eaisant chair, i Peut-être faut-il rattacher à ce même ne la notion d'un séjour passager, tel que celui que l'on sous la tente : venu dans ce monde, il ne faisait qu'y ser. Cette expression rappelle enfm la majesté divine c laquelle Jéhovah se manifestait dans le tabernacle; ^ du sein de sa demeure terrestre, la Parole a fait rayonun éclat divin aux yeux de ses compagnons de route. is cette dernière idée se trouve la transition à la propo- )n qui suivra. — Le régime ev y,[jiîv, au milieu de nouSy rrait se rapporter aux hommes en général. Néanmoins, relation avec le terme g)ct,voûv, vivre sous la tente, et î le verbe suivant : nous avons contemplé, ce pronom kessairement un sens plus restreint. Il se rapporte aux oins immédiats de l'existence terrestre de Jésus, qui soutenu avec lui les relations familières, comprises s la notion de vie en commun. L'expression du sentiit général de l'Eglise ne viendra que plus tard, v. 16-18. mesure que ce spectacle se représente à la pensée de iDgéliste, et prend, par ces mots : au milieu de nous, iractère du souvenir le plus personnel , il devient chez l'objet d'une suave contemplation. La phrase se brise;.
de sujet la Parole devient objet, tandis que la personne de fauteur et celles de ses compagnons prennent le rôle de sujet : «£/ nous avons contemplé sa gloire,^ Comme ce changement subit de construction trahit naturellement le témoin oculaire! Nous en observons un analogue, mais inverse, dans les premiers versets de sa première épître : « Ce que nous avopis entendu, ce que nous avons contemple de la Parok de vie — car la vie a été manifestée — ce que nous avms entendu, ce que nous avons contemplé, cesi ce que mus vous annonçons.!^ Dans répîtrc, où Jean parle en son propre nom, il part nalurellemenl de son impression personnelle, puis il s'inteiTompt pour mettre en scène l'objet luimême ; et il revient enfin à son impression. Dans révangilc, au contraire, où il écrit en historien, il part du fait : cLa Parole est devenue chair:i» puis il s'interrompt pour dépeindre l'inetTable jouissance de ceux qui en ont été les témoins ; et, comme nous le verrons, après avoir donné essor à ce sentiment, il revient au fait dans les derniers motsdo verset. Le mot Ôea<j6ai, contempler, est plus riche, pte plein, que opàv (voir, discerner). L'un a en vue la joflis- .sance, l'autre, la connaissance. Baur et Keim rapportent ce mot contempler à la vue spirituelle de Jésus dont jouissent tous les croyants. C'est une altération manifeste delt pensée de l'écrivain, dans lequel ces critiques ne veulent pas reconnaître un témoin, et dont cependant ils ne peuvent se résoudre à faire un imposteur. Le parallèle 1 Jean, 1, 1-3, ne peut d'ailleurs laisser le moindre doute sur le sens de l'expression contempler. Sans doute l'œil du corps ne suffit pas pour jouir d'un tel spectacle; pour cette apc^ ception les témoins devaient posséder un sens interne. Mais il est évident que la vue corporelle a été le moyen nécessaire de la contemplation dont parle ici l'auteur. (Voir /r* trod. I, p. 110.) — L'objet de la contemplation a été la
gloire de la Parole. La gloire de Dieu, c'est le rayonnement de ses perfections aux regards des créatures. La gloire de la Parole, ce sont les traits dans lesquels a rayonné la perfection de la Parole dans sa vie humaine. Jean les indiquera tout à rheure. Auparavant il caractérise cette gloire 'en déclarant que c'était une gloire comme celle du Fils uni- (fue, La conjonction o)ç, comme^ exprime ici une comparaison, non entre deux choses semblables, mais entre le fait •el ridée : «Une gloire telle qu'on pouvait l'attendre de...)> ou clelle qu'elle ne pouvait appartenir qu'à...» — Le terme fLovoYcvYÎ;, Fils unique, renferme nécessairement l'idée de filiation et non pas seulement celle d'excellence ou de préférence. Cela ressort du rapport de -ysW; à raTTÎp. M. Reuss lui-même reconnaît que ce terme renferme une idée métaphysique et non pas seulement morale. La première partie <lu mot ((I.OVO, unique) oppose ce Fils aux enfants dont il ^vait été parlé au v. iS. Ceux-ci deviennent fils par voie <l'adoption et en vertu de la solidarité que le Fils unique l ^blit en lui et eux par l'incarnation. Quant à lui, il est fils, dans le sens dans lequel ne l'est aucun autre être. Certains interprètes rapportent ce terme de Fils unique à ^'cngendrement éternel du Logos (Meyer); d'autres, au fait iBÏ incarnation (WoirdSinn); on pourrait penser aussi à celui de la naissance surnaturelle, Luthardt prétend qu'il ne s'agit que de la communion spéciale avec Dieu, comme Père, dans laquelle Jésus a vécu, dans tout le cours de sa vie terrestre. La relation évidente entre -yevYi; et TraTYÎp ne j)ermet pas, à ce qu'il me parait, d'autre sens que le premier. Mais il ne résulte point de là que le régime rapà icaTpoç, du Père, s'applique à la génération du Fils. Oster- Yald traduit avec raison : e:du Fils unique venu du Pére.i> 11 eût été encore plus correct de dire : venu d'auprès du Père. La prépos. irapat ne saurait avoir un autre sens. Si
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Jean eut voulu par ce régime exprimer la génération do Fils et non sa venue sur la terre, il eût employé la prépos. U (hors de) ou le gén. rarpo; sans préposition. Ce sens grammatical est aussi le seul qui convienne au contexte. 11 s'agit d^expiiquer, non ce qu*est en elle-même la Parole, mais ce qu'a été sa gloire ici-bas : une gloire d'un genre unique, dit Jean, et telle qu'on ne pouvait l'attendre que du Fils descendant d'auprès du Père. Il suffisait de l'approcher pour savoir d'auprès de (/uel père cet homme venait comme fils.
Mais comment l'idée d'une telle gloire peut-elle s'accorder avec ce que Jean vient de nous faire entrevoir do dépouillement du Logos? Les critiques de Tubingue et à leur suite plusieurs autres interprètes n'ont-ils pas raison d'aecuser l'évangéliste de se contredire, lui qui, au ch. XVll, met dans la bouche de Jésus une prière par laquelle il redemande sa gloire de Fils, tandis qu'il ressort de notre passage qu'il la possédait encore sur la terre? — Il va sans dire que mms ne saurions admettre l'opinion de ceux qui entendent ici, par la gloire de Jésus, ses miracles ou même le fait isolé (le la transfiguration ! Il s'agit de quelque chose de permanent dans la vie du Seigneur. Mais, de ce que le Seigneur a possédé sur la terre une gloire, et même une gloire telle qu'on ne pouvait l'attendre que du Fils unique, faut-il conclure (|ue cette gloire était celle de son état divin avant l'incarnation? Jésus ne pouvait-il pas avoir dépouillé (comme le montre d'ailleurs son histoire) la toute-science, la toute-puissance, la toute-présence, et posséder pourtant^ au moins depuis le commencement de son ministère public [c'est de cette époque seulement que parle ici Jean), im caractère ii7it(/£^e qui le distinguait de tout autre homme et révélait chez lui le Fils? Ce caractère, c'était sa conseùM filiale, la certitude intime de sa relation exceptionnelle
^ le Père, l'éclai moral que répandait sur toute sa perme la certitude d'un tel lien, Tassurance souveraine qu il paisait à chaque instant; c'étaient, particulièrement, nme Jean va le dire, la grâce ineffable et la vérité incorplible qui distinguaient tous ses actes et toutes ses paro- . 11 ne possédait pas en propre la toute-puissance ; cela est ident, puisqu'il priait; mais V usage de la toute-puissance ser\ice de l'amour, il pouvait l'obtenir par la prière ïme, et cela en venant dans chaque cas, avec sa confiance Fils, puiser librement dans le trésor paternel. 11 ne posdait pas davantage les autres perfections divines; autreent aurait-il ignoré, interrogé, lutté, cru, obéi? Et pouriQt il en jouissait parfois, comme s'il les eût possédées, arce que son Père lui en accordait l'usage quand et dans I mesure où l'exigeait la tâche du moment. Cette relation ib'afe avec le Père, qui se manifestait dans ses paroles, ànoignages de sa conscience intime, et dans ses actes, ioioignages du Père en sa faveur, telle fut sa gloire ici- ^. Cette position, toute glorieuse qu'elle fût, n'était point ^Ue de l'état divin auquel il avait renoncé. La conscience ^ Fils n'est pas Y état de Fils. Mais comment n'aurait-elle )as projeté sur celui qui la possédait un reflet de cet état? iinsi le croyant est déjà ici-bas enfant de Dieu ; il porte en oi la conscience intime de cette relation ; cette conscience a'il a de lui-même répand parfois sur son être un éclat éleste. Et pourtant il n'est point encore investi de la gloire roprement dite; il est fils et par conséquent héritier, ais non possesseur. D'une manière analogue. Christ, tout I possédant, à l'égard du Père, le sentiment d'aimer et être aimé en Fils, et vis-à-vis des hommes, la condesceniDce et la majesté que lui donnait la conscience de cette »sition, pouvait néanmoins, au terme de sa carrière, réimer l'état de Fils, dont il avait joui de toute éternité.
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Nous avons, dans ia traduction, rapporté les derniers mots: pleine de grâce et de vérité au sujet principal de toute la phrase, la Parole. C'est la seule construction correcte du nomin. ir^vipY);, pleine. Sans doute on pourrait en faire avec Meyer, Luthardt et tant d'autres, un nomin. absolu, en le rapportant soit à ^o^ov : € gloire pleine de grâce.. .y (de là la leçon irXvfpYi dans D) soit plutôt h aOroO, de lui: <!csa gloire, à lui plein de grâce...» (de là la leçon pleni chez Augustin). Mais ces explications grammaticalement possibles méconnaissent le vrai mouvement de ce beau passage. Entraîné par le charme du souvenir, l'évangéliste a interrompu la description objective des relations que la Parole a daigné soutenir avec ceux qui Font entourée; et maintenant il reprend, pour l'achever, ce tableau demeuré inachevé depuis le commencement du verset. Pour ceux qui avaient vu, les mots : c£//e a habité,^ suflisaient pour faire revivre tout ce spectacle. Mais pour ceux qui n'avaient pas vu, il fallait quelque chose de plus; et cette apposition finale : c Pleine de grâce et de vérité^ » est le dernier coup de pinceau qui achève le portrait commencé. Il ne faut donc pas parler, avec Lùcke, d'une parenthèse, comme si la phrase précédente eût été une interruption réfléchie. H n'y a pas eu explication, mais explosion du sentiaieBt. — Dans l'Ancien Testament, les deux traits essentiels do caractère de Dieu étaient la grâce et la vérité (Exode XXXI V, 6) : € abondant en grâce et en vérité.^ Ce sont ces deux traits qui ont caractérisé la vie humaine de la Parole et révélé sa relation filiale avec le Père. Ltgriet, c'est l'amour divin revêtant le caractère de la condescendance; de l'afTabilité envers les ennemis, de la compassioft envers les malheureux, du pardon envers les coupables: c'est Dieu consentant à se donner. Comme c'est la grâce qui vivifie, la Parole est redevenue, par ce trait de sa vie ter-
restre, ce qu'elle était primordialement : la vie des créatures (v. i). La t;^r/té, c'est la réalité des choses adéquatement mise au jour. Et, comme Tessence des choses, c'est ridée morale qui préside à l'existence de chacune d'elles, la vérité, c'est la pensée sainte et bonne de Dieu, complètement dévoilée : c*est Dieu révélé. Par cet attribut la Parole est donc redevenue la lumière des hommes (v. 4-5). A ces deux attributs essentiels du caractère de Jésus, les témoins de sa vie l'ont reconnu comme le Fils unique venant d'auprès du Père. Ils l'ont bien senti : cet être, c*était Dieu donné. Dieu révélé dans une existence parfaitement humaine.
Comme un homme, après avoir fait une découverte im- {H)rtante, se rappelle avec satisfaction les indices qui ont donné à sa pensée le premier éveil et mis son intelligence sur la voie, ainsi l'apôtre se reporte du temps de la pleine jouissance à l'instant décisif où il a entendu la première révélation, non comprise d'abord, mais éclaircie plus tard, du fait de l'incarnation :
V. 15. €jean rend iémoignaye de lui, et s'est écrié, disant *: C était de lui que je parlais quand fai dit^ Celui qui vient après moi m'a précédé, vu qu'il était avant moi. » — Le présent € témoigne i^ implique que le fait formulé au V. 14 demeure établi à jamais par ce témoignage. Le verbe x^xpaye, a crié, est ajouté pour, dire que le témoignage a été rendu en termes exprès et éclatants; l'emploi du parf. rappelle que, lors même que le héraut a passé, la proclamation reste. — La parole de Jean est citée ici uniquement par rapport à son contenu. Au v. 30 elle sera replacée dans son milieu historique. Elle fut prononcée par
* M D b omettent Xeytov.
• M» B C Or. (1 fois) lisent o znzwy au lieu de ov girov. h omet ces * BioCs et ajoute o; après cp/o'xcvo;.
Jean, dans le cercle de ses disciples, la première foisqull revit Jésus après l'avoir baplisé. Mais révangéliste fait remarquer que le Précurseur ne faisait déjà en cette occasion que se citer lui-même : c C*est ici celui touchant lequel fai dit.i^ En effet, en parlant comme il le fit (v. 30), il rappelait la déclaration solennelle qu'il avait faite le jour précédent, en présence de toute une députation du Sanhédrin; comp. V. !26 et 27. Cette déclaration, faite le premier jour, ne renfermait naturellement que les mots du milieu de notre verset : « Celui qui vient après moi, m'a précédée Le V. 15 du prologue reproduit cette déclaration, non soos la forme plus brève où elle fut prononcée le premier jour (v. 26), mais sous la forme développée en laquelle Jean h répéta et l'appliqua à Jésus le jour suivant (v. âO]; c'estce que prouvent les deux propositions qui commencent et qui finissent identiquement le v. 15 et le v. 30. Par cette introduction et cette conclusion Jean appliquait d'abord à Jésus personnellement devant ses disciples le témoignage qu'il avait prononcé en public le jour précédent : € Cest id celui dont fai dit;i^ puis il donnait une solution très-brève de Tespèce 'd'énigme renfermée dans cette déclaration paradoxale, en ajoutant ces derniers mots : « vu qu'il était (MA moi.i^ La seule différence est que, v. 15, l'apôtre substitue était au est du v. 30. La raison de ce petit changement est simple : le préseni est était inspiré au précurseur, dansli situation du v. 30, par la présence de Jésus; tandis qu'au V. 15, l'imparfait ^/m^ exprime un rapport logique : cQnaud je parlais de la sorte, c'était lui que j'avais en vue.i — 1^ témoignage que reproduit ici l'apôtre, renferme un jeu de mots conforme au caractère de Jean-Baptiste eiii la tooroars originale de tous ses discours : c Celui qui me suit, m'a précédé.» 11 y a là une contradiction apparente qui devait eici:
ter l'attention et stimuler Tactivilé d'esprit de ceux à qui
GHAP. I, 15. 85
parole était adressée. Cette forme énigmatique devait ibuer aussi à graver cette déclaration importante dans nnoire des auditeurs. De nombreux interprètes ont raples roots : m'a précédé (dans le sens de : m' a surpassé), jpériorité de dignité et d'excellence de Jésus sur Jean sostome, Tholuck, Olshausen, de Wette, Lficke, Lut). Mais : 1» En enlevant à la parole de Jean Tappaméroe de la contradiction qu'elle doit présenter, cette ^iion lui ôte tout son piquant. ^ La correspondance Qte des prépositions oiridct), après, et efiiirpoadev, devant, l, ne permet pas de rapporter l'une au temps, l'autre dignité. Hofmann seul, croyons-nous, a essayé de les Ire toutes deux dans le sens de la dignité, et il a égait échoué. L'évangéliste ayant pour but de prouver s témoignage du précurseur la préexistence de Christ se Logos, le sens temporel est le seul qui convienne, mme Meyer le fait remarquer, la parole de Jean ainsi irise n'aurait pas même un sens logique ; car rien en rai n'exige que celui qui marche devant l'autre, soit opérieur en dignité. C'est bien plutôt le contraire qui d : le héraut marche devant le souverain. Les deux >sitions se rapportent donc au temps, et Jean veut dire e Christ qui parait après lui, a néanmoins existé avant l'est le sens de Luther, Meyer, Bàumiein. — Le parfait sv signifie tout simplement : a été /à (de fait); comp. VI, TTOTt w^e yeyovoç; a: Depuis quand f es-tu trouvé icify> rbe désigne non Yessence éternelle du Logos, mais le e fait de l'existence antérieure à l'apparition du préur. Le Christ, par sa présence et son activité dans l'ancienne alliance, n'a-t-il pas précédé son précur- Gomp. XII, 41 , 1 Corinth. X, 4, et le passage de hie III, 1, d'où Jean-Baptiste a dû lui-même tirer notion, comme nous le verrons. — En répétant cette
parole le lendemain, Jean ajouta , comme explication de rénigme, ces mots : ^Car il était avant moi,^ littéralement: « Il était mon premier .!> Plusieurs (Chrysostome, Bèze, Calvin, Hofmann, Luthardt) rapportent ce terme à la supériorité de rang; mais dans ce cas, Jean eût du dire est et non pas était. On objecte la tautologie entre cette proposition et la précédente, si on les rapporte toutes deux au temps. Ce serait, dit-on, expliquer le même par le même. On oublie qu'il y a une différence entre le yeYove, a été là, qni appartient à l'bistoire, et ler.v, était, qui, comme dans les deux premiers versets du prologue, se rapporte à l'essence: kK S'il m' a précédé sur la scène de l'histoire, c'est qu'il était en réalité d'un ordre supérieur au mien (comme rétemîté est supérieure au temps). t> Le t.v indique, comme celui du v. 1, que cet être n'a pas passé du néant à l'existence. Les interprètes qui appliquent, comme nous, le mot premier an temps (Meyer, Bàumlein) disent que le superlatif rpôroç, premier, est mis ici pour le comparatif xporepo;, antérieur^ et citent en faveur de ce sens XV, 18. Mais il y a plus dans le mot premier qu'une simple comparaison entre deux individus placés sur le même rang et dont l'un est simplement antérieur à l'autre. L'expression xpwTo; (xou, mon premier, combine deux idées : le premier (absolument parlant) et premier par rapporta moi. Et c'est bien le cas aussi, XV, 18 ; car Jésus n'est pas seulement persécuté avant les disciples, comme l'un d'entre eux, leur égal, mais comme le chef, le vrai objet de cette haine qui les atteint avec loi. — Cette proposition explicative contient donc ce qu'elle devait renfermer, la solution de la contradiction que présentait l'affirmation précédente. Jésus peut réellement avoir précédé Jean, puisque appartient à Tordre supérieur dont dépend tout être apparu dans le temps.
On prétend que Jean-Baptiste ne peut avoir prononcé ane
parole impliquant la préexistence du Messie, et que c'est révangéliste qui la lui met dans la bouche (Strauss, Weisse, de Wette] ou qui modifie quelque déclaration du précurseur, de manière à lui donner un sens qu'elle n'avait pas. Nous répondons d'abord que la tournure énigmatique et paradoxale de cette parole n'est pas favorable à un tel soupçon. Elle porte dans son originalité même la marque de son authenticité. Puis, l'évangéliste la citant deux fois dans le récit suivant, en indiquant le lieu et le moment où elle a été prononcée, il faudrait lui attribuer un rare degré d'effronterie pour supposer qu'il l'a inventée lui-même. Mais, demande-t-on, le précurseur aurait-il pu s'élever «^ une conception de la personne de Christ à laquelle l'Eglise n'est parvenue que beaucoup plus tard ? Pour peu que Jean eàt sérieusement médité sur l'oracle qui contenait le programme de son propre ministère, Malachie III, 1, il devait y trouver ce que renferme la parole citée par l'évangéliste. Jéhovah, s'idenlifiant avec le Messie, disait : «Voici, j'envoie mon messager, et il préparera le chemin devant moi (le Messie). > Or quand l'envoi de l'envoyé comprend sa naissance, comme dans ce cas, il est manifeste que celui qui envoie, doit préexister à l'envoyé. Jean-Baptiste ne faisait donc que rendre sous la forme piquante et humoristique qui lui était propre, le contenu de cet oracle qui devait lui être si familier. Ces mots du précurseur : <c Celui qui vient après moiyf ne sont-ils pas en effet la reproduction de ceux du prophète : € II préparera le chemin devant moii? Le précurseur d'ailleurs avait reyu ses propres révélations, l'ordre, par exemple, de Joindre à sa prédication la cérémonie extraordinaire du baptême ; il semble qu'il y avait eu une espèce de théophanie : c Celui qui m* a envoyé baptiser d'eau, celui-Ui ma dit^n 1, 33. Et si nous accordons quelque réalité à la scène du baptême, cette parole du
Père : t C'est ici mon Fils bien-aiméi^ n'avaît-elle pas dû achever d'ouvrir les yeux de Jean sur le caractère divin de celui qu'il précédait? Du reste, Esaïe avait déjà appelé le Messie ^Dieu fort, Père d'éterniiéyi^ IX, 5', et Daniel Tavail décrit € venant sur les nuées des cieux,» VU, 13. Les rabbins eux-mêmes n'avaient pas été sans comprendre ce que renfermaient de telles paroles à l'égard de la personne do Messie (comp. Meyer).
« Le Grec cherche la sagesse^ » dit saint Paul. Le Juif n'arrive pas à l'intelligence des choses divines sur la voie de l'investigation ; il reçoit le témoignage : car il vit dans une sphère de révélation. Rien donc de plus naturel que la citation du témoignage du précurseur, ce témoin officiel du Messie, dans' le prologue. Mais ce qui explique complètement cette citation , c'est le rôle que la déclantion du précurseur parait avoir joué dans la vie de Fauteur lui-même. 11 venait de raconter sa propre expérience, V. iA'y et s'il est vrai — comme cela doit l'être, si cet auteur est l'apotre Jean — qu'il ait entendu personnellement ce témoignage sortir de la bouche du Baptiste et que cette parole ait été le point de départ de sa foi et de celle de l'Eglise en général, comment ne l'aurait-il pas enchâssée, ainsi qu'un joyau incomparable, dans ce solennel préambule? Nous ne relevons pas ici les absurdes leçons des principaux Mss. alexandrins (k BC). — Au témoignage des apôtres et à celui de Jean-Baptiste se joint enfin celui de l'Eglise entière :