III. — Troisième témoignage : v
V. 35 et 36. a Le lendemain, Jean se tenait de nouveau tà, et deux de ses disciples étaient avec lui; 36 et aymi fixé ses regards sur JéstiS qui payait, il dit : Voilà tagneau de Dieu.È — De saintes impressions, de grandes pensées une indicible attente remplirent sans doute jusqu'au jour suivant le cœur de ceux qui avaient entendu les paroles du précurseur. Le lendemain, Jean se trouvait à son poste, prêt à continuer son ministère de Baptiste. Rien n'autorise la supposition de de Wette, que les deux disciples qui se
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Lrouvaîent avec lui n'avaient pas assisté à la scène du jour précédent. Bien loin de favoriser cette idée^ la brièveté du témoignage suivant lui donne le caractère d'un renvoi à }elui de la veille. — L'expression ex twv (jloôt^twv, d'entre tes disciples^ fait penser qu'il en avait un nombre assez X)nsidérable. De ces deux disciples l'un était André (v. 40); il est difficile de penser que l'autre ne fût pas Tauleur du récit. Tous les petits détails subséquents n'ont une valeur [>articulière que pour celui auquel ils rappelaient l'heure a plus décisive et la plus heureuse de sa vie. L'anonyme ;ardé à l'égard de sa personne, tandis que tous les autres lisciples sont nommés, confirme cette conclusion (Inlrod, I, p. S\i et suiv.). — H y a une certaine différence entre lujourd'hui et la veille dans la relation de Jésus à Jean. Hier, il venait à Jeati, comme à celui qui devait l'introluire auprès des futurs croyants. Aujourd'hui, le témoi- |[nage est rendu; il n'a plus rien à recevoir de son précur- >eur que les âmes que son Père lui a préparées; et, semi)lable h l'aimant que l'on promène dans le sable pour attirer les paillettes métalliques, il se borne à se rapprocher lu groupe qui entoure le Baptiste, pour décider la venue à 'at de quelques-uns de ceux qui le composent. La conduite ie Jésus est donc parfaitement intelligible et réglée sur le )lan de Dieu. L'Eglise n'est pas arrachée, elle est cueillie mr l'arbre de la théocratie.
Comme Jésus entre dans le plan de Dieu, Jean-Baptiste între dans la pensée de Jésus. Un scrupule tendre et res- >ectueux pouvait retenir les deux disciples auprès de leur incien maître. Jean-Baptiste lui-même les affranchit de ce ien et commence à réaliser cette parole qui dès ce moment devient sa devise : « // faut qu'il croisse et que je iiminue,^ — Le terme i\jfj\ii^7.(; indique un regard pénérant, qui sonde jusqu'au fond son objet (voir v. 42). Le
sens pratique de la nouvelle déclaration de Jean était évidemment celui-ci : «Allez à lui.i» Autrement, à quoi bon cette répétition qui n'ajoute rien au témoignage de la veille, qui l'abrège au contraire. Seulement cette invitation est exprimée sous la forme indirecte d'une aflirmation sur la personne de Jésus, parce que, comme le dit Luthardt, rattachement à Jésus devait être chez eux affaire de liberté et d'impression personnelle, et non d'obéissance à leur ancien maître.
V. 37. « Et les deux disciples F entendirent parler * ain%i et suivirent Jésus, ^ — La parole de Jean avait la forme d'une exclamation, plutôt que celle d'une alloculioD directe aux disciples. Mais ils la comprirent. 11 est bien évident que, dans la pensée de l'évangéliste, ces mots : c £/ ils suivirent Jésus,"» cachent, sous le sens littéral, un sens profondément symbolique. Ce premier pas à la suite de Jésus décidait de leur vie entière; le lien, en apparence accidentel, qui se formait à cette heure, était, en réalité, un lien éternel.
Nous avons à examiner encore trois questions qu'a soulevées la critique à lYizard de ces ténioignai^es du précurseur.
I. Baur et Keini^ prétendent que le récit du IV* évangile est dispos<» de manière à exclure par son silence le fait du baptéine de Jésus par Jean ; et cela parce qu*il eût été contraire à la di|niité (lu Lo<zos de recevoir le Saint-Esprit. Hilgenfekl reconnaît franchement le contraire [Einl, p. 70i et 719) : « Le baptême de Jésus, dit-il, est suppos(\ non raconté... Il n'est pas raconté, mab mentionné comme fait accompli dans le second témoignage du Baptiste, v. 31 etsuiv.» II est supposé, en effet, par v. 32 et 33. car le sens des paroles divines rapportées dans ces v. est celui-ri: « Parmi les Israélites qui se présenteront à ton baptême, il s'en
* N el B placent auTou dc\ant ÀaXouvTo;.
* Keini I, p. 5î0, : « Le IV» évanj^ilc ignore entièrement un baptême do Jésus par Jean. »
»uvera un sur qui, en le baptisant, tu verras descendre l'Esprit, st celui-là...» Hoitzmann a reconnu la portée inévitable de ce isage*. Mais le fait n'est pas raconté^ il est vrai. Pourquoi? us l'avons reconnu : parce que le point de départ de la narion est postérieur à ce fait. — Que si le précurseur ne fait res- 'tir, dans les témoignages rapportés par Jean, que ce qui lui personnel dans la scène du baptême, ce n'est point que l'évanliste veuille par là nier la vérité des récits synoptiques ; c'est il s'agijssait simplement ici pour Jean-Baptiste de légitimer cte théocratique si important qu'il accomplissait en rendant à »us le témoignage messianique. Il n'avait autre chose à mennner dans ce but que ce qu'il avait vu lui-même, L«'i corrélan des deux t.è^fii,et moi,' v. 31 et 33, avec celui du v. 34, ràle clairement cette intention. — Quant à la théorie du Logos ns notre évangile, si elle avait la portée que lui attribuent Baur Keim, elle exciuerait de l'histoire de Jésus bien d'autres faits i sont pourtant racontés tout au long par notre évangéliste. II. On a trouvé inconceval)le qu'après un pareil signe et de pailles déclarations le Baptiste ait pu adresser à Jésus, du fond de prison, cette question: < Es-tu celui qui devait venir, ou VOUS' nous en attendre un autre* (Matth. XI, 3)'? Strauss Lire de cette contradiction apparente une raison de nier la scène baptême. Il est naturellement impossible d'admettre l'opinion quelques Pères, qui pensent que le précurseur ne voulait que *tilier la foi de ses disciples en provoquant de la part de Jésus déclaration positive de son caractère messianique. Les termes récit synoptique ne comportent pas ce sens. On peut avec plus raison alléguer, comme le fait Meyer, l'abattement dans lequel ; soulîrances de la prison avaient plongé le précurseur, ou dire ee Liicke que Jean ne i)ouvait «expliquer la marche patiente humble de l'œuvre de Jésus, et ajouter enfin avec Bâumlein 'outre le prophète il y avait encore chez Jean l'homme naturel, qu'au jour du premier pouvait succéder le jour du second. I peut et on doit enfm appuyer, avec Beyschlag et Keim i-mème, sur les expressions de Jésus relatives à Jean qui prouni qu'il y avait eu réellement chez celui-ci, à un moment donné, 16 foi vive en Jésus, et qu'une rechute plus ou moins profonde
« Zeitschr, de Hilgonfeld, 4872, p. 436 et suiv.
a suivi, rechute nettement caractérisée par cette expression de Jésus : se scandaliser en moi (Matth.- XI, 6). Cependant avec tout cela on sent qu'au fond une dilïiculté demeure, à moins qu'avec Keim Ton ne réduise tellement ce qui s'était passé entre Jean et Jésus au Jourdain, qu il n en reste à peu près rien da tout. Tâchons de trouver une solution plus satisfaisante. Et d ahord : i^ Reconnaissons que la foi de Jean en la mission divine de Jésus, même quand il lui adressait cette question, restait intacte. Ce qui le démontre, c'est que c'est lui qu'il interrcMze. Sa dignité supérieure à la sienne propre et la réalité de sa mi5sion ne font donc pas pour Jean, même alors, l'objet d'un doute. â<> Rappelons-nous ce que nous avons dit (v. 31) de ThésitatioD de l'opinion refînante relativement au prophète semblable à Moïse, qui devait précéder le Messie d'après Deutér. XVIIl, 18. Les uns T identifiaient avec le Messie lui-même (comp. Jean Vi, 14. 15 : < C'est véritablement le prophète... Ils allaient le prendre pour le faire roi);* les autres distinguaient ces deux per$onna|ff$> envisageant ce dernier seul comme le Christ proprement dit, le Roi dans le sens politique. Ceux-ci attribuaient sans doute le côté spirituel de la restauration nationale au premier, et b réalisation du grand programme politique au second. Jean, partant primitivement de la première manière de voir qui, d'après YI, 14. 15, paraît avoir été la plus répandue, avait d'abord attribué les deux nMes à Jésus. Mais en observant du fond de sa prison la marche lente et modeste de l'œuvre niessianique telle qu'il l'accomplissait, (xi IçrfaTzZ ^^ptorou, les œuvres du Christ, Mattli. XI, â), il en vint à se demander si la seconde interprétation de la prophétie n'était pas la vraie, et si les deux rôles ne seraient point distincts, l'un celui du Messie spirituel apportant à IsraM le pardon et le don du Saint-Esprit et n'accompagnant cette sainte activité que de miracles sans éclat; l'autre celui du Messie politique établissant sur ce fondement religieux et moral une fois posé le royaume extérieur, la monarchie Israélite, et cela par des jugements manifestes et des actes de puissance d'une toot autre nature. Jésus n'aurait donc pas cessé de posséder aux yesx de Jean la dignité messianique dont il avait contemplé le sifoe au baptême. La seule question aurait été pour lui de savoir s'il était l'unique ou si, après lui, il en viendrait un second chars^ de l'autre partie de la tâche. C'est là précisément ce qu'exprime