V. 27-30. * Moi. f
V. 27. € Jean répondii et dû : Un homme me petit prendre que ce qui lui est donné du ciel. i> — L'idée dominante, jusqu'au v. 30, est celle de la personne et de la mission du précurseur. D'après cela, l'explication la plus naturelle de la sentence générale du v. 27 parait èti*e de rappliquer à la personne de Jean-Baptiste. On t'excite à se défendre contre Jésus qui le dépouille. « Je ne puis prendre, répond-il, ce que Dieu ne m'a pas donné, » en d'autres termes : c Je ne puis me faire l'époux, quand je ne suis que l'ami de l'époux. i> Cette explication, que j'avais adoptée (comp. Lûcke, Hengstenberg) , dans lal''^^ édition, en raison de la relation de cette parole avec le thème de la première partie du discours : c moi, > me parait aujourd'hui devoir être abandonnée pour celle de Meyer d'après laquelle cette maxime se rapporte à Jésus: cil n'obtiendrait pas un tel succès si Dieu lui-même ne le lui donnait, t La relation avec la question du v. 26 est bien plus étroite dans ce sens. Et la première parole du discours peut bien être le préambule du discours entier (moi et lui) et non pas seulement celui de la première partie. On pourrait objecter que, d'après ce sens, cette maxime ne renferme rien moins que la glorification du succès, comme tel. Mais il ne faut pas oublier que cette parole se rapporte uniquement à l'œuvre divine icibas et à ses progrès. — Tholuck, Brùckner, Luthardt l'appliquent à Jean et à Jésus simultanément. Ce que cette déclaration gagne ainsi en extension, elle le perd en netteté.
V. 28. « Vous-mêmes m'êtes^ témoins que f ai dit: Je ne mds point le Christ, mais je suis envoyé devant lui.:» — Uasyndeton entre ce v. et le précédent est l'expression du
« Le:) Mjj. NE F H M V ot 60 Mnn. omettent {&ot.
contraste vivement senti entre ce qui est accordé à Jésus et le rôle assigné à Jean. — Ceiui-ci rappelle à ses disciples que ce dont ils se plaignent n'est que la conséquence d'un fait dont il les a avertis dés le commencement. 11 en appelle à leur souvenir et se décharge ainsi de toute responsabilité à l'égard de leur humeur jalouse. V. â8-30, il oppose à ce qui est accordé à Jésus et qui lui est refusé, le rôle très-inférieur qui lui est assigné à lui-même, mais qui le satisfait complètement. Puis, dès le v. 31, il reviendra à ridée du v. 27 et décrira le rôle de Jésus.
V. 29. € Celui qui a C épouse est l'époux: mais Ccuni de t époux (jui se lient là et qui V entend^ ^ est ravi de joie à causse de la voix de F époux: cette joie donc qui est la miennCy est maintenant parfaite,* — Jean rend sensible par une image la nature de sa position et montre que, si elle est inférieure à celle de Jésus, elle a aussi ses privilèges, en vertu desquels elle lui suffit parfaitement. Nup^, l'épouse, est la communauté messianique que Jean-Baptiste devait former en Israël pour la conduire à Jésus; wftfioç, Vépoux, désigne le Messie, et, s'il est permis de parler ainsi, le futur de cette fiancée spirituelle. Le nom de Jébovah signifie précisément : Celui qui doit venir. D'après TA. T., en effet, l'Eternel ne voulait confier à aucun autre qu'à lui-même ce beau rôle, et la venue du Messie est l'apparition suprême de Jèhovah lui-même (p. 87). — L'intention de Jean dans la première proposition pourrait être de prouver, par le fait que Jésus a l'épouse ( < tous vont à luiy D V. 26), qu'il est réellement l'époux; mais il est bien plus naturel de penser qu'il veut opposer les privilèges de celui qui a le bonheur d'être l'époux aux siens propres : « L'avantage de posséder l'épouse appartient à celui qui a été élu pour être l'époux, et ce rôle n'est pas le mien;
* K place auTOu après ETn;xcoç.
GHAP. III, S8. 29. 309
mais au-dessous de cette position privilégiée, il y en a une autre qui est encore assez belle pour combler de joie celui qui y est appelé ; et celle-là est la mienne. » Les fonctions de Tarai de noces étaient d'abord de demander la main de la jeune fille, puis de servir d'intermédiaire entre les époux durant le temps des fiançailles, enfin de présider à la fête des noces; admirable image du rôle de Jean-Baptiste. 'O ioTYixco^ : celui qui se tient là. Ce mot exprime, comme Je dit Hengstenberg, l'heureuse passivité de celui qui contemple, écpute et jouit. Pendant qu'il fait l'office de sei'vant auprès des époux, l'ami de noces entend les joyeux et nobles accents de son ami, qui le transportent de joie. Jean ne parle que d'entendre, non de voir. Pourquoi? Serait-ce peut-être parce qu'il est lui-même éloigné de Jésus? Mais alors comment peut-il même parler (TentendrefSi ces mots ont un sens, appliqués à Jean-Baptiste, ils supposent que certaines paroles de Jésus, publiquement ou privément prononcées par lui, avaient été rapportées à Jean et avaient rempli son cœur de joie et d'admiration. Et si l'on y réfléchit bien, pouvait-il en être autrement? Comment André, Simon Pierre, Jean surtout, ces anciens disciples de Jean- Baptiste, ne seraient-ils pas revenus, une fois au moins, auprès de leur ancien maître, pour lui rendre compte des -choses qu'ils entendaient sortir de la bouche de Jésus? Comment ne l'eussent-ils pas fait surtout en cette circonstance où ils se retrouvaient si près de lui? Ce fait jette loute la lumière désirable sur la ressemblance entre certaines paroles de Jean-Baptiste dans notre discours et celles -de Jésus dans l'entretien avec Nicodème. Cet entretien avait été rapporté à Jean ; et c'est là précisément la voix de t époux qui fait tressaillir le cœur de son ami. — La locution yapayaipeiv, se réjouir de joie, répond à une construction hébraïque (l'idée verbale renforcée par le verbe
à rinfinitif placé avant le verbe fini); comp. v*v^vyç (Es. LXI, iO), que les LXX traduisent par une constniction analogue à celle de Jean; Luc XXII, 15. Cette expressioa désigne la joie de Jean comme une joie parvenue au comble, et qui exclut tout sentiment opposé, tel que celui qoe les disciples essayaient d'éveiller chez lui. Les mots : cette joie-là qui est la mienney opposent la joie d'ami de noces à celle d'époux., et la caractérisent comme sa portion. — nex^Tj j)WTai, non : a été accomplie (Rilliet), — il faudrait l'aoriste, non le parfait^ — mais : est, en ce moment même, élerëe au comble : « Ce qui provoque votre dépit, est précisément ce qui accomplit ma joie.»
V. 30. « // faut quil croisse, et que je diminue. » — Ce V. 30 est le mot central de tout le discours ; il forme la transition de la première partie à la seconde. — L'ami de répoux avait, au commencement de la relation, le rôle prin* cipal ; c'était lui qui paraissait. Mais, à mesure que la relation se développait, son rôle diminuait; il n'avait plas qu'à s'eflfacer et à laisser Tépoux devenir le seul. Toot Jean-Baptiste est dans cette admirable parole que jamais un autre n'eût inventée. Elle doit devenir la devise de tout serviteur de Christ.
C'est ici que Bengel, Tholuck, OIshausen et d'autres font cesser le discours du Baptiste et commencer les réflexions de l'évangéliste. Ils s'appuient principalement sor le caractère johannique du style dans ce qui suit et sur les nombi*eux rapports avec l'entretien précédent (voy. surtout v. 31 et 32). Mais Jean-Baptiste vient de nous expliquer lui-même ces rapports ; et quant au style, il faut se rappeler que Jésus et Jean-Baptiste parlaient araméen et que le même évangéliste a traduit leurs paroles. Coroment un coloris uniforme ne se serait-il pas répandu sur les discours amsi reproduits? Si l'auteur eût passé ici du discours de
Jean-Baptiste à ses propres réOexioDS, il eût marqué par quelque indice cette transition. D'ailleurs, les présents il parle^ il témoigne, nul ne reçoit (v. 31 . 32. 34-), prouvent clairement qu'il avait Tintention et la prétention de faire parler le précurseur. Il s'agit uniquement de savoir si cette prétention est fondée. Nous ne pourrons nous prononcer qu'après avoir étudié le discours jusqu'au bout.