V. 40. « Philippe trouve Nathanaél et lui dit: Nousavons
trouvé celui dont Mo"sey dans la loi, ainsi que les prophètes, ont écrit Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth ^.y> — Le rôle de Philippe dans la vocation de Nathanaël est semblable à celui d'André dans la vocation de Pierre, de Pierre et d'André dans celle de Philippe. Un flambeau allumé sert à en allumer un autre; ainsi se propage la foi. Lulhardt Tait finement ressortir la forme lourde et compliquée de la profession de Philippe, ces longs considérants, ce certificat messianique en toutes formes, qui contraste avec le tour vif et dégagé de la profession d'André (v. 42). Les mêmes traits de caractère se retrouvent VI, 1-13 et peut-être aussi XII, 21. 22. — De ce que Philippe désigne Jésus comme lé fils de Joseph et comme originaire de Nazareth, Strauss, de Wette et d'autres concluent que le quatrième évangéliste ignorait ou n'admettait point l'origine miraculeuse de Jésus et sa naissance à Bethléem : comme si c'était révangéliste et non pas Philippe qui parlait ici, et comme n, après dix mots échangés avec Jésus, Philippe aurait pu Stre au fait des circonstances les plus intimes de sa naissance et de son enfance! André et Pierre n'auraient pas pu les lui apprendre; car ils les ignoraient eux-mêmes. — Le lieu de la vocation de Nathanaël n'est pas indiqué. La supposition la plus probable est que Jésus et ses disciples le "encontrèrent pendant le voyage. Philippe, qui était son X)mpatriote — Nathanaël était Galiléen, de Cana (XXI, 2) — levint le trait d'union entre Jésus et lui. Nathanaël retourlait peut-être chez lui d'auprès de Jean-Baptiste, ou bien I allait, comme tous ses compatriotes pieux, se faire bapiser par lui. Il venait de se reposer quelques moments i Fombre d'un figuier, lorsqu'il rencontra Jésus et ses
» T. R. avecEFGHKMU VrAH: Xa^accO; nABLX: NaÇapsT; i: Xaîr«paO; e: NocÇapa (voir mon Comment, sur Vcv. de Litc, 2o éd., . f, p. 407 et 408).
compagnons [comp. v. 48). C'est sans raison qu'Ewald a supposé que la rencontre eut lieu à Cana. — Le récit Irè^ circonstancié de la vocation de Nathanaël fait supposer qu'il lut plus tard l'un des apôtres : c'est le cas de tous les disciples mentionnés dans ce récit. Cela ressort d'ailleurs de XXI, 2, où les apôtres sont distingués des simples disciples, et où Nathanaol est placé parmi les premiers. Comme ce nom ne figure pas dans les catalogues apostoliques (Mallh. X, 3; Marc 111, 18; Luc M, U; AcL 1, 13), il est généralement admis que Nathanaël n'est autre que Barthélémy, dont le nom est réuni à celui de Philippe dans presque toutes CCS listes. Barthélémy n'étant qu'un nom patronymique (fils de Tolmaï ou Ptolémée), il n'y a pas de didicullé à celte supposition. Quant à l'hypothèse de Spaeth, que Nathanaël est un nom symbolique (ce mot signiûe don de Dieu), inventé par l'auteur postérieur pour désigner l'apôtre Jean, c'est là une de ces fantaisies de la critique actuelle qui n'a pas même besoin d'être réfutée par la contradiction de cette idée avec XXl, 2.
V. 47. € Et Nathanaël lui dit : Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth f Philippe lui dit : Viens et voisj — Selon Meyer, la réponse de Nathanaël ferait allusion à la réputation d'immoralité qu'aurait eue le boui^ de Nazareth ; selon Lùcke, de Wette, à la petitesse de cet endroit Mais rien dans l'histoire ne démontre que Nazareth fût un endroit plus mal famé ou moins estimé que toute autre bourgade de Galilée. La réponse de Nathanaël n'exige nullement de telles suppositions. Ne vaut-il pas mieux lier cette réponse à la parole de Philippe? Nathanaël, ne se souvenant d'aucune parole prophétique qui donne à Nazareth un rôle aussi important, s'étonne ; d'autant plus que Cana n'est qu'à une lieue de Nazareth et qu'il lui est difficile de se représenter ce petit village voisin élevé tout à coup à de
si hautes destinées. On connaît les mesquines jalousies qui existent fréquemment de village à village. L'expression : quelque chose de bon, est naturellement une litote : c quelque chose d'aussi éminent qu'un tel personnage.» — Nous observons ici pour la première fois une particularité de la narration johannique : il semble que l'auteur se plaise à rappeler certaines objections contre la dignité messianique de Jésus auxquelles il ne répond pas, parce que chaque lecteur, instruit de l'histoire évangélique, en faisait justice au moment même; comp. VII, 27. 35. 42, etc. Au moment où Jean écrivait, chacun savait que Jésus n'était pas réellement de Nazareth. — La réponse de Philippe : < Viens et vois^i^ est à la fois la plus simple et la pllis profonde apologétique. Â tout cœur droit Jésus se prouve en se montrant. Cela repose sur la vérité exprimée au v. 9. Gomp. III, 21.
V. 48. € Jésus vit * Nathanaël venant à lui et dit de lui : Voilà un vrai Israélitey dans lequel il ny a point de fraude.i^ — Nathanaël est un de ces hommes droits qui n'ont qu'à voir Jésus pour croire en lui; Philippe le sait bien. Jésus aussi, en le voyant, reconnaît et signale en lui cette qualité. Le pénétrant d'un coup d'œil, comme il a pénétré Simon, il fait tout haut sur son compte (xepl aÙToO) cette réflexion : «Voici...» — On peut faire porter l'adverbe a>.r,ôto;, vraiment y soit sur ï^e : a Voici réellement, » soit sur 'l<jparj>.iTYfç : « Un homme qui est vraiment israé- Ute, » Dans le premier cas^ les mois : dans lequel il n*y a point de fraude, seraient sans relation avec le caractère national Israélite et se rapporteraient au caractère personnel de Nathanaël. Dans le second cas, ils définissent au contraire la notîDn du vrai Israélite. Ce second sens est
* M seul lit tôtov .... Xe^ei.
plus naturel, soit grammaticalement, soit logiquement, et il répond mieux à Fimportance de ce titre : Israélite, et au sens primitif de ce nom. On sait que le nom A^hraH (vainqueur de Dieu) fut substitué à celui de Jacob (supplanteur)^ qui indique la ruse et la fourberie, atin de caractériser le triomphe de la droiture chez le patriarche, à la suite de sa lutte avec le Seigneur. Le combat loyal avec Dieu par Thumiliation et par la prière (Os. XII, 4. 5) remplaça chez lui remploi des moyens détournés. L'absence de fraude est donc le caractère de ses vrais descendants spirituels.
V. 49. ^ Nathanaël lui dit : D'où me confiais-tuf Jim lui répondit et lui dit : À vant que Philippe C appelât^ quand tu étais sous le figuier, je Cai vu.» — On a critiqué comme peu modeste cette réponse par laquelle Nathanaël semble s'approprier un tel éloge. Mais il veut simplement savoir sur quel fondement Jésus le juge ainsi. — Si Ton tient compte de l'eflet extraordinaire que produit la réponse de Jésus sur Nathanaël (v. 50), elle doit renfermer à ses yeux la preuve d'une connaissance surnaturelle que Jésus a de lui. Lùcko rapporte cette connaissance uniquement à Fétat intérieur de Nathanaël. Meyer au contraire ne l'applique qu'au fait extérieur de la séance sous le figuier. Mais pour bien comprendre la relation de cette parole de Jésus, d'un côté avec sa déclaration précédente (v. 48), de l'autre avec l'exclamation de Nathanaël (v. 50), il est indispensable de réunir ces deux points de vue. Non seulement Nathanaël reconnaît qu'il a été vu par Jésus dans un endroit où son regard naturel ne pouvait atteindre, mais il sent que l'œil de cet étranger l'a pénétré profondément, et que ce n'est qu'en vertu de cette pénétration qu'il peut lui donner le titre avec lequel il vient de l'aborder. Si Nathanaël se préparait à recevoir le baptême de repentance, des pensées
sérieuses devaient remplir son cœur. Que s'était-il passé en lui dans ce moment de recueillement? Avait-il fait à Dieu la confession loyale de quelque péché (Ps. XXXII, 1 . 2) ou pris une sainte résolution, fait vœu, par exemple, de réparer quelque tort? Quoi qu'il en soit, en entendant le mot de Jésus, il se sent pénétré par un regard qui doit participer en quelque manière à l'omni-science de Dieu même.
Les mots étant sous le figuier peuvent se rapporter grammaticalement soit à ce qui précède : «avant que Philippe f appelât sous le figuier;^ ou à ce qui suit : t Je fai vu sous le figuier, i^ Ce second sens est plus naturel : la situation dans laquelle Jésus l'a vu, importe plus que celle dans laquelle Philippe l'a appelé. — Le i ég. de Oiro, à l'accus. (tyjv (jTiXYîv), avec le verbe de repos, provient de ce qu'à la relation locale se joint la notion morale d'abri. — J'ai vu désigne une vue telle que celle d'Elisée (2 Rois V). En Jesus, comme chez les prophètes, il y avait une vue supérieure qui peut être envisagée comme une association partielle h la vue parfaite de Dieu. — A ce mot, Nathanaël se sent traversé d'un rayon de lumière divine :
V. 50; « Nathanaël répondit et lui dit * : Maître, tu es le FUs de Dieu; tu es le roi d'IsraëLi^ -— Par le titre de Fils de Dieu, il exprime le saisissement que lui fait éprouver cette relation intime entre Jésus et Dieu, dont il vient de faire lui-même l'expérience. Lûcke, Meyer et la plupart prétendent que ce titre est ici l'équivalent de celui de Messie. Ils croient le prouver par le terme suivant : le roi d'Israël. Mais c'est précisément cette circonstance qui exclut la synonymie prétendue. Si les deux titres avaient le même sens, le second devrait tout au moins être joint au premier comme simple apposition, tandis que la répétition
* B L retranchent xai XsyEi auiw ; n lit xûci £i;:gv.
du pronom et du verbe où el, tu es, devant le second titre, écarte cette synonymie qui n'aboutirait d'ailleurs qu'à une lourde tautologie. Enfin le titre de Messie n'est point Texpression vive et fraîche de l'impression immédiate éprouvée par Nathanaël. Il est, par sa nature même, le produit d'un acte de réflexion et ne saurait venir ici qu'en second. En général nous croyons que cette équivalence des deux termes Fils de Dieu et Messie n'existe pas et qu'on ne saunit en citer aucun exemple valable. C'est une de ces nombreuses fictions traditionnelles dont une exégèse correcte doit faire justice. — Le mot Fils de Dieu exprime dans la bouche de Nathanaël le sentiment, encore très-vague, il est vrai, mais résultant immédiatement de ce qui vient de se passer, d'une relation exceptionnelle entre Jésus et Dieu. Mais toute vague que soit cette impression, elle n'en est pas moins riche et pleine, comme tout ce qui est affaire de sentiment, plus même peut-être que si elle était déjà réduite en formule dogmatique. Comme l'observe Luthardt, c la foi de Nathanaël ne possédera jamais plus que ce qu'elle embrasse en ce moment,» la vivante personne de Jésus. Elle pourra seulement le posséder plus distinctement. Le chercheur d'or met la main sur un lingot; quand il en a battu monnaie; il possède mieux, mais pas davantage. Les deux titres se complètent : Fils de Dieu porte sur le rapport de Jésus à Dieu; roi d'Israël sur sa relation avec le peuple choisi. Le second titre est la conséquence logique du premier. Le personnage qui vit dans un rapport si intime avec Dieu, ne peut qu'èlre, comme on le prétend, le roidCIsraèl, le Messie. — Ce second titre est la réponse à celui de vrai Israélite, par lequel Jésus avait salué Nathanaël. Le sujet fidèle a reconnu et salue son roi. — Jésus sent bien qu'il vient de faire le premier pas dans une carrière nouvelle, celle des signes miraculeux dont sa vie avait été complète-
CIIAP. I, oO-M. 189^
ment dénuée jusqu'alors ; et sa réponse respire le sentiment très-élevé de la grandeur de ce moment :
V. 51 . € Jéms répondit et lui dit : Parce qtw je t'ai dit yiic* je (ai vu sous le figuier, tu croi^; tu verras * de plus grandes choses que celles-ci,"» — Depuis Chrysostome, la plupart des interprètes (Lûcke, Meyer, elc), des éditeurs 5l traducteurs (Tischendorf, Rilliet) donnent aux mots : Tu ?roiSy un sens interrogalif. Ils mettent dans celte question soit Taccent de la surprise (Meyer) au sujet d'une foi si promptement formée, soit même celui du reproche (de VVette), comme si Nathanaël avait cru avant d'avoir pour :;ela des raisons suffisantes. La réponse de Jésus a bien plus )e dignité quand on la prend comme affirmation. Jésus reconnaît et approuve la foi naissante de Nathanaël ; il l'en rélicite; mais il lui promet une succession de manifestations miraculeuses croissantes, dont lui et ses condisciples seront les témoins et qui développeront cette foi naissante.
— Cette parole prouve que dès ce jour Nathanaël est resté ivec Jésus. — Jusqu'ici Jésus avait parlé à Nathanaël seul : ic Tu crois,... tu verras, t^ Ce qu'il annonce maintenant concerne toutes les personnes présentes :
V. 52. a Et il lui dit : En vérité, en vérité, je vous dis jue dès ce moment^ vous verrez le ciel ouvert et les amjes ie Dieu montant et descendant sur le Fils de r homme, i>
— Nous rencontrons pour la première fois la formule i/we/i, amen, qui se trouve 25 fois chez Jean (.Meyer) e^ lulle part ailleurs dans le N. T. C'est de là qu'est tiré le ;ilre de Jésus : tAmen, Apoc. III, 14. Ce mot (de pN, /îr-
* N A B G L Syr. etc. lisent oti devant si5ov.
* Lo T. R. lit o^'Ei (forme attique). Tous les Mjj., à l'exception de J r, lisent o-}rj.
* N BLIt. Co[). Or. omettent (xii aou, (jue lit T. R. avec tous les lutrcs Mjj., les Mnn., Syr., etc.
mum fuit) est proprement un adjectif verbal, ferme^ digne de foi; il est employé comme substantif Es. LXV, 16: pK^n^KS, «par le Dieu de vérité.^ Il devient aussi adverbe, dans un grand nombre de passages de TA. T., pour signifier, avec une déclaration : cela reste ferme; avec une promesse : qu'elle sq^ réalise ! Cet adverbe est redoublé, comme dans saint Jean, dans les deux passages suivants : Nomb. V, 22 : a Alors la femme (accusée d'adultère) répondra : Ameny amen."» Néh. YIII, 6 : ^Tout le peuple répondit : Amen, amen.i^ Ce redoublement implique un doute à surmonter dans l'esprit de l'auditeur. Le doute supposé provient tantôt, comme ici, de la grandeur de la cbose promise, tantôt d'un préjugé qui lutte contre la vérité affirmée (par exemple, 111, 3. 5).
L'omission de ii:' âpTi, dès maintenant y quoique appuyée par trois anciens Mjj. alex., est condamnée par presque tous les modernes. Encore en 1859 Tischendorf disait: car omissum sit^ facile dictu; cur addilum^ vix dixeris. Le SinaUicus l'a fait changer d'opinion (8® édition]. Ce mot est décidément authentique, vu sa difficulté même. On le rapportait à de réelles apparitions d'anges (ainsi Chrysostome); or de tels faits ne sont mentionnés que vers la fin de la vie de Jésus. — Il y a une liaison étroite entre ces deux idées : le ciel ouvert et les anges qui montent et descendent. Par le séjour de Jésus ici-bas, la communication entre le ciel et la terre est rouverte et la relation entre les habitants des deux séjours recommence, car la terre et le ciel ne forment plus qu'un seul tout (Eph. I, 10; Col. I, 20). La seconde expression prouve que Jésus pense à la vision de Jacob (Gen. XXVI1I,12. 13). L'échelle sur laquelle les anges montent et descendent représente, dans la Genèse, la protection de la Providence divine et de ses invisibles agents sur le patriarche. Ce qui va se passer sous les yeux
des disciples sera la réalisation la plus élevée de cette vision. Jésus ne peut entendre par là les rares apparitions d'anges qui ont eu lieu vers la fin de sa vie. Indépendamment du mot : dès maintenant, il s'agit d'un phénomène non interrompu. La plupart des modernes, se jetant dans Textréme spiritualiste opposé, ne voient ici que Temblème du caractère céleste de l'activité quotidienne de Jésus; comme disent Lûcke et Meyer : c le symbole de la communion vivante entre Dieu et le Messie, en qui se concentrent les forces et les révélations divines.i> M. Reuss : « Les anges sont les perfections divines communes aux deux personnes. . . L'explication littérale serait ici aussi pauvre qu'absurde. i» Luthardt (d'après Hofmann) : eles forces personnelles (?) de l'Esprit divin. ]> Si l'explication des Pères était trop étroite, celle des modernes est trop large. Il n'existe pas un passage où l'activité spirituelle de Jésus soit rapportée, même symboliquement, au ministère des anges. Elle est dérivée de l'Esprit (v. 32 ; III, 34), ou plus ordinairement encore du Père demeurant et agissant en Jésus (VI^ 57]. Les anges sont les instruments de la force divine dans le domaine de la nature (voir l'ange des eaux^ Apoc. XVI, 5; du feuy Apoc. XIV, 18). Cette parole se rapporte donc à des phénomènes qui, tout en se passant dans le domaine de la nature, sont dus à une causalité supérieure aux lois de la nature. Jésus peut-il caractériser plus clairement ses miracles sans les nommer? C'est aussi le seul sens qui se rattache à ce qui vient de se passer en cet instant même entre Nathanaël et lui : o:Tu crois pour ce prodige A'omni-science; ce n'est là que le prélude de signes plus considérables. i> Jésus entend par là ces œuvres de puissance dont le fait suivant sera le premier exemple (dès maintenant). Cette explication est confirmée d'ailleurs par le remarquable parallèle Matth. VIII, 9. 10. — Il est difficile d'expliquer
pourquoi les anges qui montent sont placés avant ceux qui descendent. Est-ce uniquement par une réminiscence de la Genèse? Là, Dieu voulait sans doute faire sentira Jacob que tes anges étaient déjà près de lui au moment où il recevait cette révélation de la protection divine. Selon Meyer et Lûcke, Jésus voudrait dire ici aussi qu'au moment où aura lieu le vous verrez, cette relation avec le ciel sera déjà en pleine activité. Je pense plutôt que les anges sont présentés ici par Jésus comme une armée groupée autour de son chef, le Fils de l'homme, qui dit à l'un : Va, et à l'autre : Fais ceci. Ces serviteurs montent alors pour aller chercher la puissance auprès de Dieu ; puis ils redescendent pour exécuter.
Ces deux allusions, l'une au nom d'Israël (v. 48), laulre au songe de Jacob, ne seraient-elles point provoquées par le spectacle des localités mêmes que parcourait Jésus en ce moment? Il remontait de Judée en Galilée soit par la vallée du Jourdain, soit par l'un des deux plateaux qu'elle séparait. Or c'était là que se trouvaient les lieux illustrés par la vie du patriarche : Béthely sur le plateau occidental, dont le nom était dû à son songe mystérieui, Mahanatm (le double camp des anges) et le gué du Ja- 60/1', sur le plateau oriental, célèbres par une apparition d'anges, lors de sa rentrée en Canaan, et par la lutte mystérieuse à laquelle il dut le nom d'Israël (Gen. XXXU). Il est possible qu'en traversant ces lieux classiques pour tout cœur israélite, Jésus s'entretint précisément avec ses disciples des scènes qu'ils rappelaient.
Quel est le sens de l'expression : Fils de [homme, par laquelle Jésus se désigne ici lui-même à ses disciples? Nous renvoyons à la dissertation suivante l'examen des questions générales qui se rapportent h l'origine et à la signification de ce titre. Nous ne l'étudions ici que dans
CHAP. I, dû. 193
K)n rapport au contexte. Or il est manifeste que ce titre îst en relation réfléchie avec les deux noms que Xathanaël rient de donner à Jésus, ceux de Fils de Dieu et de roi l'Israël? A côté du double rapport de Jésus à Dieu et au leuple d*Isracl, n'y a-t-il pas en efi*et dans sa vie et dans la personne une troisième relation : la relation avec l'hunanité tout entière? C'est cette relation qu'exprime ce troiième titre. En l'adoptant comme sa dénomination habiuelle, plutôt que le second, qui avait une teinte politique it particularisle très-marquée, Jésus voulait dès l'abord itablir son ministère sur sa vraie et large base déjà posée lar ce mot de son précurseur : « qui ôte le péché du nonde.i» Sa tâche n'était point, comme se le figurait Nathalaël, de fonder la monarchie Israélite : c'était d'opérer le alut«de l'humanité. Il ne venait pas consommer le drame héocratique, mais conduire à son terme l'histoire du nonde.
Ce titre formait donc avec les autres une double antihèse, par laquelle il les complétait. Il faisait ressortir le apport de Jésus avec les hommes, comme le premier mêlait en relief sa relation exceptionnelle avec Dieu, et le second son rapport historique au peuple d* Israël. Dans ces rois rapports s'épuise en effet la vie et l'histoire de Jésus.
Le Fils de rhomme.
Jésus commence ici à se désigner par le nom de Fils de 'homme, et il est bien probable que cette circonstance fut réelement la première dans laquelle il prit ce titre. Nous le trourons 39 fois dans les synoptiques (en réunissant les parallèles ; e plus fréquemment chez Matthieu et Luc); 10 fois chez Jean I, 52; m, 13. U; V, 27 (sans larticle); VI, 27. 53. 62; rm, 28; XII, 23. 34; XIII, 31). Il règne sur le sens et l'origine le cette dénomination des opinions très-diverses chez les savantes
2«Vol. 43
modernes. On peut ranger ces opinions en deux classes principales.
1. Les uns pensent que Jésus emprunte ici à l'Ancien Testament un titre en quelque sorte technique, propre à le désigner soit comme prophète, — ce serait une allusion à ce nom fils cT homme, ^r lequel Dieu adresse la parole à Ezécliiel , — soit comme Messie, par allusion à Daniel Yll, 13 : «Et je vis cowiJWtf un fils d'homme venant sur les nuées des cieux.» Otte prophétie messianique était devenue populaire en Isra(^l, à tel point que le Messie avait reçu le nom de Anani, ♦My, Ihomme des imées. Il serait dcMic naturel de suppostT que Jésus a choisi ce terme comme désignant d'une manière populaire sa fonction messianique: d'autant plus qu'il existe une parole de Jésus, dans laquelle il a solennellement rappelé cette description de Daniel en se l'appliquant, Matth. XX Yf, 64 : « Dés ce moment vous verrez le fils (le V homme assis à la droite de la puissance et venant sur le> nuées du ciel. » — De ces deux allusions prétendues, la première est insoutenable. Car ce n'est point en tant que prophète que Dieu appelle Ezéchiel fils d'homme, mais comme créature complètement inq)uissante à opérer l'œuvre divine, dont il l'invite en ce moment à devenir l'agent — ainsi en tant i\\ihomme. Ne serait- il pas contraire à toute logique de soutenir que, parce que Dieu a apfM'lé, dans une circonstance, un prophète fik d'homme, il en nsulte que ce nom soit l'équivalent du titre de prophète ? *
L'allusion à Daniel, comme base de cette dénomination propre de Jésus, est admise par presque tous les interprètes modernes, Lticke, Bkvlv, Ewald, Hilgenfeld, Henan, Strauss, Meyer, etc. C'est aussi, paraît-il, l'opinion de iM. Wabnitz.
Si la question était celle-ci : Jésus en se désignant ainsi, a-t-il fait dans stm esprit un rapprochement entre ce nom et le : convne au fils d homme, de Daniel? il semblerait difficile de le nier, du moins |M)ur le moment où il se proclama le Messie en répondant au grand-prétre devant le Sanh('><lrin. Mais là n'est pas la question. Il s'agit de savoir si, en choisissant ce titre, comme son
* Comp. la réfutation détaillée de cette axplication présentée par M. Vernes et justpi'à un certain point par Weizsâcker, dans Tarlicle de M. Wabnitz, Revue theol., oct. 1874, p. 165 et suiv.
LE FILS DE l'homme. 195
nom de prédilection, Jésus a voulu dire : «Je suis le Messie. annoncé par Daniel, > ou bien si c'est un sentiment beaucoup plus personnel et plus profond de ce qu'il était pour 1 humanité, qui l'a poussé à créer spontanément cette dénomination.
Voici les raisons qui ne nous permettent pas d'envisager ce titre comme une simple reproduction de l'expression de Daniel : io Les emprunts que fait Jésus à TA. T. n'ont en général que le caractère de l'accommodation. L'idée elle-même jaillit originale, ainsi que l'expression, de son cœur et de son esprit; seulement pour lui frayer plus facilement accès dans les cœurs, il la rattache volontiers à quelque parole de l'Ecriture. Comment le nom de prédilection dont Jésus s'est servi pour se désigner habituellement lui-même ne serait-il que le produit d'une servile imitation? Si quelque chose a dû se formuler dans les profondeurs de sa propre conscience, c'est ce nom-là. i^ Dans tout le cours de l'évangile de Jean, Jésus évite avec soin, comme nous le verrons, de se proclamer devant le peuple le Messie, xp'oro;, parce qu'il connaît le sens politique vulgairement attaché à ce terme, et que le moindre malentendu sur ce point eût été immédiatement fatal k son œuvre. Il se sert de toute sorte de circonlocutions désignant ses fonctions de Messie, mais jamais du terme lui-même. Comp. VIII, i4. 25; X, 24. 25. etc.... Et en contradiction directe avec ce procédé, il aurait choisi une dénomination qui aurait eu ce sens technique de Messie dans l'opinion populaire ! 3<' Deux passages de Jean prouvent que le nom de Fils de l'homme n'était point généralement appliqué au Messie : XII, 34, où le peuple jemande à Jésus quel est donc ce personnage qu'il désigne du nom de Fils de l'homme (voir l'exégèse); et V, 27, où Jésus dit [jue le Père lui a remis le jugement, parce qu'il est fils de l'homme. Certainement si cette expression eût signifié ici : le Messie, l'art, le n'eût pu manquer. Il était indispensable pour lésigner le personnage annoncé sous ce nom. Sans l'art, il y a ici une simple indication de qualité. Dieu le fait juge des hommes parce qu'il est membre de la race humaine. D'ailleurs n'ou- )lions pas que dans Daniel le jugement est exercé, non, comme e dit à tort M. Renan, par le Fils de l'homme, mais par Jéhovah ui-mème; et ce n'est qu'après que cet acte est complètement erminé qu'apparaît sur les nuées le Fils de l'homme, auquel est
donnée la domination ^ i^' Dans les synoptiques aussi il y a des passages où le sens de Messie ne convient point au mot Fils de rhomme. Il suffit de citer Matth. XYI, 13. 15, où Jésus demande aux disciples : < Qui disent les hommes que je suis, moi, le Fils de l'homme?... Et vous, qui dites- vous que je suis?» Si ce terme eût été Téquivalent de celui de Messie, Holtzmann n'aurait-il pas raison de demander comment Jésus, après s*ètre désigné cent fois comme le Fils de T homme, pouvait poser encore à ses disciples cette question: « Pour qui me tenez- vous? » 5« L'apparition du Fils de Thomme dans la prophétie de Daniel a une portée exclusivement eschatologique. Il s'agit de rétablissement |j:lorieux du royaume fnial. Or Ton ne pourrait comprendre comment, d'un pareil tahleau, Jésus aurait tiré la dénomination de sa personne, précisément pendant la période de son abaissement terrestre ; tandis que l'on comprend aisément, qu'une fois cette dénomination adoptée par lui pour d'autres motifs, il ait fait expressément allusion à ce terme de la prophétie de Daniel dans le moment où, devant le Sanhédrin, il dut affirmer son retoar {zlorleux et sa qualité de juge de ses juges. Ajoutons enfin que Daniel n'a point dit : Je vis un fils d'homme ou le Fils de l'homme, mais vaguement: comme [la figure d']un fils d'homme. Jésus aurait-il tiré d'une telle expression ce terme stéréotypé de Fils de l'homme ?()'^ Si l'on en croit l'exégèse \nilgaire, le terme Fils de Dieu aurait le sens de Messie. Si le terme Fik de l'homme signifiait paiement Messie, il suivrait de là que Fils de Dieu signifierait Fils de l'homme, ou l'inverse*. Or, il est évident que ces deux termes expriment une antithèse et non une identité. Ils peuvent et doivent sans doute se rapporter tous deux à la personne du Messie, mais pour la désigner sous deui aspects dilTérents, logiquement distincts et complémentaires l'un de l'autre.
' 11 est vrai que dans le livre d'Hénoch ;c. 37-74) le Messie e;^ plusieurs fois ap|)elë Fils do rhomme. Cependant ce passage est suspect d'interpolations chrétiennes .(Ehlcr, art. Messie dans YEncifei d*Herzog; Keini, Gesch, Jesu, II, p. 69). En tous cas, ces morceaux fussent-ils entièrement authentiques, les passages de Jean prouvent que cette dénomination n'était point encore populaire.
* C'est à celte identification que tendent en effet tous les efforts que fait Kcim |)0ur atténuer la différence entre ces deux termes, II, p. 388.
LE FILS DE l'homme. . 197
II. Ces réflexions nous conduisent à la seconde classe d'interprétations, celle qui voit dans ce titre une expression émanée de )a conscience intime que Jésus avait de lui-même, soit que Ton fasse dominer en lui dans le choix de ce titre le sentiment de sa candeur ou celui de son abaissement.
1. Il n'est pas besoin de réfuter l'explication de Paulus et Fritzsche : « Cet individu que vous voyez là devant vous, » homo ille quem henè nostis, Jésus aurait-il paraphrasé ainsi plus de cinquante fois le pronom moi ?
2. De Wette, Tholuck, voient dans ce nom que prend Jésus ridée de TinOrmité de son apparition terrestre. Mais qui croira que Dieu attribue à Jésus le jugement, en raison de l'infirmité de son apparition terrestre ? V, 27.
3. Chrysostome, Grotius et plusieurs modernes trouvent dans ce jiom de Jésus une antithèse réfléchie avec son essence de Fils de Dieu. Quel autre qu'un être étranger à la race humaine pouvait prendre pour nom caractéristique le titre d'enfant de cette race? Cette explication est ingénieuse; mais elle ne répond pas assez à la simplicité du sentiment de Jésus.
D'autres inclinent du côté du sentiment de la gloire. Ainsi :
4. Keerl pense que ce titre s'applique au Fils de Dieu en tant que son essence est d'être en Dieu \ homme éternel. Le Messie ne diffère de cet homme éternel que parce qu'il est revêtu d'une chair et d'un sang terrestres. Mais le terme de Fils de l'homme lie seraiMI pas complètement impropre pour exprimer une telle idée? Il eût fallu dire : le premier-né ou l'archétype de l'humanité.
5. Gess* pense que cette expression désigne Jésus comme ^ l'apparition de la majesté divine sous la forme de la vie humaine.» Il s'appuie sur les passages où sont attribuées au Fils de l'homme les fonctions divines du pardon des péchés (Matth. IX, 6), du jugement (Matth. XVI, 27; XXV, 31), de la domination sur les anges (Matth. XIII, 41), etc., fonctions qui dépassent de beaucoup les capacités de la nature humaine, même accomplie. Mais si la nature humaine accomplie n'est autre chose, dans son idée même, que la participation de la créature aux perfections divines dont elle est destinée à devenir l'oraane? Il n'v a plus rien, en ce cas, dans ces fonctions énumérées, qui dépasse
• Chrisii Zeugniss von seiner Person u, sevicm Werk, 1870.
les limites de la vraie nature humaine. D*ailleurs il nous paraît impossible que le sens naturel de l'expression Fils de Thomme soit de désigner la majesté divine, fût-elle même unie à la forme humaine. Qu'il nous soit permis de demander à M. Gess comment cette explication s'accorde avec sa théorie de la kénosis. d'après laquelle Jésus doit avoir vécu ici-bas dépouillé de sa gloire divine.
Une seule explication nous parait répondre à tous les postulats historiques et exégétiques, celle qui, sous des formes variées, se présente au fond la même chez Bohme, Néander, Ebrard, OIshausen, Beyschlag, Hoitzmann, Wittichen, Hofmann, et que nous avons déjà défendue dans la première édition de cel ouvrage.
Nous avons vu que V, 27 le terme de Fils de l'homme désigne, dans une parole de Jésus lui-même, sa participation à la nature humaine. Et n'est-ce pas ce qu'indique tout naturellement le terme de fils d homme qui ne signifie, ni un (ils lYAdam, ni le fils de son père, mais un vrai Gis de \ humanité, un représentant de la race elle-même. C'est là le sens de cette expression dans Ps. VIII, 5 : « Qu'est-ce que de X homme que tu te souviennes de lui et du fils de l'homme que tu le visites?» C'est là son sens dans l'allocution divine à Ezéchiel. 11 en est de même Daniel VII, 13, où la figure humaine est l'emblème du rovaume divin, dans le même sens où les bêtes féroces étaient les types de la puissance terrestre dans ses diiïérentes phases anté- messianiques. Cet emblème d'un fils d'homme fait admirablement ressortir le caractère profondément humain du royaume de Dieu. Toutes ces expressions sont le produit du même sentiment qui a inspiré à Jésus la dénomination qui nous occupe. Jésus voulait avant tout, en l'adoptant, accentuer son homogénéité complète avec nous. Il n'empruntait pas un nom tout fait. Mais il obéissait à l'instinct de son amour pour l'humanité et au sentiment de son union indissoluble avec cette race dans laquelle il était entré. C'était l'expression saillante du fait que Jean a formulé en disant : « la Parole a été faite chair.* Mais n'oublions point que Jésus ne disait pas : un fils d'homme; mais : le Fils de l'homme. Par là il se déclarait, non seulement wn homme, un vrai homme, mais le vrai homme, le représentant normal du type humain. Tout en affirmant son égalité avec nous, il faisait ainsi ressortir son absolue supériorité sur
LE FILS DE l'homme. 199
tous les autres membres de la race humaine. Se désigner ainsi, c'était donc bien affirmer sa qualité de Messie, mais d'une manière implicite seulement. Il réussissait par là à exprimer Tidée en évitant le terme ordinaire, dont le sens était faussé. Sans s'appeler le Christ, il disait néanmoins à chaque homme : «Regarde-moi, et tu verras ce que tu aurais dû être, et ce que par moi tu peux devenir encore.» Cette substitution de la vraie idée du Messie au mot de Messie, répondait sous deux rapports importants au sentiment intime de Jésus : d'abord il réussissait par là à éloigner de son ministère toute portée politique, et à inaugurer le plus pur spiritualisme messianique. En second lieu, il dégageait la notion du royaume de Dieu de tout particularisme théocratique. Jésus se présentait ainsi comme le représentant et le chef, non seulement d'Israël, mais de l'humanité tout entière. C'est ce qui a fait dire à Bohme (V\'rsnch dos Geheimniss des Menschensohns zu eathûUen, 1839) que le but de Jésus, en choisissant cette dénomination, avait été de déjudaïser l'idée de Messie.
On voit avec quelle admirable prudence Jésus procéda dans le choix de cette dénomination qui fut le fruit, sans doute, de sa vie intime. Son amour en cela, comme toujours, le guida merveilleusement. Peut-être son tact intérieur fut-il dirigé dans ce choix par la plus antique de toutes les prophéties, celle qui fut le germe de l'arbre des révélations messianiques, et qui a pour traits saillants, d'un côté, le plus pur spiritualisme, de l'autre, le plus vaste universalisrne : « La postérité de la femme écrasera la tète du serpent.» Dans l'expression fds d'homme, le mot homme, avôpwTroç, désigne non l'individu, mais l'espèce, et se rapporte également aux deux sexes ; or, la femme a le nMe de représenter la nature hinnaine comme telle. Il n'y a donc pas loin du terme le Fils de l'homme à celui-ci : la postérité de la femme, Jésus se désignerait ainsi comme l'homme normal, appelé par conséquent à accomplir la tâche suprême de l'humanité, celle de vaincre l'ennemi de Dieu et des hommes*.
• Dans l'idée que nous venons d'exposer viennent converger, à ce qu'il nous semble, toutes les explications qui se rattachent à cette cla^îse, et que nous allons rapidement énumërer. Baur : « un simple homme, auquel s'attachent toutes les misères que l'on [)cut affirmer d'un homme quelconijue. » Schenkel : « le représentant du pauvre peu-
Estrce le sentiment de la grandeur qui domine sur celui de la faiblesse ou l'inverse ? A cette question, posée par Keim. je réponds avec Pascal : t Abaissiez l'homme, je l'élève ; élevez-le, je l'abaisse.» Le Ps. YIII ne dit-il pas déjà que la fîrandeur de rhomme consiste dans sa bassesse même dans laquelle Dieu consent à le visiter, comme son abaissement dans la gratuité glorieuse de cette Visitation? Ces deux aspects de la vie humaine, sublime dans sa bassesse, infiniment pauvre dans sa richesse, ont trouvt' en Jésus leur complète réalisation, dans sa conscience leur reM parfaitement distinct: et il les a indissolublement réunis dais son titre de Fils do l'homme.
TROISIÈME SECTION