II. — Les discours : v
Ce morceau renferme, après une introduction historique (v. 22-24], une série de dialogues et de discours (v. 25- 65).
V. 22-24. c Le lendemain^ la foule, qui se tenait de [autre côté de la mer et qui avait vu * quil n'y avait là qu'un seul bateau ' et que Jésus n'était pas entré^ dans ce bateau^ avec ses disciples, mais que ses disciples s'en étaient allés ^ seuls — 23 mais^ il était arrivé (T autres bateaux'' de Tibériade près du lieu ou ils avaient mangé
* T. R. lit iSo)v avec F A A et 9 autres Mjj. la plupart des Mnn. Sypcur ; A B L ItP»»»^'*! Syr"^*» : ei8ov, et N D II«ï'<ï : stôev.
• A B L ItP»«"<ï omettent les mots : ex£ivo £tç o evE^^aav oi pjtSr^Tai auTou, que lisent K D T A A et 9 autres Mjj. Mnn. S^t. (mais avec plusieurs variantes).
' Au lieu de auvci(n;XOg, K lit 9uvcXr,XuO£t.
* Alex.: TcXoiov au lieu de rXotapiov.
• H omet aiCTjXOov.
< D L 0 ii( omettent Ss.
"^ H : (ne'AOovTcuv ouv tcuv icXotcov. D b Syr^^"*^ : oXXcov ;cXatapuuv t XOovtmv.
ie pain ^ après que le Seigneur avaii rendu grâces — 24 lors. donc que la foule vil^ que Jésus n'était pas là, non plus que ses disciples^ ils^ prirent le parti de s'emboT' guer* et vinrent à Capemaiim, cherchant Jésus, » — Le fanatisme charnel de ia foule avait contraint Jésus à séparer d'elle ses disciples et à se séparer lui-même d'avec ceux-ci très-brusquement. Il les avait maintenant rejoints, et la foule se mit à le chercher, toujours dans le même esprit. La longue et difficile période, v. 22-24, a pour but de faire ressortir cette pensée : que le mobile unique de cette troupe était de chercher Jésus (Gn du V. 24 : cherchant Jésus). En examinant attentivement cette phrase compliquée, on se rend bientôt compte de la construction réelle. Tout part de l'état de la foule au matin suivant (le lendemain la foule qui se tenait /à, v. 22) et vise à la résolution prise par elle de partir pour Capernaûm (s'embarquèrent^ v. 24). Cette résolution est motivée par les deux déterminatifs : i^a>v, voyant^ v. 22, et oxe oiîv «lÂev, lors donc quelle vit; puis indirectement par la paren- Cbèse, V. 23, destinée à expliquer la possibilité de cette
* N: (X Ti^piaSoç cjHpç ouav); onou xai E^oyov «ptov (de Tihériade tqxii est voisine du lieu oit ils avaient mangé le pain).
* N : xat tSovTE; au lieu de ois ouv tiZtv.
» T. R. lit xai «uTot avec U F quelques Mnn. ; N S Itpi«"q"« Syr. omettent ces deux mots; les 43 autres Mjj. et la plupart des Mnn. lisent auTot.
* N lit Et; To nXoiov au lieu des plur. izkoia. ou TzXoioLpia, entre lesquels se partagent les autres Mjj. — Voici la traduction du texte complet de h: ^ Le lendemain la foule qui se tenait de l'autre côté de la mer vit qu'il n'y avait pas là d'autre bateau que celui sur lequel étaient montés les disciples de Jésus et que Jésus ne s'était pas joint à eux sur le bateau, mais les disciples seuls; les bateaux étant donc sur- Tenus de Tibériade qui était voisine du lieu oi\ ils avaient mangé le pain, après que le Seigneur eut rendu grâces, ayant vu que Jésus n'était pas là, ni ses disciples, ils montèrent sur le bateau et -vinrent,,,!»
résolution (par l'arrivée de nouveaux bateaux). Nous trou* vons dans ce v. 23 une forme analogue à celle que nous avons rencontrée I, 10 et II, 9. Il semble que les circonlocutions qui caractérisent ce passage soient ane image de l'embarras qu'éprouvait cette fouie jusqu'au moment où l'arrivée des barques lui inspira une subite résolution. Le premier mot: k lendemaùiy porte déjà sur le dernier verbe de la période : s'embarquèrent (v. 24). Le sens du parfait hrniuS^ est celui-ci : € qui était resté li la veille et qui y était encore à ce moment-là. » Peut-être l'article 4 devant ce partie, sert-il à limiter l'idée du subst. : € la par-tion de la foule qui n'avait pas voulu quitter le lieu de la scène. » C'étaient les plus tenaces. La leçon eUov, admise par Tischendorf (8^ éd.), est une correction maladroite dans le but de simplifier la construction générale. Le partic. ij<iy, ayant vu (la veille), n'est point,' comme le veut Meyer, une dépendance de é<rmxcd; ( c qui était demeurée là parce qu'elle avait vu >); il sert déjà à justifier l'acte linalde s'embarquer. Ces gens en eflfet avaient constaté deux choses : \^ Que la veille il n'y avait là qu'un bateau; ^ Que Jésus n'était pas parti sur ce bateau avec ses disciples (ce sont là les deux ^rt du v. 22). A la suite de ces deux aperceptions, une chose les retenait encore sur les lieux ; c'est qu'ils se demandaient si Jésus n'était pas^ encore là à proximité. En conséquence (ouv, cfofic, v. 24), il fallut une dernière observation pour faire arriver à roa- , turièé chez eux la décision du départ : c'est le fait que Jésus ne reparaissait pas, et que les disciples ne revenaient pas pour le chercher. Le ore ouv el^e du v. 24 n'est donc pas une simple reprise du i^càv^ v. 22; il sert à le compléter. Quant à la parenthèse du v. 23, elle expose le fait extérieur^ en raison duquel ils purent prendre la résolution de traverser la mer. L'arrivée des barques s'explique facile-
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ment. Une partie de ces foules venait elle-même de Tautre côté de la mer (v. 2). Des bateliers de la rive occidentale passèrent donc la mer pendant la nuit et se rendirent au lieu du rassemblement pour ramener ces multitudes. — Le T«v, V. 32, n*a point nécessairement le sens de plus-queparf. {€ séiaii trouvé là lorsque... »); la simultanéité d'action qui se trouve toujours dans Timparf. se rapporte ici au fait de l'embarquement des disciples : c se trouvait là au moment de leur départ. » — Les mots exeivo... aÙToO, celui dans lequel ses disciples étaient entrés, sont probablement une glose. — Ce détail si expressément relevé : après que le Seigneur eut rendu grdceSy rappelle la vive impression que ce moment solennel avait produit sur les spectateurs et la valeur décisive attachée par eux à cet acte. — Le pronom avroi, eux aussi, est destiné à remettre en scène le sujet o/>.o; (la foule, v. 22) à cause de son éloignement. Le xat, aussi, qui l'accompagne (eux aussi) se rapporte à l'idée qu'eux aussi voulaient passer, une fois que les disciples et Jésus lui-même étaient retournés de l'autre côté. Le verbe si longtemps attendu èv^^Yiaov, s'em* barquèrent, fait bien ressortir l'aae final, terme de cette longue indécision. — Ainsi sont décrites, avec une étonnante précision, dans cette longue période, toutes les impressions, les fluctuations, les observations diverses de cette multitude, jusqu'à la décision qui les amène à Capernaûm et donne lieu aux entretiens du lendemain. Qu'on se représente un écrivain grec d'Alexandrie ou de Rome, au II® siècle, racontant de la sorte! — Nulle part peut-être ne se trahit comme dans ce passage la nature défectueuse du texte du Sinaïlicus. Nous en avons exactement reproduit le sens (noie 4, page 469).
V. 25-65. Les discours. — Quoique l'idée qui domine dans cette série de discours paraisse la même que
celle du ch. V, celle de vie^ il y a jenlre les enseignements renfermés dans ces deux chapitres, une différence qui correspond à celle des deux miracles dont ils renferment l'application. Dans la guérison de l'impotent, Jésus agit; le malade est réceptif. Dans le repas du ch. YI, Taliment est simplement offert par Jésus; mais il faut, pour que la nutrition s'opère, que l'homme se l'assimile activement. Il résulte de là que, tandis que dans le discours du ch. V, c'est la personne de Jésus qui ressort, dans les entretiens du ch. VI, au contraire, l'idée dominante est celle de la foi qui s'approprie l'aliment céleste. Sans qu'il soit nécessaire d'expliquer, comme le fait Baur, la composition de notre évangile par un procédé systématique, on peut admettre cependant que Jean, en recueillant ses souvenirs, a été frappé de la corrélation qui fait de Tun de ces témoi-* gnages le complément de l'autre, et qu'il les a rapprochés à dessein comme présentant le tableau complet de la relation entre l'action divine et l'action humaine dans le salut. On peut distinguer dans cet entretien quati*e phases successives dont l'attitude morale des auditeurs détermine à chaque fois le caractère. La première (v. 25-40) est amenée par une simple question des Juifs («îirov oOtû, ils lui dirent). La seconde (v. 41 -5i) résulte d'un tnéeonfenêement sérieux qui se manifeste parmi eux (èyoyyu^ov, ils murmuraient), La troisième (v. 52-59) a pour signal une altercation qui s'élève entre les auditeurs eux-mêmes au sujet des paroles de Jésus (èi/x^ovro, ils débattaient entre eux). Ici finit, à proprement parler, l'enseignement de Jésus; toute cette partie de la scène s'était passée dans la synagogue de Capernaûm (v. 59). La dernière phase (v. 60-65) est provoquée par une déclaration de la plupart des anciens croyants galiléens, qui dénoncent à Jésus leur rupture avec lui.
Cette première phase est composée de quatre petits dialogues, renfermant chacun une question des Juifs et une réponse de Jésus. La dernière de ces réponses est plus développée: Jésus y exprime, avec une émotion contenue, les impressions dont Tétat de ses auditeurs remplit son âme.
Y. 25 et 26. c Et rayant trouvé au-delà de la mer^ ils lui dirent: Maître^ quand es-tu venu^ ici? 26 Jésus leur répondit et dit : En vérité^ en vérité^ je vous le d/s, vous me cherchez* y non parce que vou^ avez vu des signes ^y fnais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous -avez été rassasiés. » — Nous avons vu que le mobile de la conduite des troupes était la recherche de Jésus; c'est ce que rappellent les premiers mots de ce morceau : c Et Payant trouvé, i» La question des arrivants présente une irrégularité intraduisible; dans la tournure grecque sont combinées proprement deux questions : « Quand (ttotc, non TCwç, comment) es- tu venu?» et : «Comment se fail-il que tu soùs^ci (parf. yeyova;)?» Cette forme naïve exprime avec vivacité la surprise de ces gens; la présence de Jésus leur fait TefTet d'une apparition. — La réponse de Jésus s'adresse, comme souvent (11, 4; III, 3), non à la question de l'interlocuteur, mais au sentiment intérieur qui l'a dictée. Jésus dévoile à ces Juifs ce qu'il y a de faux et de charnel dans la manière en laquelle ils le recherchent. Comme c'est là une révélation de leurs sentiments intimes, ignorés d'eux-mêmes, il emploie l'affirmation
' Au lieu de Ye^ovaç, h lit tjXOeç, D cÀr^XuOa;.
' H omet Çtjtsitc (xc.
^ D lt»«*i ajoutent xat -ctpaixa (tiré de IV, 48).
énergique amen, amen, — Jésus oppose ici à la Tausse et vaine recherche de sa personne qui n'a en vue que la satisfaction de l'homme terrestre (v. 26), la recherche vraie et efficace qui tend au rassasiement de l'homme spirituel (v. 27). Ses miracles étaient les signes visibles destinés à le qualifier comme le porteur des biens du salut. Celui qui les comprenait dans ce sens n'en restait pas au soulagement matériel qu'ils procuraient, mais de là s'élevait à €elte signification supérieure qu'ils avaient dans l'intentioD divine. Le phénomène visible était pour lui le gage d'une opération morale, ainsi un signe. On voit combien il faut se garder de traduire ici le mot GTipieta par miracles (Ostervald, Arnaud, Rilliet], au lieu de le rendre par le terme qui exprime son sens naturel, celui de signes. C'est prédsèment sur ce sens que repose toute la valeur de celte parole. Les troupes avaient cru voir dans la multiplication des pains le commencement d'une série de faits de même nature, l'inauguration d'une ère de miracles de plus en plus éclatants et satisfaisants pour la chair. Au lieu de voir, comme dit Lange, c dans le pain le signe, > elles n'avaient vu c dans le signe que le pain. » Cette inintelligence donnait à leur recherche de Jésus un caractère faux,, terrestre, sensuel, animal. C'est cette tendance que Jésus leur signale dès le premier mot de l'entretien, particuhèrement par celte expression qui trahit une sorte de dégoût: Et parce que vous avez été rassasiés. Quelle différence entre ce peuple qui arrive avec ses grossières aspirations, ses charnelles exigences, et l'Israël spirituel que l'A. T. devait former et qui dirait au Messie : Nous avons faim et soif de Dieu... Fais aujourd'hui pour nos cœurs ce que tu as fait hier en faveur de nos corps! — Le plur. des signes se rapporte, soit aux deux miracles racontée dans la première partie du chapitre, soit plutôt aux miracles en géoé-
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rai, qoi n*avaient pas été mieux compris par les foules que celai de la maltiplicalion des pains. — Nous avons rendu l'art, tûv devant aprcovpar le pron. démonstr. : ^ces pains. » En traduisant simplement des pains, Fallusioi» expresse aux pains de la veille, renfermée dans l'article^ eût été perdue.
V. 27. c Travaillez à acquérir, non la nourriture * qui périt, mais la nourriture qui subsiste en vie étemelle, celle que le Fils de F homme vous donnera*; car le Père, Dieu^ Fa marqué de son sceau, i» — Jésus décrit ici la vraie recherche de sa personne. Il ressort en effet du contraste entre èpyaÇedOc, travaillez, et ÇtireiTe (A€, vous me cherchez (v. 96), que le travail auquel Jésus exhorte ses auditeurs n'est autre que la recherche spirituelle de sa personne. Le repas de la veille les avait soutenus pour le jour même. Mais, le matin venu, n'avaienl-ils pas dû manger de nouveau? Ce pain, tout miraculeux qu'il fût, n'avait donc étéqu'an aliment passager. A quoi leur eût -il servi qu'ui> pareil don se renouvelât aujourd'hui? A un aliment de cette nature Jésus oppose celui qui demeure attaché k l'homme comme principe permanent de vie et d'activité. — Le terme ipYa?Ie<r6ai, travailler^ signifie ici : acquérir par son travail (exemples tirés du grec classique chez. Meyer). — Les mots : en vie éternelle, désignent, non le terme temporel (jusqu'à), mais, comme le dit M. Reuss,. € l'effet immédiat. » Voir à IV, 14. — Le fut. donnera, qui est certainement la vraie leçon, est destiné à élever l'esprit des auditeurs vers cet aliment d'une nature supérieure dont les pains multipliés n'ont été que le type et la promesse. Mais cette notion de domxer n'est-elle pas ei^
* H place jiij après le premier ppwaiv et avec quelques Mjj. retranche, le second ^«u^v.
* M D lt«>*<i lisent dcScoaiv ufiiv (vous donne) au lieu de ufiiv Scuoei.-
^onlradiclion avec Tordre de travailler (ipyo^eo^)? Non; car le travail chez l'homme, à Tégard de cet alimçDt vraiineol vivifiant, consiste uniquement à s'approprier ce don que lui apporte l'envoyé divin. Le travail resterait vain sans •ce don , comme aussi le don serait inefficace sans l'as- ^similation de la foi. Le nom de Fils de l' homme est employé ici en rapport avec la pensée exprimée plus tard, •que Jésus est lui-même cet aliment divin mis à la portée ile la foi par l'incarnation (v. 33. 38. 50. 58). — Si Too attachait ici au mot car (comme je l'ai fait dans la 1^ éd.) la notion de eausaliié, il faudrait appliquer le terme scdler ii la consécration que Dieu a faite de la pei*sonne de Jésus, «n l'envoyant sur la terre [comp. X, 36). Mais le terme ^cf//er se rapporte plutôt à la manifestation qu'à la production d'une qualité, d'un état. Il faut donc prendre le car •dans le sens logique. Jésus a été scellé y spécialement :8ignalé par ses miracles en général, mais plus particulièrement par celui de la veille, comme celui qui donnera au monde le pain vivifiant. C'est ici l'explication authentique, ilonnée par Jésus lui-même, du terme de signes appliqué ^ux miracles. — *0 Oed;, Dieu^ est placé à la (in pour faire ressortir en lui le possesseur de l'autorité suprême qui a le droit de délivrer de pareils certificats.
Ce premier dialogue vient d'opposer et de caractériser en général les deux modes, charnel et spirituel, de la recherche de Jésus. Le petit dialogue suivant, v. 28. 39, poile sur le second mode uniquement, la recherche normale, et en précise la nature, en opposant r œuvre et la foi. C'est le côté humain, dans le fait du salut, le vrai mode <lu epYateaôai, travailler^ que Jésus venait de recommander.
2» V. 28 et 29.