Le Fils OBTrier es Père: t
V. 17. ^ Jésus leur répondit: Mon Père agit jusque cette heure, et moi aussi f agis, i» — Cette parole renferme Arirtuellement tout le discours suivant. Elle est puisée aa plus profond de la conscience de Christ et remonte, en quelque sorte, jusqu'au point de jonction mystérieux entre l'activité de son Père et la sienne. C'est un de ces éclairs, semblables à la déclaration Luc II, 49 : c Ne sariez-vom pas qu'il faut que je sois dans ce qui est à mon Père ? i ou à celle-ci : « Détruisez ce temple.,.. > (Jean II, 19). Ces jets subits et incommensurablement profonds distinguent la parole de Jésus de toute autre.
On explique ordinairement ces mots dans ce sens : c Mon Père agit, sans s'inquiéter du sabbat, depuis la création jusqu'au moment où je vous parle ; et moi j'en fais autant. » On les applique, dans ce sens, soit à la conservation du monde, en tant que création continue (M. Reuss), soit à l'œuvre du salut de l'humanité, qui ne comporte aucune interruption (Meyer). Jésus affirmerait donc que son activité est élevée au-dessus du repos sabbatique, aussi bien que celle de Dieu lui-même. Mais si c'était là la pensée de Jésus, il l'aurait plus clairement exprimée; au lieu de : jusquà cette heure, il aurait dit: continuellement, à foute heure. Et il n'aurait pu se dispenser de répéter ce mot dans le second membre de phrase : « Mon Père..., et moi aussi j'agis incessamment. » Mais il y a plus : ce
sens, ainsi appliqué à la loi du sabbat, fausse le rapport de Jésus à cette loi. « Né sous la toi, » dit de Jésus saint Paul Gai. IV, 4. 11 l'appelle, par la même raison, serviteur de la circoncision (Rom. XV, 8). Cet assujettissement à la loi n'a cessé, pour Jésus, que par la mort. Il est absolument impossible de prouver qu'il ail contrevenu une seule fois à une prescription vraiment légale : il s'est émancipé du joug des traditions humaines et des commentaires pharisaïques, jamais de celui de la loi. — Luthardt, pour appliquer Icjmqu'à celle heure, l'oppose, non au sabbat dans le passé, mais au sabbat final encore à venir : «Aussi longtemps que l'heure du sabbat futur, do la consommation du salut, n'a pas sonné, je travaille avec le Père.* Mais, comme le remarque Meyer, celte antithèse qu'introduit ici Luthardt, entre le moment actuel et le sabbat fiitur, si vraie qu'elle soit, n'est indiquée par rien, soit dans la parole de Jésus, soit dans le contexte.
Pour saisir le sens de cette parole, expliquons-la d'abord en faisant abstraction du : jusqu'à cette heure, « Mon Père travaille, et moi aussi je travaille. » La relation entre ces deux propositions ainsi formulées saute aux yeux. Il suffit de combiner logiquement ce qui est grammaticalement juxtaposé. C'est comme s'il y avait : « Puisque mon Père travaille, moi, son Fils, je travaille aussi. Mon Père est à l'œuvre; moi, son Fils, je ne puis rester oisif. » Nous retrouvons ici cette même construction paralactique que nous avons déjà observée plusieurs fois chez Jean, qui est conforme au génie de la langue hébraïque et qui consiste à exprimer naïvement par la copule et une relation logique que le génie grec formule par une conjonction. C'est donc la loi de son cœur filial que Jésus exprime dans cette parole : « Ma règle, c'est l'œuvre de mon Père. Tant qu'il travaille, je travaille. -» Cette relation pleine de tendresse
est précisément celle que décrivent, en la développant, les V. 19 et 20. Par cette relation de dépendance, Jésus place admirablement son œuvre sous la garantie de celle du Pére. Mais ce n'était pas son œuvre en elle-même que Pon inculpait; c'était le moment où il Tavait faite; et voilà la raison pour laquelle il introduit dans sa réponse la délermination temporelle : ew; «pn, jusqu'à tout à rheure, « Mon Père agit jusqu'à ce moment même . . .; j'agis aussi. > Le travail du Fils ne peut cesser à cette heure, puisqua cette heure encore le Père agit. En parlant ainsi, Jésus ne fait allusion ni au sabbat hebdomadaire, ni au sabbat final. Cette proposition exprime la fidélité absolue^ immédiate, petmauetètej avec laquelle le Fils entre à chaque instant dans l'œuvre du Père. C'est la loi la plus profonde de sort être que Jésus révèle ici sous cette forme concise et originale. Cette formule est le contraire de celle qui caractérise la vie de l'homme pécheur : agir par sa propre initiative (aç'éauToO, v. 19).
Jésus se déclare-t-il parla indépendant du statut sabbatique? Il le semble; et M. Reuss parait avoir le droit de rallirmer. Mais la question est de savoir si, dans la pratique, il plaira jamais au Père de donner au Fils le signal d'une jiclivité contraire au commandement sabbatique. Or, c'est, — on peut le démontœr, — ce qui n'a jamais eu lieu et ce qui ne pouvait arriver durant le cours de la vie terrestre de Jésus, f^r sa condition de Juif et sa charge de Messie juif lui faisaient un devoir sacré de l'observation de la loi, et jamais l'initiative paternelle n'a pu le placer dans Talternative de briser la forme mosaïque ou de rompre avec son divin modèle. Hilgenfeld voit dans cette parole un démenti formel donné à l'idée du repos de Dieu dans la Genèse. Mais ce repos se rapporte à la sphère de la nature, tandis qu'il s'agit ici de l'œuvre du salut et de Péducation
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morale du genre humain. Ce travail divin a précisément pour fondement la cessation du travail créateur dans la nature. (Voir Introd. I, p. 209.)
Le Génie de Socrate l'arrêtait au moment où il allait agir contre la volonté des dieux; cette action était purement négative. La relation ici décrite n'est pas sans quelque analogie avec celle-là, mais elle la surpasse infiniment. Ce que Jésus ressent, c'est une impulsion positive à agir, provenant de l'intuition qu'il possède de l'action divine. Quelle apologie! C'était, sous la forme la plus humble, dire à ses adversaires : En m'accusanl, c'est mon Père que TOUS accusez, ('/est au législateur que vous reprochez la transgression de sa loi; car mon activité ne fait qu'obéir h la sienne.
V. 18. aCest pouniaoi^ les Juifs cherchaient encore plus à le faire mourir, parce que non seulement il détruisait le sabbat: mais il appelait Dieu son propre Père, se faisant lui-même égal à Dieu, » — Le Stà to'jto, c'est pourquoi, est expliqué par le oti, parce que, qui suit. — D'après la vraie leçon, dans le v. 16, la notion de faire^mourir n'était point encore exprimée dans ce verset; elle était seulement renfermée implicitement dans s^uoxov, ils poursuivaient. Mais cela suffit pleinement pour expliquer le ijâWo^, encore plus, du V. 18. Relevons ici les singulières exagérations de M. Reuss : «Qu'on lise, dit-il, le discours V, 18 et suiv., plusieurs fois interrompu par celte phrase : Ils le poursuivent, ils cherchent à le tuer. D'après Texégèse vulgaire et purement historique, on arrive à se représenter les Juifs courant après Jésus dans les rues et le poursuivant à coups de pierres ï> (t. II, p. 416). L'exégèse vraiment historique réduit ces interruptions nombreuses à ces deux notices fort bien graduées : « Ils le poursuivaient, » v. 16, <r ils
* N D It.: ota TouTo ouv; les autrefi omettent ouv.
cherchaient à le faire mourir, » v. 18, et ne trouve dans ces deux expressions que Tindication de quelques conciliabules hostiles dans lesquels les chefs se demandèreot, déjà alors, comment ils pourraient se débarrasser d'un homme aussi dangereux. Les synoptiques font remonter précisément à la même époque les projets meurtriers des adversaires de Jésus (LucVl,7.11; Marc 111,6; Matth.XIl, 14). Le regard anxieux de Jean a su discerner le fruit dans le germe. — ''FAue, non : il avait violé (Ostervald); mais (imparf.) : // détruisait, proprement: dissolvait. Son exemple et ses principes semblaient anéantir le sabbat. — Oulre ce premier grief, la déclaration de Jésus, v. 17, venait de leur en fournir un second, celui de blasphème. Celait d'abord ce mot aoO, mon Père, qui les révoltait en raison du sens privé et exclusif de cette expression. Si Jésus eût dit notre Père, les Juifs eussent acceplé sans peine cette parole (VIII, 41). C'étaient ensuite les conséquences pratiques qu'il semblait tirer de ce terme, ne reconnaissant plus d'autre nornïc de son œuvre que le travail de Dieu même: tt se faisant éf/al à Dieu, »
Le V. 17 contient l'idée mère de tout le discoui-s suivant : la relation entre l'activité du Père et celle du Fils. Les V. 10 et 20 exposent cette idée d'une manière plus détaillée; au v. 19, le rapport de l'activité du Fils à celle <lu Père; au v. 20, le rapport de l'activité du Père à celle du Fils. On pourrait <lire : le Fils qui se met avec fidélité au service du Père (v. 10), et le Père qui consent avec tendresse à servir de modèle au Fils (v. 20).
V. 10. € Jésus donc répliqua et leur dil^ : En vérité, en vérité*, je vous dis: Le Fils ne peut rien faire de lui-même,
' N commence ainsi le \ersel : eXsysv ojv avTOt; o It,wj;. — B L: EAs^Ev au lieu de £i;:£v.
* N s<îul omet l'un des deux aar^v.
CIIAP. V, 18. 19. 401
à moins quil ne te voie faire au Père. Car les choses que fait celui-ci, le Fils aussi les fait pareillement. ï) — Le moyen ârexptvaTo, qui ne se retrouve chez Jean que V, 17 et XII, 23, annonce chaque fois, si nous ne nous trompons, une parole accompagnée de la part de Jésus d'un retour profond sur lui-même. — Les interprètes qui trouvent dans le V. 17 une idée spéculative, comme celle de la création continue, voient dans les v. 19 et 20 le déploiement spéculatif de la relation métaphysique entre le Père et le Logos. Mais si l'on donne, comme nous l'avons fait, au v. 17 un sens approprié au contexte, les v. 19 et 20 n'ont point ce caractère Ihéologique plus ou moins abstrait; ils ont, aussi bien que le v. 17, une application pratique au cas donné. Jésus veut dire, non : Je suis ceci ou cela pour mon Père ; je soutiens avec lui telle ou telle relation ; mais : t Quelque œuvre que vous me voyiez faire, lors même qu'elle vous scandaliserait, comme celle pour laquelle je suis inculpé maintenant, dites-vous bien que^ fils soumis, je ne l'ai faite que parce que j'ai vu mon Père agir dans ce sens au moment méfne. » Ce n'est point là de la métaphysique ; c'est l'explication de son œuvre incriminée et de toute son activité en général. Jésus fait jaillir cette justification d'une incommensurable profondeur, de la loi la plus intime de sa vie morale, de sa dépendance filiale du Père. Cette réponse ressemble au : cJe ne puis autrement,» de Luther à Worms; ou, pour prendre un exemple plus rapproché, Jésus met son œuvre sous la sauvegarde de celle du Père, comme l'impotent venait de mettre la sienne sous la garantie de celle de
Jésus.
La première proposition du v. 19 présente cette apologie sous forme négative : Rien par moi-même ; la seconde, sous forme affirmative : Tout à l'imitation du Père. — La
formule amen, amen, montre qu'il tire cette révélation du fond de sa conscience morale. — L'expression fie peut ne désigne point une impossibilité métaphysique ou d'essence. Le Fils ne possède-t-il pas le privilège divin d'avoir la vie en lui-même (v. 26), par conséquent celui de pouvoir la communiquer à volonté? Cette impuissance est donc parement morale. Cela ressort du terme même de Fik, que Jésus substitue à dessein au pronom moi du v. 17. C'eslen vertu de son caractère filial, c'est-à-dire parfaitement obéissant, que Jésus est intérieurement empêché d'agir de lui-même en un moment quelconque. Mais il aurait le pouvoir d'agir autrement, s'il le voulait; et voilà l'idée qui permet de donner à l'expression â^p'éotiToO, de lui-même, un sens réel et sérieux. A toutes les phases de son existence, le Fils a un trésor de vie propre dont il pourrait user indépendamment du Père. Comme Logos, il a, d'après le V. 26, le pouvoir de créer : il pouiTait tirer de son chef des mondes du néant et s'en faire le Dieu, elvoi Ica 6eâ, être égal à Dieu, Phil. 11, 6*. Mais il est tout à Dm (Jean I, 1); et, plutôt que de vouloir être, comme Satan, Dieu d'un monde à lui, il préfère demeurer dans sa position de Fils et n'user de son pouvoir créateur que pour Dieu. Celte loi de sa vie divine est encore sur la terre celle de sa vie humaine. Quoique privé de son étal divin, (sa forme de Dieu), comme homme, il possède d'abord les facultés humaines, puis, dès le baptême, les forces messianiques. Avec cela, il pourrait créer, dans le sens où crée chaque homme de talent, créer par et pour lui-même, fonder ici-bas un règne qui fût le sien, comme tout génie ou tout conquérant. N'est-ce pas à ce pouvoir très-réel que fai-
* Nous ne donnons pas ici ce rapprochement comme Texplication rfe ce passage.
^ient appel les diverses suggestions de Satan, au désert? Mais il s'est incessamment refusé à tout usage semblable de ses forces humaines et messianiques, et, rattachant invariablement son œuvre à celle du Père, il a ainsi librement maintenu et confirmé son caractère de Fils. Tout est moral dans cette relation. Le non-pouvoir dont il s'agit ici n'est que le côté négatif de l'amour filial. — La proposition iûcv [JLTQ Ti..., à moins quil ne le voie faire^ ou plutôt: « qu'il ne voie le Père le faisant,i^ n'est pas une restriction à Tidée : ^gir de soi-même. C'est uniquement l'explication épexégélique du ««p'àouTou, de soi-même: «De soi-même, cest-à-dire s'il ne voit... » — Le partie, prés. iroioGvTa, faisant^ correspond au àpTi, tout à Iheure^ du v. 17 : Le Fils voit le Père agissant et s'associe, à l'instant même, à son action. L'amour filial n'empêche pas seulement le Fils d'agir par lui-même; mais il le fait entrer positivement dans l'œuvre du Père. C'est l'idée renfermée dans la seconde partie du v. 19. Elle est liée par car à la précédente. En effet, si toute œuvre propre est impossible au Fils, c'est parce qu'\\ se voue tout entier à l'œuvre du Père. Comme il met tout son temps et toute sa force à reproduire fidèlement ce modèle, il ne lui est plus possible de travailler par lui-même. — Ne semble-l-il pas que Jésus emprunte <;es images familières à son travail d'autrefois, lorsque, clans l'atelier de Nazareth, il s'associait à l'œuvre de celui ^ui lui servait de père ici-bas? La loi de son travail était alors d'adapter constamment son œuvre à celle de Joseph «t d'y coopérer dans la mesure de son intelligence et de sa force, aussi longtemps que le jour durait et que Joseph travaillait lui-même; de sorte qu'il ne lui restait ni force ni loisir pour un travail propre. Et cette communauté d'action couvrait évidemment la responsabilité de l'enfant dans toute œuvre ainsi accomplie. Aujourd'hui Jésus se
met au bénéfice d'une position toute pareille, dans un travail d'une nature infiniment supérieure. Il vit dans l'atelier invisible du Père, comme autrefois dans celui de Nazareth. Le ciel lui a été ouvert. Il épie à chaque instant le point auquel est parvenue l'œuvre de Dieu sur la terre, et toutes ses facultés d'homme et ses prérogatives de Messie sont employées à y concourir. — "A yàp àv, les chosei quelles qu'elles soient. Ce mot renferme des éventualités sans nombre, et peut-être bien d'autres violations des statuts pharisaïques que celles qu'ils viennent de voir et qui les scandalise tant! Mais il n'en laissera volontairement échapper aucune. C'est sous l'impulsion de cette divine initiative qu'il a accompli cette œuvre ; et ils peuvent s'attendre à ce qu'il en accomplisse bien d'autres encore qui porteront le même caractère. Dans cette parole, on ne sait ce qui étonne le plus, la naïveté de la forme ou la sublimité de l'idée. Jésus parle de cette relation intime avec l'Etre des êtres, comme s'il s'agissait de la chose la plus simple du monde. C'est la parole de l'enfant de douze ans: « Ne faut-il pas que je sois dans ce qui est à mon Pèref> élevée à ime plus haute puissance. Mais cette corrélation parfaite entre l'œuvre du Fils et celle du Père ne peut exister qu'à une condition : c'est que le Père consente à initier incessamment le Fils à la marche et aux besoins de son œuvre. C'est aussi ce qu'il daigne faire :
V. 20. « Car le Père aime le FilSy et il lui montre tout ce nu il fait lui-même; et il lui montrera des œuvres plus grandes encore que celles-ci, afin que vous soyez dans l'étonnement, d — Cette initiation indispensable du Fils k l'œuvre divine lui est garantie par l'amour infini du Père (car). Le terme (pi^eTv exprime le sentiment de la tendresse (chérir)^ et convient parfaitement à l'intimité de la relation ici décrite. 11 en était autrement 111, 35, où
le moi àyaTov, qui indique l'amour d'approbation et en quelque sorte d'admiration (aYapi), était plus en place, parce qu'il s'agissait là de la communication de la toutepuissance. Le montrer du Père correspond au regarder du Fils (v. 19) et en est tout à la fois la condition et la conséquence ; la condition : car le Père dévoile au Fils son œuvre, afin que celui-ci y puisse concourir; la conséquence : car c'est à ce concours constant et fidèle du Fils qu'est due la continuité de cette révélation.
Mais l'initiation du Fils au travail du Père, quoique devant être complète , ne s'opère que gradue lie meM , comme il convient à l'élat vraiment humain de ce dernier. C'est ce qu'exprime la fin du v. : Et il lui montrera de plus grandes œuvres que celles-ci. L'expression : les choses quelconques que, au v. 19, faisait déjà pressentir cette extension progressive du domaine des a réalités divines » (Gess), ouvert aux regards du Fils. Toutwv, que celles-ci^ se rapporte à la guérison de l'impotent et à tous les miracles du même genre dont les Juifs avaient déjà été témoins. Mais à mesure que Jésus grandit en intelligence et en force, la part qu'il peut prendre à l'œuvre du Père, devient plus considérable. Il comprend mieux cette œuvre, et peut la prendre en mains plus complètement. Au baptême ont commencé cette initiation et ce concours. Mais ce n'est là qu'un point de départ. Ce développement parviendra à son terme lorsque le Fils, ayant obtenu, en tant qu'homme, la forme d'existence qu'il possédait éternellement, en tant que Logos, sa gloire (XVII, 5), possédera la science et la toute-puissance divines. Alors l'œuvre de Dieu lui sera tout entière et montrée et remise; aussi Jean dit-il dans l'Apocalypse (1, 1), en accord parfait avec notre passage : cl la révélation de Jésus-Christ j que le Père lui a donnée, » C'est là le commentaire de notre ^eî$ei,
montrera. L'œuvre du Père pour le salut du inonde passera alors en ses mains dans sa plénitude, selon la parole d*Esaïe sur le serviteur de Jéhovah glorifié : € Et le bon plaisir dt f Eternel prospérera dans sa main » (Es. LUI, 10).
11 n'y a pour nous qu'un moyen de nous former aoe idée quelque peu vivante de ce rapport de l'œuvre de Jésus à celle du Père^ tel qu'il est décrit dans ces deux versets: c'est d'entrer nous-mêmes dans une relalio» semblable avec Jésus. Plus le croyant se voue lidèlement à l'œuvre de Jésus-Christ, plus celui-ci prend plaisir à lui en donner l'intelligence, et dans l'ensemble et dans les détails; ef mieux le croyant la comprend, plus aussi il sV associe fidèlement dans tous les moments de sa vie et la réalise, dans sa sphère, par chacun de ses actes. C'est aussi une ascension graduelle qui s'opère chez lui. Chaque progrès dans son développement spirituel agrandit sa sphère d'action et la part qu'il prend à l'œuvre de son Maître, et ce travail fidèle le fait en retour grandir luimême. Ce parallèle nous parait le meilleur commentaire que l'on puisse donner du passage que nous expliquons. Nous y sommes d'ailleurs conduits par une autre parole de Jésus qui ofTre, jusque dans la forme de l'expression, une analogie frappante avec notre passage : c En vérité^ en vérité, je vous dis (jue celui qui croit en nwi^ fera aussi les œuvres que je faiSj et quil en fera même de plus grandes que celles-ci ((Aeî^ova toutwv), parce que je m'en vais àmon^Père » (XIV, 12). Une fois en possession de la totalité de l'œuvre divine, du sein de sa gloire, Jésus y associé les siens. Et par eux il fait des œuvres plus grandes encore que ces miracles terrestres que le Père accomplissait par lui.
Les mots qui terminent le verset : afin que vous soyezdans Célonnement , peuvent se paraphraser ainsi : « Et
alors il y aura véritablement pour vous, mes adversaires, de quoi être stupéfaits. i> Les Juifs ouvraient de grands yeux pour un impotent guéri. Que sera-ce quand, à la voix de ce même Jésus, l'humanité reprendra vie spirituellement et même, un jour, physiquement! Une pauvre guérison les étonne ! Que sera-ce d'une Pentecôte et d'une résurrection des morts ! Cette manière un peu dédaigneuse de parler des miracles serait assez étrange de la part d'un évangéliste qui jouerait le rôle d'un inventeur de miracles. — "Iva, afin que, exprime non ^seulement un résultat (10GT&], mais un but. Cet étonnement est voulu de Dieu; car c'est de là que sortira la conversion d'Israël à la fin des temps. A la vue des merveilles produites par l'Evangile dans l'humanité, Israël finira par rendre au Fils cet hommage, égal à celui qu'il rend au Père, dont parle le v. 23. Le commencement de l'accomplissement de cette prophétie se lit Act. IV, 13 : « Voyant la hardiesse de Pierre et de Jean, ils étaient dans Vétonnement et ils reconnaissaient que ces hommes avaient été avec Jésus, » et V, 24 : € Lorsqu'ils eurent entendu ces paroles (de Pierre), ils étaient dans f embarras au sujet de ces hommes^ ne sachant ce qui arriverait de tout cela, »
Ces deux versets sont l'un des passaj»es les plus remarquables du N. T. au point de vue de la christolojjie. De Wette trouve dans l'expression : de soi-même (v. 19), un rapport exclusif et peu clair au cùté humain dans la personne de Jésus; car, enfin, si Jésus est le Logos, sa volonté est aussi divine que celle du Père, et il ne peut \ avoir contraste entre l'une et l'autre, comme le supposerait ce mot : de soi-même. De Wette doit naturellement étendre cette f;iute de logique au passage XVI, 13, où cette même expression de soi-même est appliquée hypothe^tiquement au Saint-Esprit. Liicke ne voit là qu'une manière populaire de présenter l'apparition humaine de Jésus, en faisant abstraction de l'élément divin. M. Reuss (t. Il, p. 438 et suiv.) fait ressortir
dans ce passage hérésie sur hérésie, si l'on prend pour norme de la piMisée johanni([ue la théorie du Lof^os. Selon lui, en effet. Dieu serait conçu, dans le prolofoie. comme un être purement abstrait, qui n'agit dans l'espace et le temps que par le Logi^s: et celui-ci (^ « Fesscmce de Dieu reproduite, pour ainsi dire, une seconde fois et par elle-même » ) serait parfaitement égal au Père: tandis que, d'après notre passage, le Père ferait une œuvre à lui {Si aoToç T.oiii), qu'il révélerait au Fils et à laquelle il l'associerait graduellement, ce qui est entièrement contradictoire. Car d'après cette dernière th('»orie le Père agirait directement dans le monde, autrement que par le Logos, et le Fils serait vis-à-vis du Père dans une condition de subordination, incompatible avec « l'égalité des deux personnes divines, » enseignée par le prologue.
Le jugement de Lùcke et de de Wette atteint sans doute la conception de la personne de Jésus dite orthodoxe, mais nullement celle du N. T. et de Jean en particulier. Jean ne ct>nnaît point ce Jésus, tantôt divin, tantôt humain, auquel a recours l'exégèse traditionnelle. 11 connaît un Logos qui, une fois dépouillé de l'état divin, est entré en plein dans Tétai humain, et, après avoir été révélé à lui-même, au baptême, comuie sujet divin, est rentré, au terme de son développement humain, dans l'état divin. Par' son existence humaine et par son activité terrestre, il a réaliste sous la forme du devenir, la même relation fdiale qu'il réalisait dans son existence divine sous la forme de Xêtre. Voilà |)ourquoi tous les termes employés par Jésus, le rnantrer du Père, le voir du Fils, les expressions « ne jpeut. » et *^ (le soi-même, * s'appliquent aux diverses phases de son existence, à chacune selon sa nature et sa mesure. Pour comprendre le « de sni-mètne^ » dans notre passage et XVI, 13, il faut seulement prendre au sérieux, comme rR(M*iture, la distinction des persoimes dans l'être divin ; si chacune d'elles a sa propre vie, dans laquelle elle |)eut puiser à volonté, il n'y a entre les passages cités aucune inconséquence.
Quant à l'appréciation de M. Reuss, l'idée qu'il trouve dans le prologue, dune <livinité abstraite, purement transa»ndante et sans relation possible avec le monde, n'est point celle de Jean, mais uniquement celle de Philon. Dieu est, au contraire, dans le prologue, un Père plein d'amour et pour le Fils (v. 18) et pour les enfantas qu'il engendre lui-même en leur
coiuniuniqaant sa propre vie (Ix Ôsou Iys^vt^-^^i^ov» ont été engendrés de Dieu. v. 13). Il peut donc n^ir directement dans le monde et associer son Fils, fait homme, à son œuvre. Les v. 19 et iO sont en contradiction avec la théorie de Philon, nous le reconnaissons, mais nullement avec la conception de révanj»ëliste. — Il en est exactement de même à l'égard de la sulwrdination du Fils. La vraie pensée du prologue est celle de la dépendance et de la dépendance libre du Fils (?v Tupbç tov 6eov, v. 1). C'est exactement celle de V, 19 et 2(). Cette conception contredit aussi celle de Pliilon, il est vrai; mais cela ne prouve qu'une chose : c'est qu'on s'é.yare en faisant de l'évancéliste le disciple de ce philosophe étranger, tandis qu'il est tout simplement celui de Jésus-Christ. (Introd. I, p. îil4 et suiv.)
Jésus vient de parler d'œuvres, plus grandes que ses miracles actuels, qu'il accomplira un jour au signal de son Père. II explique maintenant quelles sont ces œuvres ; ce sont /a résurrection et le jugement de rhumanité, v. 21- 29. Ce passage difficile a été très- diversement compris. Plusieurs Pères, Tertullien,Clirysostome, plus tard Erasme, Grolius, Bengel, enfin dans les derniers temps Scholl, Kuinoel, Ilengstenberg, etc., ont appliqué l'ensemble du passage (sauf v. 24) à la résurrection des morts dans le sens propre et au jugement dernier. Une interprétation diamétralement opposée a été admise déjà par les gnostiques, puis, parmi les modernes, par Ammon, Schweizer, B,-Crusius : c'est celle qui rapporte tout le passage, même les V. 28 et 29, à la résurrection spirituelle et au jugement moral qu'opère l'Evangile. Enfin, un troisième groupe d'interprètes trouve une gradation dans ce morceau et rapporte V. 21-27 à l'action morale de l'Evangile, et 28 et 29 à la résurrection des morts dans le sens propre. Ce sont, par exemple, Calvin, Lampe, et la plupart des modernes, Lûcke, Tholuck, Meyer, de Wette, etc. En tenant avec le plus grand soin compte des nuances de l'expression, nous
discernerons la vraie marche de la pensée du Seigneur. Nous voyons d'abord les deux idées de vivifier et déjuger apparaître d'une manière tout à fait générale et indéterminée dans les v. 21-23. C'est là un premier cycle que le V. 23 détache nettement des paroles suivantes.
V. 24. « Car, de même que le Père ressuscite les morU et donne la tne, de même aussi le Fils vivifie ceux qu'il veut. » — Ressusciter les morts est une œuvre plus grande que guérir un impotent; de là le car. Aussi bien que les miracles, cette œuvre est la reproduction de l'œuvre du Père. La grande difficulté est ici de savoir si, comme semblent le penser la plupart des interprèles (car ils ne s'expliquent pas suffisamment là-dessus), l'œuvre de résurrection attribuée au Père doit être identifiée avec celle qu'accomplit le Fils, ou si elle en est spécifiquement difTérente, ou, enfin, si elles se combinent l'une avec l'autre par un procédé dont il faut chercher la formule K Dans la première explication, le Çworowîv, donner la vie, attribué au Père, resterait à l'état purement idéal jusqu'à ce que le Fils, obéissant à l'initiative divine, fasse passer dans la réalité terrestre le dessein du Père. Ainsi Luthardt dit: c L'œu\Te appartient à Dieu, en tant que partant de lui ; au Fils, en iant qu'accomplie par lui dans le monde» (p. 444). Gess: « Ce n'est pas que la résurrection des morts ait été jusqu'ici l'œuvre du Père, pour devenir maintenant celle du Fils; la résurrection des morts n'est point encore un fait accompli. Ce n'est pas non plus qu'une partie des morts soit ressuscitée par le Père, une autre par le Fils.... Mais le Fils est
* calomnie si (jK)iir reprendre la comparaison du travail commun de Jésus et de Joseph) nous avions à nous décider pour Tune de ces trois formes: Ou Jésus exécutant les plans tracés par Joseph ; — ou chacun des deux ayant une part distincte dans le travail ; — ou, enfin, Jésus secondant de plus en plus Joseph, à mesure qu'il grandit, et finissant par se charger de la totalité du travail.
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envisagé comme f organe par lequel le Père ressuscite ï> (p. 31). Bàumiein : c Le Fils est le porteur et le médiateur de Taclivité du Père.D Ce sens est fort beau en soi; mais convient-il réellement à l'expression: de même que? Etaitce bien là le terme propre à désigner une simple impulsion divine, une initiative de nature purement morale? Jésus, en s'exprimant ainsi, parait penser plutôt à une œuvre réelle qu'accomplit le Père et qui sert de modèle à la sienne. — Le second des sens indiqués est celui qu'adopte M. Reuss. II faudrait attribuer au Père la résurrection corporelle, et au Fils la résurrection dans le sens spirituel, le salut. M. Reuss trouve la preuve de cette distinction dans le oîk; h€k€i, ceux qu'il veut, qui indique un triage. Cette dernière solution n'est pas soutenable. Comment les v. 28, 29, qui décrivent le couronnement de l'œuvre du Fils, pourraient-ils être appliqués à la résurrection spirituelle? Comp. également VI, 40. 44, etc., où Jésus s'attribue expressément, par un syco, moi, plusieurs fois répété, la résurrection des corps, ce qui détruit la ligne de démarcation tracée par M. Reuss. — Jésus ne veut-il pas plutôt parler ici de l'action universelle, à la fois créatrice et réparatrice, que Dieu exerce dès le commencement des choses dans la sphère de la nature et dans le domaine théocratique? Comp. Deutér. XXXIl, 39 : € C'est moi qui fais mourir et qui fais vivre, qui blesse et qui guéris, » i Sam. 11,6: « L'Eternel est celui qui fait mourir et qui fait vivre, qui fait descendre au sépulcre et qui eti fait remonter, i> Es. XXVI, 19: c Ceux que tu avais fait mourir, vivront; mon corps mort se relèvera, d Cette œuvre de restauration morale et physique, accomplie jusqu'ici par Dieu, passe dès maintenant dans les mains de Jésus, mais graduellement, et selon la mesure de sa capacité croissante. Jusqu'au baptême, il n'avait opéré que des-
œuvres humaines. Depuis ce momenl, il commence à faire (les miracles isolés de résurrection corporelle et spirituelle, échantillons de sa grande œuvre future. Dès le moment de son élévation dans la gloire, il réalise, par la Pentecôte, la résurrection morale de rhumanité; et enfin, par son retour, au jour de son avènement, et par la victoire sur le dernier ennemi, la mort, qui en sera la suite (1 Cor. XV, 20), il opérera, dans le domaine physique, la résurrection universelle. A ce moment seulement l'œuvre du Père aura passé tout entière entre ses mains. La résurrection qu'opère le Fils n'est donc pas une résurrection différente de celle qu'accomplit le Père. Seulement le Fils, fait homme, n'en devient l'agent que par degrés. — Le prés. vivifie, dans le second membre, est un présent de compétence. Comp. en effet les v. 25 et 28 ( « l'heure vient que.... » ), qui montrent que la réalité est encore à venir. Cependant, déjà maintenant, la parole de Christ possède une force vivifiante (l'heure est déjà /a,.v. 25). — Nous avons, dans la traduction, rapporté le régime : les morts, au premier verbe seulement (ressuscite) : c'est la construction que parait indiquer la position des mots. Le second verbe, Çtooiroiei, donne la vie, prend ainsi un sens absolu. H forme la transition à l'œuvre du Fils, dans le second membre. 'Hytipeiv, proprement réveiller , se rapporte au moment même du passage de la mort à la vie; Çcoottoiêi'», donner la vit\ i\ la pleine communication de la vie, soit spirituelle, soit corporelle, à l'homme une fois réveillé. Rien ne force à restreindre avec M. Reuss l'application de ce mot vivifier, dans le second membre, à la vie ^irituelle. La restriction : à ceujc qu'il veut, indique sans doute un triage. Mais dans la résurrection corporelle aussi n'y aural-il pas triage? Au v. 29, Jésus dislingue deux résurrec- Xions corporelles, l'une de tne^ l'autre de jugement, La
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première seule est donc une vraie vivification ; c'est la résuiTeclion en gloire, qui est le couronnement de la vie spirituelle.
En disant : ceux qu'il veut^ Jésus n'oppose point sa volonté de Fils à celle du Père, — il eût dû y avoir : o&ç ajTo; 9é>6i. Il oppose ceux qu'il se sent pressé de vivifier (les croyants) à ceux en faveur desquels il lui est moralement impossible d'accomplir ce prodige. Ces mots sont donc la transition au v. 22, où il est dit que le jugement, c'est-à-dire le triage, lui est remis. En opérant le triage qui décide de la mort et de la vie éternelle des individus, Jésus ne cesse pas un instant d'avoir les yeux arrêtés sur le Père et de se conformer à son dessein. D'après VI, 38 et 40, il discerne ceux qui accomplissent la condition divinement fixée: celui qui croira: et immédiatement il leur applique le pouvoir vivifiant que son Père lui a donné, et qui dépend désormais de sa volonté personnelle. N'y aurait-il point dans ce ou; r£>.ei, ceux qu'il veut, une allusion à la spontanéité avec laquelle Jésus avait offert la guérison à l'impotent, sans être sollicité par lui en aucune façon, le choisissant librement parmi tous les autres malades qui entouraient la piscine? — M. Reuss trouve néanmoins dans c^s mots : ceu^v quil veut, une contradiction avec l'idée de la dépendance de l'œuvre du Fils à l'égard de celle du Père. Mais le sentiment intime qui fait vouloir Jésus de telle ou telle manière, tout en se formant en lui spontanément, n'en est pas moins d'accord avec celui de Dieu. Son amour est distinct sans doute de celui du Père ; c'est bien son amour; mais il travaille de concert avec l'amour divin et en vue d'un but commun. Comp. la formule, dans l'adresse des épitres apostoliques : € Grâce et paix de la part de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ. » La liberté, en Jésus pas plus qu'en Dieu, n'est l'arbitraire. Comp., pour
le libre vouloir de TEspril, III, 8 et 1 Cor. XIII, H,el pour celui de Dieu, dans la sphère de la nature, i Cor. XY, 38. — C'est pour n'avoir pas distingué entre la liberté et le caprice que M. Reuss a encore trouvé ici Tidée de la prédestination absolue. Ce que Jésus a voulu exprimer, c'est la glorieuse compétence qu'il plait a Dieu de lui accorder dans l'accomplissement de l'œuvre commune. 11 est source de vie comme le Père, moralement d'abord, puis un jour corporel lemen t. Sous le voile d'une dépendance absolue, Jésus fait entrevoir la magnifique prérogative de sa liberté filiale.
V. 22 et 23. f Car aussi le Père ne juge personne: mais il a remis au Fils tout le pouvoir de juger ^ 23 afin que (ms honorent le FUs comme ils honorent le Père. Celui qui n honore pas le FilSy n'honore pa^ le Père qui ta envoyé. > — Deux particules lient ce verset au précédent : yap, car, et où^e, qu'il faut traduire ici par aussi^ mais qui signifie littéralement : et non plus. La seconde pose la remise du jugement au Fils, mentionnée au v. 22, comme un fait nouveau •et coordonné à celui de la vivification par le Fils(v. 21); et la première présente le second de ces faits comme l'explication du premier. Si Dieu délègue au Fils le pouvoir de vivifier ceux qu'il veut, c'est qu'il lui a transmis la fonction de juge. Vivifier, c'est absoudre (v. 24); refuser de vivifier, c'est condamner. Le pouvoir de vivifier ou de ne pas vivifier est donc compris dans celui Ae juger. Telle est la liaison entre le v. 21 et le v. 22. — Meyer persiste à entendre ici, comme au ch. III, juger dans le sens de prononcer une sentence de condamnation^ exclusivement. Mais au V. 21 il s'agit de vivifier aussi bien que du contraire; et J'expression tyjv xpwtv irôwjov, le jugement sous toutes ses formes (v. 22), n'est pas favorable à ce sens restreint, et montre que le terme de juger doit être pris ici dans le
:sens le plus général. M. H. Meyer (Discours du iP Ev,, p. 36) se scandalise de ce que ce terme soit pris au v. 22 dans le sens 5/j/n7ue/ (le jugement moral actuel), au v. 29 dans le sens extérieur (le jugement final), au v. 30 enfm dans un sens purement subjectif (le jugement de Jésus individuellement); et il conclut de là que la teneur du discours n'a point été, dans ce cas, exactement reproduite. Mais au v. 22, il s'agit du jugement dans le sens le plus général et sans application déterminée (tout jugement), •exactement comme au v. 21 est présentée l'idée de ressusciter dans le sens le plus compréhensif et le plus indéterminé. Ce n'est que dans le cycle suivant, v. 24-29, que le sens de ces mots se précise, d'abord dans le sens spirituel (v. 24-26), puis enfin dans le sens extérieur (v. 27- 29). Tout est donc parfaitement correct dans la marche •de la pensée. — Et quel est le but du Père en transmettant à Jésus les deux attributs suprêmes de la divinité, vivifier, juger? Il veut, d'après le v. 23, que Thommage d'adoration que lui rend l'humanité s'étende au Fils lui-même. « Le Père aime le Fils » (111, 35) ; voilà pourquoi il veut voir le monde aux pieds du Fils, tout comme aux siens propres. Le mot Ti(jiav, honorer, n'exprime pas sans doute direclement l'acte de l'adoration, le xpocx'jveîv, comme le remar- <]ue bien M. Reuss. Mais il désigne évidemment dans le contexte le sentiment de respect religieux dont l'acte d'adoration est l'expression. Et en réclamant hardiment pour sa personne ce sentiment dans le même sens où il est dû au Père (xaOco;, tout comme), Jésus autorise certainement -vis-à-vis de lui le culte proprement dit. Comp. XX, 28; Philip. II, 10 : « afin que tout genou fléchisse au nom de Jésus; » et l'Apocalypse tout entière. — Le Père n'est point jaloux d'un tel hommage. Car c'est lui que la créature honore en honorant le Fils en vertu de son carac-
tère divin ; comme aussi c'est à Dieu que Thonneur est refusé quand il est refusé au Fils. — Il y a un avertissement redoutable pour les accusateurs de Jésus dans ces derniers mots du verset. Jésus leur renvoie raccusation de blasphème : ils doivent apprendre, ces zélés défenseurs de la gloire de Dieu, qu'en Taccusant, lui Jésus, comme ils le font, à l'occasion du miracle qu'il a accompli au milieu d'eux, c'est à Dieu que s'adresse l'outrage qu'ils lui infligent, et que le traitement qu'ils font subir à cet homme faible et pauvre, atteint le Père lui-même qui s'est fait solidaire de lui. Cette fin menaçante du v. ^ est une anlicipation de l'application sévère qui terminera le discours (v. 41-47).
Le cycle v. 21-23 était un développement encore trèsgénéral du cycle abrégé v. 19-20. Jésus montre maintenant la réalisation historique progressive de ces deux œuvres de vivifier et de juger, qu'il s'est attribuées v. 21- 23 dans toute leur généralité et sous forme de simple compétence. Dans les v. 25-26, il présente ce double pouvoir, tel qu'il l'exercera au sein de l'humanité dans la sphère spirituelle, puis v. 27-29, tel qu'il le déploiera à la fm dans le domaine extérieur et physique.
C'est ainsi que ces intuitions sublimes, présentées d'abord sous la forme la plus synthétique et la plus sommaire, se décomposent successivement en leurs éléments principaux, et finissent par apparaître sous la forme pré-: cise de faits concrets et distinctement analysés. (Comp. Infrod. I, p. 170 et suiv.).
Première phase : la résurrection spirituelle et le jugement moral de l'humanité par le Fils, v. 24-26.
V. 24. f En vérité, en vérité, je vous dis que celui qui écoute ma parole et qui croit à celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle; et il ne vient point en jugement, mais il est
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passé de la mort à la vie, » — Les choses divines sont présentes aux yeux de Jésus; il dit ce qu'il voit (III, H); de là la formule : « En vérité, en vérité, je vous dis.., » (v. 24- et 25). Ces mots font en même temps pressentir la grandeur du fait ici révélé. Ce fait est tellement inouï que Ton ne s'étonne point d'entendre Jésus l'annoncer si solennellement : pour celui qui reçoit avec confiance sa parole, les deux actes décisifs du drame eschatologique, la résurrection et le jugement, sont choses consommées. La seule parole de Jésus, reçue avec foi, a tout accompli. Ce fait est bien la preuve des qualités de vivificateur et de juge que s'est attribuées Jésus v. 21 et 22. 'AxoJ£iv, entendre, désigne ici l'ouïe morale en même temps que physique, dans le sens de Matth. XIII, 43. Les mots : et qui croit à celui qui m'a envoyé, s'expliquent par la seconde partie du discours, où Jésus fait appel au témoignage que lui rend le Père. S'abandonner à la parole de Jésus sur la foi au caractère divin de son être et de son œuvre, c'est rendre hommage non seulement au Fils, mais aussi au Père. — Le sens de eyei, ce a la vie, > ne se rend pleinement ici que par « a d^à la vie. » C'est la preuve du v. 21 : le Fils vivifie. N'est-ce pas en effet sa parole qui a opéré ce prodige? — Kat^ et, signifie ici : et en conséquence. L'exemption du jugement est une conséquence du fait de l'entrée dans la vie. Car la place du jugement est au seuil de la vie et de la mort. — "'EpycTat, vient, est le présent de l'idée, du principe. L'état moral du croyant est déjà établi par le seul fait de l'accueil qu'il a fait à la parole. Par cette parole, reçue à l'intérieur, le croyant subit incessamment, durant sa vie, ce jugement moral auquel ne seront soumis qu'au dernier jour les non-croyants. La révélation des choses cachées s* opère dans le for intime de leur conscience où est condamné tout ce qui aurait dû l'être devant le tribune Vol. 27
nal au dernier jugement. Le jugement, étant ainsi pour eux chose accomplie, n'a pas besoin d'être répété. Si donc * la parole reçue avec docilité affranchit le croyant du jugement, c'est tout simplement parce qu'elle l'anticipe; comp. XII, 48, où il est dit que le juge au dernier jour ne sera autre que cette même parole. Quel sentiment de la sainteté absolue et de la perfection de sa parole de telles expressions ne supposent-elles pas dans la conscience intime de Jésus! Ostervald traduit à tort xpi?*^ par condamnation: Meyer également : un jugement de condamnation, La conciliation de ce passage avec Uom. XIV, 10 et 2 Cor. V, iO, a été donnée à III, 18. — Les derniers mots: Mais il est pa^sé de la mort à la vie, sont l'antithèse (mais) des précédents, en ce sens que celui qui est passé de la sphère de la mort dans celle de la vie a nécessairement le jugement derrière lui. Le terme de vie est pris dans le sens le plus plein. La résurrection du corps lui-même ne sera pas pour le croyant un fait complètement nouveau ; la mort essentielle, celle de l'àme, une fois vaincue, la glorification du corps n'est plus que le triomphe après la victoire (comp. v. 29 l'expression résurrection de vie), — Il est tout à fait arbitraire d'expliquer avec Baûmlein le (jiÊTafieJiTiîcev dans le sens de : € a la garantie de pouvoir passer de la mort à la vie.» V. 25. f En vérité, en vérité, je vous dis que theure vient, et elle est déjà là \ où les morts entendront ^ la voix du Fils de Dieu^, et ceux qui* V auront entendue, vivront *. i> — Si le passage de la mort à la vie a eu lieu
* N a b omeltoiil lt\s mots xat vuv sttiv.
* Au lieu de axoj^ovrai, N L quelques Mnn. lisent «xo-j9tf>7iv. et B quelques Mnn. axouïouatv.
' Au lieu de ôsoj, K S et quelques autres autoriti^ lisent x^p«a:m.
* N retranche ot.
* Le T. R. avec 11 M]j. et presque tous les Mnn.: >,aovTat; nBDL:
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(y. 24), c'est que réellement il y a et il y aura résurrection spirituelle. Au v. 24, dit Gess, Jésus parle en prophète: « ma parole:^ au v. 25, comme FiLs de Dieu: e la voiûo qui ressuscite les morts. » — L'identité de la formule qui commence ces deux v. 24 et 25, ainsi que Vasyndeion, suffiraient déjà pour prouver qu'ils se rapportent tous deux au même fait, celui de la viviOcation spirituelle des croyants. Seulement, pour faire tableau, Jésus emprunte à la résurrection physique les images par lesquelles il dépeint l'œuvre morale qui doit la préparer. Il parait faire allusion à cette magnifique vision d'Ezéchiel dans laquelle le prophète, debout au milieu d'une plaine cou- "verte d'ossements desséchés, les rappelle à la vie par sa parole d'abord, puis par le souffle de Jéhovah. Ainsi Jésus se voit lui-même seul vraiment vivant au milieu de l'humanité plongée dans la mort, dans le péché. C'est le même sentiment qui lui inspire dans les synoptiques cette parole: e Laisse les morts ensevelir leurs morts, » Vivant, il a la tâche de vivifier. — L'expression : L'heure vient, et elle est déjà lày est destinée (comp. IV, 23) à ouvrir les yeux de tous sur la grandeur de l'époque qu'inaugure son ministère. Jésus dit : l* heure vient; c'est l'envoi du Saint- Esprit dont il veut parler (VU, 37-39). Mais il ajoute: et elle est déjà là: car sa parole, qui est esprit et vie (VI, 63), préparait déjà alors la Pentecôte. Comp. XIV, 17. — L'expression : la voix du Fils de Dieu, reproduit le terme ma parole, v. 24, mais en présentant cette parole comme la voix personnelle de celui qui rappelle les pécheurs de la mort. L'expression Fils de Dieu fait comprendre la puissance de cette voix. — L'art, ol, devant flûcouçovre; (ceux qui l'auront entendue), divise nettement les morts spirituels en deux classes : ceux qui entendent la ^oix sans l'entendre (comp. XII, 40), et ceux qui, en l'en-
tendant, ont des oreilles pour Ventendre^ l'entendent intérieurement. Ces derniers seuls sont vivifiés par elle. C'est la fonction de juger qui reparaît sous cette forme.
Si l'on rapporte ce v. i^ la résurrection des morts dans le sens propre, on est obligé d'appliquer les mots : et elle est déjà là y aux quelques résurrections miraculeuses opérées par Jésus dans le cours de son ministère, et d'expli* quer les mots ol obcoucavre; dans ce sens : et après t avoir en-tendue,.,. Mais Jésus n'eût pas eu le droit de présenter ces quelques résurrections comme le signal de l'inauguration de la résurrection universelle, et tous les efforts de Hengstenberg ne sont pas parvenus à justifier ce sens forcé de ol àxou<ravTe;. Olshausen suit ici un chemin à part. Selon lui, le V. 24 se rapporterait à la résurrection spirituelle, et le V. 25, à la première résurrection corporelle, celle des^ croyants, à la Parousie (i Cor. XV, 23). Les v. 28 et 29, enfm , désigneraient la résurrection finale universelle. Comp. Luc XIV, 14 : a à la résurrection des justes, > Apoc. XX, 6 : « Heureux et saint celui qui a part à la première résurrection, i> Lûcke lui-même admet que Jésus fait allusion à cette notion de deux résurrections reçue dans la théologie juive, tout en la spiritualisant. Mais rien dans le texte n'autorise à voir ici l'indication d'une résurrection différente de celle du v. 24. Une distinction de celte importance devrait être plus nettement marquée. — Le v. suivant explique le secret de la puissance que déploiera la voix de Christ dans l'heure qui va sonner pour la terre.
V. 26. in Car, comme* le Père a la vie en lui-^mêmey ainsi il a aussi donné au Fik d'avoir la vie en lui-même. > — L'accent est sur les mots ev éaurô, en lui-même, qui terminent uniformément les deux propositions. Le Fils n'a
* N D: wî, au lieu de ojorsp.
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pas seulement part à la vie^ comme la créature. Il possède en lui une source de vie, comme le Père lui-même; voilà pourquoi sa voix peut donner ou rendre la vie (I, 3. 4). Mais cette divine prérogative, le Fils ne la possède que •comme un don du Père. C'est ici le paradoxe le plus hardi qui soit sorti de la bouche de Jésus. 11 est donné au Fils de vivre par lui-même! Nous ne pourrions entrevoir la solution de cette contradiction apparente, si nous ne trouvions résolue en nous-mêmes une contradiction analogue. Nous possédons, comme donnée, la faculté de nous déterminer par nous-mêmeSy et cela de telle sorte que nous tirons à chaque instant de cette faculté des décisions morales qui nous appartiennent en propre et dont nous sommes sérieusement responsables. C'est en nous faisant don •de ce privilège mystérieux de l'activité libre, que Dieu nous a mis au rang des êtres faits à son image. C'est en donnant au Fils la prérogative dont parle notre verset, qu'il a fait de lui son égal. La faculté divine de vivre par soi-même, caractère essentiel de Vhomoousie^ du Fils avec le Père, est pour lui ce que la liberté est pour l'homme. C'est par là également que la subordination du Fils au Père devient un acte de divin amour. Par le don de l'indépendance divine au Fils, le Père lui donne tout; par sa subordination parfaite et volontaire, le Fils rend tout au Père. Tout donner, tout rendre, n'est-ce pas l'amour? Dieu est amour. C'est ainsi que non seulement Dieu aime divinement, mais qu'il est aussi divinement aimé. — "^E^owce, a donnée exprime nécessairement ici, quoi qu'en disent l^leyer^ Luthardt, etc., un don éternel qui appartient à l'essence du Fils (comp. les termes au Fils, en lui-même). Et comme la résurrection spirituelle de l'humanité est une
* L'égalité d'essence.
œuvre encore à venir^ qui suppose la réintégration du Fils dans son état divin (XVII, 1. 2. 5), cette parole n'a son application complète à Jésus, comme fils de Thomnie, qu'après son élévation à Tétat divin, celui du Logos. Quant à l'état terrestre de Jésus, comp. la formule tout opposée VI, 57 : « Comme le Père m'a envoyé et que je vn par le Père, ainsi celui qui me mange, vivra par moi. »
Seconde phase : le jugement universel et la résurrection corporelle de l'humanité par le Fils, v. 27-29.
Jésus s'élève par degrés jusqu'au faîte de ces œuvres plu^ grandes, annoncées v. 20 et suiv., qui des mains da Père passent de plus en plus complètement dans les siennes: V. 27, le jugement universel; v. 28 et 2t), la résurrection des corps.
V. 27. « £^ // lui a même^ donné le pouvoir d'exercer le jugement j parce qu'il est fils de f homme, ^ — Jésus avait déjà dit au v. 22, d'une manière indéterminée, que tout jugement lui est remis. Ce mot tout jugement comprenait naturellement et le jugement actuel, moral, intérieur, et le jugement final, extérieur. C'est sous ce dernier aspect que cette idée est développée au v. 27, mais avec cette détermination nouvelle : que la fonction de juge lui est donnée en tant que fils de t homme, Gess dit ici avec raison : t Le pouvoir déjuger repose sur sa qualité de Fils de Dieu, mais non sans y ajouter aussi celle de fils de l'homme, i) — Le xai, même, est certainement authentique; il fait ressortir avec force le contraste entre la grandeur de la compétence et la nature vraiment humaine de celui à qui ce pouvoir est conféré : même le plus grand des actes, la tenue du jugement. La fonction de juge suppose en effet la parfaite sainteté, Tomniscience et toutes
* A B L Itpi'^r'quc Syr<^"' Cop. Or. [t fois) omettent xai.
les autres perfeclions divines qui contrastent avec Tétat d'un membre de la race humaine. — Les derniers mots sont diversement interprétés. Ils signifieraient, d'après Lûcke : Parce qu'il est le Messie et que juger est une fonction messianique. Mais il fallait dire dans ce cas : <l le Fils de l'homme, d Sans l'article, l'expression mo; t. ccvAp. signifie tout simplement : un fils d'homme (Meyer). Lange : Parce que, en tant que fils d'homme, il peut compatir à notre faiblesse. Mais il serait faux de refuser à Dieu le sentiment de la compassion; comp. en effet Ps. CIII, 13- 14: «Comme un père est ému de compassion...., ainsi l'Eternel est touché de compassion...., car il sait Inonde quoi nous sommes faits, » Ilébr. II, 18 ne peut point être cité comme parallèle, puisqu'il s'agit là d'intercession, non de jugement. De Wette : Parce que le Père, comme étant le Dieu caché, ne peut juger. M. Reuss, à peu près de même : «Dans le système, Dieu par lui-même ne se met pas en conlact avec le monde qu'il doit juger; il se fait homme pour cela. » Ce motif s'appliquerait au Dieu de Philon, non à celui de Jésus-Christ et de saint Jean, qui est un Père qui engendre dans l'humanité des enfants à la vie (I, 13), qui aime le monde (III, 16), qui témoigne par des prodiges extérieurs en faveur du Fils, qui attire à lui les ûmes, etc. Un tel Dieu pourrait aussi, s'il le voulait, Juger le monde. D'ailleurs, comme l'observe Luthardt, l'opposé du Dieu caché ne serait pas le Fils de l'homme, mais le Dieu révélé, la Parole, le Fils de Dieu, ou le Fils, absolument parlant. Meyer : Parce que Jésus est, comme homme, l'exécuteur de toute l'œuvre du salut. Mais le salut n'est point le jugement. Il s'agit précisément d'expliquer pourquoi le Sauveur est en même temps le juge. Holtzmann .• Parce qu'il peut faire éclater la révélation divine aux yeux des hommes dans une apparition hu-
maine. Mais Dieu peut manifester directement sa sainteté k la conscience humaine, comme le prouve la loi morale innée. La Peschito (Syr»**»), quelques Mjj (EMA) et Chrysostome ont recours à un expédient désespéré ; ils rattachent ces mots au v. suivant : c De ce qu'il soit fils de l'homme, ne vous en étonnez point. » — Mais la pensée de Jésus serait-elle donc si difficile à saisir? Le jugement de l'humanité doit être un hommage rendu à la sainteté de Dieu, un vrai acte d'adoration, un culte. Pour cela, il faut que cet acte parte du sein de l'humanité elle-même. La réparation doit être offerte par l'être qui a commis l'outrage. Le jugement est à cet égard exactement sur la même ligne que l'expiation, dont il est comme le complément. Le jugement est, pour toute la portion pécheresse de l'humanité, la réparation forcée due par celui qui na pas voulu s'approprier par la foi la libre réparation de ■ expiation, avec ses conséquences sanctifiantes.
V. 28 et 29. « A'e vous étonnez pas de cela; car l'heurt vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix et en sortiront^ 29 ceux qui auront fait le bieuy en résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal, en résurrection dejugement,y> — Il est impossible de ne pas rapporter ces deux v. à la résurrection des morts dans le sens propre. 1*^ Il s'agit d'un événement purement futur; car Jésus retranche ici les mois : xal vjv sgti, et l'heure est là, du v. 25. 2^^ Jésus ne dit pas seulement : les morts: il emploie ici l'expression : ceux qui sont dans les tombeaux^ qui ne peut être prise qu'au sens propre. 3^ Il ne dit pas seulement: ceux qui entendront, expression qui implique un Iriage, comme au v. 2q; mais : Tous ceux qui sont dans les sépulcres entinidront , ce qui renferme la lolalilé des morts. 4<^ Enfin il ne parle pas, comme précédemment, d'un résultat unique, la vie ; mais il décrit les
deux issues opposées qui ne peuvent s'appliquer qu'à Tensemble de l'humanité, d*un côté la vie, de l'autre le jugement ; ce qui force à prendre la résurrection du v. 28 dans le sens propre, et à rapporter le jugement du v. 29 au jugement dernier, au moins pour ceux qui sont condamnés. Jésus continue donc à s'élever a minori ad majus. Du :suprême acte d' autorité (e^otxria), le jugement, il passe au suprême acte de puissance (^uvajAi;), la résurrection des corps ; et voici comment il raisonne : t Ne vous étonnez pas de ce que je m'attribue ce droit de juger, car voici le déploiement de puissance divine qu'il me sera même donné d'accomplir : la résurrection de l'humanité devenue la proie du sépulcre. » Liicke donne une tout autre tournure à la pensée de Jésus : « Vous cesserez de vous étonner de ce que le jugement me soit donné, quand vous vous rappellerez que , comme Fils de l'homme (c'est-à-dire : comme Messie), la résurrection m'appartient. » Jésus ferait appel à un article de la théologie juive d'après lequel le Messie aurait été envisagé comme celui qui devait ressusciter l'humanité. Mais il est encore douteux qu'au temps de Jésus l'œuvre de la résurrection fût attribuée au Messie. La théologie juive postérieure se montre très-partagée sur ce point. Les uns attribuent cet acte au Dieu tout-puissant, les autres au Messie (Eisenmenger, Entd. Judenth. Th. Il, p. 897-899). Cet appel machinal à une doctrine juive est d'ailleurs peu conforme au caractère, toujours original, du témoignage de Jésus. Enlin le sens de Lùcke suppose sa fausse interprétation du terme fils de l'homme, v. 27. — II y a une grande force dans les mots : entendront sa voix, « Cette voix, qui retentit à vos oreilles en ce moment même, sera celle qui réveillera les morts du tombeau ; ne vous étonnez donc pas que je prétende posséder <ct l'autorité de juger et la puissance de ressusciter spiri-
4âti DEUXIÈME PARTIE.
tuellement. > — Ainsi la suprême commotion du mond& physique sera due à la môme volonté que celle qui aura renouvelé le monde moral , celle du Fils de l'homme. « l^uisque la mort est venue par homme, dit saint Faut exactement dans le même sens, la résurrection des morts vient aussi par homme it (1 Cor. XV, 21). Sans doute, on pouvait dire à Jésus : Tout cela ne sont que des assertions de ta part. Mais il ne faut pas oublier que derrière ces affirmations il y avait un fait, ce : t Lève-toi et tnarche, > suivi d'effet, qui était à la fois le texte de tout ce discours et son inébranlable point d'appui. — Le v. 29 conclut tout ce développement, par l'idée du jugement final, annoncé déjà V. 27, et dont la résurrection des corps (v. 28) est la condition. I^our être jugés, il faut que les morts revivent dans la plénitude de leur conscience et de leur personnalité, ce qui suppose leur réintégration dans l'existence corporelle. — Ostervald traduit : € Ceux qui auront fait de bonnes, de mauvaises œuvres. * Dans le grec, il y a Tarticle, mot qui donne à ces deux termes un sens absolu : « les bonnes, les mauvaises œuvres (le bien et le mal). > La première de ces expressions renferme la sincérité qui conduit à la foi (111, 21), de là Tacle de la foi elle-même, quand l'heure de l'appel est venue, et enfin tous les fruits (le sanctification qui résultent de la foi. La seconde, le mal, comprend la dépravation intérieure naturelle, qui éloigne de la foi (111, 19. 20), r.icte même de l'incrédulité, enfin toutes les conséquences immorales inévitables de ce fait. — Sur l'emploi de Troieîv avec ayaOa et de rpac- <76iv avec (paO'Xa, voira 111, 20. — L'expression résurrection de juf/ement s'e^pVique par le terme opposé : résurrection de vie. Les uns ressuscitent pour vivre^ dans le plein sens du mot, les autres pour passer au crible du jugement. Ceux'qui ont refusé de se soumettre au jugement intérieur
de TEvangile devront voir leur état moral extérieurement constaté, et cela par leurs œuvres. Car « tout ce qui est caché doit venir à la lumière. » Les autres, qui vivent déjà par TEsprit, et dont l'état moral a été intérieurement jugé et transformé par lui, arriveront, par la résurrection de leur corps, à la perfection de la vie. On voit combien il faut se garder de traduire xpwiç, avec Ostervald, Arnaud^ etc., par condamnation,
M. Reuss, préoccupé du désir d'opposer l'eschatologie de Jean à celle du reste du N. T., prétend (II, p. 558) que la résurrection spirituelle est dans ce passage déclarée € plus grande et plus importante que la résurrection physique. » Car la première seule est placée au nombre des œuvres plus grandes, v. 28. Comme si le développement du contenu de cette expression : des œuvres plus grandes , ne continuait pas sans interruption jusqu'à ce point culminant de l'œuvre divine, v. 28 et 29! Il dit encore: € L'idée d'un jugement futur et universel est répudiée comme quelque chose de superflu i> (p. 559). C'est ainsi qu'on se permet de fausser le sens des déclarations les plus expresses, quand elles ne cadrent pas avec le système préconçu! — Schollen, sentant l'impuissance de l'exégèse pour arriver au but qu'il poursuit, a recours aux expédients critiques. 11 rejette comme inaulhentiques, sans la moindre raison externe, les v. 28 et 29 : « L'activité de Jésus ne s'étendant, d'après pseudo-Jean, qu'aux hommes (fui sont dans cette vie.,., les v. 28 et 29 doivent être interpolés.» Toujours la méthode du sicvolo, sicju/)eo... On refait l'évangile quand on ne le trouve pas tel qu'on le veut! — Ililgenfeld (Einl., p. 729) pense que notre passage exclut toute l'eschatologie judaïco- chrétienne, ainsi les idées d'un avènement extérieur de Jésus, d'une première résurrection, etc. Le règne de l'Esprit sur la terre-
aboutirait immédiatement, d'après l'évangéliste, au dernier jour et à la résurrection universelle. Mais ravénement glorieux est impliqué dans le v. 28, et tout le drame eschatoiogique que doit inaugurer la Parousie, est résumé V. 29, quant au résultat final qui seul importe ici (ressusciter ^ juger).
Le développement de l'idée du v. 17 : € Mon Père agit jusqu'à cette heure, et j'agis aussi, » a atteiqt son terme. Jésus revient au point de départ :
V. 30. « Je ne puis rien faire de moi-même: selon que jentendSyjejuye: et mon jugement est juste^ parce que je ne cherche pas ma volonté^ mais la volonté de celui qui m'a envoyé K » — On serait tenté de rattacher le v. 30 à ce qui précède immédiatement, par la pensée du jugement qui domine dans cette déclaration : € Selon que j'entendSy je juge. » Mais déjà le temps présent : je juge^ ne se rattacherait point directement à l'idée du jugement futur, V. 29; et la première proposition : Je ne puis rien faire de moi-même^ imprime dès l'abord à la pensée de ce V. une portée beaucoup plus générale. Nous sommes évidemment ramenés à Tidée du v. 19 : l'infaillibilité de l'œuvre du Fils garantie par sa dépendance complète de celle du Père. Ainsi ce passage remarquable aboutit à la même intuition qui l'a fait naître. Après s'être attribué les opérations les plus prodigieuses, il semble que Jésus éprouve le besoin de se replonger vis-à-vis du Père dans une sorte de néant. Lui qui accomplit successivement les œuvres les plus grandes, il est impuissant à accomplir }>ar lui-même l'acte le plus modeste. — 'Eyw, moi: par ce mot il applique positivement à cette personnalité visible et
* Le T. R. lit naTpo; à la fin du v., avec E G H M S U V Mnn. It*«'i ; ce mot est retranche* par nABDKLAA 1î Mnn. ItP»'"H Vg. S\r. Cop. Or. '3 fois).
déterminée qu'ils ont devant eux les choses inouïes qu'il vient d'affirmer, en les attribuant à celui qu'il a appelé Fils de l'homme et Fils de Dieu (v. 25. 27). — L'impuissance dont parle Jésus est de nature morale, comme au V. 19. Là, pour peindre sa dépendance, Jésus s'était ser\'i d'images tirées du sens de la vue : le Père montre, le Fils contemple. Ici, il emprunte ses images au sens de l'ouïe : chaque jugement qu'il porte, il ne le porte qu'après que le Père l'a en quelque sorte fait retentir à son oreille. Ces sentences sont les actes d'absolution ou de condamnation qu'il accomplit, en disant à l'un : « Tes péchh te sont pardonnés.it à l'autre : ce Tes œuvres sont mauvaises.i> — Jésus présente la docilité parfaite avec laquelle il les recueille de la bouche du Père, comme la garantie de leur infaillibilité. C'est en ne voulant rien savoir par lui-même, en dboutant toujours avant de parler, et en ne prononçant que ce que Dieu lui enseigne à chaque fois, qu'il parvient à ce résultat : « Et mœi jw/ement est juste. » — Mais, pour écouter ainsi, il faut n'avoir aucune volonté propre (on, car). Sans doute Jésus a, lui aussi, une volonté naturelle, distincte de celle de Dieu ; sa prière à Gethsémané le prouve bien : oc Que ta volonté se fasse, et non la mienne. » Dans ce sens, les monothélèles méritaient certainement d'être condamnés ; car, en niant en Jésus une volonté naturelle, ils supprimaient en lui la nature humaine elle-même. Mais, dans un être complètement consacré à Dieu, comme Jésus, celte volonté de nature (ma volonté) n'est là que pour être incessamment immolée à celle du Père : €je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. » Moralement parlant, il n'y a donc réellement en Jésus qu'une seule volonté; l'autre est utie possibilité continuellement et librement supprimée. C'est sur cette soumission incessante que repose la sainteté absolue de sa.
vie, et de celle-ci que dépend l'infaillibilité de son savoir et de sa parole. Il le déclare ici lui-même.
Avant de quitter cette première partie du discours de Jésus, jetons un regard en arrière. Aucun passage, peutêtre, ne nous offre, comme celui-ci, le moyen de pénétrer dans le laboratoire intime de la conscience de Christ et J'éludier le mode d'engendrement de sa pensée. Le miracle <iu'il a accompli et les reproches dont il est Tobjet font appel à sa réflexion. Il se recueille ; et la relation de son travail avec celui de son Père se présente à Tinstant à sa conscience dans son insondable profondeur, de telle sorte que la thèse simple, sommaire, semblable à un oracle, par laquelle il la formule dès le premier mot, contient virtuellement tous les développements subséquents : c'est le v. 17. Après cela, il puise dans ce trésor. Dans un premier cycle (v. 19 et 20), il reste encore dans les plus hautes généralités de cette relation paternelle et filiale. Dans le cycle suivant (v. 21-29), se précisent d'abord les œuvres qui résultent de cette relation : vivifier, juger (v. 21-23) ; après cela ces deux notions qui avaient été présentées dans l'acception la plus indéterminée, de manière à réunir encore le sens figuré et le sens littéral, arrivent à leur application concrète dans le domaine moral (v. 24-26), et dans celui des réalités e^rternes (v. 27-29). Mais le trait le plus caractéristique de cet incomparable passage, c'est qu'il est parfaitement exempt de ce qu'on a trouvé bon d'appeler la métaphysique religieuse de Jean. Ce qu'on sent réellement palpiter dans la parole de Jésus, du premier au dernier mot, c'est Tabnégalion liliale. Son cœur de Fils s'y révèle comme nulle part ailleurs. Pour supposer que de telles paroles aient pu être fabriquées à froid par un penseur chrétien, il faut n'avoir pas entrevu la superficie des profondeurs de vie religieuse et morale qui s'y découvrent.
2. Le témoigiige da Père, appai de celai que se reid le Filt: ▼. 31-40.
Jésus venait de s'attribuer des œuvres étonnantes. De telles déclarations pouvaient provoquer une objection chez ses auditeurs : f Tout ce que tu affirmes de toi-même n'a d'autre garant que ta parole. » Jésus reconnaît que son témoignage a besoin d'une sanction divine (v. 31-35). Il la présente à ses adversaires dans un triple témoignage du Père : 1® ses miracles (v. 36); ^ la déclaration orale et personnelle du Père (v. 37) ; 3^^ les Ecritures (v. 38-40).
V. 31 et 32. « Si c est moi qui me rends témoignage à moi-même, mon témoignage n* est pas vrai. S^ Il y en a un autre qui rend témoignage do moi: et je sais * que le témoignage qu'il me rend, est vrai,^ — La parole du v. 31 peut être la réponse à une objection réellement faite, qui a été omise dans cette narration sommaire. Le : ne vous étonnez pas de cela^ v. 28, faisait déjà très-probablement allusion à une interrogation semblable à celles qui abondent dans les récits beaucoup plus circonstanciés des chapitres suivants. — La contradiction apparente du v. 31 avec Vlll, 14 : € Si même je me rends témoignage à moi-même, mon témoignage est vrai, » pourrait se résoudre en expliquant cyco dans le sens de « moi seul, î> Cette ellipse se déduit en eflfet naturellement du v. 32 : n II y en a un autre, % Mais, même dans ce sens, il faut reconnaître que Jésus consent à s'appliquer ici la règle de droit générale tirée de la condition de l'homme pécheur, et qui dit que nul ne peut rendre témoignage dans sa propre cause. VIII, 14, au contraire, il se relève à toute sa hauteur réelle et revendique nettement l'autorité exceptionnelle que lui confère ^a sainteté unique.
* N D It»'»«i Syr«"' lisent oioars (vous savez), au lieu de oioa.
Il est bien évident, par ce qui suit, que cet autre dont Jésus allègue le témoignage v. 32, est Dieu, et non pas Jean-Baptiste, comme le croit encore de Wette. Les v. H- 35 sont précisément destinés à écarter l'application de cette parole au précurseur. — Dans la seconde proposition du V. 3â, ce mot : Je saiSy signifie : Je porte en moimême la conscience intime du fait dont mon Père rend extérieurement témoignage, ma relation filiale, avec lui. Et par conséquent je pourrais en témoigner d'une manière parfaitement véridique. La le(,.on : vous savez, admise par Tischendorf (8*^ éd.], gâte ce sens qui répond au contexte, et n'est pas suffisamment appuyée par la liaison de ce v. avec le suivant. — M. Rilliet traduit l'expression -epl êjjwîO, ;:6pl s(i.a'jToO, trois fois répétée dans ces versets, par en ma faveur, pour moi. Mais, dans ce sens, il faudrait \n:if. Le sens est tout simplement : à mon sujet. — Avant de dire quel est cet autre dont le témoignage sert d'appui au sien, Jésus éloigne la supposition assez naturelle que c'est du précurseur qu'il veut parler :
V. 33-35. €Vous avez envoyé vers Jean^ et il a rendu témoignage à la vérité, 34 Mais moiy ce nest pas iun homme r/ue /emprunte le témoiijnage : et ce que je vous en dis ici, c*est afin que vous soyez sauvée. 35 // était k flambeau qui se consume et luit: et vous vous êtes empressés de vous réjouir un moment à sa lumière. * — Le témoignage de Jean-Baptiste avait fait assez de bruit pour que Jésus pùf pressentir qu'au moment oii il disait : t J'ai un autre témoin, y> chacun penserait au précurseur. Jésus repousse cette supposition, mais tout en faisant remarquer qu'au point de vue de ses auditeurs le témoignage de Jean doit certainement être envisagé comme valable : car n'étaient-ce pas eux qui l'avaient provoqué (allusion à la députation I, 19 et suiv.)? — Leparf. (UfjLapTupvixe indique
ciiAP. V, in-:^. ASS
que le témoignage conserve sa valeur malgré la disparition du témoin (v. 35 : il était, etc.).
La première proposition du v. 34 est difficile à comprendre. Jésus envisage-l-il donc le témoignage de Jean- Baptiste comme purement humain? Quelques interprèles éludent la dirOculté en traduisant où >.a[jLêav(o : (!c Je ne recherche pas » (de Wette) ; je n'ambitionne pas. C'est fausser le sens de cette expression. Tout s'explique, si l'on tient compte de l'article devant le mot témoignage : a le témoignage, » c'est-à-dire le seul réel, infaillible, irrécusable, le seul que je veuille invoquer à l'appui du mien, « que j'accepte comme preuve» (l\^eyer). Le témoignage de Jean devai! diriger les regards vers la lumière; mais, une fois que la lumière avait paru, il faisait place au témoignage direct de Dieu. Si donc Jésus rappelle, encore maintenant, ce témoignage, c'est que ses auditeurs ont montré qu'ils n'avaient pas le sens assez délicat pour saisir le témoignage divin inhérent à son apparition elle-même ; et c'est le souci qu'il a de leur salut qui le pousse à parler ainsi ; il condescend en cela à leur faiblesse. — Remarquez l'opposition de 'JOÊi;, vous, et de syw, moi. — "Iva çwOr.Te : « Afin que vous en profitiez à salut. »
Le V. 35 exprime précisément le caractère transitoire de l'apparition de Jean-Baptiste. Jean n'était pas un soleil permanent; c'était le flambeau, qui ne brille qu'à la condition de se consumer. On a expliqué de plusieurs manières assez étranges l'art, le devant le mot flambeau, Meyer : c le flambeau par excellence, » Bengel voit ici une allusion à Sirach XLVIII, 1 : « la parole (d'Elie) brillait comme un flambeau, 1^ Luthardt croit que Jean est comparé au porteflambeau connu qui précédait ordinairement l'époux dans les fêtes de noces. Tout cela est forcé. L'article fait simplement de l'image une définition ; « c'était la chandelle qui
îe Vol. 28
éclaire. » Il n'y en avait jamais qu'une dans la maison. Les deux épithétes qui se consume et qui luit expriment une seule et même idée : celle de l'éclat éphémère d'un flambeau qui se consume en éclairant. L'imparf. était prouve que ce flambeau est maintenant éteint. C'est une allusion soit à l'emprisonnement, soit à la mort récente de Jean- Baptiste. — Dans la seconde partie du v. : Vous avez voulu.,. y la même image continue. Jésus compare les Juifs à des enfants qui, au lieu de tirer parti des précieux instants pendant lesquels brille le flambeau, pour accomplir un travail indispensable, ne font que danser et folâtrer à sa clarté jusqu'au moment où il s'éteint. Il est impossible de mieux caractériser la vaine et puérile satisfaction que l'orgueil national avait trouvée un instant dans l'apparition de cet homme extraordinaire et l'absence des fruits sérieux de repenlance et de foi qu'elle était destinée à produire: m Au lieu de vous laisser conduire à la foi par Jean, vous avez fait de lui un objet de curiosité.» — 'Hôs^iT^çaTg : vous vous êtes complus à... Il n'y a eu là pour vous qu'un jeu. Comp. le discours Luc VII, 24 et suiv. qui commence par cette question trois fois répétée : « Qu'êtes-vous allés voir au désert? » — comme s'il ne se fût agi que d'un spectacle divertissant — et qui se termine par la comparaison du peuple avec une troupe d'enfants, jouant dans la place publique.
V. 30. ^Mais moi, fai le* témoignage qui est plux grand^ que [celui de] Jean; car les œuvres que le Père m'a donné^ d'accomplir^ ces oeuvres mêmes que fopère^ témoignent de moi que c'est le Père qui wi'a envoyé. > —
* N omet TT,v (levant [x«pTupi«v.
' A B E G M -V lisent jisiÇov faute ëvidcnte). ' N B L F lisent Ss8<ox€v.
* N A B D L ({uchiues Mnn. retranchent t^îo devant ttoîw.
€ette parole, après la parenthèse relative à Jean qui n'était qu'un argument ad hominem, renoue avec le v. 32 et développe la pensée exprimée dans ce v. — 'Eyw, moi, en opposition aux auditeurs de Jésus qui ne connaissent d'auire témoignage que le témoignage humain, celui de Jean. — L'art, le s'explique comme au v. 34 : le témoignage absolu, qui est aussi le seul que l'on puisse appeler plus f[rand que celui de Jean. — On explique ordinairement le gén. Toû 'iwawou, de Jean, par la forme de la comparaison abrégée : « plus grand que celui de Jean. » Peut-être vaut-il mieux prendre ce gén. comme le gén. de comparaison : c plus grand que Jean: » c'est-à-dire que Jean témoignant •en ma faveur. Jean est identifié avec son témoignage. — Jésus fait ici allusion à la guérison de l'impotent et à toutes les œuvres semblables qu'il avait déjà accomplies. Il ^l bien évident, en effet, quoi qu'en dise Meyer, que ses (Buvres sont ici spécialement ses miracles, quoi qu'il soit «ans doute permis d'embrasser dans cette expression toutes ies œuvres spirituelles décrites plus haut. Meyer concède •cette explication pour les passages VU, 3. 21 et ailleurs; Je contexte l'exige ici aussi bien que là. Les miracles sont désignés, d'un côté^ comme dons du Père à Jésus, de 4'autre, comme œuvres de Jésus lui-même. Et c'est en •eflet à ce double titre qu'ils sont un témoignage de Dieu. Si le Fils les faisait par sa force propre, ils ne seraient point une déclaration de Dieu ; et si Dieu les faisait directement^ sans passer par Torgane du Fils, celui-ci n'en pourrait point tirer une légitimation personnelle. — La leçon eâ(Dxe doit certainement être préférée à la variante alex. ^é^wîte. L'aor. est exigé par la relation avec le ïva teyjtuoGbi et par le sens. — L'objet de a donné est : les œuvres: Dieu lui donne ses miracles. Cet objet est développé par la proposition suivante : afin que je les accomplisse.
Car ces miracles ne lui sont pas donnés sous forme d'œuvres faites, mais d'œuvres à faire. C'est ce que relève fortement la reprise du sujet dans les mots : ces œuvres mêmes fiue f opère. De la relation entre ces deux caractères des miracles, comme dons de Dieu et œuvres de Jésus, résulte en effet la valeur du témoignage. On voit donc combien le mot syw, moi, retranché par les alei., convient bien au sens de la phrase. Mais ce témoigna,ire même est encore indirect, comparé à un autre, tout à fait personnel :
V. 37. € Et le Père qui m'a envoyé lui-tneme^ a aussi rendu témoignage de moi... Vous n'avez jamais nientenh sa voix, ni vu sa figure, )^ — Il est clair, quoi qu'en disent Olshausen, Baur et d'autres, que Jésus parle ici d'un nouveau témoignage du Père : autrement, pourquoi substituerait-il au prés, témoigne^ v. 36, qui s'applique aux miracles actuels de Jésus, le parf. a témoigné^ qui indique un témoignage consommé? C'est ce qui ressort aussi da pron. aÙTo;, lui-^iême, qui accentue fortement le caractère personnel de ce nouveau témoignage. Dieu ne parle pas seulement par les miracles, mais il a parlé lui-même. La leçon aÙTo; est donc préférable «u sxeivo; des alex. qui signifierait : « lui, et pas un autre. » — Quel est ce témoignage personnel? De VVette entend par là cette voix intérieure par laquelle Dieu témoigne dans le cœur de l'horaroe en faveur de l'Evangile, battrait du Père au Fils. Mais il est impossible d'expliquer à ce point de vue le parf. a témoigné^ ainsi que les expressions suivantes, sa voùc, sa figure, qui indiquent une manifestation personnelle. Calvin, Lûcke, Tholuck, Meyer, Luthardt, pensent que, dès ce V. jusqu'au v. 39, il s'agit du témoignage de Dieu dans
* K B L am. lisent exsivo;, au lieu de auto; ; D : exc.vo; «uto;.
i' Ancien Testament par le moyen des prophéties et des types. Mais cette explication peut-elle bien rendre compte de l'expression voir la figure f Tholuck comprend la fin du V. comme une concession : « Vous n'avez sans doute ni entendu. . . ni vu . . ., car cela est impossible; et ce n'est pas là non plus ce dont je veux parler... I^lais vous auriez dû au moins entendre le témoignage que Dieu m'a rendu dans les Ecritures » (v, 38). Mais les premiers mots du V. 38 n'indiquent pas une opposition. L'expression : et vous navez pas, v. 38, continue simplement le mouvement de la proposition précédente. Meyer trouve un reproche dans ces mots : Vous n'avez pas entendu sa voix, ni vu sa face, et applique ces images à l'absence de sens religieux, qui a empêché les Juifs de percevoir la révélation •que Dieu avait donnée lui-même dans l'A. T. Cette expli- ' cation peut-elle rendre compte des expressions efUetidre la voix, voir la figure de Dieu? Cette formule désigne une connaissance immédiate, personnelle. Jésus l'emploie VI, 46, pour caractériser la connaissance qu'il a lui-même de Dieu, en opposition à toute connaissance purement humaine : € Non que quelqu'un ait vu le Père, si ce n'est celui qui est du Père; celui-là a vu le Père, ï> Celte parole doit servir de norme pour l'explication de la nôtre. Celleci renfermera donc, non un reproche à l'adresse de l'insensibilité religieuse des Juifs, mais une déclaration de l'impuissance naturelle de l'homme à s'élever à la connaissance immédiate et personnelle de Dieu (comp. 1, 18). Il ne reste, par conséquent, qu'une seule explication des mots : a témoigné, celle de Chrysoslome, Bengel, Lampe, qui pensent que Jésus fait allusion & l'apparition et à la voix de Dieu à son baptême. Celui-là même qui l'a envoi/é (6 lusjAita; (;.e), est apparu et a rendu ce témoignage : 4 Cest ici mon Fils. » Voilà le témoignage personnel, im-
médiat, que fait attendre le or>7o;, lui-tnêmey et qui peut être réellement distingué de celui que Dieu rend journellement par les œuvres de Jésus. Par ce témoignage désormais inséparable de lui, Jésus est dans la position d'un homme en faveur de qui Dieu a témoigné lai-mêrae (c'est ce qu'exprime littéralement le parfait uLcoapr^jpxxc). La vraie relation des v. 36-38 est donc celle-ci : En passant du témoignage des œuvres, v. 36, au témoignage personnel de Dieu, v. 37, Jésus se représente les deux formes sous lesquelles ce dernier peut avoir lieu : ou bien une apparition directe, ou bien sa parole dans TAncien Testament. Le premier de ces moyens leur est refusé par la nature des choses. Le second est rendu inutile par leur propre faute. Donc le témoignage n'existe pas pour eux. On comprend bien, à ce point de vue, pourquoi au v. 37 Jésus emploie le terme f€^y(, la voix personnelle, tandis qu'au V. 38 il se sert du mot Xoyo;, parole, le terme usité pour désigner la révélation divine. La liaison directe du V. 37 au V. 38 par xai, et, h ce point de vue ne présente plus de difficulté :
V. 38-40. « Et sa parole, vous ne l'avez pas demeurant en rous, puisque vous ne croyez point à celui quil a envoyé. 39 Vous sondez les Ecritures, parce que vous croyez avoir eti elles la vie étemelle; et ce sont elles qui rendent témoif/nage de moi, 40 Et vous ne voulez pas venir « moi pour avoir la vie, » — Et quant à l'autre forme possible de révélation personnelle, la parole de Dieu, ils l'ont bien entre les mains ; mais sa lumière ne brille pas au dedans d'eux. La preuve que Jésus donne de ce fait intime, leur incrédulité envers l'envoyé divin, n'est pas un argument: car la divinité de sa mission était précisément le point en question. C'est un jugement que prononce Jésus et qui a son point d'appui, comme tout le discours, dans le miracle
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accompli. Ce puisque sera justifié par v. 39-40 et 46-47, où Jésus montrera dans leur opposition à l'esprit des Ecritures la vraie cause de leur incrédulité.
Le V. 39 est une concession : t Sans doute, vous étudiez avec soin les Ecritures; vous en épluchez même la lettre, comme si la vie éternelle devait sortir de ce genre d'étude, d La relation entre les deux v. prouve évidemment que, par la parole de Dieu, au v. 38, Jésus entendait déjà les Ecritures. Un grand nombre d'interprètes et de traducteurs (Chrysostome, Augustin, Luther, Calvin, Ostervald, Slier, Hoffmann, Luthardt] font de spetJvaTe un impératif : sondez. Cette parole serait ainsi une exhortation à l'étude approfondie des Ecritures. Mais, dans ce cas, Jésus ne devrait pas dire : parce que vous croyez avoir en elles, mais parce que vous avez en elles, ou du moins : parce que vous croyez vous-mêmes avoir en elles. Et, au lieu de continuer ensuite en disant : El (pourtant) ce sont elles, il devrait dire, pour motiver l'exhortation : Car ce sont elles. — Le verbe epeuvav est très-propre à caractériser l'élude rabbinique des Ecritures, la dissection de la lettre.
La copule et du v. 40 fait ressortir, comme si souvent chez Jean, l'absurdité qu'il y a à faire marcher de pair des choses inconciliables par nature. Ils étudient les Ecritures qui témoignent de Christ, et ils ne viennent pas à Christ; ils cherchent la vie, et ils repoussent celui qui l'apporte! — 'Exetvat : elles (avec accent); elles justement (Meyer). Les mots : vous ne voulez pas, signalent le côté volontaire de l'incrédulité, l'antipathie morale qui en est la cause réelle. On retrouve dans ce passage l'accent douloureux de cette parole des synoptiques: ^ Jérusalem ^ Jérusalem, combien de fois fai voulu.... Mais vous n'avez pas voulu! » — C'est ainsi, observe Gess, que Jésus rétrograde, dans ce discours, de ses œuvres actuelles à son
baptême, base de son activité pubUque, et de celui-ci à la parole de l'A. T. qui a préparé sa venue. C'est la marche inverse de celle du développement de sa propi^e conscience. On voit par ce passage comment Jésus s'était contemplé lui-même dans le miroir de l'Ancien Testament. H y avait tellement reconnu sa propre figure, qu'il lui paraissait impossible d'avoir étudié sincèrement ce livre et de ne pas venir à lui immédiatement.