IV
Jésus en Samarie.
Jésus, ne voulant pas bâter la catastrophe qui devait mettre fin à son ministère terrestre, abandonne à ses ennemis la Judée, comme il leur avait abandonné le temple d'abord, puis Jérusalem. L'inquiétude qn'il discerne chez ses adversaires, à l'occasion de ses succès, est pour lui le signal de la retraite. Il revient en Galilée et fait dès ce mo ment de cette province reculée le Ihédtre ordinaire de son activité.
Le chemin naturel de Judée en Galilée passait par la Samarie. C'était aussi celui que suivaient ordinairement les caravanes galilécnnes qui se rendaient à Jérusalem :Joscphc, Anti(i. XX, 0, 1); et Jésus ne pouvait craindre de se conformer a cet usage (Luc IX, 51 et suiv.). On a prétendu que cette manière d'agir était en contradiction avec .Maltli. X, 5, où Jésus dit aux apolres en les envoyant prêcher : e A> vous en allez pa^s vers les (ientUs et n'entrez pas dans une ville di^s Samarifaim : nuiù allez plutôt vers les b relus perdues de la maison d' Israël, è Mais, entre passer \)ar la Samarie (<^iép/£<;Q«i, v. 4) et faire du peuple sama-
ritain le but exprès d'une mission, il y a une difl'érence facile à saisir. On doit bien plutôt trouver, avec Hengstenberg, une convenance morale à ce que Jésus ait donné parfois, pendant sa vie terrestre, l'exemple d'une largeur de cœur qui est devenue, après la Pentecôte, le caractère de la mission chrétienne.
S'il en est ainsi, le l'ait qui va suivre a une valeur typique. Jésus lui-même le sent vivement (v. 38). Cette femme samaritaine et ces habitants de Sychar, par la promptitude et Tempressement de leur foi et par le contraste de leur conduite avec celle du peuple israélite, sont à ses yeux comme les prémices de la conversion du monde païen. Il y a là pour lui un indice de la marche future du régne de Dieu sur la terre. Faudrait-il conclure de là, avec Baur, que tout ce récit ne soit qu'une idée mise en action par ''auteur de notre évangile? Non certes! Si la femme samaritaine n'était qu'une personnification du monde païen, comment l'auteur lui aurait-il mis dans la bouche (v. 20 et suiv.) une profession de foi strictement monothéiste, ainsi que l'espérance de la prochaine venue du Messie (v. 25; comp. v. 4'2)? L'hisloire réelle a he^ureusement son côté idéal. Autrement elle ne serait qu un amas de faits sans signification. De ce qu'un fait a une valeur prophétique,, il ne résulte donc pas qu'il ne soit qu'une fiction. S'il est un récit de la vie du Sauveur qui, par la vivacité et la fraîcheur de l'ensemble et des détails, porte le sceau de la vérité historique, c'est celui-ci. M. Renan dit lui-même: € La plupart des circonstances du récit ont un cachet frappant de vérité» (Vie (le Jésus, p. 243).
Comme exemple de foi, ce trait se rattache à deux tableaux précédents : celui de la foi des apôtres (1, 38 et suiv.) et celui de la visite de Nicodème (III, 1-21). Ce sont là les parties lumineuses du récit, qui alternent avec les parties
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sombres, représentant les commencements de Tincrédulité (1, 19 et suiv.; 11, 12 et suiv.; III, 25 et suiv.).
Nous distinguons dans ce récit les trois phases suivantes: 1® Jésus et la Samaritaine : v. 1-26 ; 2** Jésus et les disciples : V. 27-38; S^ Jésus et les Samaritains : v. 39-42.