‹ Commentaire sur l'Évangile de saint JeanChapitre 87 sur 91 · Li mBltiplicitiOB des pains: t · texte numérisé non relu

Li mBltiplicitiOB des pains: t

V. 4 et 2. « Après ces choses y Jésiis se relira au-delà de la mer de Galilée qui est la mer de Tibériade. 2 £/ > tme grande foule le suivait, parce qu'ils voyaient^ les miracles qu'il opérait^ sur^ les malades. > — Si le fait du ch. V s'est réellement passé à la fête de Purim, celui qui est rapporté au ch. VI n'a eu lieu que quelques semaines après (v. i), et la liaison indéterminée iLirk TaOra, après ces choses, convient bien à cet intervalle peu considérable. Meyer, serrant le sens de (urà raura, entend : c immédiatement après ce séjour en Judée. "» Le aini>Ô€v, s*en alla, aurait pour point de départ Jérusalem, et la foule mentionnée au V. 2 serait celle qui accompagnait Jésus à son retour de Judée. Mais, observe Luthardt, comment pourrait-on s'exprimer ainsi : s'en aller de Jérusalem sur la rive orientale de la mer de Galilée! il n'y a aucune relation directe entre ces deux localités. Et surtout n'est-il pas de toute évidence que le v. 2 est la description d'une situation générale, sur le fond de laquelle va se détacher la scène suivante (exactement comme II, 23-25 par rapport à III, 1-21 , ou III, 22-24 par rapport à III, 25^6, ou IV, 4â-45 par rapport à IV, 46-54). C'est la manière de raconter de Jean. Ce caractère de tableau général ressort des imparf. r,xo>.ou6ei, accompagnait, écopciiy, voyaieiii, eTToiei, faisait, en opposition à l'aor. Gêvr,^6e, monta [v. 3), qui

* K B D L quelques Mnn. ItP««"q«« Cop. lisent Ô€ au lieu de x«.

* Au lieu de efi>po>v on lit cOscopojv dans A et eOccopouv dans B D L.

» T. R. lit auTOu x* <n;{xgi«. K A B D K L S A H It. S\T. Vg. Cop. retranchent auTou.

^ N lit -ept au lieu de 11:1.

annonce le récil du fait particulier auquel vise fauteur. Jean veut donc dire qu'à la suite de son retour de Jérusalem, Jésus recommença cette activité galiléenne, marquée par des miracles journaliers, durant laquelle il était constamment accompagné par des foules considérables. Et ce fut par conséquent d'un point quelconque de la côte occidentale de la mer de Galilée qu'il trouva bon de se retirer sur la côte opposée. C'est précisément ce qu'exprime irepav, au-delà de.

Jean ne dit rien des motifs qui engagèrent Jésus à cette démarche , mais le terme aTrr,>.6cv , se retira , indique la recherche de la solitude. Et en effet, d'après Marc VI, 30 et Luc IX, 10, les apôtres venaient de rejoindre leur Maître, après avoir accompli leur première mission, et Jésus désirait leur donner du repos et passer quelques moments seul avec eux. De plus, d'après Matth. XIV, 13, il venait d'apprendre le meurtre de Jean-Baptiste, et, sous le coup de cette nouvelle qui lui faisait pressentir la proximité de sa propre fin, il avait besoin de se recueillir et de préparer ses disciples à cette catastrophe. Ainsi concordent aisément nos quatre récits. — Luc seul nomme Bethsaïda le lieu près duquel se passa la multiplication des pains. On a prétendu qu'il entendait par là Bethsaïda près de Capernaum, et que, par conséquent, ce fait aurait eu lieu selon lui sur la rive occidentale. Mais Luc se mettrait par là en contradiction, non seulement avec les autres évangélistes, mais avec lui-même ; car il dit que Jésus se retira avec ses disciples dans txn lieu désert appartenant à une ville appelée Bethsaïda. Or cette intention de Jésus ne permet pas de penser au bourg de Bethsaïda, sur la rive occidentale, où il était toujours entouré parles foules. Josèphe (Antiq. XVIII, 2, 1 et 4-, 6) parle d'une ville qui portait le nom de Bethsa/ida Julias^ située à l'extrémité nord-est

de ia mer de Tibériade ; et Texpression l^thsaïda de (ianiée y par laquelle Jean XII, 21 désigne la ville d'origine de Pierre, André et Philippe, n*a de sens qu'autant qo'il existait réellement une Bethsaïda hors de Galilée. C'est celle dont Luc veut parler. Bethsaïda Julias était en Gaulonitide, dans la tétrarchie de Philippe, sur la rive gauche du Jourdain, un peu au-dessus de son embouchure dans le lac de Génézareth. C'est là que mourut Philippe et qu'il fut magnifiquement inhumé. (Furrer, Hibelleœ. de Schenkel, I, p. 429.) — Si Jean eût écrit en Galilée et pour des Galiléens, il se fût contenté de l'expression ordinaire : mer de Galilée. Mais, comme il écrivait hors de Palestine et pour des Grecs, il ajoute l'explication : de Tibériade. U ville de Tibériade, bâtie par Hérode Antipas et ainsi nommée en l'honneur de Tibère, était fort connue au dehors. Aussi le géographe grec Pausanias appel le-t-il. la mer de Galilée : ^iiaw} Tiêepi;. Josèphe se sert indifféremment des deux dénominations réunies ici par Jean. — L'imparf. é(op(x)v, ils voyaient^ dépeint la jouissance que leur procurait ce spectacle toujours renouvelé. La leçon du T. R. é(opo)v est appuyée par le Sina/l. et même par le barbarisme erecopoiv de VAlexandrinus.

V. 3 et 4. « £/ Jésus se rendit * sur la montagne, et il • était assis^ là avec ses disciples. A Or la Pdque, la file des Juifs, était proche. » — L'expression la montagne désigne soit la montagne particulière qui se trouvait dans ce district, soit en général la contrée montagneuse, en opposition à la plaine du littoral. Jésus s'entretenait là, dans un lieu solitaire, avec ses disciples.

Quel est le but de la remarque du v. 4? Est-ce une notice chronologique? Le donc du v. 5 (comp. VII, 3) ne

* M D lt*^**i : ain^XOc pour avT)X6c.

' M quelques Mnn. : exaOcl^cTo. D : aui^rXtxo.

permet pas de l'admeltre. Ou bien celle indication devraitelle servir à expliquer le grand rassemblement dont il est parlé V. 5? C'est ce que pense Meyer, qui distingue cette foule du V. 5 de celle du v. 2. Mais que seraient venues faire les caravanes allant à la fêle de Pâques, dans ce lieu écarté? Et n'est-il pas très-clair par l'identité même des expressions (tzoVjç oy>.o;, v. 2 et 5), que ces nombreux arrivants ne sont autres que cette multitude dont il vient d'être dit qu'elle suivait partout Jésus? La mention de la fête prochaine sert donc à expliquer, non l'arrivée des troupes, mais la conduite de Jésus envers elles. Prosérit en quelque sorte, il ne peut aller célébrer la Pàque à Jérusalem. Il voit accourir à lui au désert cette multitude afTamée du pain de vie. Son cœur ému reconnaît aussitôt dans cette circonstance inattendue le signal du Père. Se transportant en pensée à Jérusalem, il se dit pour lui-même, pour ses disciples, pour cette multitude : e Nous célébrerons aussi une Pàque ! » — C'est là la pensée qui met dans leur vrai jour le miracle suivant et les discours qui s'y rattachent. Par ce v. 4, Jean nous donne donc la clef de tout le récit, comme il nous avait donné III, 4, par ces mots : d'entre les pharisiens, celle de tout l'entretien avec Nicodéme. — Le terme i éopr/î, la fête, désigne la Pàque comme la fêle par excellence. — Par le trait Luc VI, 1-5 et parall., nous constatons également chez les synoptiques une Pàque passée en Galilée durant le cours du ministère accompli dans cette province.

V. 5-7. « Jésus ayant donc levé les yeux et ayant vu une grande foule venir à lui, dit à Philippe : Ou achèterons-nous^ des pains, afin que ceux-ci aient à manger?

* K U V : aYopaao(xsv. au lieu cl'a"]fopaaw;xev.

6 Or^ il parlaii ainsi pour t éprouver; car^, pour lui, il savait bien a* qu'il allait faire. 7 Philippe lui répondit*: Deux cents deniers de pain ne leur ' suffiraient pas pour que chacun deux * en ait une bouchée, > — Jean ne dit pas combien dura l'entretien intime de Jésus avec ses disciples, mentionné au v. 3. Le terme ixaOviTo, il était là assiSy V. â, que le Sinaït. a changé à tort en èxoM^i-ny il s'assit, prouve qu'il resta quelques moments seul avec eux. — Comment arrivèrent les troupes? Certainemenl pas en bateau (comp. le v. 32) ; ainsi par terre, en faisant le tour du bord septentrional du lac. C'est le sens du xe^^T, à pied, de Marc VI, 33; Math. XIV, 43. Pendant que Jésus et les disciples venaient directement, par eaa, de Capernaùm ou des environs à Bethsaida Julias, ces troupes, qui avaient observé le point vers lequel la barque se dirigeait, faisaient à pied en toute hâte le tour du lac et arrivaient ainsi l'une après l'autre sur le Heu de la scène. D'après les synoptiques, une partie de la journée ht «consacrée à enseigner et à guérir. Cependant la foule grossissait, comp. Marc VI, 33 : € lis accouraient à pied de toutes les villes, » C'est à ce moment que commence le récit de Jean. Jésus lève les yeux, contemple ces multitudes déjà rassemblées ou qui accourent, et il éprouve ce mouvement de compassion profonde que décrivent Matthieu et Marc. Mais dans son cœur un autre sentiment, dont Jean seul a surpris le secret, domine celui-là : c'est celui de la joie. Sans doute, il avait voulu être seul, et cette arrivée contrariait ses intentions. Mais un tel empressement, une telle persévérance sont pour lui un irré-

* K : Y«p au lieu de o£ ; et ensuite ot au lieu de fap.

* K D: anoxpivgtat au lieu d'ajrezp'.Ôr, ; et K: ouv au lieu de ayT^). ' K omet ajToi;.

* N A B L n et quelques Mnn. et Vss. omettent «utcuv.

sistibie appel. Abandonnant sa pensée, il acquiesce à celle du Père; il entre avec bonheur dans la situation nouvelle qui lui est faite; il accepte la fête qui lui est offerte et consent à donner celle à laquelle Dieu l'appelle. Ce sera le dédommagement de celle de Jérusalem dont lui et les siens sont privés. C'est là le sens de la particule donCy v. 5, et la vraie relation entre les participes ayant levé les yeux, ayant vu^ et le verbe il dit. Chez Jean, Jésus prend l'initiative, c'est comme s'il disait' à Philippe : « Voilà nos hôtes ; il faut leur donner à souper. Y as-tu songé? d ('^hez les synoptiques, ce sont les disciples qui s'inquiètent pour cette foule et engagent Jésus à la congédier. Le besoin de vivres peut avoir préoccupe simultanément Jésus et les disciples, à mesure qu'ils voyaient le soir approcher. Mais Jésus, lui, avait déjà pris par devers lui sa résolution. Le récit des synoptiques est écrit au point de vue des disciples, qui devait tout naturellement dominer dans les narrations émapant des Douze, particulièrement dans celles de Pierre^ et de Matthieu, tandis que Jean, qui avait lu plus profond dans le cœur du Maître, fait ressortir l'autre point de départ : le mouvement spontané du Seigneur. Ainsi : les disciples s'adressent à Jésus et lui communiquent leur inquiétude. Jésus, ayant son plan déjà formé, leur dit: € Donnez -leur vous-mêmes à manger ^j^ et s'adresse spécialement à Philippe comme nous venons de le voir. Pourquoi à lui, plutôt qu'à tel autre? Bengel pense qu'il était chargé de la res alimentaria. Mais il parait plutôt par XIII, 29, que c'était Judas qui faisait les achats. Selon Luthardt^ Jésus voulait travailler à l'éducation de Philippe, qui avait un caractère hésitant et méticuleux. C'est un peu recherché. Le ton de la question de Jésus : « Oit achèterons-nous?!^ a quelque chose d'enjoué, presque de badin. A supposer que la naïveté fût le trait domi-

nant du caractère de Philippe, on comprend que Jésus lui adresse préférablement à tout autre cette question insoluble au point de vue des ressources naturelles. Celui-ci, de son côté, y répond avec une simplicité bonhomique. Ce petit trait donne une idée de l'aménité qui réji^nait dans la relation de Jésus a^rec ses disciples. Et c'est là sans doute la raison pour laquelle Jean Ta fidèlement conservé; il appartenait au tableau de la gloire, pleine de grâce, de la Parole faite chair.

Il est impossible, dans un tel contexte, de donner au mot reipaUtv, éprouver, un sens solennel et théologique. Cette question même : « Ou achèterons-nous... f > prouve qu'il ne s'agissait point de metlrye son caractère moral à l'épreuve. Et la réflexion qui suit : « Car lui-même savait bien ce quil allait faire, » fait comprendre que c'élail une espèce de piège que Jésus tendait à la simplicité naïve de son disciple. L'expression : pour l'éprouver^ signiGe simplement : pour voir comment il se tirerait de cet insoluble problème, et si, dans cette situation, il saurait trouver le vrai mot de la foi. Philippe fait sagement son calcul. C'est le gros bon sens qui parle. — Le denier était une monnaie romaine qui valait environ 85 centimes ; 200 deniers équivalaient donc à 170 francs de noire monnaie : une forte somme, qui pourtant était encore de beaucoup au-dessous du besoin ! Marc a conservé également cette circonstance des deux cents deniers; seulement, c'est dans la bouche des disciples qu'il place ce calcul. Si la relation entre la question de Jésus et la réponse de Philippe dans Jean n'était pas si étroite, on pourrait essayer d'intercaler entre V. 6 et 7 le petit entretien de Jésus avec les disciples rapporté Marc Yl, 37. Mais il est bien plus probable que la réflexion que Marc attribue aux disciples en général n'est que la reproduction de la parole de Philippe, consenée par Jean sous la forme historique parfaitement exacte.

V. s et 9. <L Un de ses disciples^ c était Andréa le frère de Simon Pierre, lui dit : 9 II y a bien là un * petit garçon qui^ a cinq pains d'orge et deux poissons; mais qu est-ce que cela pour tant de gens? > — Jean mentionne d'abord d'une manière indéterminée un disciple; c'est tout ce qui importe. Puis, dans ce disciple, il voit André et le nomme. On croit l'entendre raconter. Comment ne pas se rappeler ici qu'André était précisément, d'après la tradition du Fragment de Muratori, présent au moment de la composition de l'évangilo (Introd, I, p. 302)? L'apposition « le frère de Simon Pierre » n'est point simplement explicative. Car cette indication avait déjà été donnée 1, Ai . Mais le personnage d'André ne peut se représenter à l'esprit de Jean, sans qu'il le contemple sous ce jour glorieux de frère de Pierre, Et cette narration aurait pour but de dénigrer Pierre ! — André donne aussi, en quelque manière, dans le piège tendu à son condisciple, et c'est peut-être avec une malicieuse gaîlé que l'évangéliste a rappelé in extenso leurs paroles, qui contrastent si fort avec le magnifique déploiement de puissance qui se prépare. — Le mot 2v, un seul, rétabli par Tiscliendorf en 1859, est supprimé par lui dans la 8^ éd., d'après les alcx. et Origène; à (ort. Il sert à faire mieux ressortir l'exiguilé de la ressource qui se présente : € Un seul qui ait quelque chose, et combien peu de chose ! » C'était quelque petit revendeur qu'André venait d'aviser dans la foule. — Le pain d'orge était celui des classes pauvres (Juges Vil, 13).

V. 10. a Mais ' Jésus dit : Faites asseoir les gens. Or il y avait dans ce lieu beaucoup de gazon *. Les hommes s'as-

» Ev est omis par N B D L II 15 Mnn. ït^»'q Or.

« A B D G U A : o; au lieu de o.

' N B L Syr. Or. omettent ôg.

* K lit Tono; 7:oXu; (beaucoitp de place) au lieu de x^P*^®» noXu;.

sireiit donc au nombre d'environ^ cinq miUe*. > — Dans ces chétifs aliments, Jésus a trouvé ce qu'il lui faut, la matière sur laquelle peut opérer la toute-puissance. Maintenant, le banquet est préparé, le couvert dressé : c Faites asseoir les gens, > dit-il à ses apôtres. — Les plateaux montagneux qui s'élèvent derrière remplacement de Bethsaida Julias étalaient alors leur verdure printanière. Marc, .aussi bien que Jean, retrace le tableau de ce vert tapis sur lequel les troupes prennent place (m tw /JXcopco yopt» VI, 39). Il retrace également le riant spectacle qu'offraient ces rangées régulières ('Tuj/.rocia (7Tiu.7co<jia, irpacial Tupacim) de centaines et de cinquantaines. — "Av^peç ne désigne que les hommes dans le sens restreint du mot; s'ils sont seuls indiqués, c'est non, comme le prétend Meycr, parce que les femmes et les enfants ne s'assirent pas, mais parce qu'ils se tenaient à part et que les hommes seuls furent comptés. Les femmes et les enfants se tiennent toujours, en Orient, à une distance respectueuse du mari et de ses hôtes.

V. 11. c Puis^ Jésus prit les pains y et ayant rendu grâces*^ il en fit la distribution^ à ceux qui étaient assis: et de même des poissons^ autant quiLs en voulurent, t — C'est ici le moment solennel. Jésus prend au milieu de cette foule la position du père de famille, comme au commencement, non d'un repas ordinaire seulement, mais du repas de la Pûque. Il rend grâces, comme le faisait à ce

* N B D L : <•>; au lieu de 'o«i.

* K lit TOîT/iÀioi (trois mille), -'' A B I) L : o'jv au lieu de ^i.

* N I) ït. Syr : eu/ apiTn;aîv xai au lieu d'su/ apiTnjaa;.

* K D r : eôo)X£v au lieu de oisôwxe ; T. R. ajoute rotç jjiaOr.TXî; oi '^£ ufltOrjai, avec 12 Mjj. la plupart des Mnn. Il*»'4; mots que retrancliont K A B L TT quelques Mnn. ItP'«"<i'»e Vg. Syr. Cop. Or.

CHAP. VI, 10-ia 45^

momenl-là le père entouré des siens, pour les bienfaits de Dieu dans la nature et dans l'alliance. Ce moment parait avoir particulièrement frappé les spectateurs. Il est relevé presque uniformément dans les quatre récits; les troupes et les disciples eux-mêmes paraissent avoir eu Timprcssion que c'était l'action de grâces de Jésus qui avait opéré le miracle. Comp. v. 23. Après l'action de grâces, Jésus distribue les mets, comme le faisait le père dans le repas pascal. — Nous avons retranché du texte les mots : aux disciples et ceux-ci... Il serait possible sans doute que les alex. les eussent omis par la confusion des deux toi;. Mais il est plus probable que c*est là une interpolation tirée de Matthieu.

V. 12 et 13. < Puis y lorsqu'ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : Ramassez les morceaux qui sont restés, afin que rien ne se perde. 13 Ils les ramassèrent donc et remplirent douze corbeilles des morceaux, provenant des cinq pains d'orge, qui étaient restés de trop à ceux qui avaient mangé. » — Pans les synoptiques, ce sont les disciples qui spontanément rassemblent les restes; Jean fait ressortir l'ordre positif de Jésus. C'est la réponse triomphante du Seigneur aux méticuleux calculs de Pbih'ppe et d'André. On comprend d*ailleurs la relation étroite qui existe dans le sentiment de Jésus entre cette parole : afin que rien ne se perde, et l'action de grâces qui avait produit celte abondance. On ne vilipende pas un bien ainsi obtenu. La critique a demandé d'où venaient les douze corbeilles. Ou bien, si c'étaient de simples paniers de voyage, les apôtres avaient pris avec eux chacun le sien, car ils n'étaient pas partis à l'improviste comme les troupes. Ou bien, si, comme il est probable, ces corbeilles avaient une contenance plus considérable, on les emprunta dans les hameaux voisins. — L'épithète tôv xpiSivwv^

dorye, est destinée à constater l'identité de ces restes avec la source première, les cinq pains du petit garçon.

Non seulement ce miracle de la multiplication des pains se retrouve dans les quatre évangiles, mais plusieurs détails caractéristiques sont communs aux quatre récits : les foules poursuivant Jésus dans un lieu désert, les cinq pains et les deux poissons, les cinq mille hommes et les douze corbeilles. Outre cela, quelques traits sont communs à trois ou à deux évangiles, particulièrement à Marc et à Jean (le frais gazon, les deux cents deniers). On sent qu'au fond des quatre récits se trouve un fait dont les traits principaux s étaient empreints dans le souvenir de tous les témoins d'une manière ineffaçable, mais dont les détails n'avaient point été également bien observés et retenus par tous. Le récit de Jean est celui qui nous fait pénétrer le plus profondément dans le sentiment de Jésus et dans l'esprit du miracle. La critique moderne prétend qu'il a été composé au moyen des matériaux fournis par les synoptiques, surtout par Marc (ainsi Baur, Hilgenfeld. et en quelque manière, Weizsjecker lui-même , p. 290). Mais nous trouvons précisément ch« Jean les traits les plus nettement accusés, les contours précis: tandis que le récit synoptique généralise (les disciples, au lieu de Philippe, d'André, etc.), et fait l'effet d'une narration que la reproduction traditionnelle avait dépouillée de ses t vives arêtes.» Selon Paulus, il ne faudrait voir rien de miraculeux dans cette scène. Jésus et les disciples tirèrent leurs provisions, en firent généreusement part à leurs voisins, qui les imitèrent ; et, chacun donnant ce qu'il avait, tout le monde eut assez. M. Renan parait adopter œtte explication du fait, sinon du texte : c Jésus se retira au désert. Beaucoup de monde l'y suivit. Grâce à une extrême frugalité, la troupe sainte y vécut : on crut naturellement voir en cela un miracle. » Ce que M. Henan n'explique pas, c'est qu'un fait aussi simple ait pu exalter les troupes au point que le soir même elles aient tenté de s'emparer de Jésus, afin de le proclamer roi (v. 14 et 15). OIshausen admet une accélération du procédé naturel qui multiplie le grain de blé dans le sein de la terre; il fournit ainsi matière au persiflage de Strauss, qui demande si la loi de reproduction naturelle s'applique aussi aux poissons rôtis? Lange se figure que ce n*est pas la

matière même des aliments, mais la vertu nutritive des molécules, qui a été multipliée. — Ou nous nous plaçons par la foi dans le milieu surnaturel, créé ici-bas par la présence de Jésus, ou nous refusons d*entrer dans cette sphère supérieure. Dans ce second cas, le seul parti à prendre est d'expliquer ce récit comme produit mythique. Mais quelles difficultés ne rencontre* pas cette hypothèse dans le caractère parfaitement simple,, prosaïque, des quatre narrations, dans la foule des petits détail» historiques dans lesquels elles se rencontrent, enfui dans l'authenticité d'un seul des écrits qui contiennent ce récit? Dans le premier cas, au contraire, nous comprenons que Jésus, ayant discerné la volonté de son Père, ait voulu donner au peuple, si empressé à le suivre, une fête qui, comme la Pâque elle-même, figurait ce qu'il allait bientôt faire spirituellement pour le monde, et qui préludait à la glorification future de la matière par la puissance de l'Esprit.

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