V. 28 et 29. c Ils lui dirent doncK' Que devons -nous
* A S\T. omettent owv.
CHAP. Vî, 27-29. i^lT
faire S pour faire les œuvres de Dieu f 29 Jésus répondit et leur dit : L'œuvre de Dieu, eesi que vous croyiez* en celui qu'il a envoyé. i> — Jésus avait dit : t Travaillez (littéralement : opérez). > Les auditeurs entrent dans sa pensée et lui demandent : Comment donc opérer? En quoi consistent ces œuvres à accomplir? Ils les appellent de& œuvres de Dieu y en tant que réclamées de Dieu comme condition du don que Jésus leur promet. Ils partent tout naturellement du point de vue légal et distinguent, conformément à celte manière de voir, les œuvres à faire de^ Faliment miraculeux qui en doit être le salaire. Il m'est impossible d'entrevoir ce qu*il peut y avoir de c grotesque > ou d'invraisemblable dans cette réponse des Juifs (Reuss). Elle est conforme à plusieurs questions semblables dans les synoptiques. — Jésus entre dans cette idée d'œuvre à faire^ seulement il réduit toutes ces opérations humaines à une seule : Vœuvre, en opposition aux œuvres (v. 28). Le don de Dieu ne demande pas à être mérité, mais simplement accepté. La foi à celui que Dieu envoie pour le communiquer, voilà donc l'œuvre unique exigée pour en jouir. — Il est évident que, dans ce contexte, le gén. toO Oeou, de Dieu, désigne^ non l'auteur de l'œuvre (Augustin), mais celui en vue de qui elle est faite : l'œuvre que Dieu demande. — Tout ce qu'on appelle le paulinisme est en germe dans ce verset, qui forme en même temps le trait d'union entre Paul et Jacques. La foi est C œuvre suprême^ car par elle l'homme se donne, et l'être libre ne peut riea faire de plus grand que de se donner. C'est dans ce sensque Jacques oppose l'œuvre à une foi qui ne serait que la croyance intellectuelle ; et c'est dans un sens tout à fait
* ç (non T. R.) lisait koioujxev avec quelques Mnn. seulement.
• H A B L T : i:tTC6-jr,T£ au lieu de jnTctuOTjTt.
analogue que saint Paul oppose la foî, la foi active, aux iBuvres de pure observance. La foi de Paul est réetlemenl Tœuvre de Jacques; selon cette formule souveraine de Jésus : c L'œuvre de Dieu^ c'est que vous croyiez. > — A la discussion sur la manière de s'approprier le don céleste Xle vrai mode du travail humain), en succède une nouvelle sur la nature du don lui-même : qu'est-ce que ce pain céleste à recevoir?
V. 30 et 31. c Alors ils lui dirent : Quel signe fais-lv donc, toi^ afin que nous le voyions et que nous croyions en toi? Quelle œuvre faisrtuf 31 Nos pères ont mangé la manne dans le désert^ selon qu'il est écrit : Il leur a donné à manger un pain ' venu du ciel. > — On a peine à se représenter cette parole dans la bouche de gens qui avaient assisté la veille h une multiplication des pains. B. Bauer et Weisse ont vu là une preuve d'inauthenticité. Schv^eiier en a conclu que le morceau précédent était interpolé. Grotius et d'autres pensent que ces interlocuteuc&tci n'avaient pas assisté à la scène de la veille. Lia plupart des commentateurs admettent que les auditeurs de Jésus comparent le pain tout ordinaire qui leur avait été donné avec celte manne tombant du ciel que Moïse donnait à leurs pères, el qu'ils trouvent le premier de ces miracles de tous points inférieur au second. L'exégèse doit chercher une explication plus satisfaisante encore. Autant il est arbitraire de fonder sur une pareille difficulté des suppositions .aussi graves que celles de l'inaulhenticité du livre entier •ou même d'un morceau particulier, autant il est inadmis- :sible, d'après le récit, que les interlocuteurs ne soient plus Jes mêmes personnes. Le contraste entre la nature de la
* N omet «pTov.
manne et- celle des pains multipliés ne suffît pas non plus pour expliquer ces questions : < Quel signe fais-tu? Qu'opéres-tu?» de la part de gens qui, la veille, voulaient le proclaraer roi. Mais Jésus lui-même, en disant aux Juifs : •c L'aliment permanent que le Fils de l'homme vous don-- •herûyi^ ne venait-il pas précisément de traiter comme quelque chose de tout à fait secondaire et insuffisant le don qu'il leur avait fait la veille, de surexciter les espérances de ses auditeurs, de provoquer de leur part la demande d'un nouveau miracle, de nature supérieure à tous les précé- <)ents? Le supranaturalisme magique était le caractère dominant de la piété juive, comme Tintellectualisme rationaliste est celui de la nôtre (1 Cor. I, 22], de sorte que les auditeurs de Jésus n'ont aucun eflbrt à faire pour se livrer à cette impulsion qui correspond si bien à leurs secrètes aspirations. Ils élèvent à l'instant leurs prétentions au niveau des nouvelles promesses qui leur sont faites, seulement en en matérialisant le sens. Que le pain de la veille soit remplacé par un aliment supérieur, ils ne demandent pas mieux. C'était bien au fond ce qu'ils voulaient lorsqu'ils essayaient de le faire roi : que les prodiges grandioses destinés à inaugurer le règne messianique éclatent «nfin ! Leur question : a Quelle œuvre fais-tu? > ne signifie pas : Quelle œuvre as-tu faite? EWe porte sur l'avenir. Les présents ttowîç, epyo^ri, fais-tu? opères- tuf ne parlent plus du passé. Ils fonl allusion à ce don nouveau que Jésus promet lui-même et qu'ils attendent pour proclamer l'avènement du règne messianique. Cette mise en demeure est adressée à Jésus comme au prétendu Messie et motivée par la parole de Jésus lui-même, v. 37 : c Tu réclames de nous la foi messianique ; nous sommes prêts ! Accomplis seulement de ton côté ces vraies œuvres messianiques dont lu ne nous as encore fait voir jusqu'ici que le prélude.
Cette parole . des troupes correspond exactement à la demande d'un signe céleste, si souvent adressée à Jésus dans les synoptiques, comme pour mettre le sceau à ses miracles ordinaires. Dans ce sens, ce n*est pas sans raison qu'ils font ressortir le contraste entre le miracle de la veille et le déploiement de puissance plus magnifique dont Moïse avait été l'instrument auprès de tout le peuple pendant quarante ans. Leur erreur est uniquement de se représenter le bien supérieur que leur a promis Jésus comme un don matériel^ une reproduction de la manne, une sorte d'ambroisie. Redemplor prior deseendere ftcii pro lis manna; sic el Bedemptor paslen'or deseendere faeiet manna, disent les rabbins (voy. Lightfoot, Wetstein). La parole citée par les Juifs se trouve Ps. LXXVill, 25. Comp. Ex. XVI, 4. L'expression c du ciel » désigne dans leur bouche f origine miraculeuse de ce don, tandis que c'est à son essence réelle que pense Jésus dans sa réponse: V. 32 et 33. c Jésus leur dit donc : En vérité, en vérité^ je vous le dis : ce nest pas Moïse qui vous a doîiné^ le pain qui vient du ciel; mais c'est mon ,Père qui vous donne le pain qui vient du ciel^ le véritable ; S3 carie pain de DieUy c'est celui qui descend du del et qui donne la vie au monde. » — Jusqu*ici, la pensée des auditeurs semblait marcher d'accord avec celle de Jésus, mais c'était grâce à une équivoque : Jésus annnonçait un pain d'une nature supérieure, et les Juifs agréaient volontiers cette offre, à la condition que cet aliment, miraculeux d'origine^ fût en même temps de nature matérielle comme la manne. Jésus donne maintenant une explication qui révèle l'opposition complète entre sa pensée et la leur. La formule
' Au lieu de ficScoxcv que lisent 45 M]j. (parmi lesquels H) presque tous les Mnn. Or., on lit dans B D L tSwxcv.
CHAP. VI, 31-33. ASi
amen amen fait pressentir ce contraste de points de vue. Il faut préférer sans hésiter le parf. $É$&>xev à Taoriste. Par le premier, Jésus reconnaît que le pain du ciel est réellement déjà donné atix Juifs; mais il déclare seulement que ce n'est pas par l'intermédiaire de Moïse. L'aor. e^wxcv nierait le fait même du don fait actuellement aux Juifs, idée qui ne s'accorde point avec la construction générale de la phrase. Car dans ce cas ce serait le verbe, et non le sujet, qui devrait être mis en rapport direct avec la négation; il faudrait: où ^éWxev Mco., au lieu de où Mco. ^é^coxev. Et de plus^ ce sens exigerait que le régime de a donné fut : à vos pèreSy non : à vous. L'aoriste a évidemment été tiré du V. 31. Le sens est donc : t Si vous vous trouvez réellement aujourd'hui en possession du pain du ciel, ce n'est pas par Moïse ; un homme n'aurait pas un pareil pouvoir ; c'est mon Père qui vous donne ce pain céleste véritable. » Le prés. èiStxji fait déjà entendre ce que Jésus expliquera tout à l'heure : que c'est en sa personne que Dieu leur fait ce don. — Tov a^Yiôivov, le véritable^ est ajouté à la fin de la phrase pour opposer énergiquemeut fessence spirituelle, semblable à la nature de Dieu même, de ce pain céleste à celle d'un don quelconque qui, tout en étant miraculeux d'origine, serait matériel de nature. — Le rég. du ciel appartient ici et dans le v. suivant (contre Meyer), tout comme Ps. LXXVIII, 24, non au verbe a donné, mais au substantif pam: c'est sur la notion de pain du ciel que roule la discussion.
Le V. 33 applique à mots couverts cette idée de vrai pain du ciel à Jésus. On sous-entend ordinairement àpToç devant xaraêaivcDv : c Car le [vrai] pain de Dieu est le [pain] descendant du ciel et donnant...,» et l'on admet que Jésus défmit ici par deux caractères le pain céleste : des^ cendant et donnant. Mais s'il en était ainsi, les mots des- «• Vol. 31
cendant du ciel devraient logiquement appartenir au sujet (défini), et non à l'attribut (qui renferme la définition). Si Jésus voulait faire ici de la logique abstraite, ii la ferait du moins correctement. Puis le terme xaTaêaiveiv, descendre , s'applique plus naturellement à un être vivant qu'à une chose, telle que le pain ; et le mot ^i^o'jç, qui donne la vie, parait désigner ici un acte personnel. Enfin dans les versets suivants, Jésus rappelle expressément ce terme xaTaêaîvwv, en se l'appliquant à lui-même : nuarz^^jArcM.^ je suis descendu^ v. 38. C'est donc sa propre personne que Jésus désigne en disant : celui qui descend et qui dViwwe, et il n'est point nécessaire de suppléer dans l'attribut le mot pain. Jésus emploie à dessein une expression amphibologique. S'il eût voulu parler déjà tout à fait clairement, il eut dit : cLe pain qui vient de Dieu, c'est cet homme qui est là devant vous, descendant du ciel et donnant... 9 Le rapport du v. 33 au v. 32 devient ainsi parfaitement clair. Biiumlein dit très-bien : «Jésus passe graduellement (v. Si, 33, 35, 38) de l'image à la réalité, et en particulier le ô xaTa^aivwv sert à préparer le xaTaÊeêr.xa, v. 38. Ce prédicat est choisi, d'une part, de manière à convenir au mot pain, et de l'autre, de manière à introduire un nouveau sujet. » Meyer objecte que le part. prés. xaraSaivcov ne peut s'appliquer à Jésus personnellement , qu'il faudrait ô xaTaêa;, qui est descendu. Mais il oublie le v. 50. Ce part, est un présent de qualité, non de temps : qui possède la qualité de descendre ; non : qui descend en ce moment. — L'expression tw }co<;[;xo, au monde^ est opposée au particularisme théocratique qui se glorifiait tout spécialement du grand miracle national, celui de la manne. A mesure que Jésus voit le peuple charnel refuser de le suivre dans la sphère où il veut l'élever, il tourne ses regards vers l'humanité tout entière à laquelle il est donné. — La qua-
CHAP. VI, 3a«. 483
Irième partie du dialogue (v. 34-40) révèle complètement la rupture qui vient de se produire entre la pensée du peuple et celle de Jésus.
V. 34 et 35. a. Ils lui dirent donc: Seigneur, donnenous toujours ce pain-là, 35 Mais^ Jésus leur dit : C'est moi qui suis le pain de vie : celui qui vient à moi, naura jamais faim^, et celui qui croit en moi, n'aura jamais soif*.if — Dans cette dernière partie du dialogue sont réunis les deux côtés objectif et subjectif du salut : Jésus et la foi. Les Juifs^ comprenant toujours cette idée du pain céleste dans un sens matériel, se déclarent prèis à suivre toujours Jéisus, s'il veut leur procurer cet aliment: «Avec un pareil don tu peux compter sur nous; nourris-nous-en tous les jours, et nous te suivons jusqu'au bout du monde. » Le toujours fait allusion au don de la manne qui se renouvelait chaque matin; et le terme ce pain-là, à cette qualité d'un pain céleste, bien supérieur à la manne, que Jésus vient de promettre. C'est ici le faite de leur exaltation charnelle. C'est aussi le moment où Jésus rompt décidément avec eux. Jusqu'ici, les questions et les réponses s'étaient rattachées directement les unes aux autres, et la particule ouv, donc, avait indiqué ce progrès continu. La particule èi du v. 35 marque un brusque changement dans la marche de l'entretien; le a>.>.a, mais, du V. 36 signalera la consommation de la rupture.
Les mots: € C'est moi qui suis.,,, i> sont la réponse catégorique au : « Donne-nous, » des Juifs : < Vous ne m'avez donc pas compris? Ce pain, il n'y a pas h le demander, à le donner ; il est là : c'est moi-même. 11 ne
* Au lieu de 8e, n D F quelques Mnn. Sah. lisent ojv; B L T It*»'i Svr. omettent 8e et ouv.
* Variantes entre -stvaar, ou — asi, SuJ/tjot) ou — asi.
VOUS reste plus qu'à le savourer; et le moyen, c'est simplement de venir à moi, mais avec les vrais besoins intérieurs et une vraie foi. i Jésus explique maintenant ce qui élait dans sa pensée quand il parlait, v. 27, de l'alimenl demeurant en vie éternelle qu'il comptait donner, et du travail à faire pour l'obtenir. L'aliment, c'est lui-même; le travail, c'est la foi (v. 29). — L'expression pain de m signifie : le pain qui communique la vie. En employant l'image du pain, Jésus fait certainement allusion à l'incarnation, par laquelle c la vie éternelle qui était au commencement avec le Père » (1 Jean 1, 2) est devenue pour nous saisissable, tangible, savourable. Mais pour que cet aliment nous vivifie, il faut une activité de notre part: vetiir et croire. Ces deux termes désignent, Tun avec, l'autre sans figure, le joyeux et confiant empressement avec lequel le cœur aflamé et pressé de besoins spirituels s'empare de l'aliment céleste qui lui est présenté en Jésus- Christ. — La force de la négation où [xr^ ne pourrait se rendre en français que par la tournure un peu emphatique : Oh! il n'est pas à craindre qu'il ait encore faim, soif! Le TTwroTe, jamaiSy est la réponse au icstyroTc , toujours, des Juifs. — Dans le parallélisme des deux propositions se trahit une certaine exaltation du sentiment. L'image de boire est ajoutée à celle de manger^ sans doute parce que Jésus a devant les yeux le repas de la Pàque. On verra que, dans la suite du discours, ces deux expressions figurées prennent un sens toujours plus distinct (v. 53-57). Pour le moment, il ne s'agit encore, quanta Jésus, que de son apparition ; quant à l'homme, que de la foi en général. Seulement la soif exprime peut-être plus spécialement le côlé de la souffrance du cœur, et la faim, celui de la faiblesse de la volonté, de rimpuissance morale, dans le malaise profond qui pousse le pécheur i
Jésus-Christ. S'il en est ainsi, Tapaisemenl de la soif se rapporte plutôt à la paix, celui de la faim, à la force que reçoit le croyant.
La foi : voilà donc la condition. Mais, ajoute Jésus, sans doute en poussant un soupir, c'est précisément cette condition qui vous manque :
V. 36. « Mais je vous tai dit : Vous m'avez vu*, et pourtant vous ne croyez pas. » — Ils avaient demandé de voir pour croire (v. 30). Mais cette condition est dès longtemps remplie : < Vous m'avez vu dans toute ma grandeur. En ce moment même, vous êtes là comme les témoins de ma puissance (parf, éwpaxaTe). Le signe par excellence est sous vos yeux : c'est moi-même. Et pourtant l'eflet ne se produit pas: (Vous ne croyez point. i Jésus tire cette conclusion de leur prière même. Sans doute ils croient assez pour espérer d'obtenir par son moyen un pain miraculeux, mais ils ne vont pas jusqu'à le reatnnaitre lui-même comme le pain céleste, le salut. Cela seul prouve qu'ils ne ressentent point les besoins spirituels qui pourraient les conduire à lui, et combien ils sont par conséquent étrangers à toute l'œuvre qu'il vient accomplir. Voilà ce que signifie, pour une oreille aussi délicate que celle de Jésus, cette prière : t Donne -nous, » par laquelle ils réclament de lui autre chose que lui-même. Par cette lourde bévue, qui montre que tous les signes précédents n'ont point été compris dans leur vrai sens, ils ont achevé de révéler leur stupidité morale. Comp. deux appréciations tout aussi rapides et décisives de Jésus, l'une à Jérusalem (11, 19), l'autre à Nazareth (Luc IV, 23).
Il est assez difficile de savoir à quelle parole antérieure Jésus fait allusion par cette expression : Je vous ai dit.
* N A It«"q Syr"' omettent [xt .
La parole IV, 48 a un sens tout différent de celle-ci. La déclaration V, 37, à laquelle pensent de Wette et Lûcke« avait été prononcée en Judée. Quelques interprètes supposent que Jésus cite une parole que Jean n'a point mentionnée; mais, dans ce cas, à quoi bon la rappeler expressément par cette formule de citation : Je vous ai dilf Meyer propose de traduire elirov Opv, par : dictum velim, c tenez-vous-le.pour dit. > Ce sens est sans exemple dans le N". T. Brûckner pense que Jésus rappelle tout son enseignement en général. Mais celte expression indique une citation positive. Jésus se cite ici lui-même, comme il cite souvent TA. T., selon Tesprit plutôt que d*après la lettre. A l'arrivée des troupes, il leur avait dit : t Vous arez ru des signes, et pourtant vous ne me cherchez pas pour moimême , mais uniquement pour le rassasiement matériel que vous attendez de moi. » C'est ce reproche du v. % qu'il répète ici sous une forme un peu différente, e Vous ni avez vu » répond à : < Vous avez vu des signes ; i> et : « Vous ne croyez pas, » à : < Vous me cherchez en vue du rassasiement matériel. » Lui dire en face : « Donne-nous, > n'est-ce pas en effet refuser de reconnaître en lui le vrai don, par conséquent ne pas croire (v. 36)? — Les deux xat, intraduisibles pour nous, font ressortir le contraste choquant entre les deux faits qu'ils rapprochent.
Il y a, entre cette parole de condamnation et la déclaration calme et solennelle des v. suivants (37-40) un asipideton significatif. Celte omission de toute liaison représente un moment de silence et de recueillement profond. Jésus avait reçu un signal de son Père; dans la joie de son cœur, il avait donné une fête à tout ce peuple ; il lui avait fait une Paque miraculeuse. Et ces cœurs grossiers n'y uni rien compris. Ils demandent de nouveau du pain, la terre encore et rien que la terre, tandis qu'il a voulu, par ce
CHAP. VI, 3t>-38. 487
repas figuratif, leur offrir la vie, leur ouvrir le ciel! En face de cet insuccès, qui est pour lui le prélude de la grande catastrophe nationale, du rejet du Messie, Jésus se recueille; il se demande ce que deviendra ici -bas son œuvre. Et voici la réponse qui retentit dans son cœur : « Mon œuvre est celle du Père ; elle s'accomplira, mais sans vous; et dans ce fait de votre exclusion, il n'y aura rien qui soit à ma charge; car je me suis borné à remplir docilement en chaque moment les instructions de mon Père. i> Jésus s'élève ainsi à la contemplation du succès assuré de son œuvre, garanti par sa soumission absolue à la sagesse du Père, et, en face de l'échec douloureux qu'il vient de constater, il raffermit à l'instant sa propre foi ; il donne un fondement inébranlable à celle des siens pour tous les temps, particulièrement pour les époques de générale défection ; et, en protestant de sa parfaite docilité au plan du Père, il fait retomber sur les incrédules eux-mêmes la faute de leur réjection et adresse ainsi à leur conscience le suprême appel :
V. 37 et 38. « Tout ce que le Père me donne, arrivera (i moi: et celui qui viendra à moi, je ne le mettrai point dehors * ; 38 car je suùi descendu du ciel* pour faire ', non ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé^, t^ — Par ces mots : Tout ce que le Père me donne, Jésus oppose énergiquement les croyants de tous les temps à ces hommes auxquels il vient de dire : Vous ne croyez pas! « Israël m'échappe ; le don de Dieu, ceux que me donne le Père, me reste. » Le neutre iràv o, (oui ce que, indique une totalité déterminée à laquelle l'incrédulité humaine ne
* N D It'^'u Svr"*" omettent sîw.
* A B L T quelques Mnn. lisent a;:o t. oup., au lieu de £x t. oup. '** X D L : -otr,aoj, au lieu de -oto.
* N C omettent depuis toj ruw^. [xs v. 38 à lou tcsji^. jxs v. 39.
saurait faire brèche, une totalité qui apparaîtra complète au terme de l'œuvre. L'étendue de ce irôcv, tout, dépend d'une action du Père désignée ici par le terme donner, plus tard par ceux d'enseigticr, d'attirer (v. 44, 45). Le premier, pas plus que les deux autres, ne se rapporte au décret éternel d'élection ; il faudrait le parfait a donné; il s'agit d'un acte que Dieu opère dans l'intérieur du croyant, au moment où se décide sa foi. Ce don est un fait spirituel opposé ici à l'attrait charnel, aux grossières aspirations messianiques qui avaient attiré ce matin même ces foules à Jésus (v. S6). Il désigne les besoins moraux, les aspirations spirituelles, que produit dans les âmes doci)es l'action préparatoire du Père. — Il faut bien se garder, quoi qu'en dise Meyer, de traduire viÇei (arrivera) comme s'il y avait 8>eu(j€Tai (viendra, s'acheminera vers). Jésus veut dire, non que tout ce que le Père lui donne se mettra en chemin, — ce serait une tautologie, car le don consiste dans cette venue elle-même, — mais parviendra réellement. Il ne fera pas, comme ces Juifs, naufrage en route. La raison en est donnée dans la seconde partie du v. qui est parallèle à la première. On trouve ordinairement ici une gradation, comme si les premiers mots : Celui qui vient à moi, étaient la reprise des derniers de la propos, précédente (voir Meyer). Mais c'est à tort. L'expression : Celui qui vient à moi, correspond simplement à celle-ci : Tout ce que le Père me donne. Etre donné, n'est-ce pas venir? L'acte de donner se réalise dans celui de la foi. La seule diflerence entre ces deux propos, parallèles est que le inasc. Tov if/p^L., celui qui vient, individualise, en vue de chaque cas particulier, la notion collective : tout ce que. — D'autre part, les mots : Je ne mettrai pas dehors, sont le parallèle de ceux-ci : arrivera à moi. Le : je ne mettrai pas dehors, dit par la négative ce que le : anivera à moi, disait par l'affirmative.
C'est l'accueil plein d'amour de Jésus, ce sont ses bras ouverts à tout être qui vient donné par le Père, qui garantissent le résultat : il arrivera^ il parviendra. Les dénégations de Meyer ne nous empêchent point de maintenir ce :sens. En parlant ainsi, Jésus parait faire allusion à la manière sévère dont il avait reçu cette foule si empressée à venir à lui. Il l'avait repoussée avec une sorte de dureté ^v. 26 et 36). t Je n'en eusse point agi ainsi avec eux, si j'eusse reconnu en eux les recommandés de mon Père; jamais un cœur travaillé de besoins spirituels et venant à moi sous cette divine impulsion ne sera repoussé par moi. ^ €ette parole rappelle celle des synoptiques : « Venez à moi, votis tous qui êtes travaillés et chargéSy et je vous soulagerai i^ (Matth. XI, 28).
L'attitude purement expectanle que Jésus s'attribue ici à regard des croyants, est expliquée au v. 38 par le rôle <le dépendance complète auquel il s'est assujetti vis-à-vis de Dieu, en venant ici-bas. Comme il a renoncé à accomplir une œuvre propre et qu'il s'est mis tout entier au service de la volonté du Père, tout ce qu'il peut faire, -c'est d'accueillir tous ceux qui s'approchent marqués du sceau du Père, sans en perdre un seul. Il n'a p.is à faire de conquêtes en son propre nom, et s'il a la douleur de repousser les enfants de son peuple, c'est précisément parce qu'ils le cherchent sans être divinement qualifiés et vrais élèves de Moïse (V, 46). — Le terme xarafiepYixa, je suis descenduy reproduit le 6 xaxapaîvwv, celui qui descend^ du V. 33. — Pour l'expression € ma volonté, ^ voir à V, 30. Pour peu que Jésus «ût fait ici-bas une œuvre à lui, distincte de celle de Dieu, son accueil ou ses refus eussent été déterminés , au moins en partie , par des sympathies ou des répugnances personnelles, qui n'auraient point complètement coïncidé avec le travail de Dieu dans les
âmes. Nous retrouvons ici celte idée de la docilité parfaite à l'œuvre divine, qui faisait le fond du discours du ch. V.
V. 39. f Or voici la volonté de celui qui m'a envoyé ^^ c'est que je ne perde rim de tout ce qu'il ma donnée mais que je /e* ressuscite au dernier jour ^. i» — Ce verset complète la démonstration de la vérité proclamée au v. 37 : aucun vrai croyant n'échouera en venant à Jésus (v. 37); car Jésus n'a point de volonté à lui; il n'est là que pour faire celle du Père (v. 38). Or la volonté du Père est que nul croyant ne se perde, et il a revêtu Jésus des pouvoirs nécessaires pour sauver les siens; et voici même jusqu'où cette œuvre s'élèvera : jusqu'à les retirer de la mort (v. 39). Il ne doit arriver à aucun d'enlre eux ce qui arrive aux auditeurs de Jésus en ce moment même, d'être repoussés et de périr. — llav, nomin. absolu; iç, «OtoG : de ce tout donné. Jésus penserait-il h ce pain dont aucun fragment n'avait dû se perdre? A fortiori, quand il s'agit d'un don de Dieu infiniment plus précieux. — Le parf. a donné nous transporte au moment où le don est consommé par l'acte de la foi et où doit se réaliser le but pour lequel Dieu Ta accompli. Ce but est double : d'abord, préserver ces êtres précieux, ces dons du Père, de Ti-coXeia (la perdition), par le pardon et par la communication de la vie spirituelle; puis, les affranchir de la mort au dernier jour et les présenter vivants et glorieux aux regards du Père qui veut les contempler ainsi. C'est précisément la double activité que Jésus s'était attribuée à Tégard de l'humanité croyante V, 21-29. Elle épuise le sens de l'expression pain do vie. M. Reuss prétend appliquer le terme de dernier jour au moment de la mort de chaque fidèle. Il est évident que ce
* A B D L T tO Mnn. It«''a Syr. omettent -aipoç.
* Les Mss sont partagés entre auio n ABC etc.) et «utov ;E G H etc. . ^ M Mjj. (B C etc.) retranchent sv.
terme de dernier jour se rapporte, non à une phase particulière de chaque existence individuelle, mais à cette heure solennelle dont Jésus a parlé V, 29, où tous lesmorts, couchés dans les lombeauXy entendront «a voix et ressusciteront corporelleraent. Il objecte « que la théologie mystique n'a que faire de cette notion. » Cela ne prouve qu'une chose : c'est que la théologie mystique que M. Reuss^ attribue à Jean est fort différente de sa théologie réelle. Si cette notion avait si peu d'importance pour l'auteur, comment reparaitrail-elle jusqu'il quatre fois dans ce morceau et en formerait-elle comme le refrain (v. 39. 40. 44. 54)? Il est incontestable que la résurrection corporelle est pré-^ senlée dans ce passage, aussi bien que dans le discours du ch. V, comme le couronnement magnifique et nécessaire de l'œuvre spirituelle accomplie par Christ dans l'humanilé. Jean est, sur ce point, d'accord avec les synoptiques et avec Paul (1 Cor. XV). Bengel observe : Hic finis est ultra (fuem periculum nullum; nul besoin par conséquent d'être encore gardé. Sur l'inamissibilité de la grâce, voir à X, 28-30.
V. 40. <t Car^ cest ici la volonté de celui qui ma en* voyé*y que quiconque contemple le fVfa et croit en lui, ait la vie éternelle, etje^ le ressusciterai au dernier jour^. > — Ce verset répète, soit en la confirmant (car, chez lesalex. et anc. Vss.), soit en la complétant (or, chez les byzantins), la pensée du v. 39, et cela en substituant à l'acte
* Les Mss. so partagent entre yao (k A B C D K L U n 30 Mnn. It., Syr. Cop.) et Bs (8 Mjj. Mnn.)
«T. R. lit lou ;:£|jL4.avTo; [xe avec AEGHKSVrAn. On lit tou- ::aTpo; |xou dans N B C D L T U It'"a Syr. Cop. 'AD quelques Mnn. omettent eyo).
* 6 Mjj. N A 1) K L S U n 40 Mnn. ItP>e"q'»« lisent ev devant tt, et/.
T,|X£pa.
de donner de la part du Père celui de contempler avec Toi, qui en est l'équivalent subjectif et l'explication. Jésus indique ainsi le signe auquel il reconnaît ceux que lui donne le *Père : c'est la foi. I^es deux partie, prés. Oec^pâv xai riGTrJctyv, qui contemple et quicroUy indiquent la simultanéité des deux faits : c Celui chez qui la contemplation se change immédiatement en foi. i C'est ici l'antithèse intentionnée et réfléchie du v. 36 : c Vous m'avez vuy et vous ne croyez pas. y I^ mandat que m'a donné le Père, veut dii*e Jésus, n'est pas de sauver indistinctement tous les hommes. Ma tâche est de m'offrir à la contemplation de tous, et.... ceux chez qui cette contemplation produit la foi, de les sauver. La conclusion qu'avaient à tirer de là les auditeurs , était celle-ci : Nous ne sommes donc pas dans les conditions de salut fixées par le décret divin. — La leçon alex. : de mon Père, est mieux en rapport avec le terme de Fils. D'autre part, la leçon reçue : de celui qut m'a envoyé, s'accorde mieux avec ces mots : Celui qui contemple : c II m'a envoyé du ciel pour que je m'offre à la contemplation. » — Le terme OccopÉîv, contempler, indique un acte plus réfléchi que le simple opov, voir, v. 36 : celuilà seul contemple qui a été assez frappé par la vue pour s'arrêter devant l'objet. — Jésus substitue ici le masc. ràç ati neutre tov (v. 39), parce que la foi est un acte individuel. L'histoire du ministère de Jésus dans les synoptiques est le commentaire de ce verset. N'est-ce pas à ce fait de la foi que Jésus reconnaît ceux qu'il peut accueillir et sauver? Luc V, 20 : « Voyant leur foi, il dit : 0 homme, tes péchés te sont pardonnes. » 11 ne connaît lui-même ni les individus ni le nombre des personnes dont se composera le don total (to ràv) que lui fait le Père; Dieu, en l'envoyant, ne lui a dit que ce seul mot : Quiconque croit. — Nous avons fait du flcvacrrldio, au v. 39, un aoriste con-
jonctif dépendant de ïva: a que je ne perde... et que je ressuscite,.. » Celui du V. 40, au contraire^ nous parait être un fut. indicatif. cEtje ressusciterai.-» La relation entre ces deux verbes est celle-ci : La résurrection des fidèles^ sera opérée par Jésus (v. 40) et elle le sera conformément au mandat du Père (v. 39). — Le pron. ey^, moi, ajoutéà ovaGTTÎGû) , je ressusciterai i dans ce verset, sert à faire mieux ressortir Tintervention personnelle de Jésus dans la résurrection des siens : « Et je me charge, moi, à la condition indiquée (la possession de la vie spirituelle), de le ressusciter au dernier jour. »
En face de Tincrédulité juive, Jésus s'est d'abord retrempé dans l'assurance du succès de son œuvre. Puis il a rappelé la condition à laquelle ce succès est lié dans chaque cas particulier : la foi. La sévérité de sa conduite cnver$< les Juifs est ainsi justifiée : c Dieu a dit : Celui qui voit et qui croit; et eux ils ont vu, et ils n'ont pas cru. »
Un sourd murmure dans l'assemblée (v. 41 et 42) force- Jésus à déclarer nettement aux Juifs leur incompétence en celte matière (v. 43-46) ; après quoi il s'affirme de nouveau lui-même, avec une solennité croissante, comme le pain de vie (v. 47-51); enfin, par les derniers mots du v. 51, il introduit dans l'expression de cette idée une détermination nouvelle qui devient le sujet du développement suivant.
V. 44 et 42. a: Les Juifs donc murmuraient à son sujets parce qu'il avait dit : Je suis le pain qui est descendu du ciel. 42. Et ils disaient: Celui-^in' est-il pas Jésus, le filsde Joseph, celui dont nous connaissons nous-mêmes le pèreet la mère ' ? Comment donc * dit-il ' : Je suis descendu du:
* N ajoute x«i devant tov «««pa et avec b Syr**»** omet xat ir,v |x7]Ttp«»
* B C T Cop. lisent vuv au lieu de ouv. ' B G D L T a Cop. omettent outo;.
ciel? » — Par le terme : murmuraient, il faut entendre un -chuchotement défavorable qui se faisait entendre dans l'as- ■semblée; le régime irepl a'iroG, à son sujet, est expliqué pr les paroles suivantes. — Le terme 'lou^aîoi, les Juifs, pourrait se rapporter aux émissaires du Sanhédrin qui, d*après les synoptiques, étaient venus de Judée pour épier les paroles ot les adcs de Jésus en Galilée. Mais les mots suivants: nous commissons, s'expliquent mieux dans la bouche des <jaliléens eux-mêmes. Jean leur applique ici cette dénomination, reçue dans son évangile (Introd, 1, p. 209), en raison de la communauté d'incrédulité qui dés ce moment scelle le lien de la nationalité, qui les unissait aux Juifs proprement dits. — Le pron. rt^LiXç, nous, semble indiquer une connaissance personnelle, et l'on pourrait inférer de là que Joseph vivait enoore. Mais cette expression peut signifier simplement : « Nous connaissons te nom de... i — I^ critique a demandé comment le peuple pouvait ignorer la naissance miraculeuse de Jésus, si ce fait était réel, et pourquoi Jésus ne relèverait pas ce point dans sa réponse? Mais la naissance de Jésus avait eu lieu en Judée; trente années séparaient ce fait de l'époque où nous nous trouvons. Pendant la longue obscurité qui avait enveloppé l'enfance et la jeunesse de Jésus, tout était rentré dans le silence, et cela probablement dans les lieux mêmes où s'étaient passés les faits; combien plus en Galilée, où la masse du peuple les avait toujours ignorés. Ge n'étaient assurément ni les parents de Jésus, ni Jésus lui-même qui pouvaient y faire allusion en public; c'eût été exposer le plus saint mystère de famille à une discussion profane et inutile. Car l'origine miraculeuse de Jésus ne saurait être un moyen de produire la foi; elle ne peut être acceptée que par le cœur déjà croyant. — Au lieu donc de descendre sur ce terrain, Jésus demeure dans la sphère morale et
découvre aux Galiléens, comme il Tavait fait aux habitants <le Jérusalem, eh. V, la véritable cause de leur incrédulité. V. 43 et 44. a Jésus répondit donc * et leur dit : Ne murmurez point entre vous; 44 personne ne peut venir à înoij à moins que le Père qui m'a envoyé ne l* attire; et moij je le ressusciterai au dernier jour *. » — En d*autres termes : « Trêve ^ ces murmures; ce n'est pas ma parole qui est absurde; c'est vous qui êtes incapables de la comprendre, et tous vos comment ne serviront à rien, tant que vous resterez dans cet état moral. > Jésus remonte à la source de leur mécontentement; il leur manque un enseignement préliminaire, celui de Dieu. C'est ce que faisaient <léjà entendre les v. 37-40. Le mot où^ci;, personne, est l'antithèse de iràv, tout, v. 37. Là, Jésus disait : Tout ce qui est donné, parviendra certainement. Ici : Rien de ce qui n'est pas attiré, ne réussira à comprendre et n'arrivera au but. Cette seconde déclaration est d'une application directe aux auditeurs. L'attrait du Père désigne le même fait que le don (v. 37), mais sert à en expliquer le mode ; le don s'opère par le moyen d'un attrait intime qui se produit dans l'àme. Nous verrons au v. 45 que cet attrait n'est pas un instinct aveugle, comme les penchants naturels, mais qu'il est lumineux de nature^ comme Dieu même de qui il procède; c'est un enseignement. Cette action intérieure de Dieu s'opère par le moyen des écrits de Mo'ise (V, 46. 47) et en général de la Parole de Dieu (V, 38). La loi fait sentir à l'âme l'insuffisance de sa justice et son impuissance à réaliser l'idéal moral (Rom. VII); la prophétie décrit la personne de celui qui doit répondre à ces besoins moraux, -et, en conséquence, au moment où Jésus se présente, sa
« Ouv est omis dans B C K L T Fï 10 Mnn. It«"q Syr. Cop. ' T. R. omet £v avec N A plusieurs Mnn.
personne produit sur le cœur qui s*est approprié ûdèlement cet enseignement préalable, Teffet d'un être connu, désiré, aimé d'avance; l'attrait s'exerce^ et le don, l'adhésion libre de la foi, se produit. Il faut remarquer la corrélation entre le sujet celui qui m'a envoyé et le verbe attire: le même Dieu qui envoie Jésus pour les âmes, attire aussi chaque âme à Jésus. Ces deux œuvres divines se répondent et se complètent. Le moment bienheureux où elles coïncident dans le cœur et où la volonté se donne, est celui da don de la part de Dieu, de la fui de la part de l'homme. — Jésus ajoute que, comme l'initiative du salut appartient au Père, Tachèvement est la tdche du Fils. Le Père attire et confie; le Fils reçoit, garde et vivifie, jusqu'au couronnement glorieux, la résurrection finale. Entre ces deux termes extrêmes : attirer et ressusciter^ est renfermé tout le développement de la vie spirituelle.
V. 45 et 46. c // est écrit dans les prophètes : € Et ils i> seront tous enseignés de Dieu. 3 Aifisi^ quiconque entend* le Père et l'a compris, vient à moi; Ab non que quelqu'un ait vu le PèrCy si ce nest celui qui vient de Dieu^; celui-là a vu le Père^,^ — Le passage suivant offre un exemple remarquable de la manière dont Jésus cile l'A. T. Ce n'est pas de ce livre qu'il a tiré la pensée qu'il développe ici ; elle s'est formée en lui spontanément, comme le montre la forme parfaitement originale sous laquelle elle est exprimée : le do/i, [attrait du Père. Mais, après coup, il trouve bon de citer l'A. T., comme l'autorité
* Ouv est omis par M B C D L S T quelques Mnn. Itp»«ri«i«« Vg. Cop. Il est appuyé par 11 Mjj. presque tous les Mnn. Syr. etc.
* T. R. lit axouva; avec NABCKLTHla plupart des Mnn. U*^'^ Vg. Syr. Or. On lit aaoucuv dans M Mjj. 90 Mnn. III»»»"*!»*.
* N: Tou rratpoç (du Père), au lieu de tow Ocoy.
* M D It-'''i : Tov Oêov (Dieu), au lieu de xov TZAxipat.
CIIAP. VI, 4WiG. 497
reconnue du peuple. Peut-être, comme il parlait dans la . synagogue (v. 59), avait-il en mains le rouleau qui contenait les prophéties d'Esaïe et, en disant ces mots : € Il est éevity » lisait-il ce passage. Comp. le fait analogue Luc IV, 17 et suiv. Ainsi s'expliquerait bien la conservation de la copule «/, au commencement de la citation. Ces mots se trouvent Es. LIV, 13. Esaïe y déclare que la communauté messianique tout entière sera composée d'êtres enseignés de Dieu, Selon Meyer, l'expression générale dans les prophètes signifierait : dans le volume sacré renfermant les prophètes. Mais il est plus naturel d'admettre que Jésus voit tous les prophètes eux-mêmes se lever en chœur pour attester la vérité qu'un seul d*enlr'eux a proclamée au nom de lous. Du reste, comp. Jér. XXXI, 33. 34. On comprend ordinairement la seconde partie du v. 45 dans ce sens : € Quiconque, après avoir entendu l'enseignement (obcoucaç), consent à l'accueillir intérieurement (xal piaôtov), vient à moi. 1^ Dans ce sens il faudrait distinguer le fait de l'enseignement, qui serait pour lous (tous les hommes, en tant qu'objets de la grdce prévenante de Dieu), et celui de l'acceptation libre de cet enseignement {quiconque, izàç), mot qui ne s'appliquerait qu'au cercle restreint de ceux qui consentent à profiter de cette grâce nniverselle. Mais, si commode que fût cette explication pour écarter la doctrine de la prédestination, nous croyons qu'elle est contraire au vrai sens du mot tous dans le passage d'Esaïe. Chez Jean, comme chez le prophète, le tous ne désigne absolument qiie les membres de la communauté messianique^ ainsi le même cercle de personnes que le quiconque suivant. Le sens est celui-ci : « Comme Esaïe l'a déclaré, je ne puis avoir et recevoir que les enseignés du Père; mais de ceux-là, il ne m'en manquera pas un seul. » Le quicon-que ne fait qu'individualiser la notion du tous. Comp. le se Vol. 32
rapport du izîç v. 40 au irav v. 37 et 39. — Il est assez indifférent de maintenir ou de retrancher le ovv, donc. S'il n'est pas eiprimé, on doit le sous-entendre. — Entre les leçons âxoiiaoç xol [loftc^, qui a entendu et appris^ et oxf/jw xat [iaOc&v^ qui entend et a appris, le cboii me semble facile. On a substitué Taor. au présent, parce qu'on a cru devoir accommoder Te premier partie, au second. Le présent, quientendy exprime la continuité de la relation du Juif fidèle avec son Dieu qui l'enseigne, et le passé, et qui a appris, le résultat produit en chaque moment et qui est la préparation de Tacte de la foi. Baumiein rapproche de cette locution la forme analogue : 6 tov ^.oyov âbco*x>iv xzi <nvi8i;, Matth. XIII, !23. — La condamnation qui frapi)era les auditeurs actuels de Jésus portera donc sur une faute antérieure à leur incrédulité d'aujourd'hui; comp. le reproche V, 38 et la menace V, 45. Us se sont mis, par leur indocilité précédente à l'enseignement divin, dans l'incapacité de croire. Quel sentiment infiniment élevé de sa personne et de son œuvre ne suppose pas une pareille parole ! Comme robserve M. Gess : c Si pour venir h Jésus, il faut nécessairement un attrait d'ordre divin, Jésus est donc audessus de tout ce que Thommc naturel peut aimer, peut comprendre. » Et Ton essaie de se persuader que de telles paroles sont le produit de la pensée d'un chrétien inc4innu du W^ siècle!
Le vrai sens de ce passage n'implique point la notion de la prédestination (en tant qu'exclusive de la liberté), mais l'écarle au contraire. Jésus suppose qu'il n'eût tenii qu'à la volonté de ses auditeurs de laisser l'enseignement divin éveiller chez eux les besoins spirituels qui leur manquent. Leur impuissance de croire est toute à leur charge. Ils arrivent à lui, non en élèves de Dieu, mais en esclaves de la chair.
La forme oùy oTtf non que, v. 46, annonce une reslriction apportée à la pensée du v. 45. Elle porte sur cette expression à' enseignement , qui semblait supposer un contact immédiat entre l'auditeur et la personne de Dieu. Jésus revendique pour lui-même le privilège exclusif de la vue et de la possession immédiate de Dieu. Tous entendent bien; mais un seul a vu, El le résultat de renseignement divin ne peut être par conséquent que de conduire l'homme à Celui qui seul connaît Dieu directement et peut le lui révéler; comp. Matth. XI, 27.
Celte parole est certainement une de celles dans lesquelles Jean a puisé les idées fondamentales du prologue (comp. 1, 1. 14. 18). Si la prépos. xapa, d'auprès de, n'était pas liée au mol civ, on pourrait l'appliquer uniquement à la mission. Mais ce participe force à s'élever a l'idée de l'origine et de l'essence; comp. Vil, 29. Ce râpa est donc le pendant du irpo; 1,1; réunis^ ils expriment toute la relation du Fils avec le Père. Tout en lui est du (rapo) Père et va au (rpo;) Père. La vue du Père attribuée ici à Jésus se rapporte-l-elle à son état avant l'incarnation? Cela est possible, mais sans qu'il en résulte néanmoins que son enseignement terrestre renferme autre chose que ce que sa conscience d'homme peut continuellement ressaisir et s'approprier de cette relation filiale. Voir p. 95, 278, etc. — Les leçons de K et de D sont sans doute provenues du désir de rendre le texte plus littéralement conforme à celui du prologue (I, 14 : rapà roO rarpo;; I, 18: Oeov écopoxfi. — Par cette parole, Jésus fait entendre que l'enseignement divin doit d'aborti conduire au Fils et que c'est celui-ci qui conduit au Père : <r Je suis le chemin, la vérité et la vie: nul ne vient au Père que par moiii {XIV, 6). Cette idée ramène Jésus à celle qui avait excité le murmure des Juifs et qu'il reproduit avec plus de solennité encore v. 47-51 :
V. 47-51. « En vérité, en vérité j je vous le dis : Celui qui croit en moi \ a Ut vie éternelle, âS Je suis le pain de vie. 49 Vos pères ont mangé la manne au désert, et ils sont morts, 50 Voici le pain qui descend du ciel, afin qu'on en mange et qu'on ne meure point. 51 Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel; si quelqu'un mange de ce. pain \ il vivra^ éternellement: et^ ce pain que je donnerai, cest ma chair que je donnerai^ pour la vie du monde, i — Les mots amen, amen sont prononcés avec le sentiment de l*autorité que Jésus puise dans la position unique qu'il possède d'aprèç le v. 46. Le ton s*élève par degrés, et la contradiction même contribue à donner aux affirmations de Jésus plus d'énergie et de solennité : « Tous vos murmures ny changeront rien; le pain qui donne la vie, c'est moi, et non point la manne ou un aliment semblable à celui-là. Vos pères ont mangé la manne, ce qui ne les a pas empêchés de mourir; mais voici le pain qui opère véritablement l'effet que vous désirez. ^ "Iva, afin que, dépend de xara- ^ivuiv, qui descend, et régit les deux verbes mange et meure. Manger et ne pas mourir sont conçus comme deux actes distincts, mais inséparables. Accomplir Tun (manger), c'est ipso facto réaliser le second (ne pas mourir). Plusieurs interprètes prennent, v. 50, le mot mounr dans le sens moral de perdition. Mais Tantithèse précédente, la mort des
• K B L T omettent et; ijxc contre tous les autres Mss., Vss. et Pères. 1 1^ i^aiiq livrent ex Tou s{xou «pTou ((jUi moH pain), au lieu de ex zo\tvu
Tou apiou.
• N D L : ^r^1tl, au lieu de l^r^asiai.
• N omet xai et, avec DP, oe.
• Les mots r,v t^»i ôoxku sont omis par B C D L T quelques Mnn. Itpierique Vg. Syr"' Of. (2 fols) Tisch. éd. 4849. Le T R. s'appuie sur i\ Mjj. la plupart des Mnn. It«'»*i Cop. Syr^»» Or. (2 fois), m lit o acva ov tyo» 8(o9cu uTzip TTjÇ TOU TiO'j^LO'j ^toT,; T^ a«pÇ [Lou s^Tiv (le pain q\ie jà donnerai pour la vie du monde, est ma chair).
Juifs au désert, ne permet pas cette explication. Jésus nie certainement, ici et ailleurs, la mort physique elie-roéme pour le croyant. Comp. VUl, 51. Ce qui constitue proprement la mort, dans ce que nous appelons de ce nom, c'est la défaillance totale de Tétre physique et moral. Or, ce fait n'a point lieu chez le croyant, au moment où ses frères le voient mourir. Spirituellement et physiquement, Jésus est sa vie en ce moment-là, et, par sa communion personnelle, il enlève pour le fidèle la mort de la mort.
L'affirmation du v. 51 n'est pas une simple répétition. Car l'épilhète çôw, vivant, se rapporte non plus aux effets du pain, comme dans l'expression précédente pain de vie, pain vivifiant, mais à sa nature propre, qui seule explique ses effets. La manne ne pouvait donner la vie, car elle ne vivait point elle-même. Mais Jésus vivifie, parce qu'il est luimême vivant; le v. 57 expliquera dans quel sens Jésus vit et fait vivre.
La seconde partie du verset est liée à la première par les particules xai et As, qui indiquent, l'une, une cordination, l'autre, un progrès dans l'idée : t Et, pour tout vous dire enfin... » Jésus est maintenant décidé à leur faire en- Cendre le paradoxe jusqu'au bout. Jusqu'ici il avait présenté sa personne tout entière, et d'une manière indéterminée, comme objet de la foi ; maintenant il dit plus spécialement : ma chair. Mais comment sa chair peut-elle être ofierte en aliment à la faim spirituelle de l'homme? Jésus l'explique en ajoutant une nouvelle détermination, étrangère à tout le développement précédent : îjv eyw Jw<yw, c ma chair que je donnerai. » Ces mots, retranchés par les alex., sans doute à cause de la tautologie apparente avec les mots précédents et tout semblables : ôv iyia âcocco, c le pain qœ je donnerai, ^ doivent être maintenus dans le texte, comme l'a reconnu Meyer, malgré sa prévention ordinaire en fa-
veur des leçoos alex. Le régime pour la vie du monde les exige impérieusement. C'est ce que prouve bien 1^ leçon du Sindii.y qui n'est autre chose qu'un essai de restaurer le texte après que le retranchement de ces mots l'avait rendu intolérable. Les anciennes traductions confirment d'ailleurs l'authenlicité de ces mots importants. Le contexte enGu n'est pas moins décisif dans ce sens. Si le premier je donnerai doit se paraphraser: « le pain que je donnerai à manger y » et résume tout l'entretien précédent, le second signifie : « (ma chair) que je donnerai pour être immolée, » et forme la transition au morceau suivant (ma chair et mon sang); et c'est en vue de ce rapport et de ce sens tout diflérents que le mot donner est répété une seconde fois. La chair de Jésus ne pourra en effet être mangée comme aliment qu'après qu'elle aura été offerte, en tant que victime, pour la vie du monde. Cette dernière expression, surtout en relation, comme elle l'est ici, avec le futur je donnerai, qui indique un fait à venir, ne peut se rapporter qu'à l'immolation de la croix. Les interprètes qui appliquent ce second je donnerai à la consécration volontaire de la personne historique de Jésus-Christ durant sa vie, font violence et au futur (je donnerai) et à la préposition vrirép, en faveur de; de plus, ils ne tiennent pas compte de la différence totale d'expressions qui distingue ce qui suit de ce qui précède. Du reste, la seconde partie du v. 51 étant le texte du morceau suivant, son sens exact, dans la pensée du Seigneur, ne pourra être déterminé qu'après l'exégèse de ce passage. C'est dans ce v. que se trahit pour la première fois, dans le discours de Jésus, la préoccupation du repas pascal qui remplissait son âme dès le commencement de cette scène, l'une des plus grandes de sa vie. En même temps l'expression du monde prouve que la nouvelle Pdque, à laquelle son cœur s'élève, ne doit pas
ClIAP. VI, 51-53. 503
être une simple répétition de l'ancienne : c'est l'humanité tout entière que Jésus y appelle et qu'il voit en esprit accourir à lui, comme ces multitudes accouraient la veille. Le monde, voilà son invité au repas nouveau qui sei*a le banquet du sacrifice, comme autrefois le repas sacré dans les sacrifices de prospérité.
V. 52. « I.es Juifs donc débattaient entre eux, disant : Comment petU-il nous donner sa chair * à manfjer? h — Le terme iu^T/fi^^xo, dél)attaient ^ renchérit sur le èytîy^^ii^ov, murmuraient, v. -il ; c'est un débat violent qui succède à un sourd murmure. Les mots entre eux semblent contredire l'apposition disant qui paraît impliquer que le dire est unanime. Mais la momc question pouvait réellement se trouver dans toutes les bouches, sans qu'il y eut accord sur la solution entre ceux qui la posaient. Les uns arrivaient bien vile à la conclusion : C'est absurde. Les autres, sous l'impression du miracle de la veille et de ce qu'il y avait de saint et de mystérieux dans les paroles de Jésus, maintenaient, malf^ré tout, qu'il était bien le Messie. A la vue de cette altercation, Jésus non seulement persiste dans son aflîrmation, mais la renforce en donnant aux expressions dont il se sert un sens de plus en plus littéral. Il parle de manf/er sa chair et de boire son sang et fait ouvertement de cet acte mystérieux la condition de la vie (v. 58-5(î); il parle de le manger lui-même (v. 57); après quoi, il résume tout l'entretien dans une suprême déclaration (v. 58). L'évangéliste indique enfin le lieu de celte scène (v. 59).
V. 53-55. « Jésus leur dit donc : En vérité, en vérité^ je vous dis que, si vous ne mangez la chair du Fils de l* homme
* B T Iipi»Tiq«c ajoutent xj-o-j après tt^v wpxa.
et ne buvez son sang^ vom navez pas la vie en vousmêmes. 54 Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, a la vie éternelle: et je le resmaciterai au dernier jour K 55 Car ma chair est véritable^nent » une nourriture^ et mon sang est v&ritablement * un breuvage^, i — En parlant de donner a manger sa chair immolée (v. 51), Jésus faisait déjà une allusion évidente au repas pascal; en distinguant expressément les deux termes : la chair et le sang, il rend celte allusion plus transparente encore. Sans doute, le sang de Tagneau ne figurait pas dans ce repas; mais il avait joué un rôle décisif dans la délivrance dont le repas était le mémorial. Répandu sur les linteaux des portes, en signe d'expiation, le sang avait garanti le peuple des coups de range de la mort. Dans la cérémonie de Timniolation de Tagneau dans le temple^ Taspei^sion se faisait sur les cornes de l'autel, qui remplaçaient les portes des maisons israélites. — La chair correspond ici au corps de l'agneau, qui était le mets essentiel du repas pascal. (^ mot prend un sens de plus en plus concret. Auparavant il désignait toute sa vie humaine en général; maintenant c'est positivement le corps qui doit cire rompu, pour que le sang puisse couler et servir de hreuvagc. Le sang versé garantit au croyant le pardon, la délivrance de la condamnation; la chair est l'aliment qui lui communique positivement la vie; et les deux faits, délivrance de la morl, communication de la vie, constituent le salut complet.
Le sens de cette parole est donc : c Si vous ne vous appropriez par la foi ma mort (le sang) et ma vie (la chair).
* Les Mss. se partagent entre rr, et ev vr^.
* N D E II M S U V r A \ Mnn. ItP»*'"q Vg. S\ r. Or. 3 fois : aÀr^do»; : B C F« K L T n 30 Mnn. Cop. Or. (5 fois; : «Xr.Or,;.
' N omet les mots j^otoTi;. . . c^ti et lit noiov au lieu de -oii; (ma chair e.sf n'ritabhment un brtnivafje). I) omet les mots xa:... 7zot.%.
-VOUS mourrez, parce que vous ne posséderez ni la réconcilialion avec Dieu, ni la vie en Lui. On voit que Jésus ne répond point directement au : Comment? des Juifs. Mais •ainsi qu'il Tavait fait avec Nicodème, il donne indirectement l'explication désirée. Là, il avait substitué à l'expression « nattre de nouveau » celle de « naître d'eau et d'Esjrrii.^ Ici, il complète l'expression t manger sa chair -» par celle de t boire son san()y>. Il donne d'abord celte explication sous forme négative : Rien, en dehors de ce manger et de ce boire, ne peut donner la vie. C'est la dénégation divine op|fosée à la protestation juive (v. 52). L'homme qui ne s'est pas nourri de la chair et du sang de Jésus porle la mort dans son être le plus intime. Au v. 54, c'est la même idée sous forme affirmative : Ce manger et ce boire donnent certainement la vie. Jésus élève même le regard du croyant jusqu'au terme suprême de cette communication de vie, la résurrection des corps. La relation entre ces derniers mots : a Et moi je le ressusciterai . . .», et la déclaration précédente, est celle-ci : « Et ainsi cet homme possédera une vie en vertu de laquelle je ne manquerai pas de le ressusciter au dernier jour. » La résurrection corporelle n'est donc ni une superfétation oiseuse, relativement à la vie spirituelle, selon la pensée que M. Reuss prête à Jean, ni un acte magique, indépendant de cette vie supérieure, selon l'idée qu'on s'en fait souvent; c'est le couronnement de la résurrection spirituelle, le terme voulu de l'œuvre divine : la nature restaurée et glorifiée par la ^r^(» victorieuse du péché.
Le V. 55 justifie et cette négation et cette affirmation. Si cette chair et ce sang sont pour l'homme la condition de la vie, c'est qu'ils sont, en toute réalité^ aliment et breuvage. — L.e poids des autorités critiques fait pencher la balance en faveur de la leçon à>.Yj9w;, « est vraiment, » au
Heu de £krM<; : c est une vraie nourriture, .... un vrai breuvage. > Le Sinaiit.y le Cantabrig,^ aussi bien que les^ anciennes Vss., sont avec les autorités byzantines du côté de la première leçon, qui est d'ailleurs plus conforme aa style ordinaire de Jean. Comme le fait observer Lûcke,. Jean rapporte ordinairement iknH^ à la véracité morale^ en opposition à v|/euÂoç, tandis qu'il lie volontiers Tadv. oXyiÔcoç à un substantir(I, 48: âX^iOû; 'laparAiTTjç ; VIII, 31 : âXY)ôôç [jux6y)Tai). Le sens des deux leçons n'est pas sensi* blement différent. Jésus veut dire, en tous cas, que, par sa chair et son sang, on est réellement susteAé, nourri, par conséquent vivifié (v. 54). L'adverbe ou l'adjectif exprime la pleine réalité de la communication vitale opérée par ces éléments.
Les V. 56 et 57 expliquent leur vertu viviQante affirmée V. â5. Jésus suppose dans cette explication que demeurer en lui, c'est vivre (v. 56), et il rend compte de ce fait unique (v. 57).
V. 56 et 57. c Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui, 57 Comme le Hère qui est vivant^ m'a envoyé^ et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, celui-là aussi vivra * par moi, > — Si la chair el le sang de Jésus ont la vertu qui leur est attribuée v. 55, c*esl qu'ils sont les intermédiaires par lesquels le croyant s'unit à Jésus et, par lui, au Père. Le demeurer du croyant en Jésus comprend deux choses : le renoncement à toute vie propre, c'est-à-dire, à tout mérite, à toute force, à toute sagesse émanant de son propre fonds; puis le repos absolu en Christ, comme en celui qui seul possède la richesse capable de combler ce vide. Le demeurer de Christ dans le croyant exprime la communication
* Les Mss. varient entre ;r,a£Tai (V A etc.), Çt.tci [H B etc.) el ^r»i .C I)'.
CHAP. YI, 55-57. 507
complète, de la part de Christ au fidèle, de tout ce qu'il a et même de tout ce qu'il est, de sa personnalité tout entière («celui qui me mange, » v. 57). De cette relation mutuelle résulte pour le croyant la vie. Comment? C'est ce que fait comprendre le v. 57.
Si la communion avec Jésus donne la vie, c'est que Jésus a lui-même accès à la source de la vie. 11 a pour principe vital le Vivant, dans le sens parfait du mot; et la garantie de vie qui résulte pour Jésus de cette communion avec le Père, s'étend tout naturellement à l'homme qui se nourrit de lui et fait de lui le principe de sa vie. Cette parole s'applique à Jésus, non dans sa condition de Logos (comp. V, 26), mais dans son état de dépouillement (m'a envof/é, V. 57), et comme Fils de l'homme. 11 s'agit d*expliquer comment un homme peut devenir pour les autres hommes le principe de la vie dans un sens tellement exclusif et réel que manger cet homme soit vivre. C'est donc le mystère de sa propre vie, dans son état d'abaissement, que Jésus dévoile dans la première partie de ce verset, pour en déduire, dans la seconde, l'explication de la vie du croyant. Cette première partie du v. 57 renferme deux propositions corrélatives : ce que Dieu est pour Jésus, ce que Jésus est pour Dieu. Comprendre cette double relation, c'est pénétrer le secret de la vie intime de Jésus. Le Père, qui est vivant, Va envoyé : la responsabilité de la mission et de l'œuvre de Jésus repose donc tout entière sur le Père. Et comme le Père est le vivant, absolument parlant, cette qualité d'envoyé du Père renferme pour Jésus la garantie absolue de la victoire sur la mort sous toutes ses formes. Mais, d'autre part, cette conséquence suppose du côté de Jésus une dépendance persévérante vis-à-vis du Père et une consécration absolue à sa mission : il doit incessamment. vivre par le Père,
Le mot ^û, je vis^ n'indique pas seulement le fait de l'existence; c'est ici la vie en acte, dans ses manifestations diverses, physiques et morales. Il n'est pas tout à fait exad de rendre ^la (avec l'accusatif), comme nous l'avons fait, par la prépos. par. Mais il serait pédant et même inexact <le traduire : à cause de. Jésus veut dire qo*en vertu de -cette mission du Père dont il a conscience, il puise incessamment tout en lui, lumière et force. C'est donc dans le Père qu'il trouve la loi et la source de son activité, son principe vital. Le Père, en envoyant le Fils, lui a garanti cette relation; et le Fils, à son tour, y demeure soigneusement fidèle (V, 17).
Que résulte-t-il de là? Que la vie du Père se trouve parfaitement* reproduite sur la terre dans une vie humaine; <iue Jésus, c'est Dieu vécu par un homme. Et de là résulte la seconde partie du verset : Manger Jésus, c'est s'incorporer Dieu, le vivant, et par conséquent vivre. Cette seconde partie du verset ne compi^nd grammaticalement qu^une proposition. Mais le sujet : t Celui qui me niange, i correspond à la première proposition de la déclaration précédente : « Comme le Père m'a envoyé; i et le prédicat : € Celui-là attssi vivra par moi,^ à la seconde : € Et que je vix par le Père, i — Le premier xai, ef, ou plutôt amsi, est le correspondant de scaOcaç, comme, et en même temps le signe de la proposition principale. Jean a mis xai et non pas ouTOK, ainsi, parce que l'analogie n'était pas parfaite. Le second xai devant le pronom a un autre sens ; il sert à mettre en relief le sujet : x^ivoç, lui aussi^ et cela afin d'accentuer cette idée : que le croyant, en se nourrissant de Jésus, ohtient exactement la même garantie de vie que celle dont Jésus jouit lui-même par le fait de sa relation 4ivec son Père. Une pensée d'nne insondable profondeur •est contenue dans cette parole : Jésus seul a directement
accès à la source suprême. La vie qu'il y puise, humainement élaborée et reproduite en sa personne, devient en lui accessible aux hommes. Comme la vie infinie de la nature ne devient saisissable pour l'homme qu'autant qu'elle se concentre dans un fruit ou un morceau de pain, ainsi la vie divine n'est mise à notre portée qu'autant qu'elle s'incarne dans le Fils de l'homme. C'est ainsi qu'il est pour tous le pain de vie. Seulement, comme nous devons saisir le morceau de pain et nous l'assimiler, pour obtenir la vie par lui, il faut nous incorporer aussi la personne du Fils de l'homme par l'acte intime de la foi, qui est le mode de^ la manducation spirituelle. En le mangeant ainsi, lui qui vit de Dieu, nous vivons de Dieu môme; et dès lors nous vivons réellement, comme lui-même. Le vrai Dieu, le Père vivant, ne se donne qu'à un seul, mais en lui à tous ceux qui mangent cet unique. Voilà le secret de la vie, le mystère du salut, ce que saint Paul appelle c la récapitulation de toutes choses en unit (Eph. I, 10). Repousser cet aliment, c'est donc se priver de la vie.
V. 58. « Cest ici le pain qui est descendu* du ciel: il nen est pas comme de vos pères* qui ont mangé la manne^ et sont morts; relui qui mange ce pain^ vivra * éternellement, -i^ — Cette déclaration, qui termine l'entretien, a le caractère d'une sommation définitive : t C'est à prendre ou à laisser. Je vous le dis : refuser, c'est mourir; manger, c'est vivre. ï> La proposition principale d'où dépend où xaôwç, non comme^ me parait être (sans eUipse): celui qui mange, vivra. Voici le sens : c Au contraire de ce qui est arrivé à vos pères...,, celui qui... vivra. ^
^ H omet O'jxo; et lit xaTa^atvcov au lieu de xaTa^aç.
' N B C L T Cop. Or. omettent upuov après tmxioi^,
• Les mêmes plus D omettent to {lawa (après u|jicov).
* Variante de Çti«i et Xrfltzoi^ (v. 57).
Qu'entend Ji'^us, dans tout ce passade, par ces expressions : manger sa chair, boire son sang?
1. Un grand nombre d'interprètes ne voient là qu'une métaphore, désignant l'acte par lequel la foi s'unit moralement à $on objet. Selon les uns (Reuss\ cet objet serait la personne historique de Jésus-Christ, telle qu'elle se trouvait s«>us les yeux des auditeurs. L'expression ma chair et mon sang devrait être prise dans le tiens de celle<'i : la chair et le sang, r est-ii-dire « la personne humaine. > Selon d'autres, l'objet de la foi serait non seulement le Christ vivant (la chair), mais aussi le Christ victinn» (le sang); et Jésus caractériserait ici tout ensemble l'appropriation de sa vie sainte et la foi à sa mort expiatoire. Cette interprétation, sous l'une ou l'autre des deux formes principales que nous venons d'indiquer, se rattache bien au coniinencemtHit du discours; car l'assimilation spirituelle par le moyen de la fol est certainement l'iilét» d'où était parti le Seigneur : • Je suis le ])fiin (le vie; celui qui vient à inoi naura pas (aim, et celui qui croit en moi n aura jamais soif ^ (v. 35). Seulement cm ne comprend pas bien, à ce point de vue. dans (|uel but Jésus donne à cette (tinception tout à fait spirituelle une expression de plus en plus paradoxale, matérielle et par conséquent inintelligible |)our ses interlocuteurs. Si c'est là tout ce qu'il veut dire, même dans lt*s derniers mots de l'entretien, ne semble-t-il pas jouer sur les termes et prendre à tâche de scandaliser inutilement les Juifs?
"i. Cette difficulté très-réelle a |)0ussé plusieurs commentateurs à appliquer ces expressions à l'acte de la sainte Cc^ne que Ji^s aurait eu en vue déjà dans ce moment-là et qui devait plus tard résoudre pour ses disciples le mystère de ses paroles. Mais ivtte explicatif Ml soulève la même difficulté que la précétlente. .V ïjuoi bon cette allusion incompréhensible à une institution que nul ne pouvait prévoir? Puis, Jésus ferait-il dépendre la |K>ssession de la vie étc^rnelle de raccom|)lisseinent d'un cicte extérieur, tel que celui de la sainte CtMie? Dans tout son enseignement, l'unique condition du salut, c'est la foi. L'école de Tubingue, qui s*e>t rattaclu^e à cette interprétation, en a tiré un argument (xtntre l'authenticité de l'évangile: et non sans raison, si l'explication était fondée. Mais le pseudo-Jean, qui eût voulu au second siècle mettre dans la bouche de Jésus une allusion à la sainte One, n'eût pas
manqué d'employer le mot aûijxa, corps, usité dans le texte de l'institution et dans les formules liturgiques, plutôt que celui de <jap;, chair. Preuve en est cet appendice inauthentique qu'on lit <lans le Cantabr., VAmiatinus, etc., à la fin du v. 56 : « Si un homme reçoit le corps du Fils de l'homme, comme un pain •de vie, il aura la vie en lui. »
Pour discerner la vraie pensée du Seigneur, il faut, à ce qu'il nous parait, distinguer avec soin, dans le manger et le hoire mystérieux ici décrits, l'acte de l'homme et le don divin, comme le fait Jésus lui-même v. 27. L'acte humain, c'est la foi, et la foi seule; et, pour autant que le manger et le hoire désignent la part du croyant dans son union avec Jésus-Christ, ces termes ne dépassent point la portée que leur donne l'interprétation exclusivement spiritualiste. Manger la chair, c'est contempler avec foi la sainte vie du Seigneur, s'en pénétrer de manière à la reproduire; boire le sang, c'est également contempler avec foi sa mort violente, en faire sa propre rançon, en savourer l'efficace expiatoire. Et, pour le dire en passant, il ne faut point confondre, ainsi que le fait M. Reuss, ces expressions de chair et de san(/, opposées Tune à l'autre, comme elles le sont ici (par leur liaison aux termes tle manger et de boire), avec la formule ordinaire : la chair et le sang, désignant la personne humaine. Liicke (t. II, p. 159) a fort bien fait ressortir la diiïérence : < La chair ^i le sang, dit-il, envisagés comme distincts, désignent la vie et la mort humaines. » Mais si la part de l'homme, dans l'union mystique, se borne à la foi, cela ne détermine rien encore sur la nature du don divin accordé au croyant. Il y a ici une gradation. Ce don renferme d'abord le pardon (hoire le sang); puis, pour le croyant pardonné, la venue du Saint-Esprit qui, comme le montreront les ch. XIV-XVI, fait vivre eu lui Christ lui-même et reproduit en sa personne cette sainte personnalité (manger sa chair). Est-ce là tout? Nous avons vu avec quelle insistance Jésus revient à chaque instant, dans le discours précédent, sur ridée de la résurrection corporelle; il le fait de nouveau au v. 54, d'une manière encore plus significative. La vie qu'il communique au croyant n'est donc pas de nature purement morale ; c'est sa vie complète, corporelle autant que spirituelle, sa personnalité tout entière. Comme les grain» que renferme l'épi ne sont que Ja réapparition du grain de semence mystérieusement multiplié,
51 i2 DEUXIÈME PARTIE.
ainsi les croyants sanctiliés et ressuscites ne doivent être que ]a reproduction, en milliers de vivants exemplaires, de Jésus glorifié. Le principe de cette reproduction est spirituel sans doute : l'Esprit, (|ui fait vivre Christ en nous; mais le terme de cetteœuvre est physique : c est le corps glorieux des fidèles, ima^ do sien ^1 C/or. X\\ 49). Jésus lui-même est né physiquement par la vertu de l'Esprit. Les fzrains dans lépi ne sont pas plus réellemeut la substance du grain de semence, que les fidèles glorifiés ne sont la substance spirituelle et corporelle de leur chef. Jésus savait, Jésus sentait profondément qu1l appartenait, corps et âme, à l'humanité. C'est dans ce sentiment, et non pour donner de p:aieté de cœur un scandale à ses auditeurs, qu'il a employé les termes qui nous étonnent dans ce discours. U n'y a de figure que dans les expressions : manger et boire. Mais le côté corporel de la communion avec lui est parfaitement réel et doit être pris à la lettre. « Nous sommes de son corps^ de sa chair et de ses os, • dit un apôtre qui n'est pas suspect de matérialisme (Eph. V, 30); et, pour bien faire comprendre qu'il s'agit dans s^i pensée de tout autre chose que d'une métaphore intelligible pour le premier écolier venu, il ajoute : « Ce mystère est grand, je dis cela par rapport à Christ et à l'Eglise ■ (v. 32). Ce mysttTede notre union complète avec sa personne, qui est exprimé en paroles dans ce discours, est précisément celui que Jésus a voulu exprimer par un acte, en instituant le rite de la sainte Cène. Il ne faut point dire que dans ce discours Jésus fait allusion à la sainte One; mais il faut dire que la sainte Cène et œ discours so rapportent à un seul et même fait divin, exprimé ici par une métaphore, là par un emblème. A ce point de vue, la question délicate de savoir pourquoi Jésus se sert ici du mot chair, et, dans l'institution de la sainte Cène, du mot corps, se résout facilement. Quand il instituait l'emblème, il tenait un pain et le rompait; or, ce qui correspond à ce pain rompu, c'était son corps, comme organisme (owfMt) brisé. Dans le discours de C^pernaiim où il s'agit uniquement de nutrition, d'après l'analogie de la multiplication des pains, Jésus devait présenter plutôt son corps comme substance (cap^) que comme oqaianisme. Cette propriété parfaite des termes montre Tor^inalité et l'authenticité des deux formes.
Reste une question qui, au point de vue auquel nous Tenons
de nous placer, n'a plus qu'une importance secondaire pour l'exélîèso, celle de savoir si, à cette époque déjà, Jésus pensait à instituer la cérémonie de la sainte Cène *. Cela nous paraît probable. Il connaissait sa mort prochaine; la nouvelle du meurtre de Jean- Baptiste venait d'en réveiller en lui le pressentiment (Matth. XIV, 13); il la rapprochait, dans sa pensée, du sacrifice de l'agneau pascal; il savait qu'elle serait pour la vie du monde entier ce que l'immolation de l'agneau avait été pour l'existence du peuple d'Israël. Quoi de plus naturel, que d'arriver de ces prémisses à l'idée d'un banquet commémoratif de sa mort, comme le repas pascal l'avait été jusqu'à ce jour du sacrifice de l'agneau? L'institution de la sainte Cène n'aurait donc pas été une inspiration du moment; dès longtemps Jésus aurait porté cette pensée dans son cœur. Depuis quand ? Depuis le Jour peut-être où, privé de la joie de célébrer la Pàque à Jérusalem et voyant accourir de tous côtés les multitudes, il leur improvisa une PAque, rivale de celle qui allait se célébrer dans la ville sainte. Ce banquet, offert à SOS disciples comme un dédommagement momentané , se transforma plus tard, dans la sainte Cène, en une institution permanente. C'est là précisément le point de vue auquel voulait dès le commencement nous placer saint Jean, lorsqu'il disait (v. 4) : « Or la PAque, la fête des Juifs, était proche; » et c'est probablement ce rapprochement qui a inspiré aux quatre évangélistes cette expression, si semblable à celle de l'institution de la sainte Cène, par laquelle ils commencent tous quatre le récit de la multiplication des pains: « // prit le j)ain et rendit grâces. »
V. 59. « Jésus dit ces choses, enseignant dans la synagogue, à Capernaiim. > — Il y avait assemblée régulière de synagogue les second, cinquième et septième jours de la semaine (lundi, jeudi et samedi). Le jour de la Pâque doit être tombé, en Tan 29, sur le lundi 18 avril (voy. Chavannes, Reime de t/iéoL, 3® série, 1. 1®**, p. 209 et suiv.). Si la multiplication des pains eut lieu la veille de la Pàque (v. -4), le lendemain, jour où Jésus prononça ce
* Sur le silence de Jean relativement à cette institution, voy. ch. XIII. îe Vol. 33
discours, dut être par conséquent ce lundi qui était jour d'assemblée. Mais dans quel but Tévangéliste intercale-t-il ici cette notice? Veut-il uniquement donner un détail historique? H est difficile de le croire. Tholuck pense que son but est d'expliquer la nombreuse assisLince que suppose le récit suivant (donc^ v. 60). N'est-ce point un peu recherché? Il nous parait plutôt qu'après avoir rendu compte d'un discours aussi solennel, Tévangéliste sent le besoin de fixer à jamais le lieu de cette scène mémorable (comp. VIII, 20). Pour sentir cette intention, il faut d'abord observer le manque d'article devant çuvoywjnj, non : dans la synagogue, mais: en assemblée synagogale; puis il faut rapporter le régime en assemblée à enseignant, et le rég. à Capernaûm à // dit, et paraphraser ainsi : « Il parla de la sorte, enseignant en pleine synagogue, à Capernaiim. * Le terme ^iXà(7>cc»>v, enseignant, qui désigne un enseignement proprement dit, rappelle la manière dont Jésus avait expliqué et discuté les textes scripturaires, v. 31 et 35; il est en rapport avec la solennité de celte scène.
Les auditeurs avaient interrogé, murmuré, débattu; maintenant ce sont les mieux disposés d'entre eux, et même quelques-uns des disciples permanents de Jésus, qui se font les organes du mécontentement général.
V. 60. « Après C avoir entendu parler ain^i, plusieurs de ses disciples dirent : Cette parole est dure : qui peut r écouter ?j^ — Selon de Wette, Meyer, celte exclamation se rapportait à l'idée de la mort sanglante du Messie, le grand scandale des Juifs, qui était impliquée dans les déclarations précédentes; selon Tholuck, Hengstenberç:, à l'orgueil apparent avec lequel Jésus rattachait à sa propre personne le salut du monde; selon plusieurs anciens, Lampe et d'autres, à la prétention de Jésus d'être un per-
CIIAP. VI, 50-63. 515
tonnage desccnlu du ciel. Il me paraît difficile de l'appliquer à aulre chose tjvi'au contenu paradoxal des dernières paroles fie Jésus : robligaiîon de manger sa chair et de boire son sang. C'est là l'idée la plus saillante à la fois et la plus choquante dans ce qui précède. Grossièrement comprise, elle pouvait bien révolter même des disciples. — Le terme [i-aônraî, disciplps^ désigne ici des gens qui s'étaient attachés h Jésus, qui le suivaient habituellement •et qui avaient même rompu avec leurs occupations ordinaires pour l'accompagner (v. 66); c'était du milieu d'enire eux que Jésus avait choisi, peu de temps auparavant, les Douze (Luc VI, 12-16). — 2x>.T,po; (proprement dur, coriace) ne signifie point ici : obscur (Chrysostome , Grolius, Olshausen), mais : difficile à accepter. Ils croient comprendre; mais ils ne peuvent admettre. — Ti; ^'jva-ai, •« qui est de force à...? » — 'Axo'Jeiv, « écouter tranquillement, sans se boucher les oreilles. »
V. 61-03. « Mais Jésus y sachant^ en lui-même que ses disciples murmuraient là-dessus , leur dit : Cette parole vous scandalise f 62 Et si vous venez à voir le Fils de f homme montant là ou il était auparavant f 63 Cest CEsprit qui vivifie; la chair est sans efficace. Les paroles que je vous dis^ sont esprit et vie, » — Comme l'observe Lange, les mots « en lui-même » n'excluent point l'aperception de quelques signes extérieurs, mais signifient que Jésus n'eut besoin d'aucune interrogation pour comprendre ces symptômes. — Le mot scandaliseï- doit se prendre ici dans le sens le plus grave, comme Luc VII, 23 : faire broncher, quant à la foi.
^ Au lieu de ei^cd; 8e, n lit e^vco ouv et ajoute xat devant eittev. «Au lieu de XaXw, nBGDKLTU 46 Mnn. It. Vg. Or. lisent
Les mots è«v ov/v (v. 62), que nous avons traduits par et siy ne s'appuient sur aucune proposition principale. 11 faut donc en suppléer une. On peu* sous- entendre : c Que direz-vous alors? » ou (en rcJation plus directe avec la supposition : et si,,.) soit: t Voire scandale ne cessera-t-il pas alors? > soit au contraire : « Ne serez-vous pas encore bien plus scandalisés? » C'est cette dernière question que sous-entendent de Welte, Meyer, Lùcke. 11 faut selon eux rapporter l'expression € monter là ou il était auparavant > à la mort de Jésus: «Vous êtes scandalisés de l'annonce de ma mort; combien le serez-vous davantage en contemplant réellement ce fait ! » Mais quelle force aurait cet ai^pument? Un fait n'est pas plus difficile à accepter que la déclaration qui l'annonce. Puis, l'expression descendre, qui est le pendant de celle de monter^ a été employée dans tout ce chapitre pour désigner l'incarnation; le tenue monter fait donc penser à l'ascension plutôt qu'à la mort. Jésus dit, après sa résurrection : « Je ne suis pas encore monté 1^ (XX, 17). Sa mort n'est donc pas le fait qu'il désigne par le terme monter. Quand il veut réunir ces deux notions, la suspension à la croix et l'élévation céleste, dans une expression amphibologique (111, 14; Xll, 32;, il dit û^o>6r,vai, être éleré, et non ocvaéaivsiv, monter. Cette dernière expression, surtout au prés, (montant) ^ ne peut, comme l'observe Baumiein, s'appliquer au crucifiement. La seule explication conforme aux expressions du texte est, comme l'a reconnu llilgenfeld lui-même, l'ancienne interprétation des Pères, qui rapportent ces mots à l'ascension. Sans doute, il n'y a que les Douze qui, dans le sens matériel, aient contemplé ce fait; mais, par leur témoignage, tous les croyants le voient. Jésus applique positivement cette expression de voir aux Juifs incrédules (Matth. XXVI, 63) : € Dès ce moment, vous verrez le Fils
de l'homme assis à la droite de la puissance de Dieu et venant sur les nuées du cieL » Dans ce sens, le raisonnement de Jésus se comprend facilement : « L'idée de manger ma chair vous scandalise? Elle vous paraîtra plus absurde encore quand vous me verrez monter aux cieux. Mais c'est triors aussi que votre scandale cessera et que vous comprendrez de quelle manducation j'ai voulu parler.* En d'autres termes : « Le manger et le boire matériels deviendront par ce fait chose si impossible qu'alors un tout autre sens de mes paroles se découvrira à vous. » Le auparavant ne peut se rapporter qu'à l'existence de Jésus, comme Logos, antérieurement à sa vie terrestre. Le v. 63 se rattache tout naturellement, comme nous le verrons, A l'idée du v. 02 ainsi comprise. Lûcke, Meyer et d'autres allèguent, contre l'application de ce verset à l'ascension, que ce fait n'est point rapporté par Jean, et qu'il n'est mentionné que dans les écrits des disciples des apôtres, Marc et Luc. Pour qui comprend le plan du quatrième évangile et le rapport de ce livre aux synoptiques, cette objection est toute résolue.
L'explication du v. 63, en rapport avec celle que nous venons de donner du v. 62, est celle-ci : « En voyant disparaître ma chair, à mon retour dans le ciel, vous comprendrez que le principe vivifiant dont j'ai voulu parler est l'Esprit, et non la substance matérielle. > La Pentecôte : voilà le fait réel que promettait Jésus dans tout le discours précédent; c'est par l'Esprit que se réaliseront les promesses v! 53-58. Ainsi s'explique l'analogie singulière des termes du v. 56 avec ceux des ch. XIV-XVH. Seulement, pour ne pas attribuer à l'explication donnée par Jésus dans le v. 63 le caractère d'une rétractation, il faut se rappeler que le Seigneur, en se communiquant à nous par l'action de l'Esprit, nous incorpore sa personne tout
entière. Saint Paul développe dans le même sens l'idée du second Adam, comme Esprit vivifiant (1 Cor. XV, 45). Ce n'est pas seulement l'expression identique 7cve0(i.a ÎIcoottoiovv, qui rapproche ces deux passages : c'est surtout l'idée de la résurrection corporelle à laquelle Jésus revient si souvent dans son discours et qui est l'objet principal du chapitre de saint Paul.
La Bible ne connaît pas l'antagonisme fort peu philosophique que le cartésianisme a introduit dans la pensée moderne, entre l'esprit et la matière : < Il y a, dit saint Paul, un corps spirituelle (1 Cor. XV, AA), Ce que Jésus nie positivement dans le v. C3, c'est une communication quelconque de lui à nous, opérée par un autre agent que l'Esprit. Le terme la chair, dans ce verset, signifie donc : la chair telle quelle, matériellement mangée. Par les termes Esprit et chair, Chrysostome et d'autres entendent l'intelligence spirituelle et la compréhension grossièrement littérale. Ce sens est aussi forcé que celui des interprètes luthériens, qui appliquent la première de ces expressions à la vraie célébration de la sainte Cène, la seconde, à l'usage purement matériel du sacrement.
Jésus a rectifié le malentendu des auditeurs, au v. 6:2, par un argument historique, le fait futur de l'ascension; au V. 63% par une preuve tirée de l'essence des choses, le rôle nécessaire de l'Esprit dans toute communication vitale; le v. 63 ^ contient l'application de cette démonstration. Si Jésus disait seulement : sont esprit, on pourrait expliquer : « ont un caractère spirituel, doivent être prises dans un sens figuré y> (Augustin). Mais Jésus ajoute : et sont vie; et ces mots ne se prêtent plus à cette interprétation. Jésus veut dire plutôt que ses paroles sont Tincarnation pure de l'Esprit et le véhicule de la vie. Il en résulte qu*elles ne sauraient accorder une valeur quelconque à la
chair, comme telle, et que celui qui leur attribue un pareil sens, commet nécessairement une méprise; car, comme l'Esprit est la vie, la chair, séparée de lui, doit n*étre que mort (Rom. Vlll, 6). — La leçon alex. XeXà>.Tjxa .( ccles paroles que fai dites » ) restreint l'application de ce principe aux discours précédents. D'après la leçon byz. >.a>ia ( « les paroles que je dis > ), ces mots indiquent la nature constante des paroles de Jésus. Malgré la préférence de Lachmann, de Welle, Meyer, Tischendorf, pour la première, la présence du pron. eyw, moi, décide pour la seconde ; ce mot met en efl'et la nature des paroles en rapport avec le caractère de la personne : « Les paroles que prononce un être tel que moi, ne peuvent être en tout temps qu'esprit et vie. »
V. 64 et 65. « Mais il en est parmi vous quelques-uns qui ne croient point. Car Jésus ^ savait dès le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient point et quel était celui qui le trahirait: 65 et il ajouta : Cest pour cela que je vous ai dit que personne ne peut venir à moi, à moins que cela ne Im soit donné par mon Père. > — A Texclamalion : Cette parole est dure, Jésus avait répondu : «Elle n'est dure qu'autant que vous lui donnez un sens antipathique à sa nature, non spirituel. Mais, ajoule-t-il maintenant, il y en a même parmi vous, mes disciples, qui sont étrangers à cette sphère spirituelle et ne croient point, tout en me suivant.» L'expression quelques-uns limite encore à un petit nombre de ses disciples ce jugement sévère. L'évangéliste motive, dans la seconde partie du v., la déclaration de Jésus dans la première. Le mot e^ àpyxç, dès le commencement, s'applique sans doute aux premiers temps du ministère de Jésus, lorsqu'il se mit à grouper autour
* Au lieu de o iT^aou;, N lit o acorr^p.
de lui un cercle de disciples permanents. Comp. XV, 27; XVI, 4; Ad. 1, 21. 22. Tholuck, de Welte, rapportent celle expression au commencement de la relation de Jésus avec chaque individu ; Lange, au premier germe d'incrédulilé dans un cœur; Chrysostome, Bengel, au moment où les auditeurs avaient commencé à murmurer. Ces applications paraissent peu naturelles. — Kai : et même^ ou : et en particulier. — L'expression « quel était celui qui -» est écrite, non au point de vue d'une prédestination fataliste, mais tout simplement à celui du fait accompli. Comp. v. 71. Mais, demande-t-on, si cette trahison était réellement prévue par Jésus dès le commencement, comment a-t-it pu mettre Judas au rang des Douze? Nous ne connaissons qu'une réponse à celte question : il a obéi au Père. € Je ne fais, dit-il lui-même, que ce que mon Père me montre. > c Si, dit Riggenbach (Leben des Herrn Jesu, p. 366), dans cette nuit de prière où se prépara l'éleclion des Douze (Luc VI, 12), les pensées du Seigneur Jésus se trouvaienl toujours et toujours ramenées sur cel homme, et que, tout en discernant fort bien son manque de droiture, il dût reconnaître en cela le signal du Père, qu'aurons-nous à dire? » La chute même à laquelle cette relation devait aboutir, n'était-elle point l'unique moyen de briser l'orgueil colossal de cette nature? Et le moment où Judas a senti la grandeur de son crime, n'eùt-il pas pu devenir encore pour lui celui de son salut...? Comment voir clîiir dans cette nuit profonde?
Le xal è^eyev, et il disait^ fait allusion à un moment de silence et de douloureuse réflexion, que l'évangéliste a rempli par la remarque v. 64** ; après quoi le Seigneur ajouta solennellement... Les mois ^là toOto, c'est pour cela que, se rattachent aux paroles, v. 64^ Ce fait de Tincrédulilé d'une partie de ses disciples eux-mêmes est la confirmation
la plus éclatante de ce qu'il avait déclaré aux Juifs, touchant la nécessité de celte préparation intime sans laquelle, même dans la position la plus favorisée, la foi reste impossible. Cette parole était un adieu; les disciples, à qui elle s'appliquait, la comprirent. Les synoptiques aussi nous font entrevoir, à certains moments, de tristes crises dans l'œuvre de Jésus en Galilée (Matth. XI, 26 et suiv. ; XVI, 18 et suiv.).