II. — Second témoignage : v
Comment comprendre que les députés du Sanhédrin aient quitté Jean sans lui demander quel était le personnage dont il voulait parler? Ou bien ils ne se souciaient pas de le savoir, ou bien ils méprisaient celui qui leur parlait de la sorte. Dans les deux cas, c'est d'ici que daterait leur incrédulité. Après leur départ, le précurseur resta avec ses disciples et la foule qui avait assisté à cette scène; et dès le lendemain, son témoignage prit un caractère plus catégorique. Il ne dit plus seulement : a Le Messie est là;i mais, voyant Jésus s'approcher, il dit : c Le voilà! > Il le caractérise d'abord quant à son œuvre (v. 29), puis quant à sa personne (v. 30) ; il raconte ensuite comment il est arrivé à le connaître et sur quel fondement repose le témoignage qu'il lui rend (v. 31-33); il fait enfin ressortir l'importance qu'a pour ses auditeurs l'acte qu'il vient d'accomplir en se déchargeant devant eux d'un tel message (v. 34).
V. 29. « Le lendemain^ il^ voit Jésus qui vient à lui, et il dit : Voilà t agneau de Dieu, qui 6te le péché du mondej — Le lendemain même du jour où Jean avait proclamé la présence du Messie au milieu du peuple, Jésus s'approcha de son précurseur, qui le reconnut et le déclara le Messie. Ces mots : venant à lui, ont embarrassé les interprètes. Les uns ont entendu à tort : pour être baptisé (voir
* Les mots o ïtoavvr,; du T. R. qui sont omis dans un grand nombre de Mjj. et de Mnn., aussi bien alexandrins que byzantins, et dans plasieurs Vss., sont une de ces adjonctions, fréquentes dans le texte byzantin, qui ont ëtë amenées par les besoins de la lecture dans le calte.
plus baul). Baurn'y a vu d'autre sens que celui-ci : pour recevoir le témoignage de Jean, et a trouvé naturellement dans ce trait une preuve du caractère purement idéal de la narration. Mais que suppose ce détail? Une chose toute simple : c'est que Jésus après avoir été baptisé, antérieurement à cette rencontre, s'était éloigné de Jean pendant un certain temps, et qu'après cet intervalle il revenait en ce jour-même auprès de son précurseur. Or c'est précisément ce que confirme le récit synoptique. Jésus, après son baptême, s'était en eflet retiré dans la solitude du désert où il avait passé plusieurs semaines, et c'était maintenant qu'il reparaissait pour commencer son œuvre de Rédempteur. Que ce fût auprès de Jean qu'il revint dans ce but, rien de plus naturel. N'était-ce pas lui qui devait lui frayer l'accès en Israël, et auprès de lui qu'il pouvait espérer de trouver les instruments qui lui étaient indispensables pour l'accomplissement de sa tâche? Jésus lui-même (X, S) désigne Jean comme fe portier qui ouvre au Berger la porte du bercail, de telle sorte qu'il n'a point à franchir le mur de l'enclos, comme le brigand. Les mots venant à lui sont donc parfaitement conformes à la situation et ne se rapportent nullement à une simple promenade inventée pour motiver le témoignage suivant. Comp. Liicke, qui met aussi ce trait en rapport avec le récit de la tentation.
D'un côté, la dénomination dont Jean se servait pour désigner Jésus comme le Messie, devait certainement être intelligible pour ceux qui l'entouraient; de l'autre, elle devait être en rapport avec l'impression qu'il avait luimême reçue lors de sa première rencontre avec Jésus. Afin que la première de ces conditions fùt«remplie, il fallait que l'expression « t agneau de Dieu » renfermât une allusion à quelque parole ou à quelque fait de l'Ancien Testament généralement rapporté au Messie. L'interprétation de
ce terme, qui satisfait le mieux à cette condition, est certainement celle d'après laquelle Jean-Baptiste rappelle ici à ses auditeurs le serviteur de l'Eternel décrit Es. LUI. Avant que la polémique contre, les chrétiens eût poussé les interprètes juifs à une autre explication, ils rapportaient le passage Es. L1I,13-U1I, 12 au Messie. C'est ce qu'avouent unanimement Kimchi, Jarchi, Aben-Esra et Abarbanel. Ce dernier dit : «Jonathan, fils d'Usiel, a rapporté cette prophétie au Messie qui doit venir, et c'est aussi l'opinion de nos sages d'heureuse mémoire.» (Voir Eiseninenger, Entdeckt, Judenth, \\ Th. p. 758; Lûcke,l. l,p. 406.)* Nous n'avons pas à démontrer ici la vérité de cette explication et les difficultés insolubles dans lesquelles s'embarrasse toute interprétation contraire. Il nous suffit du fait qu'elle était régnante chez les anciens Juifs. Il résulte de là que l'allusion de Jean-Baptiste pouvait aisément être comprise. Le serviteur de l'Eternel est représenté dans ce chapitre comme « portant sur lui seul Viniquiié de nous tous, » et dépeint au verset 7 en ces mots : t // est mené à la tuerie comme un agneau, comme une brebis muette devant celui qui la lond.i^ De ces deux paroles réunies d'Esaïe ressort directement la dénomination employée en cette occasion solennelle par Jean-Baptiste. Quelques interprèles ont prétendu que l'expression à'aqneau ne dé-
* Conip. surtout WUnsohe, die Leiden des Messins^ 1870, p. 53 et suiv. Par une fouie de paroles rabbiniquos il fournit la preuve qoe les passages Es. LU, 13-LIII, 1i, Zachar. IX, 9 [pautre, monté sur un (ine) el XI!, 10 '« à moi qu'ifs ont perci^ »; ont été de tout temp» et unanimement ^apporl(^ au Mi»ssie et à ses souffrances expiatoires. L'ossai même de disUnguer entre deux personnages messianiqaas. l'un, le fils de Joseph, ou d'Ephraîm, qui a en partage ia souffrance, et l'autre, le fils de Jndn, à (|ui est attribuée la gloire, n'est qu'une tentative postérieure (lès le n« siècle, comp. Wunschc, p. 409; de concilier celte inler|)rétation incontestée avec l'idée du Messie glorieux.
signait, ici comme dans la parole d'Esaïe, que la douceur parfaite de Jésus, sa patience dans ses souffrances, sans aucun rapport à l'idée de sacrifice. Ainsi Gabier : c C'est ici l'homme plein de douceur, qui supportera patiemment les maux que lui causera la perversité humaine,» et Kuinoel : c Voilà l'être innocent et pieux, qui ôtera la méchanceté de la terre;» Ewald, à peu près de même. — Mais toutes €es explications ne rendent pas suflisamment compte de l'art. 0, l'agneau connu, attendu, et ne font pas ressortir la relation qu'établit le texte entre l'image à'agneau et l'acte A'ôler le péché, — Quelques interprètes ont supposé que l'image employée par Jean était empruntée, non à Es. LUI, mais en général aux sacrifices dans lesquels l'agneau était employé comme victime. Mais ces sacrifices n'avaient pas un rapport assez spécial au Messie pour que la dénomination dont se sert Jean eût été dans ce cas suffisamment claire. Il n'est qu'un sacrifice qui put répondre en quelque manière à cette condition : c'est celui de l'agneau pascal. On nie, il est vrai, mais a tort, selon nous, le caractère expiatoire du sacrifice pascal. «Je verrai^ dit l'Eternel Ex. XU, 13, le sany sur les portes de vos maisons ^ et je passerai par-dessus, et il ny aura point de plaie parmi vous pour détruire, nf Comment, d'après cette parole, le sang de cet agneau n'aurait-il pas eu une valeur expiatoire? cLe sacrifice pascal, dit avec raison Hengstenberg, était la base de tout le système des sacrifices, la base de l'ancienne alliance elle-même... Voilà pourquoi il possédait certains caractères que n'avaient pas les sacrifices expiatoires ordinaires, par ex. le repas sacramental, emblème de la communion avec Jéhovah. C'est là ce qui a égaré sur ce point les interprètes.» Mais serait-il nécessaire d'opter en- Ire l'allusion à Es. LUI et le rapport à l'agneau pascal? Esaïe n'a-t-il pas emprunté lui-mcme au sacrifice de l'a-
gneau pascal les traits essentiels île son tableau du semteur (le l'Eternel souffrant pour Texpiation des péchés du peuple? Ces deux explications ne sont donc point contradictoires ; il ne faudrait pas même rejeter entièrement l'explication de Gabier, Ewald, etc. Car il est indubitable que, parmi les animaux purs et servant de victimes, Tagneau était celui qui, par son caractère d'innocence et de douceur, offrait l'emblème le plus conforme au rôle du Messie, tel que le décrit ici Jean-Baptiste. Nous n'en persistons pas moins à penser avec Meyer, contre Olshausen, Luthardt, Hofmann, que c'est essentiellement sur le tableau du LIII*^ chap. d'Esaïe que repose cette expression; corap. Matth. Vin, 17; Luc XXII, 37; Actes VllI, 32; 1 Pier. H. :22 et suiv. — Le complément toO 5eoO, de Dieu^ est le gén. de possession : dans ce sacrifice-ci, ce n'est pas l'homme qui offre et qui immole; c'est Dieu qui donne, et qui donne du sien. Comp. 1 Pier. I, 19. 20; Rom. Vlll, 32. — Mais après avoir tenu compte de toutes ces données» on éprouve encore le besoin de s'expliquer le choix de celte expression par quelque impression personnelle du précurseur. Et pour cela il suffit de se rappeler ce qui avait dû se passer entre Jésus et lui dans la scène du baptême. Chaque Israélite, avant d'être marqué de ce sceau, devait confesser ses péchés à Jean-Baptiste (comp. Matth. III, C). Jésus, se présenlanl comme tout autre Juif, dut faire ce que faisait chaque néophyte. Comment cela? Ne pouvant confesser son péché personnel, il déroula, sans doute, celui d'Israël, celui du monde, tel qu'il le comprenait, aux i*egards étonnés de Jean. Ce tableau, tracé avec la sainteté, l'amour, la compassion, la douceur uniques de Jésus, dut saisir profondément Jean-Baptiste, dont la conscience et la charité n'étaient point au niveau do celle de ce pèlerin inconnu. Va ce fut sans doute ce contraste, vivement senti,
entre lui-même el Jésus qui, parmi toutes les dénominations messianiques qu'aurait pu lui offrir l'A. T., lui fit préférer celle-ci : t L'agneau de Dieu qui Ole le péché du nwnde.i^ Il est remarquable que ce titre d'agneau, sous lequel Tévangéliste apprit à connaître pour la première fois Jésus, soit celui par lequel le Sauveur est désigné de préférence dans l'Apocalypse. La corde qui avait vibré, à cette heure décisive, au plus profond de son cire, a retenti chez lui jusqu'à son dernier soupir.
Les exégètes ne sont pas d'accord sur le sens du mot aïffiiv (lever, enlever) dans notre passage. Les uns prétendent qu'il exprime la notion de l'expiation. Il faut traduire dans ce cas : € qui porte le péché du monde. i> Comp. Es. LUI, 4 : (l\\ porte nos langueurs. » V. 6 : «L'Eternel a mis sur lui l'iniquité de nous lous.i> V. 11 : <i Lui-même portera leurs iniquités,ii> etc. D'autres allèguent 1 Jean III, 5 : f Vous savez que Jésus-Christ a paru pour ôter nos péchés (îva âpy;),» et trouvent plutôt ici l'idée de la sanctification du monde; ils traduisent : «qui emporte le péché...» Si Jean eût pensé spécialement à l'acte de l'expiation, il eût probablement employé le terme <pépgtv, porter, dont se servent les LXX dans les paroles citées. Il pense donc plutôt à l'enlèvement du péché ; mais comment oublier que, conformément à tout le chap. LUI d'Esaïc auquel il fait allusion, ce but ne peut être atteint que par le moyen de Fexpiation? Pour enlever le fardeau de dessus ceux sur qui il pèse, il faut bien qu'il s'en charge lui-même. La première explication renferme donc la seconde. — Le part. prés, aïpwv, emportant^ pourrait s'expliquer comme présent de compétence. Mais il est plus simple d'y voir un présent historique, dans ce sens que toute la vie sainte de Jésus, dès le commencement, a été la condition de l'efficacité de sa mort expiatoire. En tous cas, ce partie, est en rapport direct avec toD Beoîj, de Dieu : «l'agneau que Dieu envoie avec la tAche d'ôter...»
Le fardeau à enlever est désigné d'une manière grande et sublime : le pMé du monde. Ce substantif au singulier, le péché, présente l'égarement de l'humanité dans son unité profonde. C'est, s'il est permis de s'exprimer ainsi, le péché en bloc^ renfermant tous les péchés de tous les pécheurs de la terre. Ne sortent-ils pas tous d'une même racine? H faul se garder d'entendre, avec de Wetle, par iaapTÎa, la peine du péché. Ce mol embrasse tout ensemble la peine, la coulpe et le péché lui-même. — Il résulte des mots du monde que Jean-Baptiste étend l'influence de l'œuvre messianique à toute l'humanité. On a trouvé cette idée trop universaliste dans une pareille bouche, et on l'a mise sur le compte de l'évangéliste. Il est vraiment étonnant de rencontrer un scrupule pareil chez ceux qui appliquent le eh. LUI d*Esaïe au peuple juif soufl*rant pour les péchés des païens! N'avait-il pas été dit dès longtemps à Abraham : t Toutes les familles de la (erre seront bénies en ta postérité >? Et la promesse, plus ancienne encore, faite à Adam: ^Im postérité de la femme écrasera la fête du serpenl^^ ne renfermait-elle pas ridée de l'universalisme humanitaire le plus absolu? La mission des prophètes était précisément de maintenir cette tendance universaliste au sein du particularisme théocralique; le prophélisme était le contre-poids mis par Dieu lui-même à l'exclusivisme que pouvait engendrer le régime légal. Et qui sont en effet les rois et les nations nombreuses ((lojim rabinm) Es. LIl^ 15, que fait tressaillir de joie le sacrifice expiatoire du serviteur de l'Eternel, sinon les rois païens et tous les peuples du mondée Comp. sur ce point la décisive et magnifique prophétie Es. XIX, 24-. 25! .Ican-Baplisle aurait-il été surpassé en clairvoyance par Esaïe, lui qui éiaii plus. r/u^un prophète f Et que signifierait cette menace ou cette promesse que les synoptiques mettent dans sa bouche, si du moins elle si-
CHAP. I, 2ÎI. 30. 153
iOe quelque chose : « De ces pierres mêmes, Dieu susci- -a des enfants à Abraham. i^
On a objecté, contre Texplicalion que nous venons de nner de ce verset, que l'idée du Messie souffrant n'élait s populaire en Israël, comme le prouve le passage Jean 1,34, où le peuple dît que «le Christ doit demeurer élerllement. > Mais l'explication messianique d'Es. LUI était mise par toute l'antique théologie juive. Ce fait incon- ;lable ne permet pas de supposer que l'idée du Messie affrant fût étrangère à la conviction générale, lors mcMne 6 l'attente du Messie glorieux était naturellement la pen- ; dominante dans l'esprit du peuple charnel. La prophé-
était remplie de contrastes dont elle ne donnait point la lution; et les éléments contradictoires existaient juxtasés dans le sentiment national.
Le précurseur, après avoir décrit l'œuvre du Messie, :nale la personne de Jésus comme celle qui, malgré son mble apparence, répond au contenu de sa déclaration
la veille :
V. 30. « Cest lui louchant lequel^ fai dit : Il vient rès moi un homme qui m'a précédé; parce qu'il était ant moi, m — Non seulement cette parole applique a sus présent le témoignage prononcé en son absence
20. 27); mais elle est de plus destinée à résoudre Téjme qu'il renfermait. Cette solution que le précurseur )ule aujourd'hui en faveur du cercle bien disposé qui ntoure, est renfermée dans les mots : parce qu'il était ant moi. La préexistence éternelle du Messie explique
effet sa présence de fait et son activité antérieure à Taprilion de Jean, au sein de la théocratie (voir à v. 15). —
sens aussi bien que l'autorité des documents appuient
Au lieu de -soi (touchant)^ N B (1 et Or. [i fois) lisi»nt u-£,c (en 'cur de).
la leron rci;ue irepî (et non wep). — Le terme flcvrlp, cel homme, est inspiré ici à Jean par la vue de ce personnage déterminé qu'il a sous les yeux. — Lùcke et Meyer ciwnl que, dans le v. 30, le précurseur se réfère, non point au témoignage précédent (v. 26 et 27), mais à quelque autre parole antérieure, qui ne serait rapportée ni dans notre évangile ni dans les synoptiques. Mais serait-il concevable que révangéliste, citant Tune après l'autre deux déclaralions, dont la seconde commence par ces mots : c CeM ici relui duquel f ai diL..,y> — n'ait pas eu Tintcntion de rappeler par cette dernière la précédente? L'erreur de ces deux interprètes provient de ce qu'ils ont admis au v. 27 la Icron incomplète des alex. qui, en retranchant les rooU: (fui était arant moi, rend cette déclaration trop différente de celle du v. 30, pour que l'une puisse être la reproduction de l'autre, d'autant plus que les derniers mots, ajoutés la seconde fois comme explication de l'énigme, rendent la différence plus grande encore.
Dans les v. 31-33, Jean-Baptiste raconte les circons; tances qui l'autorisent à rendre ainsi témoignage à la mission rédemptrice et à la grandeur divine de l'homme qu'il a sous les yeux :
V. 31 . a Et moi non plus je ne le connaissais pas ; mais c'est afin qu'il fût manifesté à Israël^ que je suis venu baptiser d'eau\y> ^— Le mot jcsrj'to, et moi non plus, placé en tête et répété, comme il l'est v. 33, a nccessairemeot un accent particulier. Il est en rapport avec le v. 26 (c qu( cous ne connaissez pas i>) : (l Et moi non plus je ne le connaissais pas à ce moment-là (avant son baptême). > Il résulte clairement de là que les mots oùxiÇSeiv, je ne le connaissais pas, se rapportent à la connaissance de Jésus
» B c G L P Tb A Or. rctranclient tw devant u8aTt.
nme Messie. Ce sens ressort également de Texplicalion î suit dans ce v. même et qui porte uniquement sur la inière dont devait être révélé le Messie. Mais, demanderam, Jean-Baptiste, fils de Zacharie et d'Elisabeth, pouvait-il lorer les circonstances miraculeuses qui avaient signalé propre naissance et celle de Jésus? Et, s'il les ignorait, nment se fait-il que, dans le récit de Matthieu, en voyant lir Jésus qui demande à être baptisé, il lui réponde : ''est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et tu viens rioii^ (III, 44)? Quel autre que le Messie, Jean-Baptiste Livait-il envisager comme plus saint que lui-même? On K)Dd en général à la première question en disant que récits des parents de Jean-Baptiste n'étaient pas suffiits pour fonder chez lui une certitude divine, telle que le sur laquelle devait reposer son témoignage. Cette ré- Qse est fondée. Mais il y a plus : Jean-Baptiste, ayant m dans les déserts jusqu'au moment de sa manifestation sraël (Luc 1, 80), pouvait sans doute avoir entendu ra-^ iter à ses parents les circonstances particulières de sa issance et de celle du Dis de Marie. Mais il ne connaissait 5 celui-ci personnellement. Autrement, en vertu de ces ùls mêmes, il eût dû le connaître aussi comme le Messie, s'il ne le connahsaiiçsLS personnellement, combien moins 5 récits purent-ils influer sur l'idée qu'il se forma de sa fnité messianique à l'heure de son baptême? Et voilà le lin sens des mots : je ne le connaissais pas. Par là seuleinl le témoignage rendu à Jésus par Jean se trouve élevé -dessus de tout soupçon de partialité ou d'arbitraire. Mais irs comment expliquer la réponse de Jean à Jésus dans tthieu : « C'est à moi à être baptisé par toiy>1 Faudraitavec l'évangile des Hébreux, la placer après le baptême, isi que le veut Lûckc, et cela contrairement à notre preer évangile? On a pensé, et non sans raison, qu'au mo-
nient où Jésus se présente à Jean, la vue de cet cire donl le péché n'avait jamais terni le regard, saisit le précui'seur et lui arracha celte exchunation peu conforme à sa mission. Nous croyons pouvoir répondre à l'objection d'une manière plus satisfaisante. Nous avons déjà rappelé que, d'après Matlli. 111, 0 et Marc.l, 5, le baptême de Jean était précédé de la part du néophyte d'un acte de confession des péchés. Tne confession comme celle que le précurseur entendit sortir alors de la bouche de Jésus, put aisément le convainm qu'il avait ù faire à un être qui ressentait et condamnait le péché comme il ne l'avait jamais senti et condamné luimême. Ainsi s'explique cette exclamation de Jean sans qu'il soit nécessaire de supposer aucune relation personnelle antérieure entre lui et Jésus.
La liaison logique entre les deux propositions du v. s'établit aisément, dès que l'on se rappelle que la révélation du Messie à Israël impliquait avant tout sa manifestation à Jean lui-même qui était chargé de le proclamer. Les synoptiques assignent au ministère de Jean-Baptiste un but plus général : préparer le peuple au royaume de Dieu par la repcntance; et l'on a vu là une contradiction avec notre évangile. Mais celui-ci admet aussi ce but général; voir V. 23 : € Dresser le chemin du Seiyneur."» Seulement Jean ne relève ici que ce qui forme le point culminant de son ministère, la proclamation de la personne du Messie. Tout son travail lui parait avec raison être concentré dans cet acte suprême. — L'article tw devant G^aTt, retranché à tort par les alex., a quelque chose de dramatique : «Je ne suis venu baptiser avec cet élément-là (en montrant le Jourdain) qu'en vue de manifester celui qui doit baptiser avec un élément supérieur.» — Toute une scène était donc supposée -entre les deux propositions du v. 31, celle de la révélation du Messie à Jean lui-même. Cette lacune est comblée, par Jes versets suivants :
î. 32. € Et Jean rendit témoignage disant : J'ai vu vprU descendant du ciel comme " une colombe, et il demeuré^ sur lui.i^ — Cette déclaration est introduite c une solennité particulière par les mots : Et Jean rentémoignage. CTesl qu'en effet c'est ici, comme le dit. igstenberg, le punctnm salien); de tout le ministère de n-Baptiste, son témoignage messianique proprement — Par quel sens Jean a-l-il vu? Par l'œil du corps, ou le sens interne? C'est demander si le fait mentionné ici ;( passé uniquement dans le monde spirituel ou aussi is le monde extérieur. Dans le récit de Marc (I, 40. 11), ;t évidemment Jésus qui, au moment où il sort de l'eau, i le ciel s'ouvrir et l'Esprit descendre sur lui; dans Ihieu (lll, 16. 47), également, quoi qu'en disent la plul des interprètes. Chez Luc le récit est complètement BCtif : f// arriva que.,, le ciel s' ouvrit... t> (111, 21. 22). ail de plus remarquer que le fait eut lieu comme exauîent de la prière de Jésus. Néanmoins le Haptisle n'est nt exclu chez les synoptiques de la participation à la vi- 1 que lui attribue Jean. Le récit de Matthieu l'y associe irectemenl par la forme de la déclaration divine : est ici mon Fils » (non comme chez Marc et Luc : u es mon Fils....») Du reste, aucun dos quatre récits >socie d'autres témoins à cette scène. Si donc le fait s'est se dans le monde sensible, il faut admettre que Jésus ean étaient seuls à ce momcnt-IA, ce qui n'est point iiiibable, puisqu'ils se trouvaient au désert. Quoi qu'il en ;, le fait raconté XI 1, 29 prouve qu'un phénomène exléir, même si d'autres personnes se fussent trouvées-lii, ùl produit chez elles qu'un vague étonnement, et n'au-
Au lien de oj?» (|ue lit T. ft. avec 8 Mjj., k A B C et 8 Mjj. Ii<«ent M lit tx2vov au lieu (i'Eueivcv.
rail point eu pour elles la signitication qu'il pouvait avoir pour Jésus cl pour Jean lui-même (comp. aussi Act. IX, 7 et XXII, 0). Quant à la communication intérieure, elle fut adressée simultanément à Jésus et à Jean, comme le montrent les deux formes de l'allocution divine : Tu es, et : Cest ici; et la réalité objective de la communication €sl précisément garantie par la circonstance qu'elle fut perçue à la fois par ces deux témoins. Voici comment nous pouvons nous représenter le rapport entre la perception de Jésus et celle de Jean : La communication divine proprement dite (fallocution du Père et la communication de TEsprit] se passa entre Dieu et Jésus; celui-ci eut connaissance du fait non seulement par l'impression qu'il en reçut, mais encore par une vision qui le lui rendit sensible. Jean fut associé à cette révélation symbolique du fait spirituel. La voix qui retentissait en Jésus sous cette forme : tTues mon Fils,» fut perçue par lui sous celle-ci : t C'est ici mon Fils.D — Néander n'admet pas qu'une contemplation syiubolique ait pu trouver place dans la vie de Jésus. Mais celle règle n'est pas applicable avant le moment du baptême.
il faut donc distinguer ici deux choses : 1"* le fait réel qui consista dans un don nouveau fait à Jésus et que le récit indique dans ces mots : r Esprit descendant et demeurant sur lui: et 2^ la représentation symbolique de ce fait destinée à la conscience de Christ lui-même et à celle de Jean, qui devait en rendre témoignage : le ciel ouvert, la forme d'une colombe. L'allocution divine appartient à la fois au fait lui-même et à sa représentation sensible.
Le ciel, tel que nous le contemplons par l'œil du corps, est l'emblème de l'étal parfait en sainteté, en connaissance, en puissance, en félicité. Il est par conséquent dans l'Ecriture le symbole du lieu oii Dieu manifeste ses perfectioDS
ans tout leur éclat, ou resplendit parfaitement sa gloire, et où descendent les forces surnaturelles et les révélations ivînes. De Fazur des cieux qui se déchire Jean voit ensuite îscendre une forme lumineuse semblable à une colombe, ji se pose et demeure sur Jésus. Ce symbole du Saint-Espril 3 peut s*expliquer par aucune analogie empruntée a TAnen Testament. Dans les cultes syriens, la colombe était Ti* âge de la force de la nature, qui couve tous les êtres. Mais !tte analogie est trop éloignée pour expliquer notre pasige. Matth. X, 16, où Jésus dit : o. Soyez simples comme M colombeSy'P n'a pas de relation directe avec le Sainlsprît. Nous trouvons quelques passages chez les docteurs lifs, où l'Esprit qui planait sur les eaux (Gen. I, 3), est tpprocbé de l'Esprit du Messie et comparé à une colombe, jî plane sur ses petits sans les toucher (voir Liicke, p. 26). Cette comparaison familière à l'esprit juif nous explije peut-être la forme de la révélation divine. Cet emblème mvenait admirablement au moment décisif du baptême ^ Jésus. Il ne s'agissait, en efl'et, de rien moins que d'une 'éation nouvelle, consommation de la création première, humanité passait en cet instant de la sphère de la vie narelie à celle de la vie spirituelle, en vue de laquelle elle 'ait été créée dès Tabord. L'Esprit créateur, qui avait couvé 5 sa vivifiante puissance le chaos, pour en tirer un monde eîn d'ordre et d'harmonie, allait, comme par une nouille incubation, transformer la première humanité en »yaume des cieux. — Mais ce qu'il faut surtout remarier ici, c'est la forme organique que revêt l'apparition imineuse. Un organisme est une totalité indivisible. A la entecôle, l'Esprit descend sous la forme de t langues disées (îia(jL£piî[op.evai Y>.w<xcai)» qui se répartissent entre s fidèles. C'est bien le symbole de la manière dont le ûnt-Esprit habite dans l'Eglise, distribuant à chacun ses
IGO PREMIÈRE PARTIE.
dons selon qu'il lut plaît (1 Cor. XII, 41). Mais au baptême de Jésus, le fait est tout autre, et remblème aussi est différent. L'Esprit descend sur Christ dans sa plénitude. (nDieu, est-il dit III, 34, ne luidonnepas FEsprUpar mesure.» Comp. Es. XI, 1. 2, où les sept formes de l'Esprit, énumérées pour désigner sa plénitude, viennent se poser sur le Messie. — Il faut remarquer enfin le terme demeurer, qui fait précisément allusion au mot nn3 dans ce parsage d'Esaïc (XI, 2). Les prophètes recevaient des inspirations momentanées : la main de VEternel était sur eux. Puis, se retirant, l'Esprit les laissait à eux-mêmes. Il en était ainsi encore de Jean-Baptiste. Mais Jésus ne recevra pas seulement les visites de l'Esprit; il est son domicile dans l'humanité, et même la source d'où il émanera; c'est pourquoi l'idée de demeurer est mise en relation étroite avec celle de baptiser du Saint-Esprit (v. 33). — La leçon w<76t accentue plus fortement encore que <o; le caractère purement symbolique de l'apparition lumineuse. Le [uvov du Sina't't. est une correction provenant du xaTa^îvov qui précède. La proposition est brisée à dessein afin d'isoler et (le faire mieux ressortir l'idée de demeurer. — Le régime i l'accus. é?:' aÙTov, avec le verbe de repos ejuivfv^ est inspiré par le caractère vivant de la relation, comme aux V. I et 18. — Quoique le sens de ces symboles fût évident, Jean-Baptiste sent le besoin d'en mettre la signification sous une garantie plus sûre encore que sa propre interprétation :
V. 33. ^ El moi non plus je fie le connaissais point: mais celui-là même qui m'a envoyé baptiser d'eaUy m'avait dit: Lhomme sur lequel tu verras l'Esprit descendre et denneur rer, c'est lui qui bapliJic du Saint-Esprit.i^ — Jean veut achever d'éloigner l'idée qu'il môle à son témoignage quelque chose de propre. Non seulement un signe lui avait été
châp. I, as. a3. 161
inancé (v. âl), et il a vu un signe (v. Si), Mais ce signe été exactement celui qui avait été annoncé. Tout arbistire humain est donc exclu de l'interprétation qu'il donne \ ce signe. La répétition des mots : El moi non plus je *, le connaissais pas, s explique ainsi tout naturellement, expression o içéiL^^ celai qui nia envoyé, a quelque iose de solennel et de mystérieux; c'est évidemment Dieu i-méme, qui lui a parlé au désert et donné son mandat, î mandat comprenait : i^^ l'ordre de baptiser; i^ la proesse de la révélation du Messie à cette occasion ; 3^' Tindiiiion du signe auquel il le reconnaîtrait; A^ l'ordre de
signaler à Israël. La reprise du sujet par le pronom xivo;, lui, avec son sens si énergique chez Jean : t Celui- , celui-là même et nul autre,i^ est destinée à faire res- >rtir Jéhovah comme celui de qui tout procède dans ce moignage. — Les mots i<f' w on indiquent l'éventualité . plus illimitée : «L'individu, quel qu'il soit, sur lequel.» 'acte de baptiser du Saint-Esprit est indiqué comme le iractèrc essentiel du Messie. C'est lui qui peut faire ce ne Jean-Baptiste ne pouvait que préparer : l'un, par le q)téme d'eau, éveille la repentance et le désir de la sainilé; l'autre^ par le don du Saint-Esprit, satisfait ce désir, I plus élevé de l'iinic humaine.
Les V. 32 et 33 nous imposent une question : Jésus a-t-il tellement reçu quelque chose à son baptême? — Meyer i oie, prétendant que cette idée n'a aucun point d'appui ains notre évangile et que, si les synoptiques disent plus, est qu'ils renferment une tradition déjà altérée : «Le lit réel a été uniquement la vision qu'a reçue Jeanaptiste; et cette vision a été transformée en l'événement iconté par les synoptiques.» Selon lui l'idée de la comlunication de l'Esprit serait incompatible avec celle de incarnation du Logos. Lûcke, de Wette, pensent qu'un
je Vol. W
fait historique permanent, celui du développement de Jésus sous rinfluence du Saint-Esprit, a. été révélée à Jean sous la forme momentanée de la vision. D'après ces interprètes^ Jésus n'aurait donc également rien reçu à ce moment-li Jean aurait seulement été instruit de la communion constante de Jésus avec le Saint-Esprit, afin d'en rendi*e témoignage. Néander, Tholuck, Ebrard reconnaissent dans ce fait un progrès opéré dans la conscience que Jésus possédait de lui-même. D'autres, U. Crusius, Kahnis, Luthardt, Gess, admettent une communication réelle, mais uniquement eo vue de la tâche que Jésus avait dès maintenant à remplir; il aurait reçu l'Esprit^ non, sans doute, pour lui-même, mais pour l'accomplissement de son ministère et pour communiquer aux hommes ce don céleste. — L'opinion de Meyer, ainsi que celle de Lùcke, sont contraires, non seulement au récit des synoptiques, qui est sacrifié, purement et simplement, à un préjugé dogmatique, mais encore à celui de Jean. Car la vision de Jean-Baptiste, si elle vient de Dieu, doit correspondre à quelque chose, (k* Jeana^n l'Esprit non seulement demeurant ^ mais descendant, et l'un de ces deux traits doit avoir autant de réalité que l'autre. L'opinion de Néander est vraie, mais insuffisante. U s'est certainement opéré en ce moment un progrès décisif dans la conscience de Jésus. Cest ce qu'indique le fait de l'allocution divine : Tu es mon Fils. Mais il y a plus : le fait de la descente de l'Esprit doit correspondre à un don réel. Enfin, l'opinion qui admet un don effectif, mais uniquement en rapport avec l'activité publique de Jésus, qui va commencer, est superficielle. Dans une vie aussi une que celle de Jésus, où rien n'est purement rituel, où le dehors est toujours la manifestation du dedans, le eomroeih cément d'une activité nouvelle suppose un changement dans la vie intime. Si Jésus a, depuis le baptême seule-
ocDt, la capacité de communiquer le Saint-Esprit, c'est ju'il le possède lui-même dès ce moment tout autrement [q'îI ne le possédait auparavant.
Il suffit de saisir l'idée de l'incarnation avec Ténergie vcc laquelle nous la trouvons comprise et présentée par •aul et par Jean (voy. v. 14 et l'appendice sur le prologue), lour voir tomber ces explications, résultant d'une orlholoiie plus rationnelle que biblique. Si le Logos s'est dépouillé de l'état divin et a consenti à devenir le sujet d'un léveloppement réellement humain, c'est-à-dire du développement normal primitivement destiné à l'homme, le mooent devait arriver pour lui où, après avoir accompli la âche du premier Adam, sur la voie de la libre obéissance il du libre amour, il verrait s'ouvrir devant lui la sphère lupérieure de la vie spirituelle ou surnaturelle, et où, le iremier d'entre les violents qui ravissent le royaume des ieux, il en forcerait l'entrée pour lui-même et pour tous. ians doute, son existence entière s'était écoulée sous Tinluence constante du Saint-Esprit qui avait présidé à sa laissance. Â chaque instant, il avait librement répondu ù 'appel de ce divin guide, et cette docilité de chaque heure ivaii été immédiatement récompensée par une nouvelle mpulsion spirituelle. Le vase se remplissait à mesure qu'il grandissait et grandissait à mesure qu'il se remplissait. lais être sous l'action de l'Esprit n'est pas posséder T Esprit (XIV, 17.) Avec l'heure du baptême le moment élait renu où le développement précédent devait se transformer \n l'étal défmitif, celui de la stature parfaite (Eph. IV, 13). € D'abordy ce qui est psychique, dit Paul 1 Cor. XV, W, et ensuite ce qui est spirilueL » Cette loi devait, si Tinamation est une vérité, s'appliquer au développement de iésus comme à celui de tout autre homme. Jusqu'alors l'Esiril élait sur lui (ir aÙTo [to Tuai^tov] Luc. H, 40); il crois-
sait, SOUS cette divine influence, en sagesse et en gi*âce. Dès le baptême l'Esprit devient le principe de son activité psychique et physique, sa vie personnelle; il peut être appelé lui-même Seigneur-Esprit (2 Cor. III, 17. 18); Esprit vivifiant (1 Cor. XV, 45).
Le baptême constitue donc dans sa vie intérieure une crise aussi décisive que Tascension dans son état extérieur. Le ciel ouvei't représente son initiation à la connaissance de Dieu et de ses desseins. La voix : Tu es mon fV/i, indique la révélation «^ sa conscience la plus intime de sa relation personnelle avec Dieu, de sa dignité éternelle de Fils et, parla même, de l'immensité de Tamour divin envers lui et envers l'humanité à laquelle est accordé un tel don. il comprend en plein le nom de Père appliqué à Dieu, et peut le proclamer au monde. Le Saint-Esprit, devenu sa vie personnelle, fait de lui le principe et la source de la vie pour tous les hommes. Toutefois ce n'est pas encore la gloriiication; la vie naturelle, soit psychique, soit physique, existe encore en lui, comme telle. C'est dès l'ascension seulement que l'àme et le corps seront complètement spiritualités (Gâ>(iLa 7rveu(AaTaov, 1 Cor. XV, 44).
Mais, demande-t-on, le don du Saint-Esprit ne fait-il pas double emploi avec la naissance miraculeuse? Nullement; car dans ce dernier fait, le Saint-Esprit n'agit que comme force vivifiante, en lieu et place du principe paternel. Il éveille h l'activité de la vie le germe d'une existence humaine déposé dans le sein de Marie et prépare au Logos, dépouillé de l'état divin, l'organe dans lequel il doit réaliser son développement terrestre; de même qu'au jour de la création l'âme humaine, souffle du Dieu créateur» est venue habiter dans le corps, antérieurement préparé par Dieu de Ja poudre de la terre (Gen. II, 7).
Plusieurs théologiens modernes, à l'imitation de quel-
- CIIAP. I, 33. 34. 615
ques Pères, pensent que le Logos ou le Christ se confondent chez Jean avec l'Esprit: Mais chacun reconnaîtra sans doute la vérité de cette remarque de Lûcke : Pas plus Ton ne pourrait dire, d'une part : t L'Esprit a été fait chair, > pas plus on ne pourrait dire, de Tautre : «J'ai vii le Logos descendre sur Jésus. > La distinction, scrupuleusement respectée par Jean, même dans les ch. XIV-XVI où M. Reuss [^roit la voir parfois s'cflacer tout à fait (Hist, de la ih. ^kréi. t. II, p. 533 et suiv.), est celle-ci : Le Logos est le principe de la révélation ohjective, et, depuis l'incarnation, celte révélation elle-même; tandis que l'Esprit est le principe intérieur, par lequel nous nous assimilons la révélation. De là vient que, sans l'Esprit, la révélation reste pour nous ane lettre morte, et Jésus un personnage historique avec lequel nous n'entrons point en communion. C'est par l'Esprit seul que nous nous approprionis la révélation renfermée dans la parole et dans la personne de Jésus. Aussi dès ]ae l'Esprit fait son œuvre en nous, c'est Jésus qui commence à vivre lui-même au-dedans de nous. Comme, par 'Esprit, Jésus sur la terre vivait du Père, ainsi, par l'Es- 3rit, le croyant vit de Jésus (VI, 57). Cette distinction des •ôles entre Christ et l'Esprit est fermement maintenue dans out notre évangile *. — Ce témoignage solennel rendu, le >récurseur exprime le sentiment de soulagement que lui nspire cette gi'ande tâche remplie :
V. 34. « £/ moi-même fai xm et fat rendu témoignage jue celui-ci est le Fils de Dieu^,i> •— Les deux parfaits
Hilgenlbld, identifiant la descente du Saint-Esprit au baptême ivec la venue de l*£on Logos dans Thommc Jésus (chez les Yalentiliens}, trouve ici une trace de gnosticisme. Cette idée n'a pas le moinire point d'appui dans le texte.
* Au lieu de o oio; to'j Osoy, N lit o exasxtoç tou Oeou. C'est le seul locument qui présente cette leçon, naturellement insoutenable.
lOO PREMIÈRE PARTIE.
fai VU et jfai témoigné indiquent des faits accomplis unefois pour toutes et qui demeurent. Le héraut divin a fait sa tache; au peuple maintenant de faire la sienne, de croire. — Le ôti, çue, dépend sans doute des deux verbes à la fois. Jean a contemplé, en effet, dans la scène du baptême, la divinité de Jésus. Le terme Fils de Dieu caractérise un être comme représentant de la divinité dans une fonction particulière. Il est appliqué dans TA. T. aux anges, aux juges, aux rois, au Messie enfin : « TVi es mon Fils; je t'ai engendré aujourd'hui i^ (Ps. 11, 7. 12); ce qui ne veut point dire que le mode de représentation soit identique dans tous ces cas. Un ambassadeur représente son souverain , mais autrement assurément que le fils de ce dernier, qui dans ce souverain représente son père. Le V. 30 prouve que Jean-Baptiste prend ici le mot Fils dans le sens le plus élevé qui puisse y être attaché. Quant aux andileurs, cette expression ne pouvait produire chez eux que l'impression vague d'une grandeur mystérieuse et d'une majesté divine. — Les mots : et mot-méme, font ressortir très-énergiquement la gravité de ce témoignage rendu par l'homme même que Dieu avait appelé à cette mission.