‹ Commentaire sur l'Évangile de saint JeanChapitre 60 sur 91 · PREMIER CYCLE · texte numérisé non relu

PREMIER CYCLE

Ce cycle comprend trois sections : 1^ le témoignage rendu k Jésus par Jean-Baptiste, 1, 19-37; 2^ les premières manifestations personnelles de Jésus et la foi de ses premiers jisciples, 1, 38-52; 3'^ son premier signe miraculeux, 11, 1-11. Les faits racontés dans ces trois sections remplissent oine semaine que l'on peut envisager, ainsi que l'a remarqué Bengel, comme le pendant de la semaine fmale de la Passion. L'une pourrait être appelée la semaine des fiancilles messianiques; l'autre est le temps de séparation {u'avait dès le commencement annoncé Jésus : t Quand 7époujo sera 6té, alors les amis de f époux jeûneront, m

je Vol. 9

PREMIÈRE SECTION

IjOs témoignages de Jean-Baptiste.

Ces témoignages sont au nombre de trois et ont été rendus dans trois jours successifs (voir v. 29 et 35 : €lelendemaini^). Ces trois jours, éternellemenl mémorables pour l'Eglise, avaient laissé dans le cœur de l'évangéliste une empreinte ineffaçable. Dans le premier, il avait entendu le précurseur proclamer solennellement, devant une députation du Sanhédrin, que le Messie était là, mais inconnu de tout autre que de Jean lui-même (v. 26); et cette parole l'avait fait tressaillir ainsi que la foule présente. Le lendemain, jour plus important encore, Jésus avait été désigné personnellement par son précurseur comme le Messie; el la foi, préparée par la déclaration du jour précédent, avait éclairé d'un premier rayon le cœur de Jean et celui de tous les auditeurs du Baptiste. Le troisième jour enfin, à la suite d'une nouvelle déclaration de son premier maître, Jean l'avait quitté pour s'attacher au maître nouveau qu'il lui désignait.

Pourquoi l'auteur a t-il choisi le premier de ces trois jours comme le point de départ de sa narration? S*il est vrai que, comme nous l'avons conclu de sa propre déclaration, XX, 30. 31, le but de son écrit soit de rendre compte de la manière dont s'est formée la foi que les apôtres proclament actuellement dans le monde entier, et cela aiin de développer la même foi chez les lecteurs, il faut reooflnattre que c'est bien ici le point de départ normal de son récit. La foi n'avait nullement commencé avee le baptême de Jean, non pas même avec le baptême de Jésus. Les trois jours dont l'évangéliste reproduit ici le tableau ont été ceux

CHKV. I, 19. 131

réclosion non seulement de sa foi et de celle des apô- , mais de la foi en général au sein de l'humanité. — Messie antioneé, puis désignéy enfin suivi: tel est donc Qouvement du récit.

L — Premier témoignage: v. 19-28.

JB déployant le contenu de la foi dans le prologue, l'are avait allégué un témoignage de Jean-Baptiste qui fermait, comme le dit bien Baur, c l'idée de la préexista absolue du Messie > et par conséquent la vraie pendu prologue, celle de la divinité do Christ. C'est ce loignage cité v. 15 qu'il va maintenant raconter, en inliant le lieu et le jour où il a été rendu. Il faut dire tôt : les jours. Car ce témoignage n'est pas seulement ij du premier jour (v. 26 et 27); c'est aussi, et surtout, ime nous l'avons déjà vu, celui du jour suivant (v. 30). répétant ce jour- là sa déclaration de la veille, le précurr la compléta et l'énonça exactement telle qu'elle est réduite dans le prologue.

/. 19. c£< voici quel est le témoignage que Jean rendit, wrf* les Juifs envoyèrent * de Jérusalem des prêtres et Lévites pour lui demander : Qui es-tu ?» — Il esl iDge de voir la narration commencer par et. Mais cela cplique par la relation que nous venons de signaler entre récit subséquent et le témoignage cité v. 15. La narra- A plonge, pour ainsi dire, ses racines dans le prologue. foi formulée dans la parole du v. 15 n'est-elle pas prennent celle dont la narration va retracer l'origine et le reloppement? — Kal aùm' peut se paraphraser ainsi : tEl ci la teneur du témoignage....» — Ce qui donnait à te déclaration de Jean-Baptiste une importance particu-

Origène lit une fois totc, d'autres fois otc.

B C It«*»<! Syr. et autres Vss. ajoutent après aneTUEiXav : ::po;

Ida PREMIÈRE PARTIE.

Hère, c'était son caractère officiel. Elle fut énoncée en présence d'une députation du Sanhédrin et comme réponse à une interrogation positive émanant de ce corps, chef religieux de la nation juive. Le Sanhédrin, de l'existence duquel nous ne trouvons les premières traces que dans les temps d'Antipater et d'Hérode (Josèphe, AnliquiléSy XIV, 9, 4), était sans doute une continuation ou un renouvellement d'une institution plus ancienne. On se rappelle le tribunal de soixante et dix anciens établi par Moïse (Nomb. XI, 16). Sous Josaphat (2 Chron. XIX, 8), il est aussi fait mention d'un tribunal suprême siégeant à Jérusalem et composé d'un certain nombre de Lévites, de sacrificateurs et de pères d'Israël. Comp. peut-être aussi Ez. VIII, il etsoiv.: <L Soixante et dix hommes d'entre les anciens d'IsraH,^ Dans les Maccabées (1 Macc. XII, 6; 3 Macc. 1, 10; IV, 44, etc.), le corps appelé ytfowsioi, sénats joue un rôle analogue à celui de ces anciens tribunaux, mais sans que Ton poisse constater une continuité historique entre ces institutions. Au temps de Jésus, ce sénat nommé Sanhédrin était composé de soixante-onze membres, le président compris. (Traité Sanhed. I, G.) Ces membres étaient de trois sortes: V les grands sacrificateurs (âp)riep«i;), terme qui désigne probablement les grands-prêtres sortis de charge, et les membres des plus hautes familles sacerdotales; ^ lesoAciens du peuple (irpeaêurepoi, âp/ovreç toO ^ou), terme qui comprend sans doute les autres membres en général, non seulement laïques, mais aussi prêtres ou I^évites; 9^ les scribes (Ypap(.;jLaTeiç), désignant spécialement les experts dans la loi, les juristes de profession. Le grand-prétre présidait d office*. Le Sanhédrin avait jusqu'ici fermé les jeox

* L'opinion ancienne d'après laquelle le Sanhédrin aurait eu un pr^ pident et un vice-président électifs (le Ntisi et le Av-Beth-Din), partit être réfutée aujourd'hui par Kuenen et SchQror. Voir Lehrhuck àff neutest, Zeitgesch., de Schiirer, § 23.

sur l'activité de Jean-Baptiste. Mais voyant que les choses prenaient de jour en jour une tournure plus grave, et que le peuple commençait même à se demander si Jean n'était point le Christ (comp. Luc 111, 15), ils crurent devoir user enfin de leur compétence et lui poser officiellement la question de sa mission. Jésus (V, 38) fait allusion à cette mesure, qui motiva plus tard son propre refus de répondre à un interrogatoire semblable (Matth. XXI, 23 et suiv.). — La Mishna dit expressément que c le jugement d'une tribu^ d'un faux prophète et d'un grand sacrificateur appartient au tribunal des 71. » Sanh, I, 5. — La dénomination « les Juifs 1^ joue un rôle important dans le quatrième évangile. Ce nom, d'après son étymologie, ne désigne proprement que les membres de la tribu de Juda ; mais depuis le retour de la captivité, il s'appliquait au peuple entier, parce que la plupart des Israélites rentrés dans leur patrie appartenaient à cette tribu. C'est dans ce sens général que nous le trouvons II, 6 : €Selon la purification des Juifs 3; 11, 13 : f La Pâque des Juifs 3; III, 1 : t Lun des principaux des Juifs.^ Dans ce sens politique, ce terme peut même s'étendre aux Galiléens : VI, 52. Mais ce nom prend dans notre évangile une signification religieuse. L'auteur y rattache la notion d'une antipathie plus ou moins prononcée pour Jésus et sa cause, et cela tout naturellement puisque le foyer de l'hostilité dont Jésus avait été Tobjet se trouvait à Jérusalem et dans la province de Judée. On a voulu prouver par ce sens odieux que l'auteur attachait au nom de Juif, qu'il ne pouvait appartenir lui-même à cette nation ^ Mais depuis la ruine de Jérusalem il n'existait plus de nation juive au point de vue politique; et Jean, appartenant lui-même, par sa foi, à une communauté nouvelle, pouvait bien parler des

« Fischer, Tâbinffcr Zeitschrifï,iSiO, et de môme Hilgenfeld. Nous avons réfuté cette objection dans Ylntrod. I, p. 209.

Juifs, dans le sens religieux, comme d'une corporation qui lui était devenue étrangère. L'àpôtre judéo-chrétien esl bien plus sévère encore dans l'Apocalypse envers ses anciens compatriotes, qu'il appelle c la synagogue de Salant (III, 9). — Les mots de Jérusalem dépendent non du mot ks Juifs, mais du verbe envoyèrent. L'intention de ce régime est de faire ressortir la solennité de la démarche; elle partait du centre de la théocratie. — Des Lévites avaient été adjoints aux sacrificateurs. On a souvent pensé qu'ils ne jouaient que le rôle d"huissiers. Mais, dans plusieurs passages de l'A. T. (2Chron. XXII, 7-9; XXXV, 3; Néb. VIII, 7), Ton voit que c'étaient les Lévites qui étaient chargés d'instruire le peuple dans la loi, d'où Hengstenbei^ a conclu, non sans raison, que les scribes, si souvent mentionnés dans le Nouveau Testament, appartenaient en général à cet ordre, et que c'est en cette qualité et par conséquent comme membres du Sanhédrin, que quelques-uns d'entre eux figuraient dans la députation. — La question qu'ils adressent à Jean-Baptiste se rapporte à l'attente, régnant à celte époque en Israël, du Messie et des envoyés extraordinaires qui devaient précéder sa venue, c Qui esta ? i> signiGe dans le contexte : Quel personnage attendu es-tu? Nous verrons au v. 25 quel embarras cette question préparait à Jean, s*il refusait de, déclarer son titre.

Origène, qui plaçait, comme nous l'avons vu, les trois derniers versets dn prologue dans la bouche de Jean- Baptiste, crut, en conséquence, que le témoignage suivant (v. 19 et suiv.) en était un nouveau, postérieur à celai des V. 15-18. Il ponctua donc après le mot Jean^ en fiaisant sans doute de ces premiers mots : c Et c'est là le témoignage que rendit Jean,!^ un appendice du témoignage précédent. Puis il commença avec le oTe, quand, ou le totc^ alors (c'est ainsi qu'il crut pouvoir modifier le texte), une nouvelle

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proposition dont le texte principal devait se trouver au V. 20 : ci/ déclarai. Mais le xai, et^ devant ce verbe, rend cette construction impossible. Car jamais la copule xai n'est, chez Jean, le signe de Tapodose, pas même YI, 57. Quant à la transformation de ore en tot^, elle est entièrement arbitraire. On verra plus tard les conséquences de toutes ces erreurs exégétiques d'Origène. Les mots icpo; oùtov, vers lui^ ajoutés par une partie des alexandrins, sont condamnés avec raison par Tiscbendorf, Meyer, etc. — C'est à tort que Meyer fait encore dépendre le xal ù^^lqKv^qi de oTc. Cette construction serait lourde et traînante.

V. 20. €EtU déclara^ ei ne nia point, et déclara ^ : Je ne suis point le Christ^. i^ — Avant d'indiquer le contenu de la réponse de Jean-Baptiste, l'évangéliste fait ressortir ses caractères : elle fut prompte, franche, catégorique. Le premier c il déclara » indique en effet la spontanéité, l'empressement avec lequel fut faite cette déclaration. Suit la même pensée sous forme négative : € il ne nia pas,^ pour dire qu'il ne céda pas un seul instant à la tentation qu'il aurait pu avoir de nier. Enfin le second c il déclara ]» est ajouté au premier, afin d'y rattacher la profession qui va suivre. Cette forme remarquable du récit (comp. I, 7. 8) ne s'explique bien que par une allusion à des gens qui, dans le milieu où vivait l'apôtre, inclinaient à donner au personnage de Jean-Baptiste une valeur supérieure à sa dignité réelle. — Dans la leçon des alexandrins et d'Origène, il faudrait traduire : c Ce n'est pas moi qui suis le Christ. ]> Cette réponse conviendrait, si la question eût été : i, Est-ce toi qui es le. Christ? > Mais la question était simplement : €Oui es-tuf 3 et la vraie réponse est par conséquent celle

' L omet xai, et H Syr*"*" Or. le second xat o>fjioXoYTi«v. 'nABCLXà ItP»'"*!'" Cop. Or. (3 fois) lisent tfoi oux «jjli, tandis que 44 autres Mjj. et le T. R. placent eifit avant f^u>.

qui se trouve dans le T. R. : tJene suis pas le Cbrist,i c'est-à-dire : ce Je suis bien quelque chose, mais non pas le Clirist.)

V. 21 . « E^ ils lui demandèrent: Qu^esl-ce donc^f Es-tu^ Èlief Et il dit : Je ne le suis pas. — Es- tu le prophète^ Et il répondit : iVon.> — Plusieurs interprètes entendent la question ti ouv (quoi donc?) dans le même sens, ou à peu près, que la précédente: t Qu es-tu doncfi^ Mais il est peu naturel de prendre le neutre ti dans ce sens. De Wette ne voit dans ces mots qu'une locution adverbiale : tQuoi donc!t> Ce sens est fade. 11 faut plutôt sous-entendre avec Meyer wrî : ce Qu'y a-t-il? Que se passe-t-il donc d'extraordinaire?» Cette forme d'interrogation respire l'impatience. — Malachie avait annoncé (IV, 5) la venue d'Elie comme préparateur du grand jour messianique, et nous savons par le Dialogue de Justin avec le Juif Tryphon que, d'après une opinion populaire, le Messie devait rester caché, jusqu'à ce qu'il eût été signalé et sacré par ce prophète. Plusieurs passages des évangiles (Matth. XVI, 14-; Marc VI, 15) prouvent que l'on s'attendait en outre à voir reparaître quelque autre prophète des temps anciens, Jérémie, par exemple. Entre ces personnages attendus, il en était un que l'on appelait spécialement le prophète. Les uns le distinguaient du Messie (Jean Vil, 40. 4i); d'autres le confondaient avec lui (VI, 14). Il s'agissait assurément du personnage auquel on appliquait la promesse Deut. XVIII, 18 (le prophète tel que Moïse). Naturellement le peuple ne se représentait point un second Elie ou un nouveau Moïse dans le sens spirituel, comme lorsque Tange dit de Jean-Baptiste (Luc I, 17) : € Il marchera dans V esprit et dans la force d^Élie.i C'était le personnage lui-même qui devait reparaître en

* B lit <TJ O'jv Ti (qu*es-tu donc).

* N B L retranclicnt tj après si.

laîr et en os. Gomment Jean-Baptiste aurait-il affirmé, ins ce sens littéral, son identité avec l'un ou avec l'autre 3 ces personnages anciens? Entrer dans ie domaine des istinctions théologiques, il ne le pouvait ; et cela n'était 3int conforme à son caractère. Sa réponse dut donc aussi ir ce point être négative.

V. 22 et 23. c /te lui dirent donc: Qui es-tu? afin que JUS rendions réponse à ceuœ qui nous ont envoyés. Que iS'tu sur toi-même? 23 // dit : Moi, je suis une voix criant %ns le désert : Dressez le chemin du Seigneur, comme l'a U le prophète Esa7c.i^ — Les députés ont maintenant )uisé les suppositions fournies par le programme messiaique généralement admis. Il ne leur reste qu'à poser à Min une question générale qui le force h sortir de Tattirde négative dans laquelle il pei*siste à s'enfermer : c Qui r-fti.^i c'est-à-dire : t Quel personnage es-tu?» Les allures ctraordinaires de Jean en Israël motivaient suflisamment ;tte question. — Jean y répond par une parole d'Esaîe qui il h la fois l'explication et la garantie de sa mission. Le ms du passage prophétique est celui-ci : Jéhovah est sur ! point de paraître pour manifester sa gloire. Au moment ai précède son apparition, sans qu'aucun personnage se lontre isor la scène^ on entend une voix qui invite Israol

dresser la voie par laquelle son Seigneur va venir. 11 ne agit nullement dans ce tableau du retour de la captivité : est l'apparition messianique de Jéhovah. Comme en rient, avant l'arrivée du souverain, on redressait et aplaissait les chemins, ainsi Israël doit préparer à son roi ivin un accueil digne de lui, et la fonction de la voix mysrieuse est de l'engager à opérer cette œuvre de préparaon afin que la grâce insigne qui s'approche ne tourne pas 1 jugement. Jean s'applique d'autant plus volontiers cette irole d'Esaîe, qu'elle convient parfaitement à son désir

d'effacer sa personne et de ne laisser paraître que son roes^ sage : c une voix. > — Les mots (m désert peuvent se rapporter, en hébreu comme en grec, soit au verbe qui précède : crier ^ soit à celui qui suit : dresser. Pour le sens, cela revient au même, puisque Tordre retentit dans le lieu où il doit s'exécuter. Le rapport au verbe précédent est plus naturel, surtout en grec. — Le désert désigne en Orient les terres non labourées, ces vastes étendues de terrain qui servent de pâturages, et qui ne sont Xraversées que par des sentiers sinueux, et non par des routes dignes d'un souverain. Tel est l'emblème de l'état moral du peuple ; l'entrée de Jéhovah n'est point encore préparée dans son cœur. La repentance collective et nationale peut seule lui frayer la voie. En fixant son séjour au désert, le i»^curseur avait voulu signaler plus clairement, par cette conformité littérale à l'emblème prophétique, raccomplissement moral de la prophétie. — La formule de citatioo : € Comme a dit...,i^ appartient-elle au récit de Févangéliste ou bien à la réponse même du Baptiste? On peut dire en faveur de la seconde alternative que le précurseur avait plus besoin de se légitimer lui-même, à ce moment-là, que l'évangéliste de le légitimer si longtemps après. Parler ainsi, c'était, de la part de Jean, décliner son mandat et dire son mot d'ordre. C'était déclarer à ces députés, experts dans la science de la loi et des prophètes, que, s'il n'était personnellement aucun des personnages attendus, sa mis* sion n'en était pas moins en rapport direct avec la prochaine apparition du Messie. C'était là tout ce qui importait pour le Sanhédrin et pour le peuple au point de vue moral. Chacun était averti.

L'interrogatoire précédent portait sur le rôle général d^ Jean-Baptiste. |La députation lui en fait subir un second plus spécial relatif au rite du baptême introduit par lui.

ÊfâDgéliste fait précéder cette nouvelle phase de Teotrein d'une remarque relative au caractère religieux des smbres de la députât ion.

V. 24. €Et eetix qui^ avaient été envoyés, étaient d'eni les pharisims.% — Si l'on traduit ainsi d'après le T. R. i s'appuie sur la majorité des Mjj., tous les Mnn. et la npart des Vss., en faisant du participe oêirecTa^ptivoi, dérminé par l'art, ol, le sujet de la phrase, le but de cette marque ne peut être que de motiver la question qui va ivre. C'est la manière habituelle de Jean de suppléer ainsi 1 fur et à mesure les circonstances propres à éclairer

récit; comp. 1, 41. 45; IV, 80; IX, 14; XI, 5. 18; lil, 23; etc. Les pharisiens étant les ultra-conservanrs en Israël, nul n'avait dû être plus choqué qu'eux i l'innovation que se permettait Jean-Baptiste en introliaant le baptême. Les lustrations faisaient sans doute irtie du culte juif. Quelques-uns prétendent même que les osélytes païens étaient soumis à un bain complet, à l'ocsion de leur passage au judaïsme. Mais l'application de ce mbole de souillure totale aux membres du peuple théoatique était une innovation si étrange qu'elle avait dû eiller au plus haut degré la susceptibilité des autorités rdienncs des rites et très-particulièrement celle du parti

plus attaché à la tradition. Aussi l'élément pharisien ait-il prévalu dans la députation que le Sanhédrin avait loisie. On voit aussi combien le plan de l'interrogatoire* ait habilement tracé : avant tout la question de la mission; »rès cela seulement celle du rite. Le cours du récit s'exique donc à ce point de vue tout naturellement; mais igène, encore égaré ici par la fausse interprétation qu'il ait donnée de la fin du prologue, s'imagina qu'au v. 24

* M A B C L et Or. retranchent oi devant aneT:aX(jievot.

il s'agissait d'une toute nouvelle députation, difTérente <le celle du v. 19; cette députation aurait été envoyée exclusivement par les pharisiens. Il traduisit donc : €Et il y avait aussi là des envoyés d'entre les pharisiens.» L'art. ol dut, dans ce sens, être retranché. Et c'est de là, sans doute, qu'est provenue la leçon des Mss. alex. qui retranchent ce mot. Mais cette explication est inadmissible. Elle supposerait que ces députés, mentionnés v. 34, sont restés là comme personnages muets pendant tout l'entretien précédent; ce qui est absolument invraisemblable. Et même après l'altération du vrai texte, à laquelle elle est obligée de se livrer, elle n*en reste pas moins grammaticalemenl très-forcée.

V. 25. «E( ils l'interrogèrent^ et lui dirent : Pourquoi donc baptises^lUj situ n'es pas le Christ, ni Elie, ni lepr(h phète '?ï> — Les plus stricts gardiens des rites concédaient bien au Messie ou à l'un de ses précurseurs le droit d'innover, en fait d'observances; et si Jean s'était déclaré l'un de ces personnages, ils se seraient contentés de réclamer ses titi*es, et auraient gardé le silence sur son baptême qui se fût trouvé légitimé avec sa mission. En effet, ce verset même parait prouver que, sur le fondement de paroles telles que Ez. XXXVI, 25. 26 et Zach. XIII, 1, on attendait une grande luslration nationale comme inauguj*alion du règne du Messie. Jean-Baptiste ayant expressément repoussé l'honneur d'être l'un des prophètes attendus, la députation était en droit de lui poser maintenant la question : c Pourquoi donc baptises-tu f i^ Dans le donc est renfermée la relation d'idée que nous venons d'établir. — D'après la leçon du T. R. ni, ni, la pensée est celle-ci:

* N retranche r^pcoTr^^av auTov xat [le copiste a confondu les deux x»!.

* Au lieu de ouïe o-jtc, que lit le T. R. d'après la plupart des Mjj. et Mnn., on lit dans A B C L et Or. (6 fois) ou$c ouBs.

CHAP. I, S4-â7. 14i

La supposilion que tu es le Christ écartée, il ne reste our expliquer ton baptême que de ce que tu sois Tun ou autre de ces deux précurseurs attendus; si donc tu n'es ni un ni l'attire, pourquoi... etc.?» Ce sens délicat de la néalion disjoncUve n'était pas aisé à saisir; et cette diffiulié a produit la correction alex. où^é, o^j^é, ni non plus, ui ne fait qu'ajouter négation à négation. — La position e Jean-Baptiste en face de cette question, après sa réponse récédente, était difûcile :

V. 36 et 27. a Jean leur répondit disant : Ouij je bapUse 'eau *; au miUeu de vous > se tient ' quelqu'un que vous ne tmnaissez pas, vous; 37 c'est lui qui est celui ^ qui vient près moi — qui a été là avant moi^ — delà scmdale duuel je ne suis pas digne de délier la courroie.i^ — Cette èponse a été trouvée peu claire et embarrassée. De Wette ense même qu'elle ne correspond pas à la question. L'exlication généralement admise est celle-ci : cMon baptême 'eau en tous cas n'empiète pas sur celui du Messie, qui est e nature toute différente; il le prépare seulement.» Ainsi ean demanderait, en quelque sorte, au Sanhédrin, grâce our son baptême, au nom du baptême plus important, du aptême d'Esprit, que doit accomplir le Messie. Mais, d'àord, ce serait là éluder la question posée ; et la critique de e Wette serait fondée. Car on attaquait le baptême de Jean

^ H seul : £v T(i> uSati au lieu de £v u^axt.

« Après fuao; le T. R. lit Se avec toutes les autorités, excepte ^eB(]

et Or. (40 fois] qui retranchent ce mot.

• B L T^: oT9)xci (stat); ti^ G: eorrixct (stetit); T. R. avec tous les aues : cTTr^xf V.

* T. R. ht, après oi5«t£, autoç £t:iv avec 43 Mjj. les Mnn. It. Vjr. J.T. Or. [h fois); ces mots sont retranchés par k B C L T^ Syr«"' et r. (6 fois).

' Après €px^o(uvo( T. R. ajoute o; £{inpo96sv [xou -^i-^owi^*^ avec les émes autorités à peu près ; ces mots sont retranchés par les mômcîs. itoritës qui ont retranché «uto; £tci.

142 PREMIÈRR PARTIE.

en lui-même, et non à cause de son rapport à celui du Messie. Puis les mots êvO^ari, d'eau^ devraient être placés en tête : c Ce n'est que d'eau que je baptise;» et le baptême d*Esprit devrait nécessairement être mentionné dans la proposition suivante, comme antithèse. Enfin il ne serait point conforme au caractère du Baptiste de chercher à s'abriter sous l'insignifiance de son rôle et de faire passer son baptême comme une nouveauté inoiTensive. Tout est plein de dignité, de solennité, de menace même, dans cette réponse bien comprise. Elle est destinée à faire ressortir la gravité de la situation présente au mystère de laquelle il est seul initié et dans laquelle il a un rôle si important à jouer. C'est la continuation de son appel à la repentance, v. 3â : « Dressez le chemin du Seigneur, t^ en même temps que la réponse à la question des pharisiens. Par le fait même qu'il leur annonce la présence du Messie au milieu d'eux, leur question se trouve résolue. Si le Christ est là, s'il est connu de lui et de lui seul, le temps messianique est arrivé; il en est Tinitialeur, et son baptême est parla même justifié. Ce sentiment de la grandeur de la situation et de son rôle s'exprime avec énergie dans le eya), mot, placé en tête, non, comme on le croit, en opposition avec le Messie — car le baptême tout différent de celui-ci devrait être mentionné ensuite — mais dans ce sens : c Vous me demandez pourquoi je baptise? Je le fais, non sans savoir pourquoi: c*est qu'il est là, sachez-le bien,celui que vous attendez!» Ainsi eyci> : cmot, qui sais à quoi en sont les choses.» Nous avons rendu la force de ce pronom par l'affirmation oui! Voilà aussi pourquoi le verbe je baptise est placé avant le régime : deau. L'antithèse entre le baptême d'eau et ic baptême d'Esprit est totalement étrangère à ce pass^- D'après cela, le èéy mais, doit sans doute être retraocbé avec les alex. Cette particule adversative s'est introduite sous

mpire de l'antithèse supposée entre les deux baptêmes. mais pourrait cependant se soutenir dans ce sens : c Je ptise d'eau, et je sais bien moi-même que c'est grave! u$ je ne le fais pas à la légère; car il est là, celui qui il venir.) Ce sens parait un peu forcé. — Les mots au ïlieu de vow^ accompagnés, comme ils le furent sans nte, d'un regard significatif par lequel le précurseur mblait chercher dans la foule celui dont il parlait^ durent oduire une émotion profonde. Le terme iarfixe^ ou <rnox», se tient là, est plus dramatique que il est là. Les mots iportants sont ceux-ci : Que vous ne connaissez pas. accent est sur le mot vous, en opposition à Jean lui-même li le connaît. Voilà sa légitimation et en même temps celle i son baptême. Cette parole suppose nécessairement que baptême de Jésus était déjà un fait accompli, au moment 1 parlait Jean. Car c'était dans cet acte même que, conmiément à la promesse divine (v. 33), le Messie lui avait é révélé. Il déclare lui-même v. 31 et 33 que, jusqu'à ce ornent, il ne le connaissait pas. Il ne faut donc point acer le baptême de Jésus, avecOlsliausen et Hengstenberg, j jour-là ou le lendemain, ou avec Ewald entre les v. 31 32 et avec Bâumlein entre v. 28 et 29. — 11 ne faut is non plus identifier ce témoignage avec les prédications ^ Jean rapportées dans les synoptiques, et qui ont précédé baptême de Jésus. Là, il disait vaguement : cil en vient s après moi.) Ici la prophétie prend un tout autre caracre : cil est là, et je le connais. i> C'est donc ici le prêter témoignage qui se rapporte à la personne de Jésus rectement; c'est le vrai point de départ de la foi en lui. - Que penser de l'omission des mots cest lui (aùro; égti), . : quia été avant moiy chez les alex.? Il existe un préjugé îtique d'après lequel la leçon la plus courte serait aussi plus exacte. Cette règle est loin d'être toujours vraie.

Ii4 PREMIÈRE PARTIE.

Ainsi dans ce cas je soupçonne le texte alexandrin d^avoir été mutilé par une main qui croyait le purifier. Et cette main n'est autre que celle d'Origène, coupable déjà de tant de bévues dans ce cliapilre. Se déliant du texte, tel qu'il le trouvait reproduit de son temps (voir p. 23), il envisagea, en raison de certaines analogies entre Jean et les synoptiques, telles que celle-ci : 9. de la sandale duquel je nesuà pas digne de délier la courroie,)^ ce témoignage comme la reproduction de celui des synoptiques, et en retrancha, comme interpolation (provenant du v. 15), tout ce qui le dépassait. — Ces mots : c*esi /m/, du T. R., senent à rappeler les déclarations qui avaient précédé le baptême de Jésus, et à constater Tidenlité du personnage signalé ici avec ce Messie depuis longtemps annoncé par Jean. Il en est de même des expressions c celui qui vient après moi » et ^ celui dont je ne suis pas digne,.. "ù — Par Texpressioa ft délier la courroie des sandales, 3 Jean veut désigner rhumble office d'un esclave. Sur le pléonasme du o*j et du omtoG Uiiumlein dit avec raison : c imitation de la construction hébraïque.» Les philologues discutent sur la question de savoir si la forme â;io; iva implique un afTaiblissement du sens de la conj. iva qui deviendrait ici une simple paraphrase de rinfinitif (digne de délier) — ainsi Bàumlein — ou si cette conjonction conserve toujours la notion de but [Heyer/. Le premier s'appuie sur l'usage du grec postérieur et sur le va du grec moderne qui avec le verbe au conjoncUf remplace l'inlinilif. Néanmoins nous croyons avec Meyerqueb notion de but ne se perd jamais tout à fait dans le îvoc do N. T.

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