JéSDS marchaiit sur les eaox: y
V. 14 et 15. « Ces gefis donc, ayant vu le miracle^ qu'il* avait fait, disaient: Celui-ci est véritablement le prophète qui doit venir au monde. 15 Jésus donc, voyant quils allaient s'approcher et Venlever afin de le faire roi^, se retira^ de nouveau^ sur la montagne tout seul, » — C'est ici le commencement de la crise dont nous allons voir le développement jusqu'à la Hn du chapitre. Un triage dans les adhérents de Jésus devient nécessaire pour purifier son œuvre de tout alliage politique. Jésus avait reçu celte foule les bras ouverts. Il lui avait fait une fête, signe de celle qu'il lui destinait dans un domaine supérieur. Il avait donné de son pain et figure ainsi ce don de lui-même
*BSi Cop. : a... 9T)(uia au lieu de o... ar^ymoy,
* K B D Itpï^-'q"» Syr*^"'' omettent o iTjaouç.
* K lit xat avcSctxvuvat pavcXsa au lieu de iva Tcoii^a. «ut. ^a.
* H lt*»W Syr««' lisent ^tuyci au lieu d'avcy^cupijat .
> IlaXtv [après avExcopi^as) se lit dans T. R. avec M A B D K L A It^ Vg. Syr««''; omis dans 40 Mjj. Syr*^^ Cop.
<]u'il venait faire à rhumanilé. Mais au lieu de s'élever à l'espérance et au désir d'un banquet spirituel, les Galiléens ^e préoccupent uniquement du miracle matériel et d.ios leur exaltation y voient déjà l'inauguration d'un royaume messianique lel qu'ils se le figurent. C'est là ce qu'exprime la relation du partie, ayant vu , vu de leurs yeux , aa verbe D^e^ov, ils disaient. Le prophète que la multitude croit reconnaître en Jésus, était, d'après I, 21 . 25, un personnage distinct du Messie. Mais il parait par les v. 14 et 15 que d'autres l'envisageaient comme pouvant être le Messie lui-même. Ils se représentaient probablement <]u'après avoir été acclamé par le peuple, il deviendrait le Messie. Le complot dont parle le v. 15, suppose chez les troupes le plus haut degré d'exaltation. Jean ne dit pas comment Jésus en eut connaissance, il est probable que le mot yvou;, ayant connu, indique iine aperception immé- <liate, semblable à celle de V, 6. — Le partie, prés. 6 èpyo[uvoç, celui qui vient, est une allusion à la prophétie sur laquelle reposait l'attente d'un tel personnage, Deutér. XVIII, 18. — Le terme ipra^eiv, enlerer, ne permet pas de douter que le projet ne fût de s'emparer de Jésus, même malgré lui, afin d'aller le couronner à Jérusalem. — La tâche de Jésus en ce moment était difficile. S'il repartait immédiatement avec ses disciples, l'émeute, au lieu de se calmer, courait risque de se propager en Galilée. S'il demeurait avec ses disciples, ceux-ci pouvaient être atteints par la contagion de cet enthousiasme charnel qui ne rencontrait que trop de points de contact dans leur cœur. On se demande même si tel d'entre eux, Juda, par exemple, ne dirigeait pas sous main le complot (v. 70. 71). Il fallait donc se hâter de prendre des mesures. Avant tout, Jésus s'empresse de renvoyer ses disciples de l'autre côté de la mer, afin de rompre toute solidarité entre eux et
les.iroupes. Ainsi s'explique la singulière expression de Mallhieu (XIV, 22) et de Marc (VI, 45) : « Il contraignit aussitôt ses disciples de s'embarquer et de le précéder de l'autre côté, jusqu'à ce qu'il eût congédié les troupes. i> Ce terme de contraindre n'est motivé par rien dans la narration synoptique. Peut-être la plupart des apôtres ignorèrent-ils la véritable raison de la démarche si brusque de Jésus. Après cela^ Jésus calme et congédié la multitude qui se disperse dans les campagnes voisines. Matthieu et Marc disent aussi : c Et ayant congédié les troupes, il se retira sur la montagne, à part, pour prier. > Ce moment <:oïncide évidemment avec la fin de notre v. 15. H ne resta, par conséquent, sur les lieux, qu'une partie des troupes, «ans doute les plus exaltés (comp. v. 22). — Le mot 7ra>.iv, -de nouveau, retranché par un grand nombre de Mss. byzantins, doit être maintenu. H renferme une allusion au v. 3 <]ui n'a pas été comprise par les copistes. Jésus s'était rapproché du rivage pour le repas ; il retourne maintenant sur les hauteurs où il s'était d*abord rendu avec ses disciples. Auto; [aovo;, lui tout seul, fait précisément opposition à ces mots du v. 3 : avec ses disciples.
V. 16-18. € Quand le soir fut venu^ ses disciples descendirent au bord de la mer; il et étant entrés dans Uv bar-que, ils se mirent à traverser ^ la nier dans la direction de Capernaûm; et il faisait déjà nuit close* ^ et Jésus ne les avait pas* rejoints, iS Et la mer était agitée par un fort vent, i — Quel ordre Jésus avait-il donné à ses disciples, avant de les quitter? D'après les synoptiques, celui de s'embarquer pour Tautre côté de la mer. C'est ce <iu'implique également le récit de Jean ; car il est inadmis-
* N : ipyovTai au lieu d'iîpjç^ovio.
' N D 4 Mn. : xaTcXa^ev Bs auTOu; i] oxoTia au lieu de x. oxot. r^Sr^ eysy.
* « B D L 3 Mnn. Itpïer«q«>« Cop. lisent outzm au lieu de oux.
sible qu*ils se fussent embarqués, connne cela est raconté au V. 17, en laissant Jésus seul sur le bord oriental, sans connaître sa volonté à cet égard. Ils hésitent même, on le voit par tout le récit, à Texécuter, malgré l'ordre qu'ils avaient reçu de lui. Mais comment expliquer dans ce cas la fm du V. 17, qui semble dire qu'ils attendaient Jésus^ qui devait les rejoindre (sens rendu plus probable encore, par la leçon o^rcj, pas encore^ chez les alex.)? Ou bien il faut admettre que ces mots : Il ne les avait pas encore rejoints, sont écrits uniquement au point de vue de ce qoi arriva plus tard quand Jésus les atteignit sur les flots, ce qui n'est pas très-nalurel ; — ou bien il faut supposer que, comme la direction de Belhsaïda Julias à Capernaûm est à peu près parallèle à celle de la rive septentrionale da lac, Jésus avait donné rendez-vous aux disciples sur quelque point de la cote, entre ces deux yilles, où il comptait les rejoindre. Ainsi s'explique aisément la seconde partie du V. 17. Les disciples paraissent en effet s'être arrêtés sur la rive, à une certaine distance de Bethsaïda Julias, pour prendre Jésus dans la barque. Mais, après l'avoir vaine* ment attendu, malgré l'obscurité de la nuit ils crurent plus conforme à ses ordres de se rembarquer. Ce fut alors que la violence du vent, jointe à l'impossibilité où les mettait la nuit de se diriger, les éloigna du rivage et, malgré leurs efforts, les poussa vers le sud en pleine mer. — L'imparf. YÎp'/ovTo, V. 17, indique le commencement de cette traversée ainsi troublée. Les plus-que-parf. èyeyovti, flcr.- >.^t^ décrivent bien la sensation d'isolement qu'éprouvaient les disciples dans ces heures de pénible séparation. V. 19-21. « S' étant donc avancés d environ vingt-ân/j ou trente stades, ils voient Jésus marchant sur la mer et s' approchant de la barque, et ils eurent peur. 20 Maà il leur dit : Ccst moi, ne craignez point. 21 Et comme ils
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s'empressaient^ de le recevoir dans la barque^ à l'instant même la barque arriva au point du rivage où ils se rendaient. ) — Si rexplication que nous venons de donner des V. 16-18 est juste, on comprend qu'il n'y avait d autre moyen pour Jésus de rejoindre ses disciples, avant leur arrivée à Capernaûm, que celui qu'il emploie en efl'et v. 19. Le vent les avait poussés maintenant vers le sud jusqu'au milieu de la mer. Dans sa plus grande largeur, le lac de Génézareth a, comme le dit Joséphe (Bell. jud. 111, iO, 7), 40 stades, à peu près 2 lieues. Quand Matthieu dit que la barque était au milieu de la mer, ce détail concorde parfaitement avec l'indication de Jean : 25 à 30 stades. — Le prés, ils voient indique l'imprévu de l'apparition de Jésus. L'émotion de crainte qu'éprouvent les disciples, et qui est exprimée d'une manière plus complète dans les synoptiques, ne permet pas d'expliquer ici les mots èm xTiç ^oLkictmç, sur la mer^ dans le sens où ils sont pris XXI, 1 : sur le rivage de la mer. — Cette parole de Jésus: C'est moi, ne craignez point, doit avoir fait sur les disciples une impression très-profonde, car elle est rapportée identiquement dans tous les récits. — C'est à la suite de cette {Parole qu'il faut placer, d'après Matthieu, la scène dans laquelle saint Pierre est associé un moment au miracle opéré dans la personne de Jésus. 11 ressortirait du récit synoptique qu'immédiatement après cet épisode, Jésus entra dans la barque, et que le vent cessa. L'imparf. 7i6e>.ov (littéralement : ils voulaient), v. 21, semble incompatible avec ce détail. Chrysostome croit devoir conclure de cette différence que Jean raconte un autre événement que celui dont parlent Matthieu et Marc. La relation étroite entre ce miracle et la multiplication des pains dans les
^ N : r^XOov au lieu de i^OcXov.
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trois évangiles, ainsi que l'analogie générale des trois récits, ne permettent pas d'accepter cette solution. J.-D. Uichaélis avait supposé qu'au lieu de i^Xw^ il fallait lire rMv*j ce qui résoudrait la difficulté : iU vinrent^ ils s'approchèrent de lui pour le recevoir. Et, chose singulière, le Sinaït. présente précisément la leçon conjecturée par ce savant. Mais elle a trop l'air d'une correction pour mériter confiance. D'ailleurs, Jésus se mouvait assez librement sur les eaux pour que la barque n'eût pas besoin d'approcher de lui. Cette leçon n'aurait vraiment de sens que si Ion expliquait les mots -irepiiraToiiVTa eri ttj; ftot>.a<r«mç dans le sens de : marchant sur le bord de la mer. Bèze et beaucoup d'exégètes après lui pensent que le verbe vouloir ajoute simplement ici à l'acte de recevoir, exprimé par l'infin. Xaêetv, la notion d'empressemenij comme Luc XX, 46. Tholuck a donné une plus grande probabilité à ce sens, eo faisant ressortir l'opposition entre le mot voulaienly aiusi compris, et le è^^ifdyieroev, ils eurent peur. Ils avaient craint au premier moment^ mais maintenant ils le reçurent (volontiers. Une seule chose s'oppose à cette explication : c'esl que Jean a écrit l'imparf. ils voulaient, qui indique l'action inachevée, et non Taor. ils voulurent, qui indiquerait l'acte accompli (I, 44). D'autre part, Jean ne peut avoir voulu dire, en contradiction avec les synoptiques, que Jésus n'entra pas réellement dans la barque (Meyer). (^r, dans ce cas, au lieu de xal €ù6éo>ç, et à t instant même, dans la phrase suivante, il devrait y avoir a>.^'eùO^«t>ç, mais à l'instant, puisque le sens serait que la prompte arrivée empêcha l'entrée de Jésus dans la barque. La relation entre les deux propositions du v. 31 juxtaposées nous parait être de la même nature que celle que nous avons déjà observée ailleurs chez Jean (V, 17), et que nous ne pouvons rendre qu'au moyen d'une conjonction : « .4tt mometU même on
ils s'empressaient de raccueillîr, la barque aboi*da. » Jésus entra bien dans la barque, mais il n'eut pas même le temps de s'y asseoir : l'arrivée au rivage eut lieu simultanément avec cette entrée. Et comment se représenter en effet qu'après un acte de puissance aussi magnifique, aussi royal, que la marche de Jésus sur les eaux, il se fût établi et assis dans le bateau et que le voyage eût continué péniblement à coups de rame? Au moment où Jésus posa le pied dans la barque, il lui communiqua, comme il venait de le faire à l'égard de Pierre, la force, victorieuse de la pesanteur et de l'espace, qui venait d'éclater si majestueusement en sa personne. Les mots xal eùOécoç, et à tinstant^ comparés avec la distance de dix à quinze stades (30 à 45 minutes) qui les séparait encore du rivage, ne permettent pas une autre interprétation.
Voilà la souveraineté réelle que Jésus oppose à cette vaine royauté politique que l'Israël charnel prétendait lui imposer. Il se donne aux siens comme celui qui règne sur un plus vaste domaine, sur toutes les forces de la nature, et qui peut s'affranchir lui-même et les affranchir un jour du poids de ce corps mortel. Et si, dans la multiplication des pains, il leur a donné un prélude de l'offrande qu'il fera de sa chair pour la nourriture du monde, si, dans celte nuit terrible d'obscurité, de tempête et de séparation, il a permis qu'ils ressentissent les avant-goûts de la séparation plus douloureuse et plus réelle qui suivra sa mort, dans ce retour inattendu et triomphant au travers des flots soulevés il préfigure sa résurrection glorieuse et même son ascension triomphante à laquelle il associera l'Eglise, en l'élevant avec lui, par le souffle de son Esprit, jusqu'aux lieux célestes.
Les discours qui vont suivre prouveront que le caractère symbolique que nous venons d'attribuer à ces miracles
n'était pas étranger à la pensée de Jean, à celle de Jésus lui-même.
Quand on pense que chaque inouYement volontaire qu'acoompHt notre corps est, non point sans doute une abolition ^e la loi de la pesanteur, mais une victoire sur cette loi par Tintorvention d*une force supérieure, celle de la volonté, on comprend, par cette analogie, que la matière, étant Foeuvre de la volonté divine, reste en tout temps ouverte à ce pouvoir essentiellement surnaturel ; et rien n*empéche plus d'admettre que le souffle divin ne puisse, dans un moment déterminé, affranchir un corps humain, et même des objets matériels, de cette puissance de la pesanteur.