‹ Commentaire sur l'Évangile de saint JeanChapitre 58 sur 91 · Baur* ne croit pas à la possibilité de concilier la no · texte numérisé non relu

Baur* ne croit pas à la possibilité de concilier la no

Hist, de la Théol. chrét., t. II, p. 440 et suiv. Tfieol. Jahrb,, 1844, t. IIÏ, p. 24 et suiv.

tion de rincarnalion avec celle de la naissance miraculeuse enseignée dans les synoptiques. Au point de vue de ces derniers, le personnage qui est le sujet de Thistoire évangélique, ne comnnence à exister qu'avec la naissance de Jésus; au point de vue de Tincamation, au contraire, ce sujet préexiste à son apparition en chair et ne saurait devenir plus tard rien qu'il ne soit déjà. Mais si l'on prend au sérieux cette expression : est devenue chair, — ce que ne fait pas Baur, — la contradiction prétendue se résoal d'elle-même. Le sujet de l'histoire évangélique n'est plus le Logos persistant dans son état divin, mais un vrai homme, et le fait d'une naissance réelle, miraculeuse ou naturelle, devient, dans une telle existence, un élément non seulement possible, mais nécessaire.

3. L'objection la plus sérieuse est tirée de l'impossibililé de concilier la préexistence de Christ avec son humanité réelle. Ainsi LûckeS tout en reconnaissant ce qu'il y a de périlleux dans le rejet de la préexistence, se croit néanmoins forcé de nier ce fait, parce qu'il en résulterait une différence d'essence entre le Sauveur et ses frères; ce qui ne permettrait plus de concevoir ni sa qualité de Fils de l'homme, ni sa fonction rédemptrice. C'est à ce même point de vue que se place Weizsàcker* : Sans doute la communion du Fils avec le Père n'est pas seulement morale; il ne conquiert pas sa dignité de Fils par sa fidélité; elle est au contraire la présupposition de tout ce qu'il fait et dit; sa fidélité maintient cette relation originaire, mais ne la produit pas ; elle est la condition non acquise de la conscience qu'il a de lui-même. Mais, d'autre part, il faut reconnaître, quant à la connaissance supérieure que possédait Christ,

* Jahrb. fur deutschc Theol., t. VII, 4* cahier, p. 639 et &-

]u'elle ne saurait être la continuation d'une connaissance intérieure, apportée par lui d'en-haul : autrement, elle l'aurait plus ce caractère progressif et limité à la tâche de Jiaque moment que nous y reconnaissons et qui en fait me connaissance vraiment humaine. Et, quant à la tâche norale de Jésus, elle n'aurait plus rien d'humain, dans ^tte condition-là : car oii serait le comhat moral chez le 'ils, s'il possédait encore cette connaissance complète du ^lan divin qu'il avait éternellement auprès du Père? — iprès s'être efforcé d'éliminer des discours de Jésus l'idée le la préexistence, Weizsâcker conclut cependant qu'il y a laas le quatrième évangile deux Christs juxtaposés : l'un rainient homme, celui qu'enseignent Jésus lui-même et es synoptiques; l'autre divin et préexistant, celui de Jean. — En essayant de résoudre cette difficulté, nous ne nous lissimulons pas que nous abordons le problème le plus irdu de la théologie. Ce que nous rechercherons, dans les ignés qui vont suivre, ce n'est point la conciliation de 'Ecriture avec une orthodoxie quelconque, mais l'accord le l'Ecriture avec elle-même.

L'Ecriture, tout en enseignant l'existence éternelle du S'erbe, enseigne-t-elle en même temps la présence de l'état et des attributs divins en Jésus pendant le cours de sa vie terrestre? Xous avons vu que la formule de Jean 1, 14 est incompatible avec une semblable idée. L'expression : <iLa Parole a été faite chair, i> parle assurément d'un sujet dii'in, mais comme réduit à l'étal humain; ce qui, comme Qous l'avons vu, ne suppose nullement les deux états, divin 3t humain, coexistant chez lui. Une telle notion est écartée par l'exégèse aussi bien que par la logique. L'appauvrisornent A\x Christ dont parle Paul 2 Cor. Vlll, 9, son déwuillem^nt volontaire décrit Philip. 11, 6. 7, impliquent paiement le renoncement à l'état divin au moment où il

est entré dans l'existence humaine. Les faits de Thistoire évangélique sont d'accord avec ces déclarations apostoliques; nous Tavons montré dans Vlniroduction (I, p. \% et suiv.). Jésus ne possède plus sur la terre les attributs qui constituent Tétat divin. La toute-science, il ne l'a pas; car il interroge, et il déclare lui-même sur un point son ignorance (Marc Xlll, 32). 11 possède une vue prophétique supérieure (Jean IV, 17. 18); mais cette vue n'est pas l'omniscience. — 11 ne possède pas davantage la toute-puissance. Car il prie et il est exaucé; ses miracles, c'est le Père qui les opère en sa faveur (XI, 42; V, 36). — Il est également privé de la toute-présence. — Son amour même, si parfait qu*il soit, n'est pas l'amour divin. Celui-ci est immuable. Mais qui prétendra que Jésus au berceau aimât comme à l'Age de douze ans, et à l'âge de douze ans, comme sur la croix? Parfait, relativement, à chaque moment donné, son amour s'est accru de jour en jour, soit pour l'intensité de l'immolation volontaire de lui-même, soit pour l'extension du cercle qu'il embrassait. C'était donc un amour vraiment humain. <r La grâce d'un seul homme^ Jésus-Christ,» dit par cette raison saint Paul (Rom. V, 15). — Sa sainteté est aussi une sainteté humaine; car elle ne se réalisée chaque moment qu'au prix de la lutte, par le renoncement à la jouissance légitime et par la victoire sur la crainte naturelle de la douleur (XII, 25. 27; XVII, 19*). Elle est tellement humaine qu'elle doit passer en nous et devenir nôtre (XVII, 19*»). Tous ces textes prouvent clairement que Jésus ne possédait point, sur la terre, les attributs qoi constituent l'état divin; voilà pourquoi il peut terminer sa carrière terrestre en redemandant la gloire qu'il avait avant son incarnation (XVU, 5).

Comment concevoir un tel dépouillement de la part d'un être divin? 11 a fallu avant tout qu'il consentit à perdre

mv un temps la conscience de lui-même, comme sujet vin. Le souvenir d'une vie divine antérieure h l'existence rrestre eût été incompatible avec l'élat d'un véritable endt et avec un développement réellement humain. Et en Tel, les textes évangéliques n'attribuent nulle part à Jésus

conscience de lui-même comme Logos avant le moment ! son baptême. Le mot qu'il prononça à l'âge de douze 8, Luc II, 49, exprime simplement le sentiment d'une lation intime avec Dieu et d'une consécration filiale à n service. Avec unu fidélité morale comme la sienne, et ns la jouissance permanente d'une communion avec Dieu le le péché n'altérait point, l'enfant pouvait appeler Dieu n Père dans un sens purement religieux et sans qu'il

résulte chez lui la conscience d'une divine préexistence. * ( sentiment de sa mission rédemptrice dut se développer is son jeune âge, surtout par l'expérience du contraste ntinuel entre sa pureté morale et le péché dont il voyait ;eints tous ceux qui l'entouraient, même les meilleurs^ s que Marie et Joseph. Le seul bien-portant au milieu

cette caravane de malades avec lesquels il faisait route, dut entrevoir de bonne heure sa tâche de médecin de lUmanité et s'y consacrer intérieurement tout entier. Du ste, pas une parole, pas un fait dans l'histoire évangéue, qui attribue à l'enfant Jésus la conscience de sa nare divine et de son existence antérieure. C'est dans les angiles apocryphes qu'il faut aller chercher ce Jésus atre-nature et anti-humain. D'après le récit biblique, le gos en s'incarnant s'est donc réellement dépouillé de sa nscience d'être divin et de l'état qui y correspond. Ce pouillement était la condition négative de l'incarnation. ici les conditions positives de ce fait; il suffit de les pprocher des traits bien connus de l'histoire évangélique ur juger si elles ont été sérieusement remplies :

4. L'homme a été créé à l'image de Dieu, comme êlre intelligent, libre et responsable. Telle a donc été la limite de rabaissement du sujet divin : car il devait descendre au niveau de l'homme, non au-dessous de lui. Il s'est donc réduit à l'état d'un moi humain destiné à opérer son développement dans les conditions déterminées par la destination de rhomme à la ressemblance divine.

2. Le trait fondamental de rima<^e de Dieu dans l'homme étant l'aspiration à Dieu, la réceptivité pour le divin, ce caractère a dû être le trait dominant dans le dévelop})ement humain de ce moi foncièrement divin.

3. Les limites de notre individualité impriment un caractère relatif à la réceptivité de chacun de nous pour le divin. Mais, par le fait de la naissance miraculeuse, le Logos, en entrant dans l'humanité, reproduit, non le type d'une individualité paternelle déterminée, mais celui de la race elle-même dans son essence et sa généralité. Sa réceptivité pour le divin, sa capacité religieuse et morale n'est donc pas seulement celle de tout autre individu humain; c'estcelle de Tespèce entière qui se trouvait concentrée en sa personne, comme elle l'avait été une première fois dans la personne du père de toute la race. Il pourra donc recevoir d'en-haut, non seulement ce que chaque individu, mais ce que l'humanité tout entière est apte à recevoir et à posséder de Dieu. Et si cette réceptivité collective est absolue, infinie, telle en un mot que son objet lui-môme, l'homroe qui la concentre en sa personne arrivera infailliblement i pouvoir dire : « Celui qui ma vu, a tm le Père^3 et à posséder en lui-même € toute la plénitude de la divinili.^ (XIV, 9; Col. 11,9.)

4. Enfin si l'humanité est éternellement destinée à être associée à l'état divin, en d'autres termes, si le vrai homme dans ridée divine est Vhomme-Dieu, l'aspiration suprême

du Logos dans sa vie humaine a dû être de réaliser^ en lui-même d'abord, cette participation de l'humanité à Tétat divin, — c'est là recouvrer sa gloire, — puis de la faire partager à tous ses frères en reproduisant en eux son humanité glorifiée. C'est là la réalisation du don que le Père lui a fait de nous (XVII, 2), l'accomplissement de notre prédestination éternelle (Rom. Vlll, 29). — Dans de telles conditions, l'entrée et le développement d'un sujet divin dans l'état humain nous parait ne rien renfermer de contradictoire.

Essayons encore de caractériser les phases du développement terrestre de Jésus-Christ à ce point de vue, ainsi que le mode de sa réintégration graduelle dans l'état divin.

Par la naissance d'un tel être, comme membre de la race, comme fiLs de V homme, l'humanité se trouve replacée à son point de départ normal ; elle est apte à recommencer un développement non faussé par le péché. Jusqu'à l'âge de trente ans, Jésus accomplit cette tâche. Il élève rhumanité en sa personne, par l'obéissance parfaite et le sacrifice constant du moi, de l'innocence à la sainteté. H ne se connaît point encore; peut-être, à la clarté des Ecritures, commence-t-il à pressentir ce qu'il est pour Dieu. Mais la conscience distincte de sa dignité de Logos ne serait pas compatible avec la réalité de son développement humain et l'accomplissement de la tdche assignée à cette première période de sa vie. Cette tâche une fois remplie, les conditions de son existence changent. Un nouveau travail s'ouvre pour lui, et la conscience de sa dignité de Fils bien-aimé, loin d'être incompatible avec l'œuvre qu'il a encore à remplir, en devient la base indispensable.

Pour témoigner de Dieu comme Père, il doit nécessairement se connaître lui-même comme Fils. Le baptême est

Mi PROLOGUE.

révéïiemcnt décisif qui ouvre celle nouvelle phase ». \enanl au-devant des aspirations el des pressentiments do cœur de Jésus, le Père lui dit : « Tu es mon ftïs.» Jésus se connaît dès ce moment comme l'objet absolu de la dilection divine. 11 pourra dire désormais ce qu'il n'eût pu dire auparavant : fi Avant qu' Abraham fût, je suis.i> Celte conscience de sa dignité de Fils, révélation de son essence élernelle, récompense de sa fidélité précédente, arrière-plan de toutes ses manifestations subséquentes (voir plus haut p. 1 16), les paroles de Weizsàcker), il la possède; elle Taccompagne partout dès cette heure. En même temps le ciel lui est ouvert: son œil plonge dans l'abnne lumineux des plans divins, il y contemple à chaque instant tout ce qui est nécessaire à Taccomplissement de sa tâche de Messie (v. 19. iO), 11 peut parler maintenant; car il peut dire : tKous rendons témoignage de ce que nous avons vu,i^ Enfin Thumanité se trouve élevée en lui à la vie spirituelle^ dont Tavénement sur la terre exigeait un organe tel que lui : le Saint-Esprit descend sur lui; en vue de la propagation de cette vie supérieure, Christ se sent dès ce moment maître de toutes choses et s'élance dans sa carrière de Messie, de Sauveur du monde.

(^pendant le baptême, en rendant à Jésus sa conscience de Fils, ne lui a point rendu son état de Fils, sa forme de Dieu. 11 y a une disproportion immense entre ce qu'il se sait être et ce qu'il est réellement. Là sera pour lui la possibilité de la tentation; là, l'œuvré de la patience. Maître de

* Depuis que les «j^nostiques a\ aient fauàsë le sens du baptême en en faisant Tëpoque de la descente de l'Eon divin dans l'homme Jésus, M. de Rougemont est le premier qui ail osé rendre à ce fait toute sa \aleiir dans le ddveloppement i>ersonneI du Seigneur: voir Chnst et ses fé^moins, 7«, 8* et 9» lettres, t. I, p. Î29-296 ; particulièrement p. 250-i55.

mt, il ne possède rien. Il dispose sans doute au service e sa tdclie des trésors de sagesse et de puissance qui sont a Dieu, mais uniquement parce quà chaque moment son Bur croyant et filial s'adresse au cœur paternel de Dieu.

C'est par l'ascension que sa i*cnlrée dans l'état divin a té accomplie et que sa position a été élevée enfîn au iveaii de la conscience qu'il avait de lui-même dès le aptême. 11 a été revêtu dès ce moment de tous les attri- Qts de l'état divin qu'il possédait avant son incarnation ; lais il en a été revêtu comme Fils de C homme. Toute la lénitude de la divinité habite désormais en lui, mais liulainement, et même, comme dit Paul, corporellement jol. Il, 9). Dix jours après son assomption personnelle ans la gloire divine, il commence à en faire part à sua glise par la communication de l'Esprit qui la rend capaie d'être associée un jour à l'état divin dont il jouit luilème. La Parousie consommera l'œuvre ainsi préparée. Le remier mot de l'histoire : «Vous serez comme des dieux,» a sera donc le dernier. Images vivantes du Logos dés notre^ réalion, nous réaliserons au terme de notre développelent ce type d'existence divine-humaine que nous contemlons actuellement en lui. En nous plaçant vis-à-vis de lui ans le même état de réceptivité dans lequel il s'est consimment tenu vis-à-vis du Père (VI, 57), nous verrons accomplir en nous sa volonté suprême : « /^ère, je voulv ue Ui ou je suis, ils y soient aussi avec moi. » (XVlll, 24). insi se présente le plan divin tel qu'il s'est réalisé en îsus.

Voici donc la vraie formule de l'incarnation, telle qu'elle »ssort de Tévangile de Jean : Le Logos a réalisé en Jésus,

)US LA FORME DE l'eXISTENCE HUMAINE SOUMISE A LA LOI a TEMPS ET DU PROGRÈS, CETTE RELATION AVEC DIEU DE kRFAlTE DÉPENDANCE ET DE COMMUNION FILIALE QU'lL RÉA-

LISAIT AVANT SON INCARNATION SOUS LA FORME PERMANENTE DE LA VIE DIVINE*.

Jetons encore un reg«ird sur la relation du Logos avec Dieu lui-même, avant Tincarnalion.

Quelle était la forme d'existence du Logos en Dieu?

L'école de Baur établit aujourd'hui une opposition enlre In conception de Jean et celle de Paul sur ce point. Paul enseignerait un Christ préexistant comme homme céleste, mais non comme être divin, tandis que la conception johannique transcenderait positivement ce point de vue. Nous avons déjà vu que dans 2 Cor. VIII, 9 et Phil. 11,6, Paul formule une conception de la préexistence de Christ exactement semblable à celle de Jean, ilolsten le reconnaît maintenant lui-même quant à Tépitre aux Philippiens. 11 ne peut donc maintenir une contradiction entre les deux apôtres qu'en refusant cette épître à Paul*. Et sur quel passage Baur et son école fondent-ils cette différence prétendue? Sur i Cor. XV, il : € Le second homme est du *cid:j^ comme si ce passage n'avait pas, ainsi que lecha- [Htre tout entier, une signification eschatologique! Saint Paul parle non du Christ préexistant, mais de Jésus actuellement glorifié, et tel qu'il reviendra du ciel pour rendre les siens semblables à lui ; c'est ce qui ressort avec évidence des paroles suivantes v. 48 et 49 : c Tel est le ler-

^ Nous ne voudrions pas rendre M. Gess solidaire de toutes les \àé& que nous émettons ici. Nous savons que sur plusieurs points nous ne .sommes pas entièrement d'accord avec lui. Mais le |X)int de vue que nous présentons n'en est pas moins, en général, celui qu'il a développé <ians son bel ouvraj^e: Lehre von der Person Chrisfi, 4856, dont j'ai eu rhonneur de rendre compte à Tépoquodeson apparition, Rn^ chrétienne, 4857 et 1858. Le premier volume de la t^ édition est déjà publié. Espérons que la fin de l'ouvrage ne tardera pas à paraître.

* Jahrb. ptrprot. Theof., 4876, ^«''•cah. (î« article sur TEp. aux Philippiens.)

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 1â&

eslre, tels sont les terrestres ; tel est le céleste, tels sont ;s célestes; et comme nous avons porté l'image du tereslre, nous porterons l'image du céleste.» Nous ne porteons pas l'image du Christ préexistant, mais bien celle du brist gloriGé. L'enseignement de Paul sur la préexistence x>mp. surtout i Cor. X, i et VIII, 6) est donc, sous une )nne originale et avec des expressions indépendantes de elles de Jean, identique au fond à l'enseignement de ce emier.

Quand Paul appelle le Christ préexistant V image du Dieu ivisible, il dit ce qu'affirme Jean quand il le désigne du oro de Parole. Ces deux expressions renferment avant )ut l'idée d'une opération ad intra, accomplie dans les rofondeurs de l'essence divine : Dieu affirmant d'une flirmation éternelle tout ce qu'il pense, tout ce qu'il veut, >ut ce qu'il aime, dans un être qui est le mot de sa pente, le reflet de son être, l'objet' de son amour, sa Parole, oo Image, son Fils.

Et cette Parole n'est pas un simple verbum volans : c'est n être vivant, une personne, qui — si nous pouvions apliquerà Dieu une expression qui ne convient qu'à l'homme - devrait s'appeler son idéal réalisé. Représentons-nous n artiste donnant la vie au chef-d'œuvre dans lequel il a icarné toute la plénitude de son génie, et pouvant entrer n relation personnelle avec lui : tel est le rapport entre îeu et la Parole. Celte Parole ne peut être que divine: ar la plus haute affirmation de Dieu ne peut être moindre ue Dieu lui-même. Elle ne peut être qu'éternelle; car une rfirmation qui appartient à fétre de Dieu ne peut avoir ommencé pour lui. Cette Parole étant V énoncé absolu de ieu, son seul dire, son édit primordial, unique, dans leuel sont renfermés tous ses édits particuliers, toute parole jbséquente qui retentira dans le temps est d'avance ren-

fermée en elle et ne se réalisera que par elle ; elle est la Parole créatrice : « En lui subsistent toutes choses (ht tjtw cuvecTTixfi TOL rovTa) » , dit également saint Paul, Col. 1, 17. En prononçant la Parole, ou, ce qui revient au même, en engendrant le Fils, Dieu a énoncé tout son être; et c'est cette Parole qui à son tour évoquera du néant tous les êtres. Us seront tous sa libre aflirmation, comme elle est elle-même celle de Dieu. Par le moven de Tunivers, la Parôle fait éclater dans le temps toute la richesse du contenu divin que Dieu a éternellement renfermé en elle. La création est le poème de la Parole à la gloire du Père.

Cette notion de la Parole comme principe créateur a, ainsi que Ta admirablement développé Lange ^, la plus grande importance pour la conception de l'univers. L'univers repose par là sur un fond absolument lumineux qui garantit sa perfection finale. La matière aveugle et éternelle, la nécessité fatale, sont bannies d'une création œuvre de la Parole. L'essence idéale de toutes choses est à jamais sauvegardée à ce point de vue ».

* Lehen Jcsit, t. IV, p. 553-556.

* Nous ne pensons pas avoir à traiter ici les questions que soulève. quant aux relations internes des personnes divines, le point de vue que nous venons d'exposer toucliant le dogme de rincarnation. Préciséaoeot parce qu'à nos yeux rexislence divine dti Fils est affaire d'amour f/<^ ^ein du Père) cl non point de nëccssité, comme chez Philon, nou? fK'nsons que, lorsque la Parole descend dans le monde pour y àesw olle-mémc l'un des êtres de l'univers, le Père peut entrer directenieot en rapport avec le monde, et y exercer lui-même les fonctions de créateur et de conservateur qu'il exerce régulièrement par rintermédiaire de la Parole. Sans doute, la Parole a la vie en elle-même et la communique au monde, mais parce que le Père lui a donné œ privilège ; et ainsi tout procède toujours du Père (Jean V, 26). — Nous nous sommes tenu, dans cette exposition, en dedans des limites de la révélation positive, et nous avons seulement cherché â faire \o\t l'admirable harmonie des faits qu'elle renferme.

De celte notion de la personne de Christ résulte l'imporance capitale de son apparition sur la terre.

S'il est la Parole faite chair, il est la révélation et la rommunication absolue de Dieu à l'humanité, Téternité lesccndue dans le temps, tous les trésors de Dieu mis à la >ortée de la foi. Après ce don du Père, il n'y a rien de meilleur à attendre. H ne reste à l'humanité qu'une alterlative : l'accepter et vivre, ou le rejeter et j)érir.

Que si cette dignité suprême de Jésus est niée, son apparition n'a qu'une valeur relative; le christianisme n'est plus, comme on l'a dit, que d'une des journées de l'humanité^.» Quelque admirable que soit Jésus-Christ, l'hu- DQanité peut et doit toujours «en attendre un autre.* Car la me du progrès est indéfinie. I^ porte reste ouverte a un après-venant, et l'Eglise n'a plus qu'à s'attendre à l'accomplissement de cette prophétie redoutable de Jésus : c Je suis c«Du au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas ; un autre viendra en son propre nom, et vous le recevrez, lui ! »

La question est donc vitale pour l'Eglise et pour le monde; et l'on comprend sans peine pourquoi Jean a placé œ prologue en tète de sa naiTation. La foi n'est foi, c'està-dire absolue, sans arrière-pensée, qu'autant qu'elle a pour objet ce qui ne peut être dépassé.

Avant de quitter le prologue, nous devons faire observer encore I DOS lecteurs les erreurs nombreuses et palpables des plus anciens manuscrits, le Sinaïticuset le Vaticanus, du premier surtout, jans ce morceau. On peut revoir v. 4 (twv avOpwirwv), v. 5 (i<rc{), r. 15 («V «Tirov et élç), v. 16 («ri) et v. 18 (jxovoyev^ç Oeo'ç). C'est jonc à bon droit que nous avons réclamé à l'avance contre le préjugé régnant en faveur des anciens manuscrits alexandrins.

^ Lorminier.

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